‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 19 sur 83 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le vendredy du 9 décembre 1O61, dans la seconde séance^ où estoient MM. le pemier président’,' lc.s présidons de Nc.smond el Pontchartrain*; Poncet, d’Ormesson, Boucherai, Besnard’, maislres des Tequestes; Regnard*, Catinat’, Brillac et Fayet*, conseillers de la

' Olivier d'Orme»»on a donné |X)ur titre au commencement de ccUe seconde |iartie Journal de la dr joitîce

étahlie en di^em&re i661 dam la chambre det révtttont lés la chambre des comptes.

* VojfC*, pour la première séance, Tlntniductîori

' Le premier président était alors Guil* iauroe de Lamoi^^n, dont il a été question dans U première partie du Joamal d'Olmer d'Ormesson.

* Louis Phclypeaux de Pontchartrain , préaident à la cliambre des cumplcs depuis te a5 août i6Bo.

* Cyprien Beanard. seigneur de Reié ou Rcuy, maître des requêtes depuis le I q novembre 1 6ûS- Le Portrait det mattm des rfçtiérrsflit de lui : « A beaurrtiip d'hon-

neur et de réputation de faire sa charge. •

* Conseiller clerc de la grand'chainbre du parlement de Paris. «Très facile, sûr. de grande créance dan.s sa compagnie, a beaucoup d'honneur et de probité, n'est nullement intéressé.! [Tableau du parle ment.)

' (^nseiller de la grand'chambre.

I Homme d'honneur, très capable, boni d'intércsls. a grande probité et grande créance en la grand'chanibrc , est l‘un d&«> piliers de M. le premier préaident, a grande delTércnce aux sentimens de Pucclle, son gendre, cal asset despendant de M. Le Tellier et ami de M. Talon. • [Ibid.)

* Conseiller en la quatrième chambre des enquêtes. « Homme d'honneur, pieut .

sans intérests, d'un esprit asseï lent , mais

Dèconb. 1661.

JOURNAL

IXttiiib. i66i. cour; de Mou.Hsy et Le Ho&su le Jau, maislres des complcs; le Féron et Baussan, de la cour des aydes; Chouarl et Pussort, du grand conseil; .Sainte-Hélène, du parlcnjcnt de Rouen, M. Talon', avocat général et procureur général de ladite chambre , requit que la chambre donnas! un arrest général contre les traitans qui s’absenleroient, ainsy qu*il avoit esté fait par la chambre establie en i6a4-

II y eut deux diificiütés ; l'une que l’on donnoit rcscompense de 6,000 livres à tous prévosts et autres qui arre.steroient prisonniers les gens d’aiïaires qui s’absenteroient. Sur quoy fut observé que ce seroit donner une trop grande liberté aux prévosts, qui pourroient, sous ce prétexte, faire injure & qui ils voudroicnl, et il fut arresté que l’on réduiroit cette permission é l’encontre de ceux contre lesquels il y auroit decret de la chambre. La seconde difficulté estoit de prévenir les abus des traitans, qui pouvoient faire des promesses pour mettre leurs biens à couvert , et l’on proposa de faire rapporter toutes les promesses pour les 'parapher, afin de rendre milles celles qui seroient faites après. Cette précaution fut trouvée de trop grande conséquence, et il lut arresté qu’il n’en seroit point parié par l’arrest général, sauf à y pourvoir selon l’occasion particulière’.

Ce mesme jour, le procureur général dit qu’ayant eu avis de la retraite de Catelan’, il avoit envoyé garnison chei luy et requéroit qu’il fust décrété prise de corps contre luy k cause de son absence, suivant l’édit; ce qui lut arresté, et MM. Poncet et Sainte-Hélène

tcnibre i65aju«]ues à la Ttn d'avril i653.

* L'arrêt est Iraïucrit dans le tome 1 du Journal de la chambre de Jaitica, par Foucault, f** 5i -53. A la suite ae trouve le moniloire publié dam toutes les paroisses de Paris le diruanebe 1 1 décembre, pour menacer d'excommunication ceux qui ne dénonceraient pas les Imitants, les roceleiirs de leurs biens, etc.

' Catelan est appelé lecrétaire da coanil dons le Journal de Foncattlt, t. I, P 58 r'. C'était un des principaux Imitants

connoissant tes affaires du Palais, estimé dans sa cbambre pour son intégrité, est peu gouverné, n'est ni porté pour la cour ni contre, apportant un tempérament raisonnable aux affaires publiques, a [Tableau du parlement. )

' Denis Talon . fils d'Omer Talon , d'abord avocat du roi au Châtelet , succéda à son père dans la charge d'avocat général , en i65x, et mourut en iCqS. â l'âge de soixante et dix am. Il a continué les Mémoires de son père depuis le mois de sep-

Digitizidliy Gbogle

dépîilés pour infonner de l’absence et lever le scellé et faire la des- n^cnb. iS6i. cription des papiers.

MM. Catinat et le Féron furent députés pour aller chez Boyléve' infonner de son absence et poser le scellé, et MM. Regnard et Pussort pour aller aussy informer de l'absence de Bruant^.

Le samedy lo décembre, à la séance de ladite chambre, M. Le Tellier, marquis de Louvois’, entra comme conseiller du parlement de Metz, et l’on convint que la séance entre les conseillers du parlement estoit selon l’antiquité de leur érection.

Sur le rapport fait de la perquisition de Boyléve et information faite en sa maison, il fut décrété prise de corps contre luy, idem contre Bruant.

' Un des (joanders poursuids.

* Bruant des Carrières, un des principauK comtois de Fouqucl. Un nunusent du temps (Arch. de TEmp. aect. jud. U. 9G), qui donne quelques déUÎU sur Bruant, atteste que Ion cherchait à rendre Colbert odieut en attribuant i des motifs honleox I acharnement avec leqml il poursuivait les fioanders. Je ne cite ce manuscrit que c-omtnc un pamphlet qui montre par quels mujens on réussit à fausser l’opinioo publique. •Bruant, dit ce manuscrit, sortit en secret du royaume et se relira à Liège dès qu'il rit son maislrc •ireslé. La citarobre de justice luy lit son procès par contumace et le condamna à estre pendu, après avoir su|q>rimé sa cbaqçe de maistre des comptes. La maison qu'il avoil achetée de Marguerite Rancliin. veuve de Gaude Vanel. sise rue Neore-dea-Petiu-Cbamps , moyennant i&o.ooo livres, estant è la bienséance de M. Colbert, parce qu'elle toochoHà celle de Bautru qa’U avoit acquise et où il demeuroit, devint à iuy par l’artilice dont il se servit, sans mettre la main k la bourse.

La chambre do justice rendit arrc.slcontn.‘ 1a veuve et les héritiers Vanel, comme estant impliqués dans U recherche de»

gens d'affaires, et, d'autant plus que cette maison avoit passé des héritiers Vanel é» mains des héritiers de Girardin, lequel Girardin avoit esté taxé par la chambre à nne grosse somme, et d'abondant la succession de Claude Girardin taxée par M. Colbert à lao.ooo livres, quoyqu'ii n'eusl jamais esté intéressé dans les affaires du roy, mais seulement à cause que U. Colbert vouloit avoir cette maison, et BOUS prétexte qu'il avoit beaucoup gagmdans U charge de contr^eur des gages des officiers du parlement de Rouen. En conséquence de quoy M. Colbert se lit adjuger ladite maison, et de peur qu'on ne revinst contre luy à cause de la luauvaise procédure, il s'en ûl faire une donation par sa majesté. •

* Françoia-Michel Le Tellier, marqué de Louvois; il obtint 1a survivance du ministère de la guerre dès 1669. devint secr^ire d'Étet en 166G. et mourut le 16 juillet 1691.

JüUHNAI,

IXcemb- 1661. M. Talon, procureur général, demanda l'ordre de la chambre pour envoyer chez tous banquiers , courtiers et autres, qui avoient traliqué des billets de l’espargne', pour faire saisir leurs registres et recevoir leurs déclarations; quelques unsvouloient que plusieurs de Messieurs fussent commis pour cela; mais il fut trouvé plus à propos de le faire faire par des commissaires du Chastellet’, et on décida tpie M. le procureur général en useroit avec beaucoup de discrétion pour ne pas niyner le commerce.

Le lundy lî décembre, à la séance de ladite chambre, MM. Massenau, conseiller au parlement de Toulouse, et Francon, conseiller du parlement de Grenoble, prirent phee, et il ne se passa rien de considérable en celte matinée, sinon qu’on proposa d'estaltlir ladite chambre dans celle de la Monnoye située au rlcssus, où elle trouveroit toutes scs commocblés pour la grandeur de la chambre, le parquet, le greffe, la buvette, le cabinet et autres logemens.

Le mcrcredy i4 décembre, l’intcriogatoire de Martin’, greffier de la première chambre des enquestes, oncle de la femme de Bruant, et chez lequel l’on avoit caché les principaux papiers de Bruant, ayant esté lu, il fut ordonné qu’il seroit cslargi, et chacun parla avantageusement de sa capacité, de sa probité et de sa modération, rendant aux parties l'argent, lorsqu’elles lui en payoient plus que ses droits ne montoient.

Le jeudy 1 6 décembre, le procureur général remonstra* que dans

* On prul Yoir, dans rinlroduction, cütnmenl on trafiquait des billeU de Té* pargne.

* LcscomniiasnirusduChÂtelet devaient seulement saisir Ici registres des banquiers et les soumettre aux membres de la chambre de justice qui seraient cliargtis de les examiner. (Joumaf de Fourauli , 1. 1,

* Cet interrogatoire avait été fait par le conseiller Begnard, commis à ccl eflel.

(IM 1^ 63 r*.)

* Le Journal de Foucault (t. 1 , f* G3 r*) est ici plus explidic : • Le procureur général a remonslré que , de notoriété publique, il s'estoit commis une intiiiilé dabus et de malversations dans les finances; qu'ü estoit bien diflîcüe que les prindpaut oflîciers, qui en avoient le maniement, n'euBscnl pas participé à ces désordre.s, que les ûnanecs du roy avoient esté é|Mji- Srées, dans les temps difliciles, par des réformaüons de billets de Tespargne.

quittances et ordonnances, mais que Tes*

D'OLIVIEB LEFÈVRE D’ORMESSON. 5

la recherche qu’il faisoit pour avoir connoissance des billets de l’es- Wc«iiib. isci. pargnc, il Irouvoit que son soin seroit inutile, si les registres secrets des trésoriers de l’espargne n’estoient représentés, et, comme tandis qu’iLs feroient l’exercice de leurs chaînes, il ne seroit pas facile d’en avoir les lumières entières, il supplioit la chambre de représenter au roy qu’il estoit très important de les desposséder de leurs charges • et de commettre è leur exercice, et qu’il ne doutoit pas que le roy n’eust agréable cette prière; et se retirant il mit sa requeste ès mains de M. Poncet.

11 estoit aisé de délibérer sur cette affaire, parce que chacun savoit que le roy avoit déjà despossédé les trésoriers de l’espargno', et commis le sieur de Bartillac’, trésorier de la maison de la reyne, pour faire la charge de M. do la Bazinière, qui entroit en exercice en 1 66s.

Ainsy il fut arresté que le procureur général de la chambre iroit trouver le roy de la part de la chambre et luy feroil le» uiesmes remonstrauces qu’il avoit faites à la chambre; mais, selon l’avis de M. Bouchcrat, qui fut suivi, l’on y ajouta les trésoriers des parties^ casuelles, y ayant autant de justice de les desposséder que les trésoriers de l’espargne’.

Le secret de cet avis estoit pour obliger les trésoriers de l’espai^ne et rendre leur condition meilleure par le nombre, et que l’on croyoil que l’on vouloit espargner les trésoriers des parties casuelles à cause des Monnerot, protégés de M. le comte de Saint-Aignan*.

cUircUsement de» abus »eroil impoAsible, 8Î le* n?^»tres de l’eapargiic, Kde» de camplant et autres papiers, a'vstoienl re* présentes, etc. »

* Il y avait alors trois trésoriers de l'é' pargnc : de ia Batioicre, Jeannin de Castille ci de Guénégaud, frère du secrétaire d'Étal. Ils étaient triennaux, c'cnl- à-dire qu'iU exerçaient leur charge de ItoLa ans en trois ans Mlemativement.

* Ce trésorier est quelquefois nommé BartilJat.

* Le /ottrmi/dcFoiïeWt (l. I, I^63*b4).

qui donne les avis des divers membres de la chambre dans cette délibération, exprime ainsi celui de Boucherai : « M. Bou chcrat a ajouté à cet avis qu'ü estoit à propos de commettre (c'est-à-dire nommer par commission) à l'exercice des charge»

des trésoriers des parties casuelles qui avoienl esté dans les traités. »

* François de Beauvillicrs, comte, puis duc de Sainl-Aignan , mort le i6 juin

JOUKNAL

4invi<T

Le jcudy ïg décembre, ne s'esUnt rien fait de considérable dans les séances précédentes', le procureur général remonstra que l’un des principaux abus, qui avoil esté commis dans l’administration des finances, estoit que beaucoup de personnes de condition et de toute profession avoiciit pris part dans les fermes ou y avoient reçu des pensions, et que quelquefois ceux qui en estoient les juges y estoient intéressés; que, pour cacher cet abus, les cautionnemens des associés ne se trouvoient plus au grctfe du conseil, les minutes originales en ayant esté retirées, et que, pour descouvrir la vérité de ce désordre, il requéroil que tous les fermiers du roy, depuis l’année 1 635, leurs veuves et héritiers seroient tenus de représenter au greffe de la chambre leius baux, et faire déclaration de ceux qui estoient leurs associés directement ou indirectement, ou qui prenoient des pensions; rapporter leurs r^istres et comptes de société, pour, iceux vus, requérir ce que de raison. Cette réquisition fut trouvée fort juste et importante, et l’on y ajouta tous les traitans pour voir leurs traités ^et tous les arrests qui avoient esté donnés en exécution ou interprétation d’iceux. Car souvent, par des arrests postérieurs, l’on changeoit les traités’.

Le lundy a janvier i66a, quelques alfairrs et requestes particulières ayant esté rapportées, le procureur général remonstra qu'en exécution de la déclaration, ayant eu plusieurs avis des meubles recélés et en ayant esté descouvert plusieurs, il estoit très important d’en ordonner la confiscation, sans attendre que les gens d’affaires auxquels ils appartenoient fussent dénoncés ou condamnés; que la

* Olivier d'Omesson omel coniplétenicnl Icâ séance» des 17, 19 elaa décembre. On en trouvera un récit ctendn dans le Journal da Foocnidt, 1. 1 . f** 6!>-69.

' A la fîn de l'année 16G1, 1a chambre de justice fut transférée dans la salle où la cour des monnaies tenait sa juridic* lion. On trouve rordonnance de translation dans le Joamal de Foucaull (t. I . f ** 74'

7&). Le même journal (t. I»r7b éis) donne le modèle des jetons distribués par ordre du roi aux membres de U chambre de justice. Ils représentent, d'un côté, la justice tenant une balance avec cette légende r Examinundo nreu/o; de l'autre, un trépied d'où jaillissent des flammes avec celle inscription : A arum omne prohabit; au bas est le millésime de 166a.

déclaration, conforme é celle de i6a4, l’avoit ainsy réglé, et qu’il ,b6i.

falloit ou faire cesser la chambre de justice , ou empescher par la rigueur et la sévérité le diverlissenient que tous les gens d’affaires faisoient de leurs meubles et effets. Celte remonstrance estoil faite à l’occasion de quelque vaisselle d’argent et autres meubles appartenant à Catelan recélés dans le collège de Navarre. Cette affaire ayant esté trouvée très importante, la délibération en fut remise â un autre jour.

Ce mesine joui-, M. le procureur général requit l’enregistrement d’un arrest du conseil d’en haut, par lequel le loy ordonnoit à tous les tré.soriers de l’espargne et des parties casuelles de représenter, devant les commissaires qui seroient nommés j>jr la chambre de justice, leurs comptes et registres particuliers pour en tirer des extraits*.

Il fut ordonné que cet arrest seroit enregistré.

Le procureur général remonstra ensuite, suivant une requeste (|u’il avoit baillée, que les comptables qui estoient rétentionnaires de plusieurs deniers et dont les parties estaient en .surséance dans leurs comptes, travailloicnl incessamment à faire «cslablir ces parties et apurer leurs comptes, pour se mettre à couvert de la recherche des abus qu'ils avoient commis, etc. Comme les conclusions de cette requeste contenoient plusieurs chefs, dont les uns estoient bons et les autres mauvais, il fut arresté que cette affaire seroit examinée chez M. le premier président.

Le mercredy 4 janvier, je n’entrai pas à la chambre , et je s^us qu'il n’y avoit esté parlé d’aucune affaire considérable.

Le jeudy 5 janvier, l’affaire de l’apurement des comptes fut terminée , et par arrest il fut ordonné que les deniers demeurés plus de vingt ans ès mains des receveurs et payeurs, appartenant 4 des particuliers, seroient déclarés acquis au roy; que, pour cet effet, il seroit tiré extraits des parties tenues en souffrance dans les comptes,

* D'après le Jovnat de FonceuU ( t. I , estoil que non seulement tous les grefies ,

f* 7ë V*}. le procureur géoèml , Denis Ta- mais encore tout ce qu’il y a de plus se-

ion, s'exprima ainsi ;• Sa majesicaroit fait cret dans son espargne fust ouvert â la

entendre à luy qui parle que son intention diambre, etc.*

JOURNAL

iinvior ■<<«>. avec delTenses aux comptables seulement de faire rcstablir ni apurer leurs comptes, sauf aux particuliers à faire lever les extraits en la cbambrc des comptes en la manière accmistuniée.

La rcqueste de M. de la Terrière fut rapportée pour estre reçu opposant à l’arrest qui évoquoit son procès pendant au conseil contre Savaron.

11 fut lu une lettre de cachet du roy‘ adressante à la chambre, par laquelle S. M. voulant prévenir la contestation qui pouvoit arriver entre le sieur du Verdier, conseiller du parlement de Bordeaux et le sieur Francon, conseiller au parlement de Grenoble, pour leur séance dans la chambre dejysticc, suivant l'exemple de ce qui s’estoit pratiqué entre les députés desdits parlemens dans l'assemblée des notables en iCa6, S. M. vouloit que la préséance fiist alternative, en donnant celle du premier jour au conseiller du parlement de Bordeaux’. Cette lettre fut enregistrée.

Le samedy 7 janvier, l’affaire pour la saisie des meubles de Calelan recélés dans le collège de Navarre fut jugée. Il y eut diversité d'avis; mais il passa à déclarer ces meubles confisqués au roy dès i présent, sans attendre le jugement de la contumace, la déclaration l'ordonnant ainsv, mesme à l’esgard de ceux qui n’estoient point defférés, pour les punir du divertissement de leurs meubles, n'y ayant autre moyen d’empeseber les financiers de cacher et récéler leurs meubles et effets, la sévérité estant très nécessaire sur ce sujet’,

' Cette lettre »e trouve dens le Jourflut 4e Foucault {L I, T ftt v*),

’ Cette question de préBéancc donne lieu k de longues discussions, comme te prouve le Joanutl de Foucault (t. 1 . f Sa v',

«ni-

* l.eC Journai d^Oinier (rOrmêUon c»l interrompu jusqu’au 3 mars de la même année. Le Journal de Foucault donne les procèa-verbaux de» séance:» de* 9, 11,1a. là, 16. i8« 19, ao, a3» aS, 3o janviee;

1”. 4v 6, S» 9, 11, i3, i5, 16. 18, ao*

a3, a6, 37 février; i* cl a mars. G?»

séances sont remplies principalement de rapports relatifs aux traitants, à leurs familles et à leurs associés. A la séance du a3 février, le procureur général représenta é lo chambre (Journal de Foucault, 1. 1, f 1 1 r”, sqq ) «que, comme les circonstance* de son cstablis.sement et IVstenduo de son pouvoir esloicnt fort difTérens de ce qui Bvoit paru dans le» clukinbres de jutltce précédentes, qu'aussy les matières qui »y traitoienl estoient bien plus p'andes et

— ^ giti^edbvi.C^iL'gle

D'OLIVIEW LEFÈVRE D'ORMESSON.

