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tement de la propreté des rues, et, sans s'inquiéter des murmures, que d'Ormesson ne manque pas de relater ', il fit détruire les escaliers extérieurs et les saillies des maisons qui obstruaient la voie publique. Le conseil s'occupa aussi de la distribution des eaux, et supprima les fontaines particulières malgré les plaintes de personnages puissants. Aux rèclaniatioiis du chancelier, Colbert répondit qu'il devait l'exemple , et passa outre Ce fut en procédant avec cette fermeté qu'il parvint h transformer Paris. Secondé par la Reynie, pour lequel il fit établir, en 1667, la charge de lieutenant de police’, il réalisa des améliorations d'une haute importance. La ville fut éclairée par cinq mille fanaux, et bientôt celte innovation s’étendit À toutes les cités importantes de France. «De tous les eslablissemens qui ont esté faits dans nostre bonne ville de Paris, dit le préambule d'une des ordonnances’, il n'y en a aucun dont futilité soit plus sensible et mieux reconnue que celuy des lanternes qui esclairent toutes les rues, et, comme nous ne nous croyons pas moins obligé de pourvoir à la seureté et commodité des auUes villes de nostre royaume qu'à celle de la capitale, nous avons résolu d'y faire le mesme establissemeni et de leur fournir les moyens de le soutenir à perpétuité. « Toutes les rues de Paris furent pavées et leur propreté entretenue’. De nouveaux quais furent construits, les anciens réparés, et une garde à pied et à cheval veUla continuellement à la sûreté de la ville.
Ces questions de police, d'industrie, de commerce, de finances, de législation, étaient bien arides pour un roi de vingt ans qui aspirait à la gloire. Cependant Louis XIV sut en comprendre l'utilité et s'en occupa avec zèle. D’ailleurs Colbert, qui voulait s'emparer fortement de son esprit, ouvrait en même temps à l’activité du jeune monarque une carrière plus brillante. Il lui montrait la gloire des lettres et des arts entourant son trône, et lui parlait avec enthousiasme de l'immortabté qu'assurent aux rois les grands monuments. U Rien ne marque davantage, lui écrivait-il’, la grandeur et l'esprit des princes que les bastimens , et tousjoius la postérité les mesure à faune de ces superbes machines qu’ils ont élevées pendant leur vie. »
' Journal J'Oîniêr ttOriuêsoon, t. II,
’ Ibid. p. 481.
' dnc. lois yraafoûat, t. XV1U, p. 100.
— Œavrei Je Louis XIV, t. II, p. 370.
’ Ane. lois jTURçaises, t. XX, p. 396.
• m. t XVIU. p. 93. — De U Mare.
TmitiJe lapoîice, t. 1, p. i44-
* Cette lettre est citée par Lemontey, dam son Essai bio^raph. isir J. B. Colbert.
cxxx INTRODUCTION.
