I.NTKÜDICTION
Au retour des voyof^es de In rour, qui avait parciHiru, apres ia Normandie, la Rourgoj^ne, le Poitou et la Guiuiine, Nicolas Fnuquet acheta. av<*c l’agrément du cardinal Mazarin. la charge de pro<narcur gencraJ au parlement de Paris. Les dates sont fuces par le passage suivant du Joarnaf de Ouhaiuott~ Aabeai^: wCe soir, lo octobre i6So, M. le duc d'Orléans mtoume de IJinours à Paris, etM. Fouquet , maisirc des requrstes, le va prier pour TagrèiT en la cluu^c de procureur générai , dont M. Midiaml lui a fait sa déiiiiviion, acceptée en cour, iiiovennant sa charge de niaislre des requeslea, estimée plus de cinquante mille escus, fKHir le fils dudit sieur Midinml, de longtemps conseiller en parlement, et cent mille esrus de plus en argent, desquels cent mille escus la rcync a fait expédier un brevet de niserve ou scuretr audit sieur Fouquet, au cas qu'il viust i mourir dans ladite charge. «Ce fut le a8 novembre ih5o. à la rentrée du parlement, que Nicolas Fouquet porta [tour la première fois la parole en qualité de prrM:ureur général Cette |K»sitioii lui donnait une haute influence sur un <!orps très- puissant et getiéridement hostile à Mazarin. Fouquet nen usa que dans l'intérct de hon protecteur, auquel il se montra aussi fidèle dans la mauvaise fortune que dans les jours de prospérité.
Au œmmciiccmenl do rannee i65i, ta coalition de la Fronde parlementaire et du ))arti des princes força Mazarin h sexiler. Lo cardinal no montra pas alors la décision et rhabilctc dont quelques écrivains modernes lui font honneur. Ils supposent que, contraint de ipiitter le fsouvoir et de s’éloigner de la cour, .Mazarin alla délivrer le prince de Condo pour le lancer, au milieu des factions, comme un brandon de discorde, ri qu’après cet acte audacieux U sortit tranquillement de France et laissa scs ennemis «e détruire mutuellement, bioii sûr de profiter de leurs fautes et d'asseoir solidement son autorité sur les ruines des factions. Ia's lettix^ du cardinal, pendant les premiers mois de son exil, sont loin de nous le montrer aussi ferme dam sa politique, aussi coiifuuit dans l’avenir. Il semble, au contraire, avoir perdu courage; il »e plaint de ses amis et de ses serviteurs les plus dévoués, de Le Tellier, de Smien, de de Lyoïme; il doute même de la reine, et se <roit obligé d’adresser à Brienne une longue a|)ologie de son
it>5i>. Voyez sur ce jfioriMil inédit rîntro- ' Jounml Je Oukuuson'Auktnay, à la ductioD é U première pvlie du Jonnal date du i'* détembre i6Sod‘0&ai'«r ttOrmtrttm )
JNTRODUCTION.
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ministère, qui doit être mise sous les yeux d'Anne d'Aulriclie*. Au moinenl où Maxarin semblait s'abandonner lui-int'iue, le procureur général et son frère, fabbè Fouquci, ne cesMient de soutenir son parti, le premier avec une prudente liabiielé, le second avec une ardeur et une décision qui contribuèrent pubsainiiieiil â relever le courage du cardinal.
L'abbé Basile Fouquel , que ikous voyons paraUre id comme un des prinri|>ai]x agents de Maxarin, était frère ainé du procureur général. Do line à feUt eoclésiastique. Basile Fouquet ne fut jamais prêtre, et le tilrr dahbé. qui est resté attaché è son nom, indique simplement qu'il avait obtenu des béncfices ii'l!4;Use , dont il toucluüt les revenus sans remplir aucune fonction sacerdotale. It servait Maxnrin avec un tèle ardent et sVn fit un |>uis.sant protecteur.