Le vendredy 3 mars, en la chambre de justice, M. Poncel ayant m» rapporté les défauts et contumaces contre Bruant pour faire ordonner

d'une «ulre nalure que celles qui avoieal esté autrefois traitées dans les autres chambres; que tout ce dont elles aroient connu osioit renfermé ^nnV le» questions de lalsilication de rôles, de quittances, doubles emplois et autres choses de cette qualité ; mais que , dans les derniers temps . les Irailans, preslcurs, agens d’affaires, avoient trouvé tant de facilité à se faire accorder de grandes rouiscs , k passer des lyifilrabdercntect de billets do l'cspargne (|u'ils avoient achetés à rü prix, et à se faire accorder de gros intéresls, lesifuels ils avoient pris avec tant d'usure et d'excès que. par CCS voies de surprise, ils avoient consommé la meilleure porlie des fonds qui dévoient venir à l'cspargne . par le lYKiyen de prests et presls sur prests ^lar eux faits; ce qui devoit estre le principal sujet de l'appUcation de la chambre pour rctran> cher toutes les conditions injustes et préjudiciables, aux inlérests du roy. et que. l>our cet effet . il esloit néé^saire que les traiuns rapportassent leurs trnllés et le» prestcurs leurs arrcsls de prests pour en examiner les conditions et y pourvoir. »

A la séance du a mars {/oanal d* Foucault, 1. 1, f*' 117 v*, 1 18, 1 19) se trouve une déposition relative à Guurvüle et une copie du traité fait entre Guurrillo et deux autres i'manciers pour le» tailles, en date du 17 septembre t66o. — Le manuscrit des Archives de l'Empire G, 96. donne les renseignements suivants sur Gourvîlle , dont on peut d’ailleurs consulter les Mémoires ; • Jean Airaut de Gourville avoil commencé par estre domestique de M. de la Rochefoucauld . que l'on nommoit en

ce tciyM-IÀ le prince de MarsilUc. M. le Prince, dit le Grand Condé. luy demanda un domestique, homme d'esprit, qui pusl luy estre un homme de confiance. M. de la Rochefoucauld luy rc»{Kindit qu'il avoil un garçon qui le serriroil qui avoil beaucoup d'esprit et estoit propre k tout; que. s'il vouloit le mettre en ccuvrc, il s’en Irouteroil bien. M. le Prince Iiiy re»|>ondit que, pour s'en servir, il falloii le faire habiller comme un hoiinesie homme. Cour ville se mit en estât de paroisti^ devant luy. M. le Prince l'agréa et prit p«r la suite tant de confiance en luy. qu'il le chargea de ses affaires les plus de conséquence. Gourville n'eut pas de peine à ^ire sa fortune Le pouvoir et l’autorité du prince luy en frayèrent le chemin. II fut avide de gain et se fit des ennemis; mai» comme il esloit supporté par un prince de grand crédit . d'une bravoure et d’un mérite infini, il ne craignoit personne La jalousie aniins scs ennemis; on le cita en JusticG comme concussionnaire et atteini du crime de péculat ^et comme] ayant fait des levées sur le peuple, pariicuiièrement pendant le» guerres de Paris; son procès ^luy fut fait. 11 fut condaraiié à estre pendu. L'hoslel de Condé luy servit d’asile et le pouvoir de son maîstre luy sauva b vie M, le Prince avoit voulu prévoir [prévenir] cela : car, lorsque les princes qui avoient esté contre le roy prirent de» lettre» d'abolition et de gréce, M. le Prince voulut y faire comprendre le sieur de Gourville, mais le roy ne le voulut |>as.

• Cependant Gourville, ayant tousjour»

le c<tur de son prince et estant devenu

JOURNAL

Mur» 1 66». que les tesmoin.s seroicnt recolc.s' et que le recolement vaudroit confronlatiou, M. Catinat ayant rapporté ceux contre Boylève, et M. Rcgnard contre Catelan, M. le procureur général entra, qui dit que , par la connoissance qu’il prénuit tous les jours des alFaires de finances, il y avnit remarqué tant de dé.sortlres, que jamais il n’en avoit esté fait nn plus grand pillage et dépréda^jon; par les informations faites contre Uruant, il y avoit preuve d’une (flssipation extraordinaire, et que ce désordre venoit principalement de M. Fouquet, qui en esloit lors l’ordonnateur, et qu’il ne pouvoit dissimuler qu’il n'en fust coupable. C'est pourquoy il deiuauduit qu’il lui fiist permis d’en faire informer, et, ce pendant, qu'il fust interrogé sur les faits résidtant des informations faites contre Bruant et sur autres pièces. Et ayant remis sa rcqueste par escrit es mains de M. Poncet, il se retira.

M. Poncet, avant que faire lecture de ladite requeste, de sa place, déclara qu’il y avoit quelque parenté entre luy et M. Fouquet, environ au cinquième ou au sixième degré’, et se retira.

M. Bouclierat dit ensuite qu’il y avoit aiis.sy parenté, mais outre ce une inimitié déclarée, et raconta ce qui s’estoit passé pour la récep-

«on inleiiJant et le elief de luaisun , fut lolujoun bien veau à ia cour, tant par son eaprit supérieur que par i'autonlé de ccluy à qui il appartenoit, ea sorte qu'à la mort do M. ('.olberl (i683). Ü fut sur les rangs {Kiur esire contrôleur générai des • finances, el raiiroil esté, si M. le clian-

edier Le TellJer et M. de Louvoi», son bh. n'eussent fait connuistre au roy que cela ne se pouvoit, parce que Goiirville avoit une tache dont il n'estoit pas encore bvé, et que ce scroit un reproche pour une personne qui devoit npprocl»er de sa majesté et avoir part a son secret.

s Tout ce qui est dit cy*dessus est prouvé par la réserve qui fut faite dans larrest

d'abolition pour les gens d'affaires, qui les descharge gé^ralcmcnt de tout et leur permet d'entrer dans les cnm|iagnies supérieures du royaume, cxcepuni loutesfois Nicolas Fouquet. Bruant, Jean Aimiit de Gourville , etc. • — J'ai déjà fait remarquer que ce manuscrit est favorable aui rmiuicicrs poursuivis par la cliambre de justice.

' Terme de pratique qui signifiait qu'on lisait aux témoins leur déposition pour s'assurer s'ils y persévéraient.

* On trouvera <laii» le Journal de Foucault (t, VUI, f*‘ I V* et a r* el v*J la généalogie qui établit une parenté éloignée entre les lamilies Poncet el Fouquet

— - jîîîzèd by CfOgle

D-OI.IVIER LEFÈVRE DORMESSON. Il

tion de M. Fourcy, son gendre*, en la chaigc de présidenl aux enquestes, et à cause de laliaynequcM.Foiiqiiellui portoit. M. Boucherai s'estant retiré, je déclaray aussy que M. de Fourcy estoit mon beaufrère*, et, bien que, de mon chef. Il n’y eust ni parenté ni inimitié entre M. Fouquet et moy, ncantmoins, par la considération de M. de Fourcy, je me retiray. MM. Besnard, Brillac, Otinat et le Bossu lirent de mesme , allé.guant une parenté fort csloigncc.

Sur quoy, la chambre ayant délibéré sans avoir mandé le procu- ” reur général pour prendre des conclusions, il fut prononcé à M. Boucherai derrière le barreau*, quo.la chambre le dispensoit d’estre juge, et à tous les autres qu'ils demeureroient juges, et après, ayant repris nos places, la requeste fut lue contre M. Fouquet, et chacun opina sans parler suivant les conclusions. •

Le samedy a mars, après niidy, l'on entendit les sieurs Coquille* et Lefehure* par interrogatoire .par escrit sur l'alTaire des commissaires des tailles, parce qu’ils disoient des choses qui pouvoient regarder M. Fouquet; et ensuite le traité desdits offices fut cassé et il fut ordonné que lesdits Coquille et Lefehure compteroient de clerc à maistre*. Ce mesme jour. MM. Poncet et Regnard furent interroger M. Fouquet au bois de Vincennes.

Le lundy fi mars, après midy, en ladite chambre, on apprit que M. Fouquet avoit fait beaucoup d'accueil aux commissaires et avoil respondu le matin et après le disner*. L’on rapporta la déclaratictn du roy pour régler les intérests des grests et les réduire au denier qua-

' Le TahUatt du parUnunt mentionne de Fourcy comme président de la troisi^e cbembre des enquêtes, et il en fait l'éioge.

’ Voy. la biograpliie d'Olivier d'Omm- •on dana l'Intinductian , en tête du premier volume.

' Le /ouraal de Foucon/t (L VIII, f* 3 r‘) porte demèrt It 6urww;je pense qu'il a'u. ^t de la barre ou barmn où «nnparuiasaieni les pésideurs.

Claude Coquille est déaigiié, dana le Tournai de VoacauU (I. t , f* 1 1 7 v*], comme secrétoire da roi et rrreveur tjd/iéral des finaaees à Pans.

* Simon Lefebure. secrétaire du roi.

(/W.r .igv-.)

* Le Jotsmul de Fsssscault (t. I.f*' 13.S- 137} donne l'inlerroguloire et l'arrêt.

* Voyet ta suite des inierrogstnire' de Fouquet d^s le Josuiusl de Foticaall R. \^Ut, f** é. i43. tbi et tgo], ^ *

JOUItNAL

Juin ifitn. torze' à l’éganl des trésorier» de res|jargnc et fermiers, cl au denier doute’ à l’égard des autres. Je ii’expli(]uerai pas celle déclaration, parce que j’en aurai une copie

L’on conimcn<;a h juger quelques ordonnances do remises de traités pour les réduire au sixième, et il fut arresté qu'on entendroit le.s traitans verbalement A la chambre*.

Le mercredy i4 juin, les conseillers de la chambre de justice s’estant a.ssemblés à sept heures du matin, MM. Poncel et Regnard estant au bureau, rapportèrent l’instruction qui avoil esté faite contre M. F oiiquet, et Ton conmiença la lecture de son premier interrogatoire, qui dura quatre heures, et n'estant pas achevée elle fut remise  vendredy.

Cet interrogatoire nu^ parut bien dicté, et il me parut que toutes les icspoiiscs de M. Fouquet estoient laites avec beaucoup de présence d’esprit et aussy bien tournées qu'elles le pouvoient estre, n'omcltant rien de ce qu'il pouvoit dire. Il n'est pas possible de reprendre icy tous les points de cet interrogatoire. 11 sera plus aisé de le fair^ dans la suite.

Le vendredy 16 juin, la chambre s'estant assemblée à dix heures, la lecture du premier interrogatoire fut achevée et dura jusque» à inidy. A la fin, M. Fouquet reprend tous les chefs, sur lesquels il est

* t-ié P o/o-

' Celte déclaration se trouve dans Je Journal Je FoucauU, 1. 1, f* 139. s<]q. »

' Le Journal passe immédialeincnl nu mois de juin 1663. — Les ppocès-verbaui de.» sêanc<» omises dans le Journal dOli> vter J'Onncisonie trouvent dans le Journal J^FoucauU, I. ],f** i3ii-3Âi>Ces séances ftjrenl presque exclusivement consacrées à de4i poursuites contre les financiers et n juger les appels des sentences rendues par les subdélégués. On ^it dans le ma* nuj^rü Foucault que Pierre Pccquot fut

noumié, par ordonnance royale du 1 6 mars 1663. pour faire la rerclle des deniers * de la diambre. et que le roi enjoignit À la chambre de justice de siéger malin et soir (ifcfj. f"* 175 et suiv.). — Le aa mai 16^, M. Gliouart. conseiller au grartd conseil, obtint du roi la permission de ac retirer de la chambre et fut remplacé par Coissotte de Gisaocourt, conseiller au même conseil (lAirf. f* a 10 v*), et Le Tellier de Louvois par de Feirîol, conseiller au par* lement de MeU {ibid. P aia r*). — Plusieurs constitutions de rentes, bites au profil des gens d'afiaircs , furent annulées.

interrogé et respond & tous avec beaucoup d'esprit, et proteste tous- j jours de sc pourvoir devant le roy et au parlement devant ses juges naturels', et supplie la chambre de luy administrer conseil pour sa deffense.

Le samedy 1 7 juin, la chambre assemblée à sept heures du matin, le second interrogatoire fut lu, qui conceriioit la consommation des six millions de livres", sur laquelle M. Jcanniu’ avoit esté interrogé, et plusieurs autres consommations. Les responses alloient à desnier les avoir ordonnées, et, que si l'on lui représentoit scs papiers et les registres de l’espargne, il en rendroit bon compte. 11 continua les mesmos protestations et ajouta celle de récuser M. Voisin* et M. Talon, sans néantmoins en dire les moyens.

On lut ensuite la déposition de quelques tesmoins sur le fait que l'espargnc se faisoit chez M. Fouquet par ses commis, et sur une pension de 130,000 livres, que l’on prétend qu’il Tecevoit des fermiers des gabelles. On lut ensuite le projet cscrit de sa main de tout ce qui estoit à faire, en cas que .M. le cardinal le Qst arrester prisonnier. Cette pièce est faite avec esprit, mais sans solidité ni jugement, extravagante et chimérique".

Ou lut ensuite deux billets, l'un du sieur Deslandes", commandant dans Concarneau en Bretagne; l’autre de M. Maridor, président en iacour des aydes", portant un engagement de servir M. Fouquet envers tous et contre tous.

Les conclusions furent d'ordonner que M. Fouquet seroit arresté et recommandé dans le chasteau du bois de Vincenues; qu’il seroit

* Fouquet avait été procureur général au parlement de Paris, et se prétendait justiciable de ce tribunal en qualité d'ancien oflicier du parlement

' Il sera souvent question de ces six millions de billets réassignés au proGt de Fouquet.

Nicolas Jeannin de Castille, baron de Monljeu, un des trésoriers de l'épargne.

* Jean-Baptiste Voisin ou Voysin. seigneur de la Noraje . reçu maître des requêtes le 1 1 juillet 1 65 1 .

* Cl.Joariuilde Foacaall, t VUI.f" dOr".

sqq. Ce projet a été publié par M. P. Clément, dans TéAdosuf-Fouquet en télé de l'Hiitoireda Cdléert. p. éi-éy-,

* /ounul do Foutaull, I. Vlll, P 3o.

’ Ibid.

joi;rnal

Jimi i66s. confrouté au Mcur Jcannin et aux tesmoins ouys et autres; décret de prise de corps contre Deslandcs, et que le sieur de Maridor seroil ouy par sa bouche.

Les opinions ne Rirent did’érentes que sur le fait du sieur de Maridor, MM. Hegnaid et le Féron ne voulant rien prononcer k son esgard; MM. Voisin, de Nogués et Mas.senaii estant d'avis de décréter prise (le corps; MM. Pussort cl deux autres d’ajoumcnicnt personnel. Néantnioins, il passa aux conclusions. 11 fut fait dilBculté de pro* noncer, par uu mesme arrest, décret de prise de corps contre M. Fouquet cl la confrontation, et il fut trouvé plus à propos d'en faire deux arrests cl de faire un petit Interrogatoire après le premier pour donner lieu au second. 11 fut trouvé encore nécessaire d'entendre par dépositions beaucoup de tesmoins qui avoient este ouys pai interrogatoires, et cpj'il y eust une information faite contre M. Fouquet, outre celle faite contre Bruant, qui coniprenoit ledit sieur Fouquet. Pour le conseil, il fut dit que, par l'ancien usage du parlement, il sc donnoit après rinlerrogatoire; mais que, depuis les derniers temps, il ne se donnoit plus qu'après la confrontation, il avoit esté ninsy jugé en l’alTaire de M. de Cbenailles*. M. Massenau

officier de celle considérâlion . riche tic * cinq ou cent mille livre» cl d'une fimiUe fort iHu»(re d«ns U robe et par •«« alliances, ail esté capable de se iaiater tomber dans un crime d'Eslat par les intciiigcnces qu'U entretenoit avec les ennemis et les pratiques qu'il faisoit. disoit'oa,

(mur se rendre mautre de Saint-Quentin P Ce qui paroiaaotl d'auUni plus vraisein- ^ blahle que ledit des Prés csluil capitaim' • dans le régiment de Lyniércs estant en garnison dans ladite ville, dont il (Ly* nièrea} caloit gouverneur.

«Or, comme ralTaire e»4oit tout à fait eitraordinairc, et que M. Vallée, sieur de Chenaüles {près Orléans} H de Merouviyo, eatoii de la religkui prétendue réformée

' Le procès de M. de Chenailies dalaîl de 1 656 et avait eu beaucoup de retentis^ semenL Un journal ms. do U Bibl. imp.

(Suppl, fr. n* ia58 hue, f* 219 ci suiv.) donne quelques détails sur ccUe affaire : « Le vendrcdjr 8 (décenffirc i€56). que l’on céléhroit U Corveeption de la Vierge, M. de^übenaiiles, conseiller au paiicmetit, fut conduit en prison par le sieur de Ly> gnernllcs, exempt des gardes du corjisde sa majesté, qui. layanl trouvé cbes luy incontinent après disiier avec le nommé Qievalier des Prés son complice, tes ûl tous deux Dénier -en cad^se et prendre le chemin jJe la Bastille soda bmit et saxL« aucune résialaircc. Et qui est er qui ne frémira point d'horreur quand U s^ura qu'uii

D’OLIVIER LEFÈVRE D'ORMEÜSON. 15

dit qu’à Toulouse on n’en donnoit point en crime de lèie-majesté Join i6«j divine et humaine, mais ès autres crimes après l’interrogatoire; idem

et conseiller eu parlemrat. Ton mit en doute, dans le conseil d'en haut, par de* vanl queU juges et comment l'on feroit procéder contre luv. Rn suite de quoj, M. le premier président fut mandé au Louvre, où , après en avoir longtemps confère avec M. le cardinal (Maurin) et enfin promis à son éminence qu'on luy feroit bonne et briève justice dans U compagnie, sur tcTpIainlc qu'en feroit le procureur général . sans que le ro^ se mist en peine de tuy onvover une commission expresse pour cela ni mesme de nommer aucuns conseil* ters pour interroger ol instruire le procès • des prisonniers, ainsy qu'il avoil tousjours esté pratiqué jusques alors. S. Em. donna St racilcment les mains aux sentimens de M. le premier président, que les moins pénetrans ne doutèrent presque point du tout qu'elle n'eust en main des preuves certaines et convainquantes contre Tac* cusé.

• Cela remit eu mémoire toutes les ptaiules que le roy avoii ai souvent faites des intelligences secrètes qu'aucuns de son parlement avoient avec ses ennemis.

Sa sortiq. hors de Paris n'eatoit presque fondée que sur ce prétexte . qui peul eslre ii’cstoit {MS faux cutiêremeriL Toutes ses déclarations des années ibéq et i6àa n'estoient remplies d'autre chose, et Parrcat mesme de son conseil du 19 octobre dernier {M>rtant cassation de eduy que ladite cour avoit rendu contre U. Goroin (Gaulniin). maUlre des requestes. si outrageant à ce grand corps. Cusoit bieu voir que les reproclies de sa majesté n'estoient pas sans fondement et qu'elle ne {Muvoit

avoir esté portée à les faire ainsy éclater dans le public, sans en avoir des preuves indubitables.

«Ainsy, le lundy 11 décembre, M. le procureur général estant entré dans la grand'chnmbre , demanda que les enquesics fussent ap{>elées pour délibérer sur une affaire de coru.cc|Uénce et qui rcquéroit l'assemblée de toute la compagnie. Sur le récit qu'U en bt, la cour ordonna que la commission luy seroil délivrée pour en informer, et. pour cet elTel, elle commit MM. Peraud et de Cliamprond , doyen et soua-doyen de la coropagnie.

• Le lendemain, U femme dudit .‘^teur de Chenailles, ntéce de M. d'Erval, intendant des Gnances, présenta rcquestc à la grend'chambre, nfin qu'il plust à la cour donner un adjoint auxdits sieurs commissaires, qui fust de la mesme religion que son mari. M. le premier président n’y trouva pas gradB inconvcnicot; mais M. de Novion, prenant la parole, dit que cela ne se pretîquoil que dans les justices subalternes, {Mrce qu'il n’y avoit aucun juge qui ne fust catholique, et non jamais dans les com{)agnics souveraines, partioiUèremcnl dans le parlement de Paris, que l'on ne pouToit sou{>çonncr d'aucun sentiment de liaine contre la religion de faccusé. qui luy pust estre préjudiciable au fond . puisque panny ceux «|ui pouvoienl assister au jugement de son procès, il y en avoit jusques à su qui én fuisoient profession, et, d'autant quc% gnind'cliambrc seule oe {wuvoil prononcer sur cct incident, l’affaire fut remiae au jour suivant que

JOURNAL

jitm à'Gr^noblet et que l'on en avoit donné à M. le rnareschal de la Mothe* Hotidancourt. Il passa que l'on en donneroit h M. Fouquet après la ronfroiilation.