Ixjuis XIV ii'étail que trop dispose à suivre ces conseils, Paris cl la France durent à sa passion, secondée par le Nôtre, Mansard et Perrault, les uiagnificoiices de Versailles cl de Marly, la colonnade du Couvre, les Invalides, les jardins des Tuileries, les boulevards extérieurs de Paris, l'Observatoire, enfin les portes triompliales de Saint-Denis et de Saint-Martin, a II n'y avoil rien de grand ni de niagnillque qu'il ne se proposast d'exéeuler, a dit Ch. Perrault Cet écrivain atteste avec quelle attention vigilante Colbert surveillait lui-inèine l'execution des travaux. Oliv. d'Orinesson semble h peine avoir entrevu ces merveilles, qui s’élevaient coiimic par ciicbaiitement. Quelques mots sur les peintures de Mignard au Val dc-Gràce® et sur les tableaux de Le Brun’, voilà tout ce qu'il dit des magnificences de Louis .\IV. Il mentionne à peine, cl toujours avec blâme, les academies fondées par Colbert. Et cependant ce fut de i663 à 167a que s’organisèrent toutes ces compagnies si fécondes pour férudition, les sciences, les arts et les lettres. En 1 663 , Colbert institua l'aeadémic des Inscriptions cl Belles- Lettres, qui eut d'abord pour mission d'immortaliser par des médailles et des inscriptions la gloire de Louis XIV, et qui devint plus tard l'arbitre de l'érudition et de la critique bistorique. Trois ans après, en 1666, Colbert fonda l'académie des sciences, et appela en France l'astronome de Bologne, Dominique Cassini, auquel il confia la direction de l’Observatoire. Des académies de peinture, de sculpture, d'architecture et de mu.sique furent établies à Paris. Le Brun fut noinméa prince et chef» de l'école de peinture et de sculpture que Louis XIV venait de créer à Rome pour de jeunes arüstes français*. L'.\cadémic française, qui, jus([u’à la mort du cbancclier Séguier, se réunissait dans sa maison, fut logée au Louvre en 167a, et le roi s'honora du titre de protecteur de celle compagnie’.
Les Français illustres dans les lettres reçurent des encouragements Les étrangers ne furent pas oubliés, et la munilicence de Louis XIV alla chercher les savants dans les conli-ées lointaines. Iluyghens, Ileineccius, Heve
‘ Wm. de Cluirlei Perrrmlt, lis. I.
* /oarna/d'OIlv. d'Ormw . t. Iï,p. âo3.
’ tbid. p. 4ia.
* Arc. lois françaiseit t. XIX, p. 85 cl
* Alémoiree de Ch. Perrault, lîv. III —
D'Olivcl. Hut. de rAeaddmie /ran(ut$e, p. 1 5-31. édit. lySo, in* la.
• Mém de Ckarlet Perrault , pag. 5l et suivantes. — V'oyei dans les Œuvres de Im s XIV, t. I. p. aa3 et sniv. la liste des pensions accordées aux gens de lettres.
INTRODUCTION
lius, Viviani, Isaac Vossiiu cl beaucoup d'autrej en reçurent dV'clalants ténioignagca *. La lettre de Colbert à Vossius est célèbre : « Quoyque le roy ne soit pas vostre souverain , il veut cependant estre rostre bienfaiteur, etc. > La fondation du collège Mazarin (i665), du Journal des &n.-ants (ibfiG), de l’école des langues orientalei (1669), la réforme du Collège de France, qui fut soustrait à la surveillaDce du grand aumônier et placé sous l'autorité immédiate du roi, prouvent la sollicitude de Colbert pour le haut enseignement . Les voyages de Chardin, Dernier et Tavernier, encouragés par Louis XIV, dissipaient des erreurs et ajoutaient aux connaissances positives. Eulin Colbert tirait la bibliothèque royale d’un galetas de la rue de la Harpe pour lui donner un palais.
L'Église brillait alors du plus vif éclat. Bossuet faisait admirer sa mâle éloquence et était appelé è diriger l’éducation du Dauphin. Mascaron et Bourdaloue étaient dans toute la force de leur talent, et voyaient se presser autour de leur chaire un monde d'élite, où se confondaient les héros les plus illustres et les femmes les plus brillantes. Olivier d'Ormesson parle plusieurs fois de ces grands prédicateurs Il donne aussi quelques détails sur les partis qui divisaient l’Église, sur les jansénistes, les gallicans et les ultramontains’; il insiste principalement sur la paix de tÈglise', qui réconcilia pour trop peu de temps les jansénistes et leurs adversaires. Les solitaires de Port-Royal, Amauld et Nicolle, consacrèrent alors leur plume à la défense de la Perpétuité de la foi, pendant que Tillcmont préparait l’histoire des premiers siècles de l'Eglise.