Maiariii avait quitté la France en mars i6Si. Dès le mois d'avril, fabbe Fouquet SC rendait près de lui. chargé des proniesaes et des projets de scs amis; il traversait les postes des frondeur» et bravait tous les périls. «J'as sçti, lui écrivait Maxarin', le danger que vous aviea couru. Je serai tmisjours ravi de vous voir; mais, au nom de Dieu, ne vous exposes plus à de semblables hasards. Vous eustes grand tort de vous séparer de la troupe; il n'importoit pus d'arriver dcu.\ jours plus lost ou plus tard , poun u que vous le fissiex en scurcté. n Dans cette meme ietlrc, le cardinal exprimait sa reconnaissance h Nicolas Fouquet, qui avait fait lever farrêtUe saisie de se.s meubles: h Je remercie de tout mon oœut le procureur général toucliant la main levée de la saisie. Je n en serai jamais ingrat. Je le prie de continuer; car je n'ay qui que ce soit qui me donne aucun secours, et faute de cela l’innocence court grand risque d'estre opprimée. Si le prorumir general cruyoit qu'il falJust faire quelque présent à quelqu'un qui soit capable de faire quelque chose à mon avantage , j'en suis d'accord, et vous en pourrez parler è de Lyonne, qui donnera U-dessus des ordres.»
Les deux frères ne négligèrent rien pour gagner des partisans è Mazann. et surtout pour rompre le faisceau redoutable que formaient le parti d«*> princes et la vieille Fronde réunis. A la tète de celie-d était le coadjuteur. Paul de Gundi, que blessait la hauteur de Condé. L'abbé Fouquet fit agir
' On trouvera h preuve de tiMilcs ce»
•Mcrlionv dan» la oorrespoiMiance du rjirdînai Maxarin , c|ui doit faire parlia de la
collci'ltoQ de» 0onunra/i tittilitâ reUtifi 4 fèiifoirr dr Fmact,
* Lettre du iG mai iG5«
viir
INTRODUCTION
pr^ de lui la duchés»! de Chevreusc, qui ne pouvait pardonner au prince d’avoir rompu le mariage projeté do sa lille, Charlotte de lx>rrainc, avec le prince de Conti. 1a-s reasentimenU de la duchesse furent hahilement aigris, et celte feiiime luutaine et ambitieuse, implacable dans scs haines, parvint St briser le lien qui unissait les ennemis de Maiarin et qui faisait leur force. Celait lü un service ca|)ital, et le cardinal chargea l’abbé Fouquet d'en exprimer toute sa recnnnansaiice ta duchesse ' : • Je vous prie Je remercier de ta bonne manière la dame qui a déclaré ce que vous me mandet it M. le coadjuteur, cl lui dire qu'en quelque lieu et fortune que je puisse estre, je serai son trésdiumble serviteur, n Maiarin tint parole i la duchcMe tie Chcvretise, qui, de son cété, se montra aussi lidélc dans ses attachements qu’ardente d.ins ses haines.
I<«s deux Fouquet tentèrent, avec le secours de .M”' de Chevreuse et de Paul de (lundi, de détacher le dur d’Orléans de la cabale des princes; mais il était difliciie d’entrainer un bninme mobile dans scs all'cctions , inconstant dans ses projets et dont la faiblesse salit toute la vie. laprocureur général et son frère durent se contenter de gagner è Maiarin de nouveaux patiisaiis dans le parlement de Paris. L’avocat général Talon, qui y portait le phis souvent la parole, se rallia au parti du ctudinal. «Je vous prie, écrit Maiarin è l'abbé Fouquet*, de remercier Talon de ma part, nj ayant rien de si agréable que la manière dont il se conduit è mon égard, n Ije lèle de Nicolas et de liasile Fouquet, et surtmit celui de l’abbé, était trop ardent, trop éclatant pour ne pas leur susciter de nombreux et puissants ennemis. Maxartu se mit obligé de le modérer. «Au nom de Dieu, écrivait il è l’abbé Fouquet le i5 août, mesnaget vous davantage; car je serois au désespoir si, i cause de moi, il vous arrivnit la moindre cho»! qui voiu fust préjudiciable. » Mais la modération n’était pas dans la nature de l'abbé Fouquet, et son frère, le procureur général, tout en se montrant plus réservé, continuait de susciter dans le parlement des adversaires au prince de Condé et des partisans au cardinal. Coudé fut bienlût las de ces luttes de la graiid'chambre, où l'audace du coadjuteur, soutenue de l’astuce des Fouquet et de bon nontbre d'épées, balançait sa fortune. I*e prince sortit de Paris et alla dans les provinces soutenir une guerre qui eonvenait mieux è son génie.