Le martly ao juin, MM. Voisin et Pussort firent le rapport d'un iraité fait par M. Jacquier, sotis le nom de Jean du Buisson, de plii> sieurs aiïaires qui a\oicnt monté à onze millions sept cent mille livres, à la remise du tiers, dans lequel ils prétendoient qu*il y avoit eu de grands abus et de mauvaises consommations, et entre autres une ordonnance de comptant' de cinq cent vingt mdle livres pour inlércsl d'un prest de 4«i3i,ooo livres, qui estoit supposé et n'avoit jamais esté fait , et encore une ordonnance d'un million qui fiVstoit composée que de vieux billets réformés. Ces deux ordonnances estoient cotées M. Delorme*, et l’on prétendoit qu’elles estoient à son profit. Dans ce traité, il y avoit esté aliéné soixante-six mille livrt‘s de rentes sur les gabcllc.s.

Jacquier, amené du For-l'Evesque, où il est prisonnier, ayant esté ouy, M. Talon exagéra fort ces consommations, conclut non seulement à la réduction des remises au sixième et des inlérests des prests au denier douze, mais encore é ce que le procès fust fait tant à Jacquier qu'à Delorme, et, à cette fin, qu’ils seroient arrestés et recommandés

Imite» les Autres devoicïll «'Assembler |H)ur U mcrcunAle.

■ L'apresdlsnéc du mesnie jour, MM. lefi commissaires s'cslant transportas à la Ilaslille pour interroger les prisonniers. M. de Cbcnaillcs refusa de respondre par devant eux, sous prétexte de ce qu'i! estoit lellemcnt indisposé et da corps et de l'e»prit, qu'il n’en estoit pas capable. Quant AU chevalier des Prés, qui ne s^avoît pas ai bien que l'autre combien les délajcmens sont favorables aux criminels , il n'en fit aucune difficulté, joint qu'il estoit son dénoncbleur. *

• L<' mcrcredj i3 décembre, l'on fit lecture du procés*verbal des commissaires

contenant le dédinatoire du sieur de Cbenaillcs, et ensuilc de U requesle de ladite dame sa femme, et encore d’une autre requeste présentée par Blondel, son clerr . qui BToil esté mis en ta garde d’un huissier de l'ordonnance de la cour, aün d'avoir aussy un adjoint, parce qu'il estoit de la m&sme religion que ion maislre: mais elle n'eust esgard ni à l’une ni à l'autre, et ortioanu quà faute de vouloir rtspondrf par ledit tieur de Ckenaillet, son procès /trr srroit fait comme à an muet. •

' Voycx l'Introduction sur les ordonnances de comptant.

* Delorme était un des commis de Fouquet.

D’OLIVIF.R LEFEVRE D ORMESSON.

ès prisons où ils cstoient, ouj's el interrogés sur lesdits faits et autres, juin iM et, outre ce, que l'aliénation des soixanlc-six mille livres de rentes seroit cassée et les propriétaires reinbouisés avec riinputaliou L'opinion fut remise au lendemain’.

Le mercredy ai juin, MM. Poncel et Regnard firent leur rapport de ce qu'ils avoieilt fait en exécution du dernier arrcst : qu’ils avoient ouy plusieurs lesniolns et qu’ils avoient esté interroger M. Fouquet*; mais qu’il avoit fait refus de respondre jusqiies à ce que la chambre eust prononcé sur les récusations qu'il avoit protesté de faire, par ses derniers interrogatoires, contre M. Talon, et qu'il u'avoit pas pu les proposer autrement -en l'estât qu’il estoit, n’ayant ni papier ni encre pour escrire.

Le procès- verfial ayant esté lu , quelques tesmoins ouys et les conclusions qui portoient qu’il .seroit tenu de respondre , sauf à proposer telles récusations qu’il verroit à faire par le procès-verbal de MM. les commissaires, M. Poucet fut de cet avis; M. Regnard idem , et néantmoins qu’on luy donneroit du papier et de l'encre; M. Pussort et de Gixaucour comme M. Poncet; MM. Féron et Moussy comme M. Regnard. M. Brillac fut d’avis qu’il pourroit proposer les récusations par reque.stes, et qu’il ne fallait rien faire d'extraordinaire à .son csgard ; Resnard, idem; Voisin, non; d’Ormesson, idem; Ferriol et Nogués, non; les autres provinciaux et les présidens, idem. Ainsy, il passa a dire qu’il seroit tenu de respondre, sauf à proposer ses moyens de récusation contre qui et ainsy qu’il aviseroit bon estre; et il fut arresté qu’il lui seroit fouirni papier et encre, sans le mettre dans l’arrest.

Le mercredy, après midy, sur l’alfaire de Jacquier*, M. Talon présenta un acte d’association de trois sols audit traité à une per-

' Le mot impatation, dans ce passage du Journal, signilie U déduction des intérêts sur le capital.

' Cette séance du au juin i6Ga est omise dans le Journal dt Foucault.

' Voj. le Journal de Foucault, t VIII.

du fol. ip4 V* au fol. JQ7 C. — * Cf. Jour nal de Foucault, t I, f* a47 v*, sqq. L'interrogatoire s'y trouve tout au long et prouve qu'il l'agissait d'un traité d'aliénation de rentes en laveur de Jacquier.

(Voy. plus haut, séance du ao juin.)

JOlJRNAI,

Juin i&üi »onne en blanc, sans faire aucune avance; ce qui estoit entlossé de 3o,ooo livres, et dit que ccl escrit avoil esté trouvé dans les papiers de M"^ du Plessis-Bellicre. Jacquier fut interrogé toute l'apresdUnéc sur cela; il avoua ledit escrit, l'avoir donné au prieur de Briic', qui faisoit les affaires de M"” du Plessis*.

Le jcudy 22 juin, au malin, M. Bayet lut les clauses qui avoient esté réformées dans une déclaration qui avoil esté apport-'e par VI. Talon le lundy précédent pour establir une foniic de poursuivre à la chauibi-e les criées des immeubles des gens d'allaires, et il fut dit qji’il feroit réformer ladite déclaration*; nota que, M. Talon n'ayant aucune correspondance dans sa conduite avec M. le premier président, il ne concertoit rien avec luy et faisoit ainsy souvent des fautes.

Ledit jour, après midy, \L. Talon ayant de nouveau parlé sur l'affaire de Jacquier et ajouté è ses premières conclusions que M. de Giiénégaud seroit ajourné à comparoir en personne, les plus aélés en furent d'avis*; mais il passa à ouyr Jacquier, MM. Delorme et de Guéuégaud à fm civile, et, à l’esgard de la constitution* de soixante mille livres sur les gabelles, il y eut partage de dix à onze, entre dire qu’elle seroit cassée et le remboursement fait avec l’imputation, ou iiUerlotjuer* et [dire] que l'affaire seroit plus esclaircic.

Le mardy 27 juin, M. Bcgnard ayant fait rapport de son procèsverbal en exécution de l'arrest précédent, et dit que M. Bouquet per- .sisloit en son refus de respondre, il fut ordonné qu’il satisferoit, sinon qu’il seroit fait droit sur les conclusions*.

‘ JoamaUff Frntcauli, l. 1, f* ^48 t* :

• 1! y eut reeoun au prieur de Bruc

Ledit prieur paria a ladite ilame du Ple^sis-Bellière avec luceès* {ifrid. f* sâQ r'}. Ce prieur de Bruc était frère de M*" du Ple«5is*Beiiièrc,

• Voy. sur M“* du Plcssi»- Belliere le»

\frmoirv4 de Cenrard {lettre du 30 sept. i66t}, et rintroduclion ' Le yaamai de /‘oocoiiil, 1. 1, f* a5â r‘, Os la date du 33 juin, parie d’arrêts inei-

gnilianU et ne dit rien de cet arrêt dirigé cooirc le procureur général de U clwmbre

* Bien sur celle ofTaire dans le Journal de FoacHttlt.

* Constitution de rentes

* Les jugements interlocutoire» ne dé* eidaient pas une alTaire , nuis prononçaient sur un incident du procès et demandoieol pour le reste un plus ample infonné.

* Cf. U Journal de Foucault, t. VIII.

f** 300 r*. 3og ▼'

Ü’OLIVIKU LEKEVRË Ü'ORMESSON.

Le nicrcrc'dy 38 juin, M. Regnard avant encore fait son rapport juilUt istî. de son procès-verbal, il fut prononcé, sans s’arrester au refus, que ledit Fouquet rcspondroit, sinon son procès scroil continué comme à un muet.

L'apre.sdisnée ; je rapportai faOaire de Doury huissier'.

Le vendrcdy 3o, après midy, l’on opina sur le procès de Doury*.

Le .samedy 1" juillet, M. Regnard lit rapport de son procès-verbal*, qui coiitenoit les offres faites à M. Fouquet de luy administrer du papier pour dresser telles requestes en son particulier, mais adres- , #ntes à la chambre; mais M. Fouquet ayant persévéré à son refus de l'cspondrc et de reconnoistre la chambre, il fut orilonné qu’il .scroit de recbef interpellé de respondre, et il fut dit que, pour la plus grande seureté de la procédure, les trois interpellations de respondre seroient autorisées de trois arrests en trois jours différens.

Le lundy 3 juillet, M. Regnard lit rapport de son procè^verbal*, par lequel M. Fou<|ucl persistoif en son refus de respondre. Sur quoy il fut dit que les trois arrests sur les trois interpellations n’estoient pas nécessaires, mais que le dernier qui seroit donné, après les trois refus, festoit absolument. A cela il fut répliqué que cette maxime estoit vraie pour un commissaire qui estoil esloigné, mais qu’estant à Paris et ne pouvant tous les jours faire rapport de son procès-verbal il estoit plus seur de donner un arrest sur chaque refus*.

Ledit jour, après midy, l’on travailla à l’ordinaire, sur les procè.sverbaux de l’espargne, aux réductions*. Ce travail n’est proprement que pour employer le temps. Car, les questions générales estant •

' Leyoarmtt ft«Foac-aii/t, t. I, f* a&6r*. dit qae oe rnp|>ort eut lieu le 37 juin.

Dourj, d'a^irès le même journal, était appelant d'une sentence du lieutenant criminel d'Angera, un des vubdélép^ué» de la chambre.

’ L'arrêt le trouve dans le Joarnal de foucault, L I, f‘ a63 C. «qq. La chambre prononça conlre Dourj, huianipr H %er-

genl à cheval ou Ch&tcle( de Paris, l'inlerdiction des fonctions de sa cliarge.

* Cf. le /ouma/ de Foucaah, I. VIII.

f* iOÿ »•, 8<|q.

* Ihid. r* a 1 1 aqq.

* Cet inleirogatoire de Fouquet. couHue les pnkMenU, se trouve dans le J^amut it Foucaah, t, VIII, f“ au v* et 217 r".

* Cf. Joarnaldê Foucault, I. I, f“ 268 r*.

JOURNAL

^uilln 1661. jugées, l'appileation se fera dans le cabinet par l'ordonnaleur des finances, n’estant pas possible que les trailans satisfassent à toutes leurs condamnations. Ainsy l’on viendra à composition.

Le mcrcredy 5 juillet, .M. Regmrd ayant fait .son rapport de son procès-verbal, par lequel M. Fouquet persistoit en son refus, il fut donné arrest, par lequel, faute par luy de res|)ondre, il fut ordonné que l’in.strurtion de son procès seroit continuée comme à un muet.

l.cvendrcdy 7 juillet, M. Regnard fit rapport de son procès-verbal, (jiii contenoit la lecture du dernier arre.st faite à M. Fouquet, trois sommations de respondre aux interrogatoires, et, après son refus respondre, toutes scs protestations .se réduisant à dire que le loy luy avoit pardonné, et que, quand le roy ne luy aiiroit pas pardonné, il ne poiivoit avoir d'autres juges que le parlement, M. Regnard avoit fait plusieurs apostilles aux interrogatoires et à cbaciin il estoit ajouté : à qaoy it^'a vnula respondre. Su"- ce procè.s-verbal, il fut onlonné que, les tesmoins ouys, la sieur Jeannin dt autre.s qui svoient presté interrogatoires «mime complices .seroient confrontés respectivement.

.Ayant discontinué quelques mémoires que j’avois commencés .sur ce qui se passoit chaque jour en la chambre de justice, j’ai résolu de les recommencer et continuer avec exactitude sur tout ce qui se passera à fe.sgard du procès de M. Fouquet, non-seulement parce qu'il est très important, mais principalement que me trouvant en estre le rapporteur, je ne dois rien omettre de toutes scs circonstances'.

' Le» séances dont Olivier d'Onue»ji»n ne donne jw» la rcialinn ptii'ai^scni peu imporlanle» daprè» les procès-verbaux de Foucault (U ] , f** 174-332 ; VIII , a 1 7-3aa, et IX, 1*69). On y voit que d’Ortnesson fut rappoKeur du proO'S de Bruant, et que se» corK:Iu»ians furent adoptées par la chantbre (l. I, f* 176, »qq.}- donna connaissance k Fouquet des déposilioa» de»

témoin». Pendant que deux cotnini*saire»

interrogeaient Fouquet. la cliambre prononçait sur les appel» interjetés contre les

subdélêgué» et sur une multitude de petit* procè» que faisait iiallre la cnroplabilité de» vingt-ciruj dcniières année», »ounii»e tout entière à son examen et à ses poursuites.^ Foucault (I. fl, f* 5d) fait connaître U mort et le remplaceuient d’un de?. niGtnhres de la chambre au mois de septembre 1661 1 • M- Francon, conseiller au parlement de Grenoble, l’un des coromi»saires de la chambre de justice, estant décédé le ao septembre dernier (166a).

le sieur de la Baultne , conseülor au me*me

Digiii.

Le 5 du mois d’octobre deruier, l’arresl d’appointeinenl* fut rendu oiokci! isdi. au rapport de MM. l’oncet et Regnard, sur la forme duquel il fui fort raisonné, chacun des juges dclfcrant aux sentimcns de MM. les présidons et conseillers du parlement, couyne mieux instruits dos procédures ohserx'éos dans le parlement en affaires de celte qualité, el l’arre.st fut résolu*.

I«e mardy lo octobre, je fus averti par M. Le Fellelier’ qu’il avoit esté résolu <lans le conseil, en présence du roy, que je serois rapporteur avec M. de Sainte-Hélène, bien que les premiers sentiniens eussent esté de nommer M. Fayel avec moy. Ce qui paroissoit plus •selon l'ordre, et avec moins d'affectation i mon esgard, estant raaislre des requestes, le second de la chambre, et .suivant M. Poncet selon l’ordre du tableau. M. Boucherai n’en pouvoit estre juge; M. Voisin estoit trop proche do M. Talon , el M. Besnard s’esloit déclaré parent, bien qu'en degré fort csloigné. M. Catinat ne pouvoit estre juge de M. Jeannin. M. Begnard avoit fait l'instruction avec M. Poncet. M. de Brillac auroit pu estre rapporteur par toutes sortes de raisons; mais M. le premier préaident ne le vouloitpas, parce qu’il estoit trop son ami et dans sa despendance. Ainsy M. Fayet se trouvoit dans son rang propre à estre l’un des rapporteurs, mais l’on ne jugeoit pas è propos de le mettre le premier; encore moins aucun des conseillers des autres compagnies. Ainsy, je me trouvois presque seul susceptible de celte affaire, el, sur cette raison, chacun avoit dit, dès le commencement de la chambre, que je .serois le rapporteur de cette affaire.

parienient, s'oüUnt trouvé en cette vîile * Voyez le Journal Je Foucanlt^ t. l.\.

(PaHâ) pour aiTairc» parUcuHcrcs» a esté f* 73 r*. sqq.

indiqué «u roy par M. V'oiiin; et, à sa ’ ClaudtiLePeHeüor.AcigneurdeMor-

rcUlioUt S. M. luy a jant fait expédier une fonlaine eide Monlntélian, président o commission, eUe a este par luy présentée mcilicf au parienient de Paris, plus tard et enreçiatrée. • prévôt des marchanda de U même ville.

' Un procès ap|K>inlé devait être jugé enfin contrôleur général des finances en

sur le vu des pièces et d'apK*s un rapport. iG83. h la mort de Colbert. Il se démit

Dans rappointrrnent en droit (et c'est le cas de cette charge en 16^9 et mourut en

pour le procès Fouquel), les parties pro- 1711. U dut en grande partie sa fortune a

duisaient par écrit. 1a (amiile Le Teilier.

JOlîHNAL

Ociobn- iH> A l'vsgard de M. de Sainte-Hélène, il esluit le piua e.stiniè cl le plus capable d’adaires de tous les conseillers des parleiiiens estranf^rs; mais cuinnie il estoit cru ami intime de M. lierrycr, le principal agent dans toutes les aflaires auprès de M. Colbert, il estoit eu ipielque sorte susp’ct. Atissy M"” Foucjuet lui avuienl donné rexcliision, à \I. le premier président et h moy aussy, leur estant devenu sus|>ect, parce que depuis trois mois ayant esté nommé commissaire pour les aifaiies de l'espargne, je Iravaillois tous les jours chez M. Jeunnin avec ledit sieur Bcrryer, qui en avoit pris la première connoissance.

Le mercredy i i octobre, M. le premier président ayant esté mandé au Louvre, le roy lui dit qu'il estoit nécessaire de donner des rapporteurs, et me uumina avec M. de Sainte-lléléiie. M. le premier président cnil devoir luy dire que VI“” bouquet nous tenoicnl pour suspects et nous avoient donné à l'un et à raiilrc rexcliisioii, sans néaiitmoius expliquer les causes, et qu'il estoit raisonnable de ne pas donner pour rapporteurs des personnes suspectes aux parties. A quoy le roy répliqua qu'il n'y en avoit poiut de plus propres dans la clianibre, et que, puisque l'un ne proposait aucune raison de suspicion, il désiroit que nous le fussions, et que luy, estant président, pouvoil dire qu’il l’avoit voulu. M. le premier président ayant prié le roy d'y faire réflexion plus par la considération de M. de Sainte- Helénc que par la inicnne, il se retira. Je fus averti aussytust de cette conférence, et le veudredy ^M. le premier président me la dit. Cette nomination fut aussytost publique, et cliacun en parla selon son esprit, les uns blasmant que le roy cusl voulu luy-mesme nommer des rapporteurs, les autres approuvant'.

Le 2 1 octobre, je lis rapport d’une requcsic de M. le procureur général disant que l’arrest d’appointcnicnt avoit este signilicà M. Fouqiiet; que le procureur général avoit mis sa production’ au grelTe;

‘ /(lurn. Foocutt/^ Redonne aucun ' Tenac de fH*alique indiquaiil les litres

de cet délaiis. Il passe inunédiateinent à ta et écritures que Ton produisait dam un «êance du ao octobre iGOii. où le premier procès ju^ fiar appointenient. preAÙienl noiuiiM les deux rapporteurs-

D’OLIVIKR LEFÈVRE D’ORMESSON.

que ledit sieur Fouquel n’avoit pas produit, rcquéroit que conimau- Noncmh. iS6î. dement lu v fus! fait de satisfaire à l’appointemeiit; ce faisant, cscrire et produire et fournir ses deffeiises par atténuation, sinon forclos'.

Sur cette requeste, il y eut difficulté pour savoir si le commandement se feroil en mesme temps de fournir des delfenses et de produire, et il fut arresté qu'il en seroit fait à deus fois*, et il fut ordonné que commandement seroit fait de satisfaire à l'appointement et de fournir de deffenses par atténuation*.

Le 6 novembre, sur la requeste du procureur général, il fut donné arr^st que, faute d'avoir esté par ledit sieur Fouquet satisfait, il est purement et simplement forclos*.

Le 7 novembre, il y eust encore arrest, à mon rapport, pour faire le commandement de produire, et il fut dit par M. Fayel qu'il crovoit que le procureur général avoit fait signifier à M. Fouquet ses conclusions civiles; et chacun présupposa que cela avoit esté fait*.

Le t8 novembre, il y eut arfest pour la forclusion de produire, sans qu'il y fust fait aucune difficulté*.

i.e a a novembre, je lis rapport d'une requeste du procureur général disant qtie M. Fouquet, à la signification du dernier arrest, avoit fait une response par laquelle, outre l’incompétence, il disoit que l’arrest d'appointement ne luy avoit pas esté signifié et qu'il n’estoit pas en demeure de fournir ses deffenses, puisqu’on ne luy avoit pas signifié des conclusions ainsy qu’il estoit porté par l’appoiiitenient, et que tous les arrests de commandement et de forclusion e.stoicnt nuis. Sur quoy, le procureur général disoit qu'il ne pouvoit donner que des conclusions criminelles*, le procès estant en estai , comme il est porté par ladite requeste, dont j’ai gardé copie.