Mais ce qui apparaît surtout dans cette dernière partie du Journal J Olivier d'Ormesson, c’est la lutte des ministres de Louis XIV. Colhert, tout en servant la France, ne s’était pas oublié. Olivier d’Ormesson a énu méré avec soin les faveurs, les richesses dont le roi l'avait comblé’, et les grandes alliances de ses filles, qui contrastaient avec l'humble origine de sa famille’. Il n’a oublié ni ses prétentions nobiliaires, ni certains travers qu'il lui attribue et dont ne parlent pas 1rs autres historiens La puissance de
' Voy. les lettres de Colbert à ces savants, Rev. rétrojp. a* série, Ll, p. 79-83. ’ Journal ,'ete. t II. p, 56 1, 601. etc.
’ Ihii. p. i3o, i3t, 348-353, 378, 380-383.
’ Journal d'Olivier dOrmessoa, t. Il, p. 55g-56o.
' Ibtd. p. 3i8, 389, 417.
* Jbid p. 4io. 483, 486. etc.
’ Ihd. p. 487-488, 548.
CIKII
INTRODUCTION
ce ministre semblait parvenue à son comble. Il avait obtenu pour son bis .Seignelay la direction de la marine; son oncle Pussort était l'âme des conseils qui travaillaient à la réforme des lois. A la mort du ehancelicr Séguier, on prétendit que Colbert aspirait â le remplacer. Ce qui est certain, c'est que la dignité de chancelier resta quelque temps vacante, et qu'on organisa un conseil du sceau où domina l'influence de Colbert ', Lorsque M. de Poniporme fut disgracié, ce fut un frère du ministre, Colbert de Croissy, qui lui succéda. Enfin un des bis de Colbert, abbé du Bec et archevêque de Rouen, occupait une des plus hautes |X>sitions de l'Église de France. Mais pour soutenir celte vaste fortune il fallait un travail opiniâtre et inces.sant . une application constante â flatter le maître , et une lutte acharnée contre d'implacables rivaux. En face des Colbert s'élevaient les Le Tellicr. Michel Le Tcllier sut conserver pendant toute sa vie ta faveur du roi. Un de ses fils était archevêque de Reims et premier prélat du royaume; l'autre disputait â Colbert la prépondérance dans le conseil, et. pour l'obtenir, il plongea la France dans des guerres interminables.
Olivier d'Ormesson donne de curieux détails sur la promotion de fabbe Le Tcllier â la dignité de coadjuteur de Reims’, sur f habileté avec laquelle cette aflaire bit préparée, et sur la ruse qu'on employa pour surprendre Louis XIV Quoique favorable â Le Tcllier, il ne peut s'empêcher de parler du blâme général que provoqua une faveur aussi exorbitante. Quant â Louvois, le Journal d'OUvirr d'Ormesson indique rapidement les pre^rès de sa faveur, mais il s'arrête précisément â l'époque où ce ministre, pour écraser Colbert, prépare à la France un avenir désastreux. Ce n'est pas dans notre Journal qu'il faut chercher les preuves du génie militaire de l/ouvois. Nous n en dirons que quelques mots.
La réorganisation de l'armée avait précédé l'entrée de Louvois au ministère. A la mort du duc d'Épernon, en i66a , la dignité do colonel général de l'infanterie française avait été supprimée. L'élite des troupes, licenciées après la paix des Pyrénées, avait été incorporée dans le régiment des gardes*; la compagnie des gendarmes-dauphins, insütuée’; l'infanterie, relevée par le choix des colonels et des autres ofliciers*. • Je déclarai mesme
* Joarafl/d’Of d’Ona. t. II . P- 6a5-5afi. * OFavrvi da /aatii.\7F, I, Il . p. ta.
’ rttd. p. 546 * Ibid.
' Ibid. * Ibid. p. i5 et i6.