' Lettre du i6 juin i6ât. — ' Lettre du é juillet i65i.
INTRODUCTION
Aion la rupture dea deux Frondes ^it confornm^c. Il s'agissait mninir nantde gagner dans la bourgeobie et rarméc les Iwmmcs les plus inllurnis. 4pii prépamssenl le retour et la domination de Mtuarin dans Paru. Le procureur g^rml et Tahbé Koiiquel s'en chargèrent lU s'asMirèreiit, par Tintermrdiairc de M** de Drèg)', du tnarcrlial de L'Hùpiial» gotivrniuiir de Pans *, et sVflbrcèrent d attirer an parti du cjtrdtnal le premier president. Matthieu Molè, et son tils, le président de Champlâtrcux*. Mais de toutes les ronqnéles ménagées |>or les Itabile» négisctations des dvui frères, lu plus importante de beaucoup fut celle <|ui donna k Masarin et ou roi le duc de Bouillon et son frère le maréchal de Turerme. Klle coûta cher à la France. Le cardinal , qui connaissait l’esprit avide et rusé des princes de lu maison de Bouillon, s'en d«Ga jusqu'au dernier moment «Je voiu prie de reconnoistre bien et dans le dernier secret, écrivait il à l'abbé Fociqurt, le ai décembre i65 1 . si je puis faire un estât asseuré de M. de Bouillon et de son frère. «
Le i6 décembre, Maxarîii revient avec beaucoup plus tfinsistince sur le meme sujet, et Ton voit qu'il veut surtout gagner le maréchal, dont les talents militaires devaient être d'un si grand |>oids dans la lutte contre lu Fronde. « Pour M. de Turenne, disait-il dans cotte lettre, U sait i'cslime et la tendresse que j'ay eues pour luy, et il a appris de beaucoup d'endroits et de gens qui, encore qiùls soient de nses aoib, ne le voudroîenl |>as tromper, que je suU tousjoun le mrsme, nonobstant tout ce qui s'rsi passé, l'aflcrtiori que j'avob pour luy ay^ant jeté de trop profondes racines pour pouvoir rsirr arrachée par de semblables accideiis. Tav escrtt déji fortement à la cour afin que l'on Irourc moyen de ne laisser pas inutile un honinH* de sa conndération, et j*eq>èrc qti'il sera satisfait sur ce poinl-lü. Il est injuste de se plaindre do ce que j'ay préféré dautres h liiy pour la levée ot le commandement dos troupes qui m'accompagnent. Il peut bien croire que j'uuiob tenu à beaucoup d'honneur et d'avantage qu'il euit voulu venir, ainsi que je l'cn atimis conjuré si jVusse cru qu'il eu oust U moindre pensée; mais J’ay cm que co seroit trop de hardiesse et mrsme impudence do m'adresser, pour une affaire de celte nature, è une personne avec qui je n'avob encon* aucune liaison. Du reste, U voit l'estât où je sub. Si ma fortune devu'iii
' Lfttni de llMarin a l'abbé foutieet, en date du iS décembre i6bi.