' Terme de pratique qui signifiait que miaulion de charges contre un accuse.

Ton était cxciu du droit de faire une pro< * Cf. Journal foucault, t. IX. f* •jS. duction ciijiulice, parce qu'on avait laissé * /&id. f** 75*76. passer le délai 6xé. * Ihid. f* 7Ô r* et v*.

• Voye» la discuasioa et l’arrét dans le ’ Foucault {ihid. t. IX, f*76v*) résumé

Journal de Foucault, t IX, f** 73 r* et 76. aînailes arguments du procureur général :

* Terme de pratique indiquant di< tLa reaponse de l'accusé 0 donne sujet

JOURNAL

Snïftnb. ifift». Sur cctte rcqucslc, grande diversité d'opinions, les uns disant que l'atrest d’appointeinent n’avoit puiut dû cstre donné am termes qu’il «.stoif; aux derniers procès, il n’y en avoit point eu; niais que, puisqu’il estoil donné, c’estoit un engagement et qu’il falloit l'exécuter et rectifier la procédure. I.es autres disoient que, le procureur général ayant demande l'appointement, on ne luy avoit pas dû refuser; qu’il e.stoit vray <|u’ou n’en avoit pas donné aux derniers procès; mais que celuy-cy consistant presque tout en preuves littérales, il avoit esté nécessaire; que la faute venoit du procureur général, qui n’avoit pas fait signifier scs conclusions; qu’on n’ciitendoit pas que ce fussentMes conclusions crimiuellcs; car elles deineureroient tousjoiirs secrétes, mais une manière de demande et d’inventaire raisonné.

Enfin, chacun l onvenanl qu’il falloit rectifier celte procédure, b difficulté se trouvoil aux moyens. Mon avis estoit de communiquer la requeste à M. Foiupiet, afin de le faire contradictoirement ou au moins de mettre M. Fouquel en s«n tort; d’autres pensoient qu’il falloit recommencer, signifier des conclusions, et ensuite obtenir de nouvelles forclusions'; d'autres, qu’on pouvoit ordonner qu’il seroit pa.ssé outre au jugement’; d’autres, qu’il falloit que le procureur général demandast une autre requeste, déclarast qu’il ne vouloil bailler aucunes conclusions civiles; que, sur cela, on pourroit donner arre.st avôc un nouveau délai à M. Fouquet, et ainsy on rectifieroit cette procédure*. Il passa à suivre cet expédient.

Le a3 novembre, je fis rapport d'une nouvelle requeste du procureur général conforme à fexpédient proposé, par laquelle il déclaroit n’avoir aucunes conclusions civiles à faire signifier ni autres que

au procureur général de présenter sa requeste à la chambre» par l^u^c avant remonstré que les procureurs généraux ne donnoient point do conclusions civiles et ne coiumuniquoient jamais les criminelles » qu*ils ne donnent qu'après l’entière instructiou du procès, il a requis que. sans avoir csgard à 1a response dudit sieur

Fouquet, il soit passé outre à rinslruction et jugement du procès. •

' Avis de Fa^el [Joamat de FoucouU, L 1X« f* 77 V*). Les auteurs des avis suivants sont aussi cités.

• Avis de Pussorl (ièù/. f" 77 r“).

* Avis du premier président (i6ùf. f*78

celles qu’il prendroit, le pi’ocès estant en estât. En conséquence, il iMcemli i66j. demandoit qu'il fust passé outre au jugement. L’arrest fut ainsy rendu', et il fut ajouté que, de grâce, ledit sieur Fouquet pourroit satisfaire â l’arrest d’appointement dans huitaine, sans autre deslai, ' sinon qu’il seroit passé outre au jugement en vertu du pré.sent arresl.

Ce jour, M. le premier président rejeta fort la faute de cette procédure sur le procureur général, dont la conduite estoit universellement blasmée, la passion qu'il avoit povir une dame’ luy ostant toute, l’application â sa charge et luy faisant signer toutes sortes de conclusions sans les considérer, en sorte qu’il est dans un grand décri’.

Le samedy g décembre, je fis rapport d’une requeste du procu-

' \oytt Tarrèt dans le Journal de foucamttt t. IX, f"

* D'Ormesson ne nomme pas celle dnnic dans ce passage, mat» on voit, à la date du ad nuvembre i665, qu'il s'agissait de la maréchale do l’H^pilal. Le recueil de Maurepas contient quelques vers satiriques sur celte passion de Talon pour Françoise Mignot, veuve du maréchal de l'Hopilal (Mv Bibl. imp. I. Il.r&i8):

Veuve d'uB Qliastfc apwu .

V(MM iMui la dûBact boB»e.

Qubd<1 ««ut Cùt«« l«i jretu douB A ce fvand p/daut r|«i voui taianat.

Cette passion faisait encore grand bruit à l'époque où Denis Talon fut envoyé à Clermont en Auvergne pour remplir les fonctions d'avocat général aux assises ex* traordinaircs que tinrent le» membres du parlement. Kléclticr fait plusieurs allusion» à la passion do l'avocat général dam ses MJmoirui tur le» Grand» Jour» de Clermont (édit. Hachette, p. 88, uio, aag. A99). —

Il parait que Denis Talon se corrigea de cette passion, car il épousa, en 1671.

M'^Favier du Boulay.qui le préféra à beau*

ti. i

coup de nobles docil clic était recherchée II» s'en vengèrent par des couplets :

Uet tBOnfuis oc vout |iluMat |«u ;

Pour eui iteui» «oiu etlet craefle; lai rtd>e a pour voua des appa»;

Vous eu TouWu U»4rr, la belle.

J'aÎBie Bicux te dmûer buiuo Qu» BKtBtieur l'avocat Taton,

Il vous porte ooBine Cniaa;

Il msoooe coeoioe ItaHote $

Il oouiplu pour peu voa appas.

Mais compte BÛru< tor vos pistotesc C'eU ca q«*on dit avec reisoa De BMiuteur ravoest Tatou.

Olivier d’Omtesson patio du mariage de Déni» Talon à la date du i4 décembre

’ Olivier d'Ormesson ne parle pas tic la séance du aù novembre 1 66a, dont le pro* cè»-verbal »e trouve dans le Journal de Foacaah , t. IX , f* 8a r* et v*. 11 y fut retMlu un arrêt pour qu'un regittn de» affaire» dometbque» de la dame du Pleuit-Belliirr fût représenté à Fouquet, comme le deinamlait le procureur général, afin de procéder il la vérification et à U reconnaissance des écriture».

2fi

JOtRNAI.

Drcrmii reur général, par laquelle il concluoit que, faille par M. Koiiquet

d'avoir satisfait aux arrests de la chambre des â uctoltre et >3 novembre, il fiist passé outre au jugement du procès criminel. Avec ' cette requeste e.stoit ledit arrest. A la signification du dernier, M. Fouquet avoit fait une response contenant ses protestations d’incompétence, de nullités, et rpie la copie dudit arrest du 5 octobre liiy avant esté .signifiée datée du 4 et non du 5, et le commandement ensuite luy ayant esté fait de satisfaire à un arrest du 5 octobre, il avoit cru que c’e.stoil un autre arrest ([ue celuy du 4 , et que, cet arrest ne luy ayant pas esté signifié, il n’estoit pas en demeure d'y satisfaire; que cet arrest d'appointemenl avant esté rendu à la requeste de M. Talon, il ne pouvoil pas s’en despartir ou il devoit obtenir requeste civile contre; que luy ne poiivoit pas fournir de delTenses ■sans conclusions précédentes et sans sçavoir ce qu’on luy demandoit. Sur cette requeste, il y eut arrest conforme aux conclusions, par lequel, .sans s’arrester à la response dudit Fouquet, et faute par luy d’avoir satisfait auxdits arrests des 5 octobre et ï3 novembre, il seroil passé outre au jugement'.

Le lundy i i décembre, M. le chanceUer ayant reçu ordre du roy de venir à l’avenir tous les jours à la chambre de justice, il y vint, et M. le premier président, averti qu’il e.stoit proche, luy envoya MM. Poncet, Boueberat. Catinat et Regnard pour l’aller recevoir. Ils * le saluèrent au bas du grand escalier, et, l’ayant accompagné dans la chambre, MM. les présidens s’avancèrent deux pas dans le parquet pour le saluer, et, ayant pris sa place, il dit qu’il y avoit un an qu’il avoit assisté à l’establissement de la chambre; qu’il s’estoit depuis dispensé d’y venir, mais que le roy luy ayant fait l’honneur de luy dire qu’il désiroit qu’il y vinst tous les jours, il luy obéissoit avec d’autant plus de joye qu'il estoit bien ayse de concourir au bien que la chambre de justice devoit apporter au public. A quoy M. le premier président répliqua que la chambre le recevroit tousjours avec honneur, et que

' Cf. Journal Js Foucaull, t. IX. 83-84.

D’OLIVIER LEFEVRE D’OHMESSO.N.

luy en son particulier l’y verroll avec beaucoup de joye. Je n’assistay Wcrmb pas le matin à cette entrée, mais j’y fus l’apresdisnée et y Irouvay M. le chancelier et le premier président assis, n’y ayant encore que deux ou trois des conseillers, et l’on travailla au procès de MM. Bossuet et Terrât pour les gabelles de Languedoc.

Chacun raisonne fair ce changement, et l’on juge que les premieis mobiles* de la chambre de justice, peu satisfaits de M. le premier président, dont les sentimens sont plus modérés que les leurs, ont fait entrer M. le chancelier, persuadés qu’iLs en disposeront plus aysémenl, et. de cette sorte, feront mieui réussir leurs desseins, et que M. le prenticr président sê dispensera d'y entrer, et aiusy l'excluront du jugement du procès de M. Fouquet. Cette démarche de M. le chancelier s’interprète fort dé.savantagcusemcnt poim luy, estant indigne de sa dignité, outre qu’elle l’engage en des suites très fascheuses, .s’exposant à des récusations et i des plaintes de M. Fouquet, qu'il . devoit éviter. Ce qui me surprend davantage est que j’ay appris de bonne part qu’il s’y est offert et qu’il s’y est engagé volontairement.

Le mardy ta décembre, M. le chancelier n’entra en la chambre qu’à onze heures par la considération de M. le premier président, (jui tenoit l'audience. Mais, après l’expédition de quelques petites alfairos, il dit qu’il rentreroit fapresdisnée à deux heures et le lendemain à neuf heures, et ainsy tous les jours; ce qui fait connoistre que le dessein est d'exclure M. le premier président, qui ne peut quitter le parlement à neuf heures du matin.

Le morcredy 1 3 décembre , M. le chancelier entra à neuf heures précises, et M. de Sainte-Hélène lit un rapport de trois questions restant à juger du procès d'Huyer, Barbier et Pivert. M. le premier président n’y entra pas.

' CHivicr d'Onne»»on désigne ici Coh de justice. Deos «n mémoire inédit coubeii. qui aTtit été le premier «uteur dee lervéà la Bibliolhèque impériale (û*3695 pourauitei dirigées contre Fouquet. Ü ne Suppl, fr.). Colbert montre le premier pré Aéra pa» sans intérêt de voir comment Col- aident (terpéluellcment en lutte, aourdr bert lui-même explique le changement qui ou dédaree. avec Isa ministres. ( Voy. TAp

eut lieu à cette époque dan» la chambre pendmi.l

JOURNAL

iVcfBiii L’aprcsdisnée il y entra; mais l’on ne remit pas le fait pour luy et

l’on supposa qu’il en estoit instniit, et, les parties ayant esté entendues, M. le chancelier remit à entendre le procureur général au lendemain à neuf heures, saas entrer en aucun concert avec M. le premier président pour prendre son heure et luy marquer qu’on souhaitoit qu’il fust juge. Ce qui me conlirnie dans le mesme sentiment'.

Le mercredy ao décembre*, la première audience par avocat fut donnée par M. le chancelier sur l’opposition de M"“ Monnerot* à la saisie des nieuJiles de son mary, prétendant qu'ils estoient à elle. Je ne m’y trouvay pas, travaillant chez \r. Jeannin.

Je remarqueray ce qui fut fait sur la manière de parler des avocats : il avoit esté dit qu’ils dévoient parler ttu teste, adressant la parole k M. le chancelier et l’appelant Monseignear, amsy qu’ils l’observent . au conseil; qu'il ne devoit pas y avoir de distinction entre M. le chancelier présidant au conseil, ou luy présidant à la chambre de justice; qu'au grand conseil les avocats luy adressoient la parole disant Momieur' et après Messieurs. .Au contraire, l’on disoit que le parler nu teste au conseil estoit à cause de la chaire du roy, -Sa Majesté estant censée tousjours présente, et non & cause de .M. le chancelier; que, lorsqu'il présidoit au parlement, il n'estoit pas distingué du corps, et les avocats disoient Messieurs et piaidoient couverts; ainsy, à la chambre de justice , où le premier président et le second président du parlement estoient, l’on ne devoit faire aucune distinction.

L’audience de la dame Monnerot avoit esté remise deux fois; enfin elle fut plaidée ledit jour mercredy, et les avocats plaidèrent comme au parlement , adressant la parole i Messieurs sans distinction et couverts, et M. le chancelier en Ct quelque civilité à M. de Nes-

' D'Ortneunn ne parle pas de.» séances iraiunt MeoUs Monnerol. — * Le »en> des i3, |5. i6. idel 19 décembre, dont de la pliraie demande ici motaeigiuurt au

Foucault donne Ica proces-rerbau* , Jour- lieu de raoaiirur qu'on lit dan» le manu»-

aa/, t. U, f* 68, »qq. crit d'Olivier d'Omiessoii. — On trouve

* Cf.Journ.tUt'oacaatl. t.U, f* 76,999. de» détail» »ur cette contestation dan» le ' Marguerite de firouillv, femme du Journal de é'oiicau/t, t. 11. £*76.

mond, luy dit que plus il auroit de modération, plus on auroit de respect pour luy.

Le vendredy 12 décembre, M. le premier président, après avoir donné une heure â Nanteuil* pour commencer son portrait, alla à la chambre de justice. Il n’y entre plus les matinées; mais il y va les apresdisnées. Il y a diversité de .sentimens s'il doit continuer ainsy ou n’y plus aller du tout. Quelques-uns croient qu’il doit cesser d’y aller absolument, devant profiter de cette occasion pour se retirer et de la chatnbre et du procès, et se descharger d’un poids fort pesant; qu’oii a eu dessein de luy faire injure, et, la cour ayant fait connoistre qu’elle n’avoil ni confiance ni considération pour luy, cette injure luy toumoit à gloire, comme estant un magistrat ferme et indespendant de la cour; que, s’il persévère à vouloir entrer, il fera paroistre ou trop d’affectation ou trop de foiblesse; qu’il s’expose à recevoir tous les jours des desplaisirs; car on luy ostera la connoissance de toutes les affaires que l’on voudra, et l’on le fera juge, malgré luy, des autres, et alors il sera trop tard de se déclarer, au lieu qu’à présent l’occasion luy est avantageuse. Il peut survenir des difficultés dans la suite où l’on aura besoin de luy, et, s’il se trouve hors la chambre, il faudra le rechercher par toutes les voyes, au lieu que, s’il coutinue, on le chargera des affaires, sans faire aucime avance, et comme s’il avoit tousjours présidé.

Les autres croient qu’il doit dissimuler l’injure qui luy est faite parce changement et ne faire paroistre aucun despit; que, s’il cesse d’entrer, il paroistra estre mal content et qu’il ne doit pas donner cet avantage à ses ennemis; qu’il se descharge du procès, n’entrant pas -les matinées; et néantmoins il paroist estre tousjours de la chambre, y entrant les apresdisnées; que, do cette sorte, il choisira les affaires et se trouvera deschargé de tous les inconvéniens qui peuvent arriver.

Lesamedy a 8 décembre, M. Foucault m’apporta la production des

‘ ftoberl Nanteuil, célèbre graveur, né à Reima en i63o, mort à Pari» en 167# ün cannait le ver» de Boileau ; v

l«<«rvr« ^«r U atis <le NmIcwJ.

— -^-F>tvyjgTir.'ny~CvOOglF

30 JOURNAL

Wwinh 1663. pièces secrètes du procès de M. Fouquct, et le lendemain dimanche je commençai à travailler à l’extrait.

I..C vendredy a 9 décembre, il me fut dit que M“ Fouquet* s’estoient présentées à la chambre et avoieiit demandé à entrer pour parler; que, M. le chancelier ayant fait délibérer, il fut dit que leur demande n'estoit pas selon l’ordre, et l'on envoya Foucault* leur faire cotte response. Elles, ayant demandé à parler à l’un do Messieurs, M. le chancelier leur fit dire encore que l’on n’en usoit pas ainsy, et que, si elles avoient quelque requeste à présenter, elles la missent ès mains du greffier. \ quoy elles répliquèrent qu’elles désiroient donner un papier cacheté; ce qui ayant esté refusé, elles se retirèrent.

Sur ce, M. le chancelier crut que c’estoit une récusation contre luy et eu parla à Messieurs. Il dit qu’il estoit averti que ces dames avoient une requeste de récusation à présenter contre luy, et qu’elles avoient parlé à une personne île ses proches jKjur le prier de ne le point trouver mauvais. M. Talon parla ensuite et lit lecture d’un ancien arrest du parlement, par lequel le roy jugea que le chancelier ne pouvoit estre récusé en une cause du chapitre de Laon, bien qu’il en fust doyen.

Ap rès le disner, les dames Fouquet, accompagnées de M. le pré> .sident de Maupeou^ cl de M. Fouquet, le premier escuyerS m’apportèrent deux requestes de M. Fouquet k la chambre: Tune, fort grande, demandant comomnication de la production littérale et la restitution de toutes les pièces mentionnées aux inventaires, avec

* La mère de Nirotn» Fouquet était Marie Maupeou, femme d’une émiaenle piétc et d’une charité vérilablemeul chrétienne; elle mourut en iG8i, ■ lafp* de quatre vingt-oiue an». La seconde fomma de Nicolas Fouquet, dont il c»t îd question, était Mori^Maddeine de CastiUo' Villemareuil. D avait épousé en première» noce» Marie Fourché.

’ Joseph Foucault, greffier de U chambre de justice. (Voy. flntroduciion.)

* Président de la première chambre des enquêtes. Le Tableau da parlemant en fait le plus grand éloge : « Vrai homme d'honneur, d'e»prii, d’intelligence, nullement inlére».Aé, bon juge, bienfaisant et plein de foi (confiance) tuûver«ellc, aimé de tous les oonsdUers de »a ehunbre. ■

* Gilles Fouquet, frère de l’ancien aurinlendam Nicola» Fouquet. était premier écuyer de U petite éetwie de Louis XIV.

pvteatation que ce n’estoit point pour roconnoistro la chambre; i6i,t

l’autre, de récusation contre Foucault le greffier.

Je passai le soir rhei M. Le Pelletier, où je vis par rencoiilre M. Le Tcilier, auquel je dis la visite que j’avois reçue et les deux requestes qui m’avoient esté apportées. Il me raconta ce qui s’estoit passé le matin à la chambre, et me dit que ces dames luy avoient cy-devant exposé de grandes causes de récusation contre moy, à cause de l'affidre de M. de Fourcy et de M. Boucherat. Kl luy ayant fait civilité de ce que je n'allois pas chez luy, il me dit que, tant que la chambre de justice dureroit, il ne vouloit pas de commerce avec moy, ne voulant point me corrompre, et qu’il l’avoit dit à ces dames.

Foucault me vint trouver le soir, qui me dit ce qui s'estoit passé le matin; qu’en ayant donné avis à M. Colbert, et ledit sieur Colbert en ayant parlé au roy. Sa Majesté avoit mandé M. Talon l’apresdisiiée et luy avoit dit que, si l’on présentoit requeste de récusation contre M. le chancelier, il ne vouloit pas que la chambre y délibérast, mais *

qu’on luy apportast la requeste.