INTRODUCTION
CXUlli
dit Louis XI'' dans ses Mémoires, que je ne donnerois plus d'emploi dans la cavalerie qu'è ceux qui auroient servi dans rinfantcric.i Afin de tenir tous les corps de troupes en baleine, le roi passa de fréquentes revues'. D'Omiesson parle plusieurs fois de ces mouvements de troupes; tuais, tout en convenant de la magnibcence des revues, il se plaint de la dépense excessive qu'on imposait aux officiers*, et ne voit dans ces manœuvres qu'un luxe puéril dont se moquaient les étrangers*. Peu à peu il en comprend l'importance et commence i penser que ces troupes nombreuses et bien disciplinées ne se borneront pas h de vaines parades*.
L'entrée de Louvois au ministère imprima une impulsion plus énergique 1 radministration militaire. Il y porta un caractère ardent et un zèle impétueux stimulés par l'ambition et soutenus par une infatigable activité. Centralisation et amélioration de toutes les parties du service militaire, telles furent les deux pensées qui dirigèrent lajuvois et qu'il parvint à réaliser. Tout fut subordonné au roi et 6 son ministre. Les divers régiments, qui portaient antérieurement les couleurs de leurs colonels, furent assujettis à l'uniforme*. Des inspecteurs spéciaux imposèrent les volontés du pouvoir central é tous les corps d'armée dispersés dans les provinces, surv<ùllèn'nt la conduite des chefc et la tenue des troupes*. Ils étaient perpétuellement cliaiigés , dans la crainte qu'ils ne prissent trop d'autorité*. Saint Simon prétend qu'ils ôtaient toute inffuence aux colonels*. Kn réduisant celte critique passionnée à sa juste valeur, ou reconnaît que cette institution avait enlevé aux colonels une puissance exorbitante et dont ils avaient souvent abusé. Il n'y eut plus d'autorité qui s’interposit entre le roi et l'armée. Marècliaux, lieutenants généraux, brigadiers (généraux de brigade créés en 1667 pour la cavalerie et en 1668 pour l'infanterie)*, colonels, tous les officiers, en un mot, relevèrent immédiatement du pouvoir central.
Cette organisation eut, dans la suite, de graves inconvénients; elle fit souvent dépendre le sort d'une campagne d'un ministre et de ses commis.
' C£nvm d» Louis XIV, p. ÔS et a64.
' Journal, t. U, p. 45>, 468.
' Ibid. p. 5o3.
* .éftcîennei lais fiancaisas , I. XVIII, p. 36g.
* Œuvras de Loms XIV, t. Il , p. 84-85.
* Seint-Simon, .llSmotrer.éd. Hachette, in-8*. t. Xll, p. 448.
' Ibid. p. 44g.
* Daniel, Hut. de ta miltee fronçasse, t. II. p. 4x et 81 .
INTRODUCTION
Rien de plus funeste, lorsque l'autorité tomba aux mains d'un Chamillart, qui se croyait le génie de Louvois, parce qu'il avait sa puissance'. Mais, dans les premières années de l'administration de Louvois, la vigueur de la centralisation produisit d'excellents résultats. La discipline la plus sévère remplaça l'ancienne licence des troupes. Peine de mort prononcée contre les déserteurs*, défense de s'écarter des garnisons*, répression énergique des désordres*, fixation précise de ce que pouvaient exiger les soldats en marche*, prescriptions minutieuses sur l’ordre des campements , sur le matériel et les approvisionnements militaires®, rien ne fut négligé pour régulariser les mouvements de l'armée, assurer le bien-être des troupes et protéger le bourgeois et le paysan contre les violences de la soldatesque. Les armées avaient des chariots pour le transport des vivres et du matériel, des ambulances pour les blessés'’. Un ennemi déclaré de Louvois, Saint-Simon , n'iiésitc pas à rcconnaitre cl à proclamer l'habileté de ce ministre pour l’organisation et l’entretien des troupes ; « Il les distribuoit avec grande connoissance, suivant leurs besoins, en des lieux où le soldat gagnoil sa vie et le cavalier se raccommodoit. Il avoit la mesine attention et les mesmes mesnagemons pour les officiers, qu’il restablissoit de mesme par les avantages des postes ou des quartiers d’hiver. C’est ce qu’il régloit lui-mesme et sans y paroistre le moins du monde que par des ordres secrets aux intendans. Il avoit l'œil attentif à une exécution précise, o
L'IIôtcl des invalides fut fondé en i (>7 1 , et ainsi fut réalisée la pensée, déjà ancienne, d'assurer aux soldats mutilés un asile tranquille et honorable. On voit ce projet se manifester sous Henri III et Henri IV et recevoir un commencement d’exécution par la fondation de quelques pensions en faveur de soldats infirmes*. Louis XIV leur donna le plus magnifique asile qui ait été ouvert au courage. Les armes furent perfectionnées. La baïonnette, placée à l'extrémité du fu.sil, remplaça la pique, dont l’usage
‘ Mém. de Berwtck, collection Pedtot.
3' série, t. LXVl.p. i5o-i5i.
* Ane. loi} françauf}, l. XVIII, p. igS. — OEnt-rts de Loiût XIV, 1. 11, p. 89.
* Ane. lois françaisa, t. .XVIII, p. 197.
* Œuvres de Louis XI V, l. II , p. 90-9 1 . ’ /éid. p. 90-93.
* .4/ic. lois Jrttnçuises , l. XIX, p. i4-i5- ’ L'ordonnance |X>ur les ambulonces n'est que de 1691 ; mais on voit dans \'Hittoirt de la milice française, par Daniel, qn'ellea existaient de fait dès 1 668.
' Ane. lois françaises, I. XIV, p. 699, et t. XV, p. Soi .
INTRODUCTION
4Îi
avait été maintenu jusqu'alors dans ics corps d’infanterie'. Chaque régiment eut ses compagnies d’élite. Les haras assurèrent la remonte de la cavalerie et perfectionnèrent la race chevaline*. Des escadrons de cuirassiers et de grenadiers à cheval furent organisés. Le corps des dragons s’accrut et cul un colonel général. La France emprunta aux étrangers le nom et l’arme des hussards. Des écoles d’artillerie furent établies à Douai, k Metz, et plus lard à Strasbourg. Le régiment d’artillerie se remplit bientôt d’ofliciers presque tous capables de conduire un .siège. Ils avaient l’exemple et les leçons d’un des homtnes les plus éminents de ce siècle, de Vauban. Il construisit et répara cent cinquante places fortes, et organisa le corps des ingénieurs.
La noblesse, trop longtemps accoutumée à obtenir d’emblée les dignités qui doivent être la récompense du mérite et de l’expérience, apprit è obéir avant de commander*. Des écoles de cadets la préparèrent au métier de la guerre. «On s’y ployoit par force, dit .Saint-Simon*, à estre confondu avec toutes sortes de gens et de toutes les espèces. i> L’avancement militaire fut aussi assujetti à des règles invariables. L’ancienneté, ou, comme on disait alors , l'ordre da tableau l’emporta sur la naissance*. Louvois ne toléra plus la négligence de ces colonels de cour, qui connaissaient à peine le régiment acheté en leur nom. On en trouve une preuve dans le passage suivant d'une lettre de M“* de Sévigné® ; « M. de Louvois dit l’autre jour tout haut à M. de Nogaret : Monsieur, vostre compagnie est en fort mauvais estât. — Monsieur, je ne lescavois pas. — Il faut le sçavoir, dit M. de Louvois; l’avez-vous vue.* — Non, monsieur, dit Nogaret. — Il faudroit l'avoir vue. monsieur. — Monsieur, j’y donnerai ordre, — Il faudroit l’avoir donné; il faut prendre parti, monsieur : ou se déclarer courtisan, ou s’acquitter de son devoir quand on est officier.» Ainsi, assujettissement de tous, quel que fût leur rang ou leur dignité, h l’autorité du roi, qui voulait rendre « toute condition
' i4nc. lois franf aises , t XVIII, p. 369. ’ Voltaire donne la d.vlc de 1 667 pour i'inslilulion des haras (Siècle de Louis XIV, ch. XXIX ); mois les deux ordonnances publiées dans les Anciennes lois françaises, I. XVIII, |). 63 et 310, sont, l’une de i663, l’autre de 1669.