Le samedy 3o décembre, je fus le matin chez M. le chancelier, qui me proposa de faire juger sur le champ cette requeste à la chambre, attendu la protestation de M. Fouquet de ne la pas reconnoistre; luy ayant dit que je ne croyois pas qu’il trouveroit à propos de ne se pas charger du relus de cette recjuestc, mais plustost de la communiquer au procureur général, il nie dit qu’il le feroit entrer h l'heure mesme et prendre des conclusions verbales. Sur quoy je luv répliquai qu'il paroissoit que dans cette affaire il falloit des conclusions par escrit; que la requeste estoit fort longue; que rien ne pressoit et que ce seroit assez de mettre le matin le soit montré pour en faire le rapport le lundy; qu'autrement on donneroit sujet aux parties de se plaindre de la précipitation. Ce qu'il approuva, et néantmoins dit qu’il attendoit M. Colbert et M. Berryer.

Je me retirai aussytost, et estant dans l’antichambre je vis enti er M. Colbert et M. Berryer, qui me saluèrent en passant, et moy je m’en allai, de crainte que M. le chancelier ne me fist rappeler.

JOURNAL

Juniifr i66l Ce niesme matin, je fis rapport à la chambre de la requeste, sur laquelle la chambre ordonna soif montré, et ensuite je me retirai*.

’ Le dimanche au soir ai janvier iC63, M““' Fouquel m'apportèrent trois rcquestos de récusation contre MM. Talon, Voisin et Pnssort.

Le lundy a a janvier, je fus é la chambre pour faire rapport desdites requesles, et je trouvai M““ Fonquet et la marquise de CharosI’, MM. le marquis de Charost, Fouquet l'cscuycr, président de Maupcou, Bailly et auti-es. Mais M. le chancelier ayant mandé qu'il ne pouvoit venir à cause de son érésipéle, je suis revenu sans parler, ayant seulement monstré les requestes de récusation à ces messieurs.

Le mardy 3o janvier, estant entré en la chambre de justice, où estoit M. le chancelier, je dis eslre chargé de cinq requestes de M. Fouquel, l'une par laquelle il demandoit la communication de la production littérale de M. le procureur général, la communication de tous les papiers ou en originaux ou par copies collationnées, avec protestation de ne point reconnoistre la juridiction de la chambre; les quatre autres de récusation contre MM. Voisin, Pussort, Talon procureur général et Foucault greflier, avec mesmes protestations

Sur quoy, M. le chancelier m'ayant dit qu'il falloit lire les requestes

omi»c» par d’OrmesMii» 19 ft 30 janvier i663. Dans U première» on refuM d'entendre Pouquet. qui demaDdaient à présenter nnc requête; dans U socoode»

d'Ormesson rapporta une requête de Fouquet k fin d'obtenir que ses papiers lui fussent rendus, et une autre pour que le grelTier Foucault n'assistât pas à la délibération sur cette requête.

* La marquise de C|;iarosl était fille du surintendant Nicolas Fouquet et de sa première femme Marie Fourché.

* La requête contre Denis Talon est tout au long dans le «Tournai rie Foncûult» t. IX, f“ 85-90.

' Lo premier jour de Tannée i663. on distribua aux tnombres de la chambre de justice des jetons dont Foucault donne un spécimen (t. 11, f* 88 bis du Journal de la chambre dejaslice). lU représentaient, d'un côté, la Justice armée du glaive et portant les balances, avec celte légende : üarpjas pellere ngno, et lo millésime de i663. Sur Tautre face on voyait une tour lançant des feux et des pierres, avec cette légende ; Ictu falmineo potentior, et au bas : non- KiAQUc. Celte ville venait d'élre acquise par le roi.

* Le Journal dé Foucault (l. IX, f" 84âS) donne le procès-verbal de deux séances

D’OLIVIER LEFÈVRE D'ORMESSÜN,

(le récusation, je répli(|uai que je cruyois luy devoir dire que wi« i6t>3" M. Èouquel ne reconnoissoit pas la cbauibre, et qu’il me sembloit '

nouveau de juger des récusations particulières, tandis que la récusation générale subsistoit. Sur quov, M- le chancelier ayant répbqué que la chambre l'avoit fait, et avori donné coninumication des inven- ,taires et un conseil, sans que M. Foifquel rcconnust la chambre, voulant blasmer ce (jui avoit esté fait, et ensuite la (bUiculté s’estant mue si l’on devoit juger l<;s requestes de récusation, nonobstant les protestations, M. le chancelier m’ayant demande mon avis, je dis que * j’estois venu à la chambre prévenu de la pensée que M. Fouquet ne pouvoit estre ouy en aucune de scs demandes qu’après qu’il auroit reconnu la chambre; que les requestes de récusation me paroissoient , prénvaturées; (pie par ses protestations il ne nous reconnoissoit pas pour juges, et que mon sentiment estoit de juger les protestations, non pas pour révoquer en doute nostre juridiction, mais pour le traiter comme un muet et rejeter les requestes, tant qu'elles seroient remplies de protestations. *

M. de Sainte-Hélène, ayant ensuite opiné, dit que nous ne pouvions délibérer sur la requeste présentée par M. Fouquet, sans régler auparavant ceux qui |K)uvoicnt y opiner, et que ce seroit une nullité à l’arrest si des juges contre lesquels il y avoit récusation opinoient, et qu’il estoit d’avis d’opiner sur les requestes de récusation.

Quelques-uns ajoutèrent (pie la juridiction de la chambre ne despendoit pas de la rcconnoissance de M. Fouquet; (pie, le roy l'ayant jugée , nous devionf prononcer sur toutes les requestes de M. Fouquet, nonobstant .ses protestations et comme s’il reconnoissoit la chambre;, que, bien qu’un accusé Fist des protestations, il falloit tousjours l'escouter en scs delTenscs, si elles estoient bonnes, nonobstant (pi’il persista.st é ne point reconnoistre les juges.

M. Massenau allégua deux arrests de Toulouse, l'un pour péeulat contre un receveur, lequel, ayant tousjours contesté la juridiction et ncantmoins allégué ses delTenscs, fut renvoyé absous; et il passa par , cet avis, MM. Brillac, Regnard et quelipies autres ayant esté du mien.

U JOllIlNAL

niiimr i6«î. Après cela, la requeste contre M. Talon fut lue, luy estant debout ’

. et couvert derrière le barreau, dont je ne répéterai pas les faits en

ayant gardé copie. Sur laquelle, M. Talon, estant debout et couvert, respondit' disant qu'il ne parleroitpas de la question de droit, s<;avoir .si un procureur général pouvoit wtre récusé, iais.sant la dérision h la chambre, bien qu’il . pust "alléguer les arresLs du parlement, l'un, donné en i(>oi, les chambres as.semblées, sur une requeste proposée contre M. le procureur général de la Guesie, cét arrest ayant e.sté fondé sur un autre rendu avec M. le procureur général du Mesnil: et passant aux faits partictdiers de b) requeste il parla fort bien sur * tout, sinon (ju’à l'esgard de l'alfaire de M. Ladvocat il l'expliqua, et ^ dit que, s’cstanl opposé avec M. Bignon’, M. Fouquet e.stant de retour il pria luy. Talon, de se relascher de .son opposition; ce qu’ayant refuse, il convint qu'il en fnst délibéré de nouveau dans le parquet: que, luy ayant persévéré dans son sentiment, M, Bignon changea et fut de celuy de M. Fouquet, et, sur cela, dit en pa.ssant <|ue M. Fouquet n’avoit pas esté si religieux, comme il disoit par sa requestc, de se récuser luy-mesme dans les causes de ses parens.

M. Talon ayant satisfait sur tous les points, je fus d’avis de juger cette requeste, non seulement par la raison de droit, mais aiissy par le fait fwrticidier; que ce n'estoit pas une maxime eslablie sans contestation que les procureurs généraux ilu roy ne se pouvoient récuser; qu'il y avoit diversité d'opinions, et que ceux qui leur donnoient la qualité de juges les déclaraient récusobles; que, sur cette diversité de sentimens, l'on avoit distingué, et qu'un procureur du roy estoil récu- .sable par la partie civile du chef de l’accusé, s’il estoit .son parent, etc.; mais qu'il ne le pouvoit estre, lorsqu’il estoit seule partie, ^arce que autrement les a'imes ne seroieut pas poursuivis, et tant s’en faut que l'inimitié en dusl estre une cause légitime, qu’il estoit avantageux pour la jiLsiiee (pie l'inimitié et la passion lissent faire ce que la raison et

* Voy. ta réponse de Talon daiuleéotfr parlement de Paria de i(î56 à lôyi. Il

• n/tl de Foucault, l. IX, f"‘ 90-93. mourut en 1697. Son péro wt souvent

* Jentme Bignon . avocat ptynéral an mentionné dans le tome I de ce Journal.

-Tèrtitized by Cuogle

DOUVIEIl l,EKEVRE DORMESSON.

le devoir ne poiivoientfciirr; outre ce, ijue les faits particuliers allé- j<n»îrr i663. jjués n’estoient pas asseï considérables pour en recevoir la preuve, et, après avoir oiiy M. Talon, j’estois d’avis qu’il cunliiiuiist 1^ fonc- • tion de procureur général. Cet avis fut suivi de tous, à rcxrcption de M. du Verdier, qui vouluit ordonner terificet intra Iriduam, ne pouvant approuver ISisage du parlement de l'aris sur ce fait, et disant que, dans tous les autres parlemens, les procureurs généraux estoient récusables. Quelques-uns furent d’avis de mettre néant sur la fcqueste, prétendant la juger par la lin de non recevoir et déclarer le procureur général non récusable. Les autres vouloieut mettre aadiliu mancat, et il passa par là pour faire connoistre que M. Talon n'avoit pas esté récusé, plus (plutôt) par les raisons particulières que par la fin •

de non-recevoir. ^

Le mercredy 3i janvier, la délibération des requestes de récusation fut cüiitinuée et lecture faite de celle présentée contre Foucault', luy derrière le barreau, nue teste. Il respondit en peu de paroles sur chaque fait’. Luy retiré, je dis que l’on pouvoit d’abord douter^ si, un greffier estoit récusable. n'estant pas juge, mais .seulement mi- . lustre de la justice; néantmoins, que je eroyois qu’il pouvoit estre * récusé par des considérations fortes, s’il estoit parent proche ou de l’accusé ou de la partie; si ennemy capital; s’il avoit manqué à la Adclité de son employ et commis quelque fausseté; mais que, pour des causes plus légères, je ne le croirois pas récvisable; que celles alléguées par la requeste estoient presque toutes de cette qualité; que la plus considérable estoit celle du fait propre qu’il assistoit aux consultations, donnoit des mémoires, etc.; ce qui passoit la fonction d’un greffier; mais qu’il falloit le considérer, non-seulement comme grcIBer de la chambre, mais encore comme dépositaire, par commission du roy, de tous les papiers de M. Fouquet; qu’e'n estant chargé, il falloit (}u’il les* portast au procureur général et aux avocats, et qu’il assistast à toutes les consultations, - et ainsy que je ne eroyois pas

' Voy. celte r«f|uûte dans le /o4tnu(/ fifr * Voy. la ri’ponse de Foucault {Umi-

Foucault, l. IX, P' 93-96 ^”9^*97}

JOURNAL

Jantitr i66J. que, dc Ce fait, il pusl eslre récuse, et je coîiclus auditas maneat. On alléguoit soustrar.tion de pièces, mais je dis que ce serolt juger le |)rocèj en jugeant une récusation. Ce fait donna lieu à M. Hrillac de dire maneat (jaanl à présent, ce que M. le chancelier releva fort, bien (fue M. Brillac soit son paient et aniy. M. Rcgnard fut d’avis de ren- ^ ficet. Tous les autres .suivirent mon avis. * ,

Après, on lut la requeste contre M. Pussort ', luy debout derrière le*barreau et couvert. Il rcspondil qu’il n’y avoit aucun fait qui le ■ regardas!; que l'exil de son frère avoit esté pour une alfaire générale Jc'la cour des aydes, et qu’il n’avoit pas cru que M. Fouquet en fust fauteur; que tous les autres faits regardoient M. Colbert, dont il ii’avoit aucune connoissance’. Après s’estre retiré, je dis <jue les nio]^ns de récusation proposés ne regardoient que M. Pussort, conseiller en la cour des aydes, ou M. Colbert; que le premier ayant esté ordonné par le roy, dans son conseil, M. Fouquet ne pouvoit en estre dit le seul auteur; que le conseil du roy ne faisoit injure à , personne, et qu’il falloit distinguer entre les injures ou plusiosi les *

■ dcsplaisirs que Ton faisoit dans Tordre et le ministère de sa charge ou comme particulier; que les premiers ne se pouvoient éviter ni servir de prétexte à des récusations, mais seulement les derniers; que les faiLs qui concernoient M. Colbert estoient dc deux sortes: les premiers estoient une accusation faite ad affectam; (pi’cllc ne poiivon estre considérée; autrement il seroit libre aux accusés de récuser tous les juges; que le second chef regaidoit les soins que M. Colbert prenoit du procès de M. Fouquet; qu’il assistoit aux consultations, etc.

Je dis qu’il falloit distinguer entre les hommes qui s’engageoient dans les soins d'une affaire sans aucune raison publique , et les autres.

Les premiers n’y pouvoient estre portés que par intérest ou par ani- • mosité; auquel cas ils dévoient estre réputés parties; mais que

M. Colbert prenoit soin de cette affaire par ordre du roy, pour luy en rendre compte, et comme une des affaires principales de la chambre

' Journal lUFoacauli.t. Vi,S~ gTi’ i ’ Voy. ihut. (f* loi r*) U rep<in>e de 101 ; on y trouve la requête tout entière. Pussort.

— le

de justice, et airisy qu’il ne pouvoit estre réputé partie, ni de son Féuin chef M. Pussort récusé; et néantmoins, comme jusques à présent t l’on avoit voulu oster à M. Fouquet [non seulement] les sujets de plaintes légitimes, mais encore les soupçons, je croyois que, s’il n'estoit pas de la justice esaçtc , il estoit de l’honnesleté , et que j’eslois persuadé qu'il estoit mieux, que M. Pussort s'abstinsl d’estre juge. A cet avis il n’y eut que MM. Le Bossu, de Moussy cl deux aulies. Les autres furent d’avis de rejeter la récusation, gt il passa à cet avis.

La requesle de récusation contre M. Voisin fut lue', luy derrière le barreau; luy ouy*, elle fut rejetée tout d'une voix, n’y ayant aucun moyen valable.

, Le jeudy i" février, estant prest é faire rapport de la reqeieste de M. Fouquet, M. Talon me dit que, bien que, élans l’ordre des propédurcs criminelles, il semble qu’il ne puisse donner que des conclusions par escrit, néantmoins, dans les affaires extraordinaires, le procureur général expliquoit par sa bouche les raisons fie ses conclusions, sans que l’on crust que la présence des parties ou de leur con.scil y fust nécessaire; que cela s’estoit pratiqué au procès de M. de Chenailles', et qu’il avoit porté deux fois la parole sur les incidens qui airivoient; qu’en cette affaire il avôil donné ses conclusions par escrit sur la requeste présentée par M. Fouquet*. 11 expliqua ensuite toute l'affaire et conclut à ce que la demande dudit sieur Fouquet, tant de communication littérale que de tous .ses papiers, fust jointe au procès; s’estant ensuite retiré, l’on commença la lecture de cette requeste, qui estoit longue, et, midy arrivé, elle fut continuée à samedy. *

La samedy 3 février, la lecture de la requeste de M. Fouquet estant achevée avec les premières et secondes conclusions, mon avis

' Voj. celle requltle daru le Journal de Fvucaull, I. LX, f’* 102 v* k io6 v‘,

* Ibtd. Hépoiue de Voisin, f** 107*108.

* Voy. plus fiaul , p. 1 4, note l,

* Le youmatda Fooraa/f (iètd. F 108 V*)

indique un sujet tout différent du discours de Talon : le procureur généré y représentait qu'il importait, pour le service du roi, d'avoir connaissance exacte de l'état de Eellc-lsle.

VS ■ 'igitizjed-by Coogle

JOLRNAl,

.463 fin (|ue, puis(|ue la chambre avoil trouvé à prnpo« de prononcer sur 1b6 reqiicstcs de .M. Foiiquet sans s’arreslcr à ses protestations ni a la fin de uon-rcccvoir qui seinbloil dans les règles, puisqu’il ne reconnoissoit pas la chambre, exacninant les demandes de ladite requcsle par les raisons du fond, je eroypis que l’on ne pouvoit refiiser celle de la communication de la production littérale, estant juste, puisque sans cela il ne pouvoit se delfcndro; estant nécessaire, puisque les pièces produites ne pouvoient faire preuve sans cette communicatiou, etc. lù, pour la manière, qu'il falloil lui donner copie des procès-verbaux de fespargne et de l'inventaire de production, afin ipi'il pust les examiner à loisir et conuoistre les inductions; ijue, pour les pièces produites, jl en prendroit communication par le j ministère de son conseil.

Sur la demande des papiers. Je dis qu'il sembloil d'abord juste qu'ils luy fussent communiqués pour y trouver les pièces de sa justilication, puisque le 'procureur général y avoit pris celles de .son accusation; mais, quand je cousidérois qu’il y avoit plus de soixante mille pièces dans les inventaires, de luy donner communication de toutes c’e.stoit s’engager à une chose impossible , outre que, de soixante mille, il y en avoit plus de cinquante mille qui ne pouvoient jamais convenir au procès; ainsy qu’il falloit faire le choix des utiles et nécessaires; qu’il n'y avoit que M. Fouquet (|ui pust le faire; mais, quant à présent, il ne le pouvoit, ne sçaehant pas tous les chefs dont il estoit accusé, et ainsy que j’estimois qu’il falloit joindre cette demande au procès, sauf, quand M. Fouquet coteroit plus précisément * les pièces, luy faire droit, ainsy que de raison. A l'esgard de la demande du procureur général pouroster le conseil à M. Fouquet, que je n’estimois pas qu’elle fiist juste, puisque j'estois d’avis do la communication '.

M. Sainte-Hélène fut de cet avis, sinon que M. Fouquet seroit obligé, dans le mesme deslay donné pour la communication, de coter

' Cf. Journal dê foucault, t. IX, f" i lo-i i3.

D’OLIVIEK LKFEVRE DORMESSON,

précûément les pièces dont il avoit besoin. M. Pussort fui de iiiesme Ki'i avis, et paria avec grande chaleur des termes injurieux qui estoient dans celle requestc. En quoy il inonstra peu de prudence, et M. . me dit qu'il parloit comme un homme transporté et hors de luv. Il v eut six ou sept de Messieurs d’avis de liiy donner communication de toutes. les pièces: MM. de Mous.sy. Regnard, Besnard, Rocquesante, du Verdier et Masscnaii; M. Brillac fut seul d'avis de le débouter de sa requeste par la (in de non-recevoir, cl lorsque M. le chancelier Itiy dit cpi’il falloit revenir, il répliqua qu’il prendroit l'avis (pi'il luv plairoit. Ce que M. le chancelier releva, et il passa à mon avis avec l'addition de M. de Sainte-Hélène*.

Sur cette délibération, qui est de conséquence, il faut que je fasse quelques remarques : preiuièreinent que l'avis de rejeter la requeste par la fin de non-recevoir estoit le plus régulier, et semble rpic l'arresl de donner qpuseil et communication des inventaires à un homme qui ne reconnoist pas la chambre et se laisse faire son procé.s comme à un muet, soit contre toutes les régies, et je n’en fus pas d'avis; car il fait naistre de grands inconvéniens. Mais il fut lors donné suivant le sentiment du procimeur général et de la cour, parce que, ne pouvant de longtemps faire U production, ils crurent qu'ils gagneroient tout ce temps là et feroient parade d'une conduite fort douce et favorable à M. Fouquet, lequel ils mettroient à son tort et l’engageroient insensiblement à reconnoistre la chambre; mais M. Fouquet en a pris scs avantages, avec protestation de ne pas reconnoistre la* chambre, .\insy ils n’ont rien avancé, sinon qu’ils ont donné iin tri’S grand temps à M. Fouquet pour travailler tant qu’il a voulu avec son conseil et préparer lotis les moyens d'esloignement.

.\ cause de cet engagement, la chambre a jugé necessaire déjuger les requestes de M. Fouquet par le fond , .sans s’arresler aux protestations : ce qui produira dans la procédure de grands inconvéniens. et ç’a «esté par cette raison que M. Talon a change ses pi'emières

' Le nom est en hlenr riens le menns- ' Voy. l'arnH riens le Journai rte Fourni. ceett, L IX. f*' 1 1 1 1 1 a ei 1 13

JOURNAL

\«iil jn63. ( unclusions et qu'il esloit prés d'en donner de troisièmes diitérentcs, estant vray qu'il ne conduit pas l'alfaire et qu’il prend les scnliinens que l’on veut; et le véritable mal est que plusieurs testes se ineslent de cette aflaire; que chacun veut l'emporter, et que Berryer paroisl estre celuy qui a le plus de crédit; Foucault apparemment y agit souvent contre son sens, et M. Talon ne s'y applique pas pqur les conduire et les redresser; et, en effet, la troisième production, qui est celle des procès-verbaux de l’espargnc, n’est pas encoi’c faite.