’ Voltaire, Siècle de Louis XIV, chapitre XXIX.
* Mémoires, édition Hachette, in-8*.
t. XII, p. 438.
* Ibid. p. 43y.
* Lettre du 4 février 168g.
OJUVI
INTRODL'CTION.
simple peuple'; • et en même temps, activité, régularité, discipline sévère ; tels sont les prineipaux caractères de l'administration de Louvois.
Olivier d'Orinesson , qui n'entre pas dans ces détails d'organisation militaire, en indique les résultats, en traçant un tableau asseï complet des campagnes de Flandre (1667)’ et surtout de Franche-Comté (16C8)’. La faveur de lavuvois s'accrut par le succès de ces gvierres, Colbert s’en alarma . et, redoutant l'accord de Turenne cl de Ixtuvois, U lira de sa retraite le prince de Condé‘, qui , depuis la Fronde, vivait dans une sorte de disgréce. Malgré les brillants succès de Condé, Louvois continua de grandir dans la faveur du roi. En 16G8, il obtint la surintendance des postes et devint, en 1671, ciiancelier des ordres du roi. Alors la rivalité entre les ministres devint si ardente, que d'Orinesson écrivait, le a& novembre 1671, «qu'ils en estoient aux extrémités l'un contre l'autre*. « L'année suivante, Colbert empêcha Le Tellier de devenir chancelier, en déclarant que , s'il était nommé, il se retirerait*. Mais ce ne fut qu'un ajournement. La faveur de Louvois s'accrut encore pendant la guerre de Hollande, et son père parvint enfin i la dignité qu'il ambitionnait. Il fut i la tète de la magistrature, pendant qu'un de scs fils dirigeait les armées et que l'autre présidait les assemblées du clergé.
Louvois devint alors si puissant et si orgueilleux qu'on ne pouvait plus l'ahorder. «Il y eut l'autre jour, écrit M“ de Sévigné une vieille trèsdécrépite qui se présenta au dîner du roi; elle faisoit frayeur. Monsieur la repoussa et lui demanda ce qu'elle vouloit :« Hélas! monsieur, luidit-elle, je voudrais bien prier le roy de me faire parler i .M. de Louvois. • Le roi lui dit: «Tenez, voilé M. de Rheims qui le peut mieux que moi. «Cela réjouit fort tout le monde. « Tant que vécut Colbert , Louvois eut un rival, et Louis XIV, sans se laisser dominer par aucun d'eux, balança adroitement leur crédit, leurs talents, leurs eObrts. Il les récompensait magnifiquement, et les tenait en même temps dans une étroite sujétion , que leur rappelaient tantôt quelques paroles hautaines, tantôt des refus obstinés. Il écoutait ses conseillers, s'en servait et restait le maître. Sans doute il n'a pas créé les
' Mimoirei de Saint-Simon, édition Ha chelle. in-8*, I. Xlî. p. Ô4a.
* Journal, t. II, p. 5o5. 5o8 et suit.
■ Ikii. p. 54X-5A3
* Joarnal d’Qliv. J'Ormetl- 1. 11, p. ôaâ. ‘ /èid. p. 6i6.
• IM. p. 6.3 1.63a
' Lettre du it septembre 1676.
INTHODUCTION.
CWWII
grands ministres auxquels il a dù en partie l'illustration de son règne ; mais sans lui , sans sa volonté forte et persévérante, qui s'éleva au-dessus des plus vives oppositions pour réaliser leurs plans , la France eût vainement produit des Colbert et des Louvois.
Ce fut donc avec raison que les grands écrivains , interprètes des générations nouvelles, exaltèrent le règne de Louis \1V et célébrèrent ce prince , qui commençait comme Auguste avait fini. «Il n'est pas étonnant, écrivait Racine de voir un jeune homme gagner des batailles, de le voir mettre le feu par toute la terre. Il n'est pas impossible que la jeunesse et la fortune l'emportent victorieux jusqu'au fond des Indes. L'histoire est pleine déjeunes conquérans; et l'on sait avec quelle ardeur Votre Majesté elle-même a cherché les occasions de se signaler dans un âge où Alexandre ne faisoit encore que pleurer sur les victoires de son père. Mais elle me permettra de lui dire que. devant elle, on n'a point vu de roi qui, à l'âge d'Alexandre, ait fait paroitre la conduite d'Auguste; qui, sans s'éloigner presque du centre de son royaume, ait répandu sa lumière jusqu'au bout du monde , et qui ait commencé sa carrière par où les plus grands princes ont tâché d'achever la leur. <■ Boileau s'unissait à Racine pour célébrer les rois, bienfaiteurs des peuples, qui préfèrent à l'éclat des conquêtes la gloire des réformes pacifltpies*. Il rappelait, avec fingénieuse précision de son style , les institutions que fhistoirc expose en détail. Molière n’avait que des éloges pour ce prince ennemi de la fraude. Grâce â sa royale protection , il pouvait donner un libre essor â son génie et travailler â la réforme des mœurs et de la société. La chaire retentissait des louanges de Louis XIV, et Bossuet prêtait â l'autorité royale l'appui de son éloquence. Il existait, en un mot, une merveilleuse harmonie entre l'autorité politique et la puissance intellectuelle; elles se soutenaient et s’éclairaient muluelleinent.
Mais tant de réformes ne s'accomplissent pas sans blesser des intérêts considérables et froisser des sentiments quelquefois nobles et généreux. Ix;s familles parlementaires, si nombreuses et si puissantes au xvii* siècle, souffraient du silence auquel on les condamnait, de l'alTaiblisscment de leurs privilèges et de la diminution de leurs revenus. Les amis de Fouquet et des
' Épilre dédicaloirc de la tragédie d’dt&randrx. — ' Épître jiromière, vers l3o et suivants.
CIXIVIII
INTRODUCTION
nombreux financiers que poui-suivait la chambre de justice s'indi|,;naient de la dureté de Louis XIV et de scs ministres, [..a noblesse ne se résignait pas tout entière i échanger son indépendance contre la servitude des cours. Les rentiers accusaient l'I^.tat de banqueroute. De li l'opposition qui perce dans un certain nombre d'écrits contemporains. Leslettres do M^de Sévigné et surtout de Gui Patin portent la trace de cet esprit critique. Le 6 novembre 1666, Gui Patin écrivait : «Messieurs du Puy, qui estoient de fort bonnestes gens de la vieille trompe, des bons François, aüimi Romanoram, comme Brutus et Cassius dans les Annales de Tacite. • Et encore le 1 5 avril 1G67: «On ne parle ici que de banqueroutes, malheurs, désordres et pauvreté'.» Bussy-Rabutin traçait le roman satirique de la cour do Louis XIV. Olivier d'Ormesson se range parmi les adversaires du gouvernement. 11 se fait l'écho de toutes les plaintes , de toutes les inquiétudes , des bruits sinistres , des présages funestes-, il eniTgistre soigneusement l'expression du mécontentement des classes blessées dans leur intérêt ou dans leur vanité. Aussi, tout en signalant ce que son journal renfermait d'utile, ai-je dû, pour être juste, compléter les renseignements qu'il fournit et combattre le jugement qu'il porte sur l'administration de Louis XIV.