' Le 6 avril, M. Fouquet présenta requeste, afin qu'on luy remisi les pièces qu’il avoit cotées luy estre nécessaires dans les registres des sieilrs de Bordeaux, d'Ilervart et Colbert, commis de la surintendance, pour se pourvoir. Comme je garde copie de toutes ces requestes et des arrests, je ne rapporte icy que les observations des choses extérieures. M. Talon, ayant mis ses conclusions à débouter, et de plus ayant esté ouy pour faire connoistre qu'il n’y avoit pas lion d'accorder ^ ces pièces à M. Fouquet, dit qu’il n’y avoit que deux avisé prendre: ou celuy de refuser la requeste, ou celuy de ne vouloir point juger le procès’.

L’affaire mise en délibération, je dis que M. Fouquet ne satisfaisoit pa.s à l’arrcst, lorsqu’il demandoit des liasses en général, sans les expliquer précisément. .Ainsy je ne poiivois luy accorder celles-là; • mais, à l’csgard des pièces qu’il cotoit singulièrement et précisément,

et les inductions qu’il en vouloil tirer, je ne croyois pas qu'on les luy •piist refuser, non seulement parce que la chambre s’y estoit engagée

' Le« procès -verbaux des séance» de»

la, i6, 19, 31 février, 3, i4, 16 mars et 5 avril, oœU dan» le Journal d^Oliutr (i'Ormaton, se Irouvenl dans le Journal de Foucault, I, IX, f** 1 13 y* à 131 r*. U ne s'agit, dans ces séances, que dos mesure» à prendre pour 1 exécution de Tarrét du 3 février, qui a été relaté p. 3^ ci-des* »u».

’ Voici le résume du discours du pro-

cureur général Taloo dan» le Journal de Foucault (tlX, f*i3i):«lla remonMrt’ que, donnant i l'accuM' la couununicaüon des pièces par luy cotées au nombre de dix ou douxe mille, c'estuit le rnuYcn de perpétuer son procès; que, quand mcamr elles luy auroient esté çomuiuniquécs elles ne pourroient servir k sa justification, n'esUnt employées pour U preuve d'aucun fait particulier. •

-Oigitizxulby CnaufyU'

D'OUVIEU LEFEVRE D'ORMESSON. 41

par l'arrest, mais encore parce que lors de rcxanien des pièces l'on Avril i66S. seroit oblige de les luy accorder, et autres raisons'.

M. de Sainte-Hélène, ayant pris l’avis de joindre la rcqiieste sans donner aucunes pièces, fut suivi de MM. Piissort, Cuissotte et Baussan.

-MM. le Féron et le Bossu ayant pris mon avis, et M. Fâyet voulant encore l’appuyer, M. le chancelier comraen(;a à interrompre pour faire expliquer mon avis et taschcr de le destruire’. M’estant expliqué une ou deux fois, M. de Brillac, M. Regnard et M. Besnard furent d’avis de luy communiquer toutes les pièces. MM. Ferriol et Nogués ayant suivi l’avis deM. de Sainte-Hélène, M. de Rocquesantc fut d’avis ijAc, avant de faire droit, dans le restant du deslay, il coteroit les pièces. Cet avis ayant esté suivi de quelques-uns, M. le chancelier prit la première partie du mien et l’autre partie de celuy de M. de Rocquesante, et cet avis fut suivi’.

Après le inidy dudit jour, je fus mandé chez M. le chancelier pour dresser le dispositif de cet arrest. M. le chancelier lit entrer, avec M. de Sainte-Hélène, moy et Foucault, M. Berryer, et concerta en sa présence l'arrest, lequel ayant esté dicté par M. le chancelier, M. Berryer prit une plume, et, sur le coin d’ime table, il dressa seul l’arrest, et, bien qu’il ne fust pas en termes si juridiques que le premier, iiéantmoins M. le chancelier le préféra, et le dispositif de l’arrest fut transcrit èt signé. Celte extresme complaisance me surprit V

Le lundy g axTÜ, je fis rapport d’une requeste de M. Foiiquct en exécution dudit dernier arrest, sur laquelle fut mis soit monsiré. Ce inesnie jour, l'arrest de forclusion de contredire fut donné’,

M. de Rocquesante fit le rapport des procès-verbaux de l’cspargne contre les trésoriers de l’espargne. M. Talon fut ouy ensuite et parla fortement contre eux. Il nous fut dit que le roy les avoit fait arrester

' Cf. Jùarn.tUFoacauUt t. I\,f* i li v*. * Foucault ne mentionne jamais ces interruplions du chancelier.

^ L’arrêt se trouve dans le Journal de FoucauU, X. IX, f* sqq.

‘ \oy. dans \c Journal de Foucault (tlX,

134' ia5) 1g procca-verbal de la séance du 7 avril. 11 ny est question que des pièces qui doivent être cotmuuniquées a Fouquet. •

* Cf. le Journal de Foucault, L IX, P 135 V*. sqq.

JOIJKNAL

jiiiilH i663. prisoüiüers le matin et conduire à la Bastille. 1^ chambre ordonna (|u’iU .seroient arreslcs et recommandé.a au cbasteau de la Bastille, ouys cl inteiTOgé.s. L’on mit le soit monstri sur une seconde requestc de M. Fouqucl pour coter des pièces.

Le mardy lO avril, je lis le rapport du procès de M. Fouquet', tou.s les commissaires de la chandtrc y estant prcsens. Après avoir fait rapport de l’ordre de la procédure, j’achevai le rapport du fond. Je parlai près de trois heures de .suite; M. le chancelier et tous Messieurs me tesmoignèrent grande satisfaction.

I,e mercredy i i avril, on lut les trois (paarts du prélude de l'inventaire, le jcudy le surplus avec partie des procès-verbaux Sts scellés; le vendredy, l'on acheva les procès-verbaux des scellés; le samedy l’on a pas.sé toute la matinée à continuer la lecture de cet interrogatoire, et il n’a pas esté achevé. Je ne puis omettre que de tous eostés l’un me tesmoigne grande satisfaction de mon rapport, et je suis a.ssez heureux pour que la cour et les amis de M. Fouquet en paroissent esgalemcnt contcns".

Par lettres patentes registrées eu la chambre de justice, le 3o niav, dans sa .séance ordinaire, la séance liit transférée dans l’Arsenal*, et le hindy k juin la chambre y tint sa première séance*.

I.e hindy 9 juillet, je commençai le rapport de la première production de M. Fouquet, et l’on commença la lecture du préambule pour rcspotidre à ccluy do l’inventaire de M. Talon*.

I.e mercredy 1 1 juillet, j'appris que le sieur de Graves avoit reçu

' Cf. taurno/ lie fottCuatl.l.I.X, r n8r*.

^ Voy. (Uns Foacaa/l(t. IX,

f'* 1 99 r* i 1 49 r*) les proc^-verbAtu des n^aiK’es du» 17, 19, 9o, ai, a3, a4, a6, 97, 98 avril; des 4« 3, 7, 8. 10, I ), )7, 18. 19, 91, 99, 93 mai.

* Les lettre patente» qui transfèreni U chambré de ju»ti<x, »« trouvent dans U yourvial d« Foacaa^ . I. U , 9 1 6 v". sqq.

• * (i6i(L f** 1 4a r* à j 5a r*) les pro-

ci*s>verlMax des séances de U chaml»rp de justice du 4 juin au 9 juillet.

* Jusqu’alors on n'avail fait le rapport que du procès par forclusion. On commence le rapport des productions contradictoires. ((«nmparex le Journal de Foucault, i. IX, f* i5a. sqq.) Ce rapport remplit le» »éanc!es des 9, to. 1 1, 19, i3, i6, 17, ib, ig, 90, 3i juillet; de» 1" et 8 août i6t>3.

ordre de se retirer, parce qu’il avoil fait signer k la reyne mère un Acuh certificat que l’argent k luy donné el au sieur Gaboury l’avoit esté par ses ordres pour employer on auniosnes; et, bien que ce certificat soit daté du s5 octobre 1661, il n’avoit esté signé ([ue depuis peu de jours.

Le lundy 7 aoust, M. Talon ayant fourni une rcqueste de contredits contre partie de la production de M. Fouquet jusques à la cote S , sur tous les chefs des pensions, M. le chancelier m’ayant dit de parler, je dis qu’auparavant de parler je le suppliois de me prescrire l’ordre que j’avois é tenir, parce que je ue sçavois pas si tous Messieurs sc souvenoient de toutes les preuves qu’ils avoient vues dans la production du procureur général sur chaque fait. Ainsy, je ne sçavois pas si je devois reprendre les preuves des accusations devant que de venir aux dcflénscs de M. Fouquet.

Sur quoy, M. le chancelier m’ayant demandé mon avis, je dis que je crovois que, pour bien entendre si les detfenses de M. Fouquet estoient bonnes ou mauvaises, il estoit nécessaire de reprendre sommairement chaejue fait d’accusation et les preuves, et ensuite lire les delTenses. M. de Sainte-Hélène ayant dit qu’il sulEsoit de lire la production de M. Fouquet, M. Pussort opinant dit qu’il n’y avoit qu’à lire la production de .M. Fouquet; qu’autrement c'estoit prendre plaisir à alonger l’aifaire, et qu'il valoit mieux tout d’un coup l’abandonner*.

Je ne répliquai rien, quoyque je me sentisse fort picqiié de ces paroles, et le plus grand nombre ayant pris le sentiment de hre la production de M. Fouquet, l’on commença la lecture. M. Pussort expliquoit les difliciütés, et je le laissois dire. A la sortie, je demandai à quelques-uns de Messieurs s’ils estoient bien instruits de ce qui avoit esté lu, les explications nécessaires ny des preuves ny des rcsponscs n’ayant esté faites. Ils roc dirent que non. et que dans deux jours mon avis seroit justifié.

' Aucun üc ces détails ne sc trouve dans le proocs-verbal de Foucault, t. IX, f** i54v”

JOURNAL

liU

Août i 663. I.’aprcsdisnce , M. Foucault me vint voir, prenant occasion de quelques aflaircs pour me parler de ce qui s’estoit passé le matin; il me tesmoigna n'avoir pas entendu ce que M. Pussorl avoit dit, et ajouta que M. Ferriol, a^ant passé cher, luy, le luy avoit raconté en disant que les emportemen.s de M. Fussort faisoient un mauvais effet dans l’esprit de Messieurs, et me pria de luy dire les paroles que M. Pussort avoit prononcées. Les luy ayant répétées, il me tesmoigna que cela estoit fascheux ; <|ue je me devoîs rendre maistre de cette , affaire et conduire le rapport, et que M. le chancelier me devoit laisser faire, et si je ne trouvois pas bon qu'on le luy dist, et que M. Colbert dist un mot à M. Pussort. Je luy re.spondis que non, et (|ue je luy deffendois d’en parler et qu’il me désobligeroit de le faire;

<|ue j’aimois mieux suivre la conduite des autres que la mienne; que j’avois fait la proposition de récapituler les faits et les preuves de bonne foy, croyant que cela estoit nécessaire pour bien entendre l’affaire; que je n’y cherchois que la vérité de quelque costé qu’elle fnst; que je sçavois fort bien le procès, et ainsy qu'il m’estoit indifférent de quelle manière on l’examinasl, et que dans la suite les occasions de faire les explications nécessaires reviendroient asscx, et ainsv (|u’il n’y avoit qu’à .suivre l'ordre qui avoit esté commencé.

[Foucault] m’ayant ensuite dit que M. Pussort avoit toute l’estime pour moy, que c’esloit chaleur et brusquerie sans dessein, je l’interrompis et luy dis que je ne voulois aucune explication sur cela, et que M. Pussort enst estime ou mespris pour moy il m’estoit fort indifférent; que j’estois résolu de ne luy plus répliquer, quelque chose qu’il me dist; qu’il y avoit si peu de temps que j’avois asseï tesmoigne mon ressentiment sur une pareille sottise qu’il m’avoit dite pour ne plus recommencer, et que ce que je luy disois n’estoit pas pour le redire, et qu’il me désobligeroit s’il en parloit à qui que ce .soit.

11 me raconta ensuite que M. Cbastelain ayant dit à M. de I-aunc que la cote de l’acte de la pension estoit escrite de la main de M. Fouquet et que c’esloit luy CbaStelain qui l’avoil effacée, de I^aune i’avoit rapporté à M. Talon, lequel ayant envoyé quérir M. Cbastelain

sur cela, Chastelain l’avoit desnié; que de Laune estant retourné à Chastelain et luy ayant fait entendre qu’il dcsobligeroif M. Colbert, Cbastelain estoil retourné k M. Talon et avoil offert de déposer; que^ l’on avoil délibéré sur ce qui estoil à faire; que tous esloient d’avis d’entendre de Laune et Chastelain par nouvelle déposition; que luy l’avoit enipesché disant que c’estoit deslruire toute la preuve cl rendre suspecte la première déposition de Chastelain’.

Le mardy a i aousl, je fus averti de me trouver avec M. le president de Nesmond cl tous Messieurs de la chambre, l’apresdisnée , au I.ouvre, pour prendre congé du roy, qui partoil pour s’en aller eu Lorraine. Mais l’ordre fut changé dans la matinée mesnie k cause des rangs. Ce jour, l’on continua le rapport, comme on avoit fait depuis le i3 aoust, sans qu’il soit rien arrivé d’extraordinaire.

Le mercredy a a aoust, M. de Nesmond et les conseillers du parlement furent mandés au Louvre ensemble, et Messieurs les maistres des requestes ensemble*. Le roy leur tesmoigna sa satisfaction des services qu’ils rendoient dans la chambre de justice; il Uur dit qu’il ne désiroil que la justice, mais qu'il souhaitoit l'expédition, et enfin il leur dit que, si Fouquet présentoit une requeste de récusatioij contre M. le chancelier, il vouloit qu'on luy envoyast la requeste où il seroit. Je ne fus pas au Louvre ce jour-là, parce que l’on oublia île m’envoyer un billet comme aux autres.

Le jeudy a 3 aoust, ayant reçu ordre d’aller au Louvre, j’y fus à trois heures. Estant entré seul dans le cabinet du roy, le roy me dit qu’il avoit esté bien aise de me tesmoigner en pa;liculier la satisfaction qu’il avoit des services que je rendois; qu’il ne me rccommaudoit point la justice, sçaehant que je ne pouvois avoir d'autres senlimeiis, et qu’il souhaitoit la diligence. Sur cela, je lui respondis que je in’e.stimois trop heureux que Sa Majesté eust agréables mes services, mais que l’expédition et la diligence ne despendoient point des rapporteurs.

' Voyex, dans )e Jotpiuil de Foacaiüt ’ On peut comparer, pour <res i«ance$, (t. IX, r** i55>i5G}. les procès-verbaux \e Journal de Foucault , t. II, f* abs v* à des séances des 17, 18 et 10 août i663. f* aSû r*

JOURNAI,

Wii Sur cola, il me répliqua ; «Je le sçais bien; j’ay donné ordre 4 eeux qui en ont soin, de la l'aire: ce que je souhaite est que vous rapportiez. en ce qu’elle despendra de vous. • Après (|uoy, je pris congé et me relirai'.

Les provinciaux et tous les autres curent audience cette mesme •ipiesdisnée par troupes différentes. Le compliment fut csgal, sinon <|ue le roy ne parla pas de la requeste de récusation.

J’ay s\'U depuis que l’accueil fut grand à MM. Pussort et Gisaucourt;

, que le roy marqua que leur zèle et leur assiduité engagenient les autres 4 bien faire. Il fit accueil fort riant 4 M. Pussort, luv demanda pourquoy il ne le venoit point voir; qu’il seroit tou-sjours bien reçu, et après, en sortant, il le rappela encore. L’on m’a raconté qu’il dit • •

quelque petit mot 4 Messieurs des comptes pour tesnioigner qu’il n’estoil pas si content d’eux, et dit qu’il estoit bien informé de ce « qui se passoit dans la chambre.

Le sainedy aS aoust, jour de Saint-Louis, le roy partit pour Lorraine et alla ce mesme jour coucher 4 Chélons.

Le lundy 37 aoust, l'on continua le rapport. M. le chancelier tesnioigna beaucoup de chagrin contre M. Talon, disant sur une affaire particulière, qui ne se jugeoit pas faute de conclusions, qu’il ne s’estonnoit pas de cela et que l’on manquoit 4 bien d’autres choses.

Il parla ensuite de la longueur, et que, de la manière que cette affaire alloit, il y en avoit encore pour deux ans’. Foucault me dit ce jnur-l4 que son chagrin estoit suscité par Bciryer, qui estoit enragé contre M. Talon, et çhacup dans le monde dit qu’il y a longtemps qu’ils sont fort brouillés.

Le mercredy 39 aoust, ayant fait saisir 6,300 hvres provenant du

' Un ne trouve pas un seul mot dans le Journal Foacaalt sur la réception des maître» des requêtes et de» autres membre* de la diainbre de juMice par le roi.

* LeJoamaldtFoa(aull{%.iX,(“ib'ji^, rapporte ainsi cette circonstance ; • Ce

joor, monsvi^eur le chancelier, à l’ou* verture de la chambre, a fiùt entendre à la compagnie que le roy iuy avoit losmoigné n'eslro pas satisfait des longueurs qni estoient apportées au jugement du procès du sieur Fouquet. »

Digciizec! !-

DOIJVIEH lÆFÈVRE D'OUMESSON.

duché de Penthièvre, comme créancier de M. de Vcndosme, et ce» ^ofn i(»3. deniers ayant esté payé» au commissaire aux saisies réelles de la chambre de justice comme appartenant à Boisleve, je donnai ma requeste pour toucher cette somme. M. Pussort s’y opposa à cause d'une parente qu’il avoit qui estoit plus ancienne créancière que moy.

Je me trouvai fort surpris de tout ce procédé et luy en lis paroistre assez mon sentiment dans la chambre , où nous nous retirasines durant que la chambre y délibéroit. Il fut ordonne que ma requeste seroit communiquée. Beaucoup voulurent me faire toucher cette somme par provision; mais il n’y passa pas.

■ Le jeudy 3o aoiist, M. Pussort me vint aborder ayant la requeste de sa parente |K>ur estre payée avant moy, et me demanda si je la voulois voir. Je le refusai, et luy dis que je n’avois que faire do la voir.

11 la bailla ensuite à M. de Sainte-Hélène, qui la rapporta, et je ne dis pas un mot. Ayant dit. qu’il demandoit communication de ma requeste. je dis bas à M. de Sainte-Hélène que je n’avois plus de procès. L’apresdisnée, M. Foucault me vint chercher; mais il ne me trouva pas.

Le vendredy 3i aoust, M. Pussort et M. de Sainte-Hélène ayant longtemps conféré, M. de Sainte-Hélène me vint tesmoigner de la part de M. Pussort qu'il estoit bien fasché; qu’il avoit toute l’estime pour moy, et mille civilités; (pi’il n’avoit pas voulu me faire signiiier la requeste, sans sçavoir si je l’avois agréable, et qu'il en useroit comme je voudrois. Je respondis qu’il feroit ce qu’il voudroit; que cela m’estoit indilfércnt, et que son estime ou son mespris m’estoient esgaux. Après plusieurs discours, nous nous séparasmes. Après la levée de la chambre, M. de Sainte-Hélène, ayant parlé 4 M. Pu.ssort, me parla encore voulant nous rendre bons amis. Je luy dis que je ne prétendois aucun esclaircissement .sur ce fait; que cela ne m’empescheroit pas d’agir à mon ordinaire.

Par l’événement, je suis bien aise de cette incivilité de .M. Pussort, parce que, s’il cust pris cette occasion pour me faire ce petit plaisir, insensiblement j’eusse pris quelque petit engagement, et je leur aurois

48 JOURNAL

(VoWf is«3. donné un avantage contre nioy, et je suis fort aise de ne leur avoir aucune obligation pour conserver nia liberté.

Ce mesme matin, M. Pus.sort ayant avancé un fait dans le procès, sans répliquer je luy fis lire à luy-mesmc une pièce qui portoit tout le contraire, et il en fut mortifié; dont tous mes amis me .sçurent bon gré.