Malgré les lacunes et les défauts de cette dernière partie du Journal J’Olwiâr d'Ormesson, on doit reconnaître qu'elle fournit è l'histoire beaucoup de renseignements précieux et d'une authenticité incontestable. Ainsi le remboursement des rentes, la réforme des lois, l'influence personnelle de Louis XIV siégeant au milieu des jurisconsultes, la date précise des premiers travaux de la commission chargée de cette réforme , le nom des conseillera d'État , maîtres des requêtes et avocats qui y prirent part, le rôle secondaire du parlement, les détails de l'enregistrement des nouveaux codes, les obstacles que présenta leur exécution et dont la volonté de Louis XIV parvint à triompher; tous ces faits, incomplètement ou inexactement racontés par les historiens, sont retracés par un témoin véridique. Il en est de même des affaires ecclésiastiques, des efforts tentés parColbert pour diminuer le nombre des moines et des religieuses, de la lutte engagée, en 1 664 , entre les gallicans et les ultramontains, enfin de la paix de t Église
• Voy. encore le* lettre* des l'et 2a octobre i666s la mars et ao mai 1667,
lyjaQvier 1668, a6 avril et a3 novembre 1 669 , a juin et 1 4 août 1671, etc.
•'niized by-GuZ5gle
INTRODUCTION
cxxxu
due au pape Clément IX et â l'iicurciisc médiation de quelques évêques français
Tous ceux qui estiment l'exactitude clironologique , qui préfèrent la précision des faits et des dates é des récits vagues et pompeux, ou à des vues générales, tous ceux enfin qui aiment l'histoire consciencieuse, détaillée, féconde en renseignements sur les moeurs et les institutions, apprécieront l'importance du Journal d’Olivier d’Ormeaon. Il a surtout le mérite de faire revivre la société du xvii‘ siècle. Le récit simple et naturel de l'auteur retrace les relations, tour à tour graves et brillantes, de cette époque. Ses conversations avec Guillaume de Lamoignon , M“ de Sévigné , Turenne, Le Brun , Bossuet , transportent le lecteur dans un siècle fécond en esprits piquants et solides. On aime è parcourir, avec ce guide consciencieux, un monde si brillant. On oublie la misère des classes inférieures , les désordres scandaleux des grands , l'inégaUté odieuse créée et maintenue par l'injustice, l'abus des lettres de cachet et de tant d'autres mesures arbitraires, pour ne voir que cette société régulièrement organisée, où la vie était paisible, les croyances stables, les désirs limités; où régnait l'accord entre le souverain et le peuple; où le concours des volontés et des efforts avait pour résultat la grandeur do la France. La licence avait disparu, et l'ordre ne dégénérait pas encore en despotisme intolérable. Les finances étaient dans un état de prospérité que la France n'a atteint à aucune autre époque; nos vaisseaux couvraient les mers et |>ortaient avec une glorieuse fierté le pavillon français; de riches et vastes colonies ouvraient un débouché au commerce et à l'industrie; les lois étaient améliorées; une hiérarchie de fonctionnaires fortement organisée faisait respecter la pensée du pouvoir central jusqu'aux extrémités du royaume; l'armée savait vaincre et obéir; le génie littéraire, puissant et contenu, original et réguber, sobre dans sa fécondité, sévère dans son inspiration, présentait le type le plus parfait de l'esprit français; enfin l'Église réconciliée avait pour soutiens Amauld et Bossuet. On voudrait arrêter ce glorieux siècle sur la pente fatale où vont le précipiter l'orgueil et l'ambition du roi, et où l'entraine déjà l'ardent et funeste génie de Louvois. C'est, du moins, un spectacle plein de grandeur et de beauté que celui du siècle de Louis XIV dans ce moment de puissante et
* dournal dOtivuir dOrntuon, l. II, p. 556, 55g, 5Go.