' Le mercredy a 6 septembre, la chambre, qui avoit cessé depuis le lundv 10 septembre par la maladie de .M. Poucet et de M. de Sainte- Hélène, recommença è travailler. M. Talon y entra, qui dit que le roy l’avoil mandé et luy avoit donné cjjarge de dire i la chambre qu'ayant considéré que le retardement qui estoit survenu au rapport du procès de M. Fouquet i cause de la maladie d'aucuns de Messieurs, pouvoh arriver encore par cette raison, il soubaitoit que doresnavant la chambre n’attendist plus aucun, à l'exception de M. le chancelier et des deux rapporteurs. M. Talon s'estant retiré, chacun discourut sur l’usage. M. de Massenau dit qu’à Toulouse on attendoit trois jours. On dit que c’estoit l’usage du parlement pour un jour. M. Pussort dit que le grand conseil n’attendoit personne. Je ne dis pas un mot, et M. le chancelier ne détermina rien préâscment*.

Il ajouta que le roy luy avoit dit que M. Fouquet se plaignoit de ce qu’il interrompoit le rapporteur, et il se justifia disant que , lorsqu’il avoit csclairci, c’estoit en faveur de M. Fouquet’. Mais la vérité est que c’est le roy qui s'est plaint à cause que cela, retarde, et, luy, a tourné la chose comme si c'estoit M. Fouquet; et ce qui a esté agréable a esté qu'ensuite il a beaucoup plus interrompu et discouru qu’il n’avoit encore fait.

* l.,e ig octobre, la lecture de la première production de M. Fou-

' Les séances du i" au lo septembre Turent insigniÜantt^. Les prcK'cS'verbaux (le Foucault sont résumés en quelques lignes (t. IX, f" 1&A-159).

' Voves le Journal Je Foucault, ibid.

r* 169 V*; îl est plus explicite : «Monsci* gneur le chancelier a dit que le roy luy avoit fait entendre U mesme chose (qu'i

l'avocat général Talon), et que son in* tention estoit que le procès fusl incca* saœmenl terminé.»

^ lUen sur ce point dAns le Journal Je Foucault.

* V<^. dans le Joamal de Foucault {ibiJ. f** 1 6o- 16a) les procès>vcrbaux des séances du 1** au 19 octobre.

quel eslant achevée el le procureur général s’cstant contenté de donner une requcste d’employ pour contredits afin d'accélérer le rapport et obliger M. Foiupret à donner une seconde production avant les festcs, el qu'il eust ce temps pour y respondrc, el M. Fouqnet ayant, en effet, donné une seconde production, il présenta requcste alin d’avoir des extraits des registres de l’espargnc. copie des déclarations faites au greffe de la chambre par les traitans, etc. , un compulsoire général. Rapport eu ayant esté fait, il fut ordonné soit monstre.

Le a 2 octobre, le procimeur général ayant parlé sur cette requcste pour faire débouter M. Fouquet de ses conclusions', et ayant pris cette occasion de demander la vérilicalion des procès-verbaux sur les registres de l’espargue el ayant donné scs conclusions par cscrit sur les requestes, je me trouvai fort empesché à former mon avis. Je dis que M. Fouquet n’avoit point besoin d'un compulsoire général; è l’esgard des arrests du conseil, il n’avoit qu’è demander des expéditions au greffe; on ne pouvoil les luy refuser, cl, s’il paroissoit d'un refus*, .M. le chancelier l’ordonneroil. A l'esgard des déclarations faites au greffe de la chambre, il y eu pouvoit* avoir de secrètes jointes à des interrogatoires qui ne pouvoient eslre données à M. Fouquet; car, si l'on s’en servoit, il en aurait coiinoissancc par la confrontation. 11 y en avoit aussy d'autres qui pouvoient luy estre données, et ainsy en présentant reqnestc sur des faits particuliers, il luy seroit fait droit. A l'esgard de la vérification des procès-verbaux, elle esloit nécessaire pour les mettre eu estât de faire preuve et il la falloit ordonner; mais que la dilliculté estoit sur la forme; qu’il me paroissoit beaucoup de difficultés de la faire en présence de M. Fouquet, par le grand nombre de personnes nécessaires, et qu’elle se pouvoit faire plus facilement avec son conseil, et néantmoins, parce qu’il pouvoit s’y rencontrer des choses qui pourroient eslre bonnes pour M. Fouquet et

' Voy. dan» le Journal de Foucanlt le résumé du dûcours du prucureur général (l. IX. f“ iG3.,ê5).

' La phroae semble peu cUirc. mais

cela tient au sens particulier du verbe parotlre , dans le style du Palais. S'il parait, ml d'an refus veut dire si U rrfut était pnavê.

Octobre iSijS.

JOURNAL

(Mobcf i663. c|iul ne lalloit Juy osier aucun moyen pour sa deflense, il l'ailoil ré^rver au conseil la faculté de faire telles réquisitions qu'il voudroit, l>ien entendu qtie, si elles estoient justes, les commissaires les luy accorderoicnt surde>cbamp; si elles cstoicnt dilBcilcs, il en seroit référé à la chambre*.

M\f. do Sainte-Hélène et de Gisaucour furent du mesme avis. \I. Pussort y ajouta que M. Fouquel pourroit y faire trouver un homme de finance, MM. Ferriol. Nogués et Hérault, de mesme. M. de Rocquesanle fut d’avis que cette vérification se fisten présence de M. Fouquet; MM. de la Baulnie, du Verdier, de Massenau, idem. M. Catinat ajouta à mon avis que Ton donneroit h M. Fouquel tel extrait de.s registres c|irildomanderoit; ce qui csloitmon sens; idem, M. Poncct. MM. Baussaii et le Féron, idem. MM. le Bossu, Moussy. Fayet, Kegnard et Besnard, comme M. de Rocquesanle. MM. de Briliac, Voisitit Pontcharlrain, Nesmond cl le chancelier, de mon avi.s.

Le lendemain matin, l'arrest fut lu en la chambre et signé, sans parler d’un homme de finance, estant in retentam^.

Le 2 fi octobre, M. de Sainte-Hélène et moy nous fusme.s chez. M. Jeanuin pour rcxccution de cet arrest, où M. Talon se trouva, et MM. Ausanet et Lhoste\ qui tirent une remoostrance de leur chef, parce que M. Talon leur avoit fait faire une sommation à eux et non à M. Fouquet*; et ainsy ils ne parlèrent que de deux chefs.

’ Lcr«auniédeFouaiult(t.IX,Pi65V) tloiine une idée plus claire de ravis d'Oiivier d'Onnessen : • M. Lefèvre, rapjwr* leur, aprt'îs avoir repris Ica moyens du la ' requesle de l'accusé et Ica respnnses do la rcmuTislrance du procureur général, a dit qu'il csloil d'avis que, par les commissaires de la chambre qui scrutent k ce dé* putè», et conformément aux conclusions,

Ü fust procédé à la veritication des procèsverbaux de l'espai^ne sur les registres, en présence du conseil donné audit sieur Fouquet. lequel seroit déboulé du surplus

de scs conclusions, sauf à luy à coter les pièces qui iuy seroient nécessaires pour sa deiïensé et san.« retardation de l'instruction et jugement du procès. »

' L'arrêt se trouve dans le Journal de FoacauUt t. IX, f* 169*170.

* 11 s'agit ici des avocats de Fouquel, qui s'appelaient Barthélemy AuzancI èt Jean-Marie Lboste.

* Ils soutenaient que la veribeation des registres de l'épargne devait être faite on présence de Fouquel. i Jwimal da Foucault, t IX. P 171 v‘.)

D'OLIVIEK LEFÈVRE D’ORMESSON.

Le f] octobre, rapport fut fait du procès-verbal, et, parce que le .VoMmb, ises. conseil de M. Foiiquet n'avoit parlé que de son chef et n’avoit rien dit qui n’eust esté prévu lors dudit arrest, je fus d’avis d’ordonner l’exécution du premier arrest. MM. <le Rocqucsanle, du Venlier,

Ma.ssenau, Bossu et Mou-ssy persistèrent en mon premier avis. 11 passa au mien'.

Le ag octobre, M. Fouquet donna une nouvelle requeste d’inscription de faux à M. de Sainte-Hélène pour arrester l’exécution desdits arrests, et depuis il m’a fait remettre une grande requeste en opposition desdits arrests, sur laquelle il faudra délibérer.

Le dimanche 4 novembre, estant revenu d’Ainboille jxtur entrer le lendemain à la chambre, j’appris que M. le chancelier esloit fort malade de son érésipèle, du jour de la Toussaint, et qu’il estoil en péril*.

Au mois de novembre, les ambassadeurs suisses arrivèrent pour le renouvellement de l’alliance avec la France. Ils s’arrestèrent à Charenton comme ils avoient fait en ■ Goa , et ils y furent complimeutés.

Le vendredy g novembre, le roy leur donna à disner dans le bois de Vincennes, d’où ils partirent pour faire leur entrée à Paris. M. le maréchal d’.Aumont*, gouverneur de la ville, avec M. le marquis d'Ilumières*, les Rirent recevoir é my-chemin, suivant fusage; car le roy a voulu ne faire ni plus ni moins que du temps de Henry l\'.

M. Voisin, prévost des marchands, avec la ville, les fut recevoir hors la porte Saint-Antoine. Ils entrèrent tous à cheval et passèrent sur la

' Cf. le Joanol tU FoucquU, t. ]\.

' Par suite de cette maladie du ehancelier, les séances de la chambre de justice furent interrompues jusqu'au 39 novembre i663.

* Antoine d'Aumont, marécbal de France depuis 1660, mort en 1G69

' Louis de Crevant. mart|uia d’Humiérea , lieutenant général des armées du

roi depuis 1667; il devint maréchal de France en 1668, grand maître de l'arlillerie en i68b, chevalier des ordres du roi en 1688, duc et pair en 1690; il mourut le 3o aoèt 1694. Voy. les notes de Saint- Simon sur Dangeau, à la date du 3o août 1694 (édit, du Journal de Dauÿoaa, acre la additions inddila do Saint-Simon) , et les Mémoires de Saint-Simon (édit. Hachette.

iii-8*), I. I, p. aoS-aob.

JOURNAL

Vixrmli. i663. placc Royale , par la rue do* Francs-Bourgeois, par la rue Sainte-Croix, et furent descendre dans la me' Saint-Martin, où leurs logemcns cstoient marqués dans les grandes kostelleries, et la salle de la maison de M”' de la BrifTe leur fut donnée pour le lieu de s'assembler.

Je les vis passer chea M. Leroux dans la rue Sainte-Croix. Les arckers de la ville marckoient les premiers, et, après eux, les valets des ambassadeurs, qui sont les bedeaux ou huissiers des villes de chaque canton, vestus des livrées de leurs villes, leurs manteaux, ' my-partis de blanc et de bleu ou de rouge, ou par bandes, sans aucun ornement, et leurs chevaux fort misérables. Avant les ambassadeurs marrhoient les cent-suis-ses du roy, tambour battant, puis le premier ambassadeur, qui estoit du canton de Zurich, ayant M. le maréchal d'Aumont à sa droite, et M. Voisin, prévost des marchands, à sa gauche. Ainsy tous les autres députés entre un gentilhomme et un officier de la ville. Leurs habits cstoient de drap sans fa<;on et comme ils sont vestus d'ordinaire, sans aucune parure, les uns avec des fraises, les autres avec des collets, tous âgés de plus de ciiK[uante ans, ayant la pluspart de grandes barbes, hommes bien faits, grands, et peu polis ni ajustés, et comme de bons bourgeois.

I^e samedy leur fut accordé pour se reconnoistre et se reposer.

Le dimanche 1 1 novembre, M. le chancelier les traita chez luy; mais sa maladie l'empescba de les recevoir. .Au sortir, ils furent conduits à l'audience chez le roy et reçus suivant l'usage. Us furent traités le bindy chez M. le comte de Soissons', colonel des Suisses; lemardy chez M. de Turenne; le mercredy, chez M. le maréchal de Grammont; le jeudy, chez M. le maréchal de Villeroy; le vendredy, chez M. le maréchal d’.Aumont. Le samedy ils se reposèrent.

Durant les apresdisnccs de cette semaine, ils s’a.ssemblèrent chez M. le chancelier, sans qu’il s’y trouvast à cause de sa maladie, et, de la part du roy, s’y trouvèrent M. le comte de Brienne père, MM. Le

' Ëugène*Maurico. de Savoie, Comte df Soissons; il araîl épousé Olympe Mnncini, nièce du cardinal Mazarin. On fit revivre

pour lui le titre de comte de Soissons . qui avait appartenu à une branche de la maison de Condé

D’OLIVIEH LEFEVRE D ORMESSON.

Tellier, de Lyonne et Colbert, et M. de la Barde', aiiibas-sadeur, qui .Wrmb. estoit revenu avec les Suisses pour résoudre toutes leurs demandes.

Le mercredy i4 novembre, mon père, ayant esté averti par M. Le Tellier, et de la j>art de M. le chancelier, que le roy l'avoit nommé pour faire la harangue et faire prester le serment aux Suisses, k la cérémonie qui se devoit faire à Nostre-Damc , fut l'apresdisnée voir sur cela M. le chancelier, où je l’accompagnai, et nous le Irouvasmes très foible et ne pouvant presque parler, et dit que cette cérémonie, avoit esté escrite fort exactemeut en 1 6oa, et qu’il n’y avoit qu’à suivre fort précisément les termes du serment et la manière de parler aux Suisses.

Ce mesinc jour, M. Foucault m'estaut venu voir sur les affaires de la cl^mbre, me dit que l’on avait dessein de faire tenir la chambre chez M. le ciiancelier à cause de sa santé; qu’il y avoit beaucoup d'exemples. M. de Marillac’ fut jugé dans Ruel chez M. le cardinal de Richelieu. Il me demanda mon sentiment. Je luy dis que tout lieu m’estoit esgal; que cela despendoit de M. le chancelier seul.

Je luy^fis entendre que la dernière requestc de M. Fouquet estoit considérable, et qu’il me paroissoit bien difficile de la refuser. Il me dit que son premier sentiment avoit tousjours esté de luy donner .• copie des registres de l’espargne; qu’il l’avoit tousjours proposé; mais que présentement cela seroit fasebeux, et nous parlasmes de toutes les raisons pour et contre. U me dit de m’en expliquer avec M. Le Pel-' letier. Je luy dis que nous n’en parlions point, et que je m’en eipliquois è luy, qui connoissoit mieux l’affaire et les sentimens de la chambre. Il me dit que, puisque je le trouvois bon, il en parlcroit à M. Colbert. Je luy parlai ensuite des appointemens de conseiller d'Estat pour M. de Fourcy, Je luy dis que la requeste de M. Fouquet estant publique , j’en avois parlé à des gens bien intentionnés pour le

' Il a été question de cet ambassadeur damne à mort et décapité en i63a, suu« t. 1. p. 17, note 6. prétexte d'exactions et de concussions. Son

* Louis de Marülac, né en 1573, ma- véritable crime était d'avoir voulu renver-

récbal de France en 1699; il fui con- ser le cardinal de Richelieu.

JOURNAL

Noïfinb i8«3. roy, qui crovoicnt que l’on ne pouvoit refuser la vérification avec M. Fouquet, et que cestoit avancer l’affaire.

Le jeudy i5 novembre, M. Foucault me revint voir; il me dit avoir parlé à M. (iolberl, qui croyuit fascbciu de changer les deux arrests donnés; qu’il en devoit parler au roy et de M. de Fourcy. Il m’expliqua que la principale difficulté estoit à cause de M. Talon, qui seroit obligé d’entrer en contestation avec M. Fouquet en pcrsoDne.il .me dit que M. le chancelier faisoit dilficulté d’agréer que la chambre de justice s’assemblast chez luy; que ses domestiques l’avoient fait changer; car il l’avoit agréé; que c’cstoil une pitié de voirfincerlitude d’esprit du bonhomme; que ce qui le tourmcntoit le plus estoit qu’il vouloit estre duc'; que le roy ne vouloit point estant de robe; que le roy vouloit faire duc M. le marquis de Coaslin*; mais que dans la faille la division estoit, et la jalousie de M"' la cbancelière, qui ne vouloit pas que la marquise de Coaslin’ passas! devant la comtesse de Guiche*, l’empeschoit.

Ce mesme soir, M. Le Pelletier me vint trouver, qui me dit que M. Le Tellier l’avoit envoyé quérir au retour du Louvre et l’avoit prié de sçavoir si je m'estois expliqué sur les alfaires de M. Foiu|uet.

• ^ Lny ayant dit que otiy, et que l'on m’avoit conseillé de ne pas changer d’avis sans m'expliquer, afin que l’on ne m’accusast de surpiise, je luy avois exposé les dilficultés que je trouvois en cette afifaire comme •dessus. Surquoy, il me dit que M. Colbert en avoit parlé au roy par plainte, cl [dit] que ce qui estoit estrange, c’est que des gens bien intentionnés pour le roy estoieut de ce sentiment, et que ce ne pouvoit estre que M. Le Pelletier; que le roy avoit demandé é M. Le Tellier s'il syavoit ce que c'ostoit; qui avoit dit que non; que M. Colbert prétendoit engager M. Le Tellier en cette négociation, mais qu’il n’avoit pas voulu y entendre. Je luy dis ce que j’avois dit des gens bien in-

‘ Pierre Séguicr étail duc de Villemor, mai» üon dire c'avait pas été enregistré.

’ ArDiai)dduCaixibi>u»l.ouduCMnbout, marquis deG)i»itn, petitdiUdu chancelier.

* Madeleine du Halgoet» femiuc d'Ar* mand du CambouL

' Margucrüo-Loui»e>SuxanniC de Béthune, petite-üile du chanceUer Séguier.

tentionnés, qui estolent aucuns de MM. du conseil, MM. d'Aligre el i6ii3

de Sève, à condition qu'il ne les nommeroit point.

lime parla ensuite de la conduite de M. Colbert, qui perdoit tout le monde de réputation auprès du roy, et qui, en présence de M. Le Tellier, avoit dit sur un marché fait en Italie par M. Robert, parent de ,M. Le Tellier, qu’il esloit trop cher et qu'il falloit qu’il y proiitast de la moitié. Enfin, de cette conférence 11 me parut que la division esloit entre ces messieurs; et M. Le Pelletier me conseilla de me mesnager beaucoup, parce que l’affaire ne dureroit peul-estro plus guère» par les incidem qui arrivoient chaque jour; que M. Colbert avoit dit au roy que .son oncle croyoit que l’instruction de ce procès ne poiirroit s’aciiever, estant gastéc par l'appointement.

Depuis J’ay sçu de M. Le Pelletier que M. Colbert s’estoit expliqué plus avantageusement pour moy sur mes scntiniens de la requeste. et avoit dit qu'il seroit mal aisé que l'on ne montrast pas à M. Foui|uet les regi.stres de l’cspargne; mais i|u'il falloit tascher de le faire sur les faits particuliers. Il pic dit qu’il avoit esté résolu d'oster de la chambre M. Talon et d’y mettre M. Chainillart, niaistre des requestes.

Le dimanche i8 novembre, MM. de Machault, de Lezeaii, d'Estampes, Caiimartin' et Boucherat, conseillers d’Estat; Poncet el Tallemant, maistres des requestes, estant venus trouver mon père, ils partirent ensemble pour se rendre à Nostre-Dame, et, à cause de l’embarras des carrosses audelâ du pont Nostre-Dame, ils mirent pied k terre et se rendirent chez M. l’abbé do Coaslin dans le cloistre de Nostre-Dame, où ib trouvèrent MM. d’Aligre, de Sève, de Vertainont et Montargb, conseillers d’Estat, et MM. de Fieux*, Potet* et Albertas, maistres des requestes. Sur les dix heures, tous ces messieurs-, du nombre desquels j’estois, partirent ensemble pour aller à l’égli.se de Nostre-Dame, ayant les huissiers du conseil devant eux arec ja cliaisne.

' Jacqaea Leiévre de Caumarlin.

* Edmond de Pieux, «eignear de Uuiv, maitre des requêtes depuis le aq noûl i653.

' Philibert Potet, seigneur de Bretiniéree, maitre des requêtes depuis le a J juillet iCââ.

JOURNAL

\rtvi‘lllb.

Ils <!ntrèrent dans le clncur par la porte du coslé de l’archevescbé, et ils furent placés sur des bancs qui estoient de ce tnesnie costé, au Imiit des cbaires des cbanoines. L'escbaiTaiit pour les reynes cstoit de ce mesnie costé, aiidessus de la porte du costé du cbœur. Au pied estoient quelques bancs pour les dauies de leur suite, et, au devant, prés de l’autel, des bancs pour les évesques. A l’opposite estoient les bancs pour les ambassadeurs et derrière eux un escbalTaut k l'opposite de celuy des reyncs, où estoient des dames de la cour, la marescbale de Villeroy et autres. A l’opposite des bancs de Messieurs du conseil estoient ceux destinés pour les ambassadeurs suisses.

Le ti'osne du roy estoit au milieu relevé de trois degrés; il avançoit presque jusques au bout des cbaires du cbœur du costé de l’autel. Son piipistre estoit à un bout et sa cbairc à l’autre sous un dais bleu semé de fleurs de lys d’or.

Le long des cbaires îles cbanoines, en bas, estoient, au costé gauche, les bancs pour MM. Ifes secrétaires d’Estat : de la Vrillière, de Guénégaud, Le Tellier, de Lyonne et Lou\ois*. Auprès estoit M. de la Barde, ambassadeur en Suisse. Le prévost des marchands avec la ville estoit dans les hautes chaires du cbœur de ce mesme costé gauche, la première du costé de l’autel. Toutes les autres places estoient remplies confusément des persoiuies de qualité de la cour.

Le roy vint à onze heures en carrosse avec les reyncs, accompagné de plusieurs autres carrosses très magnifiques, tous attelés de huit chevaux. Les reynes’ vinrent prendre leurs places sur leur esebaOaut sans cérémonie, et y estoient la rcync mère, la reyne, Madame’, M"' d’Alençon *, M'"*' de Longueville en grand deuil et autres princesses.

' Le tuarrjuis de Louvoia n'avait cncurc que la survivance de la charge de son père, Michel Le Teitior.

' Anne d'Autriche, dont il a été aou> vent question dans la première partie du Journal J'OUtier d'Ormes$ont et Marie- Thérèse d'Autriche, née en i638, reine

de France en iti6o, morte en i683.

' Ilenrietle-Aiine d'Angteterre, fille de Charles I", roi d'.Angletcrrc. duchesse d'Orléans, morte en i67t?.

* Élisabeth d'Orléans, fille de Gaston d'Orloatu. née le a6 décembre ifièfi.

morte le 1 7 mars 1 696.

, ü’OLiVIKR lÆPÈVRK D’ORMESSON.

I^c roy fut reçu à la porte et harangué par les cbaiioinés de Nostre- Notemb. iWi. Dame. Estant arrivé sur son trosue, accompagné de M. le duc d'Or- * léans, (|ui avoit un siège pliant derrière la chaire du roy, de M. le Prince, de M. le Duc‘ et de M. de Ville<|uier’, capitaine des gardes en quartier, il y demeura plus d’un quart d’heure. Oiiranl ce temps,

M. le Prince cl M. le Duc allèrent quérir les ambassadeurs suisses, qui estoienl dans rArchevcsche. Je ne sais jusques où ils allèrent; mais l’on vit arriver les députés suisses, qui vinrent prendre leurs places sur les bancs à eux destinés, suivant leur ordre, le premier s'estant mis le plus proche du roy, du costé du trosue, et ainsy'les autres de suite en remontant vers l'autel. Incontinent après (ju'ils se furent assis, les prote.stans se levèrent et retournèrent au Ibnd du chœur pour monter au jubé, où ils se mirent tout de suite sur l’appuy, du costé de l’autel. •

La messe basse commença aussytost, célébrée par M. l’évesque de Chartres’, sans aucune cérémonie particulière, la mu.sique chantant des motels. Après la messe, les .Suisses prote.'-tans, qui estoient demeurés nue teste, regardant l’autel et officier le preslre, revinrent prendre leurs places. M. Saiuclol, niaistre des cérémonies, vint prendre mon père, qui estuit demeuré ju.sque-là en sa place avec Messieurs du conseil, et le mena .sur le trosnc, où le roy l'accueillit avec beaucoup de bonté, et, parce qu’il avoit peine à monter, luy donna la main pour le faire passer derrière luy. Les secrétaires d’Estat, avec M. de la Barde, aml>as.sad(uir, montèrent aussy sur le trosne, un peu au-dessous de mon père. M. le cardinal Antoine’, grand aiimosnier, y vint aussy avec le livre des Evangiles, qu’il présenta devant le roy, qui durant c.e temps estoit debout et couvert.

' Henri-Jules de Bourbon , fils du Loiub do Bourbon , prince do Condd, el de ClAÎre- Clémonco do Maillè-Bréié. mort en 1709.

* LouU-Marie Viclur d’Aumonl, roarquUde Vüicquicr, Uls du inarécluil d'Au* mont, était né en i658; il mourut on

* Ferdinand do NcuviUe de MUeroj, éréquo de Chartro» de i65y à 1690.

* Antonio Barberini, archevêque de Roiins et grand aumAnier de France. 11 a été pluaieurs fois question de ce personnage (Uns la première partie du Journal d’OIrvrar J'Ormouon.

JOURNAL

Nov^mb

; Alors les Suisses partirent de leurs places, testes nues, et les pre- * niiers inoutèrcDt sur le trosne ju.sques auprès du roy, et les autres de suite selon la place. Le roy les reçut leur ostant son chapeau. Puis M. de la Barde commença un di.scours pour rendre raison au roy du traite qu'il avoit fait. Je no pus ouyr les paroles, estant très esloigné.

Le député de Zurich commença le premier et parla assez longtemps au roy en langue suisse, luy et tous les atubassadeurs suisses testes nues et le roy seul couvert, M. le duc d’Orléans et tous les princes du sang estant descouverts. Cette harangue Cnie, l'interprète fit enteirdre .sommairement ce qui avoit esté dit par le Suisse. Après, le roy prononça, couvert, peu de paroles, et^dit que M. d'Oriuessou feroit entendre scs intentions. Alors mon père s’e.slant mis à genoux devant le roy pour recevoir scs ordres, et ayant peine i se relever, le roy luy ayant aydé, il prononça sa harangue, que je ne pus entendre, mais qui parut satisfaire ceux qui l'entendoient.

Après, le livre des Evangiles ayant esté présenté, le premier des Suisses y mit la main, et mon père prononça les termes du serment; et, après luy, tous les autres Suisses y mirent la main l'un après ' l'autre, et puis le roy ayant demandé à mon père si c’estoit è lÿy é luy faire prester le serment, et mon père luy ayant répliqué qu'il l'aisoit le serment de luy-mesme, il mit la main sur le livre et fit le serment. Après, les Suisses retournèrent en leurs places, et, mou père retournant en la sienne, le roy luy tesmoigna satisfaction, luy demanda son âge et luy fit paroistre beaucoup de bonté. Ensuite le Te neum fut chanté par la musique, et après, le roy se retira avec les rcynes et toute la compagnie '. Les Suisses demeurèrent en leiir.s

pièce i3â), on lit, entre autres nuuveUes;

• On se prépare icj pour recevoir les ambassadeurs suisses pour le renouvellemeni de leurs alliances, a Celle espèce de gasette à la main contient quelques détails sur les traitants, dont un instroisait le procès; sur Colbert, et sur Fouquet, on faveur duquel les poètes et d'autres écri-

' Un defl (jhleauK des galeries de VersailicB, peint par Lebran» repr«i»entc ce Herment des Suûaes. André d'Ormeason y eat pl*oé auprès de Louis XIV. Ce n'est pas la seule preuve que l’on ait de l'impor- Unce que l'on altachail à cette ambassade des Saisaes. Dans un luanuscril des Affaires étrangères {Fiaancx, t. CLXXll»

■-L*T=rf!'-sè>S

D’OLIVIER LEFEVRE D’ORMESSÜN.

places jus<]Ufs à ce qu'ou les vinsl quérir pour les mener dans l’Aichevesché, où le roy leur donnuift à disner et où le roy devoit venir durant leur repas se mettre au bout de la table et boire ù leur santé, couvert, les Suisses estant debout et testes nues. Les reynes disnèrent aussy à l’Archevesché, dans une chambre séparée, avec le roy, ayant des.sein de voir les Suisses à table.

Messieurs du conseil estant sortis ensemble, les huissiers du conseil devant eux. et. retournés chei M. l’abbé de Coaslin ils se reti-

rèrent chacun chez soy, mon pèi

vAin» cberchiiient à gagner lopioion pu* blique. Celle gaxctlc se rattache ainsi au Journal d’OUviêr d'Ormeuont et il ne sera pas inutile de la publier enlièremenl. EDle doit être de ia hn de t66) ou du cotomencement do iG63.

• L'esloignemenl est arrcslé du comle de Guiche * et de Louvigny, l'un pour rAilcmagne et l'autre pour la Pologne, et l'on taachc d'adoucir le desfd&isir du père par le duii qu'on luy a bit du la iDAison de Munncrol** à ta place de celle qu'il avoit

*procfae du Leurre.

• La bonne volonté du roy continue tousjours en Taveur de M. Colbert, jusque là que, ce» jours passés, S. M. conférant avec luy et voyant qu'il estoil obligé de»e tenir découvert, et que, pour cette raison, le soleil le pouvoit incoaunoder, U mit scs gants sur sa leste, et quelque ré* sbtance qu'il apporta»! pour se delTrndre de cet honneull il l’obligea de les y laisser

et tous ses amis fort sitisfaiu du

un long espace de temps, de sorte que cette conférence s'acheva à l'abri de cette couverture royale. Cela n'empesche pas que les partisan.» de M. Fniiquet ne le»niolgiFenl tuusjours beaucoup d'ardeur pour son service, et que les poète»*** **** ***** «c travaillent pour luy aussv bien que les orateurs “***.

• Le sieur Marchand **"* s'esi dcsjà accouiukkI^ U cbainbre de justice moyennant deux uiüÜoiis, sçivoir six cent mille ' livres argent comptant et quatonc mille en cITcls sur le roy.

« L'on dit que M. de Varde» ****** a ordre de se retirer de U cour; on ne sçait pourquoy. •

‘ Pierre du Cainboulvsabbé de CotsUn.

devint plus tard évéque d'Orléans et cardinal; il mourut en t^uô. (Voyex sur ce personnage les Mémoim de Saint’Sitnon , édit. Hachette. in*S*. I. I, p. 39a, et t. V. p. né*i 17.)

* Voy. le Jeûnai é'Otnur d'Ormttam, a le de(« du i& uun i6(S-

** Mcxuierol éuil lu dca pertuau* pounuivi* per U dmobrr de jiutke.

*** U l'eiiii probablriBent «le U Fonttêne . ipi jxiMm ««n <«ue <fxx{ue *ou éiégw Jux aympàM de Vuut.

**** Peflmoo ^'deve jinipia TdoqucRcc deji> m» défeaee* de Powpset, Cat de laî, je peoee, i|«e perte l'euteor uMoync de cette geuUe.

***** Un <ln perla^u poaunuTu per le Uiembee de juetice.

****** O» trourrr^tlue loin le ceiwe de TetU^e de \erde*. (/e«nMi( tTOhrirr d'Ormeiwa. à te detr de i& ner«

ilovemh.

JOUKNAL

succès de celle aclion. Après le disncr, mon père fui v(^M. le chancelier, qui luy lesmoigna beaucou|J de joye de ce qui s'esloil fait, et qu'il esloit consolé de sa maladie, puisqu’elle avoit procuré cet honneur à M. le doyen*, et Iny parla avec toute l’amitié possible.

Le hindv 19 novembre, après le disner, mon père estant allé au Louvre pour remercier le roy, fut introduit dans le cabinet, où il trouva M. le inareschal de Villeroy et MM. Ilaligre et de Sqye. V arriva M. Colbert, qui fit voir une médaille d’or .semblable à celles qui avoienl esté données aux Suisses, avec des chaisnes qu’il dit de six cens cscus. Le roy y vint incontinent après, qui reçut mon père fort bien et luy tesmoigna tonte satisfaction. Estant ensuite passé dans .son cabinet pour travailler avec ces messieurs, mon père se relira. Estant daps la salle, M. Colbert le joignit, di.sant que le roy luy avoit commandé de luy donner cette médaille, qu'il luy mil en main, dont mon père le remercia. Il descendit en.suite cher les reynes, qui luy' firent bon accueil, cbacnn admirant qu’à l’âge de quatre-vingl-.scpt ans il eust fait paroistre tant de vigueur.

J’ay .sçu depuis de ^lel mouvement cette médaille avoit e.sté donnée, et que, le roy ayant parlé à M. Colbert à l’oreille et luy au roy, il esloit .sorti et revenu aussytosl sans que ni M. de Villeroy ni les autres eussent connoissance de ce qui se dit ni que la médaille eust esté envoyée par le roy à mon père. Mon père me donna, le jour raesme , cetle^médaille, et moy je luy déclarai que je la donnois à mon rds avec substitution graduelle et perpétuelle, afin que celle marque d’honneur restast dans la famille.

Le mardy ay novembre, M. Foucault me dit le changement de procureur général pour la chambre de justice; que M., Colbert, le jour précédent, avoit esté trouver M. Talon, et luy avoit dit que, les affaires du parlement désirant sa présence, le roy avoit résolu de le dispenser du service de la chambre de justice; qu’il avoit reçu cette nouvelle sans estonnement et avoit tesmoigné qu'il esloh fort salis-

' André d'OrcncMon élAÎl do^^cn du CotU(^l d'él^L (Voy. l'Inlro^ltaction en tète du tome ] du Journal d'Oljwer d'fhmettwt.)

DOLIVIER LEFÈVRE D'ORMESSON.

fiit de servir partout où le roy le jugeroit plus utile; que l’on faisoil Notmih iSiiS. deux procureurs généraux, M. Chamillart pour les alTaircs de l'espai'gnc et le procès de M. Fouqucl, et M. Hotinan de Fontenay ' pour toutes les autres alTaires; que le roy avoit mandé cette apresdisnée M. Talon pour luy tesmoigner sa résolution, qu’il estoit content de ses services, etc. Et d’autant que, par le xèle qu’il avoit fait paroistre dans scs all'aires, il pouvoit avoir fait des ennemis, il luy proinettnit sa protection.

I.e inercredy a8 novembre, je fus au parlement entendre les ha- ■■angues pour les mercuriales, comme j’avois fait le liindv celles de l’oiivertur)? des audiences. M. le premier président fil fort bien et M. Bignon, l’un et l’autre avec un grand succès. A celle des mercuriales se trouva M. Talon, que tout le monde considéra, cbaciin sça- *

cbanl ce qui s’estoit passé. Il paroi.ssoit fort gay cl le visage content.

Ce mesme jour, le soir, Foucault me dit qu’on avoit délibéré si l’on le* relégueroil quelque part, et qu’on avoit parlé de Brisacb; tant l’on estoit chagrin I mais qu’on avoit préféré la douceur. Quelque autre m’a dit que, sur la" proposition si l’on relégueroil la maréchale de l’Hospital *, l’on dit qu’il la falloil laisser, parce que son absence pourroit obliger M. Talon à faire quelque emportement, et que sa ••

présence le reliendroit et pourroit servir à l'empescher de reprendre ses premiers sentimens de vertu et de vigueur.

Le jeudy 39 novembre, nous fusmes à l’Arsenal, M. de Nesmond présidant, où M. Poucet fit rapport des lettres patentes de la tran.slation de la chambre chez M. le chancelier* pour la visite des procès criminels, .sans néantmoins les y pouvoir juger définitivement'’.

' Vincent llotiuan, seigneur <ie Fontenay, était luatlre des requêtes depuis te s3 août t656.

* 11 s'agit, dans cette phrase assci amphibologique, de l'avocat général Talon, comme le prouve la suite.

' Voy. plus haut. p. aS. note a.

* Voy. Joum. Je FotuauUt t III , Q 1 , sqq.

On J trouve l’ordonnance de Louis XIV pour la nouvelle translation de la chambre de justice.

* Cf. doamu/dr Foacnah. I. IX , f*’ lyû- 1 76, U y eut séance le il et le ta décembre. Dans celle du 1 1 . lecture fut faite de l'ordonnance du roi qui nommait les nouveaux procureurs généraux. Dans la ^

JOLRNAI.

Dfcftiih i6«3. J’a^ois une requesie de M. p’ouquel en opposition, sans dire aiirunes raisons. 11 passa tout d’une voix à renrcgistreinent des lettres, sans avoir esgard à i'opposilion. M. de Massenau dit que les maisons particulières devenoient publiques lorsque les compagnies souveraines .s'y assembloient, rapporta deux ou trois exemples du parlement de Toulouse, qui avoit esté obligé de quitter i cause de la peste, et, e.staiit dans une ville chez une communauté religieuse, il fut résolu que, pour les affaires criuiiiicUes, qui ne pouvoient pas se traiter in loco sancto, l’on s’assembleroit en la maison du premier président. 11 fut dit encore que la translation de la chambre regardoit le procureur général, et que M. Fouquet ne pouvoit (las s’y 0[t^ser pour son particulier, et que, ne disant aucune raison, il n'y avoit pas • d’apparence de s’y arrester. M. de Sainte-Hélène ne s’y trouva pas,

estant fort mal de la goutte, et il n'est pas en estât de sortir de huit jours.

Le samedy lô décembre, je fus au parlement pour voir ce qui s'v passeroit sur la réception des nouveaux ducs. J’y entrai facilement, comme ofDcicr du parlement, et pris place avec des conseillers en la place où les gens du roy se mettent aux assemblées parlicu- ,• liéres. M. le chancelier y estoit sur le banc des présidens, en robe

ordinaire de velours noir, comme tout le parlement estoit aussy en robes noires, cette séance du roy n’estant point lit de justice, mais .séance particubére où le roy se trouve. Les présidens qui s’y. trouvèrent fment M. le premier président, MM. de Nesmond, de Longueiléde Novion, de Mesmes', Le Coigneui et Cbamplastreux. Dans

séance du la, Olivier d’Urmesson rap* poiia U reifuéte de Fouquet contre U imiuiUlion de la chambre. {Journal ctttiU, I. IX, f" 175 V*. 177 »*.)

' 11 ne faut pa» confondre ce prâiklent de Mesmes avec celui qui a lipiré dana la première partie du Journal d'Olifim- d*Oraiaisoa. Il s'agit ici de Jean- Antoine de ^ Matmes rt^ président à mortier en

i65i, mort le a 3 février 1673. Le Fablmu (U parlement le caraclériae ainsi : • Est hoiouae d'intégrité dana la diaciplnie et régulanlé du Palais , où il a acquis de la ré|)uiatioD: est foible pour ses intéresti domestiques.» Jean- Antoine de Mesmes était troisième ÜJ» de Jean -Jacques de Meames, seigneur de Hoiasy, dont Olivier d'OriD^aon a parlé 1 1 . p. è. de son Jour-

Qoogle

le parquet, sur le banc des ducs, se mirent les conseillers d’honneur, isc3.

MM. de Bonnelles, de Bellièvre, Haligre, Morangis, clercs et laïques; les maistres des requcstes honoraires et titulaires à l'ordinaire. La place des ducs estoil sur les bancs hauts de l’audience, mais ils ne s’y mirent que lorsque le roy arriva. Les présidons des cnqiiesles ^ n'ayant point de places, il fut mis deux bancs dans le parquet à droite et à gauche, où ils se mirent avec quelques-uns de la grand’chanibre. y ayimt plusieurs 'conseillers des enquestes debout, ils firent venir un banc, qu'ils placèrent devant celuy des présidens des enquestes; mais, après s'v estre mis, l’olTicier des gardes, par ordre de M. le premier président, les fit relever et emporter le banc, nonobstant leur diiliculté.

La nouvelle estant venue par M. de SaJnetot' que le roy estoit a l%Sainte-Chapelle, où il enlendoit la messe, M. de Nesmond et les trois présidens suivans, avec six conseillers, furent audevant à l'ordinaire. Incontinent après, le roy arriva sans le bruit des tambours ny des trompettes , ayant seulement un capitaine des gardes , qui estoit .M. de Noailles (qui servoit pour M. de Villequier malade), lequel suivit le roy jusques en .sa place, traversant les parquets. M. le Duc et *

M. le Prince raarchoient devant le roy. Le roy prit sa place ordinaire avec les ducs et sur les carreaux accoustumés, n’ayant aucun de ses officiers auprès de sa personne ni capitaine des gardes, ni chambellan ni autres. M. fe (Tue d’Orléans, M. le Prince et M. le duc d’Anguicn, en leurs places è droite; au dessous d'eux MM. les ducs de Guise, d’Uxès, de Beaufort, de Luynes, de Lesdiguières, de Richelieu, de Reti. A la gauche estoient MM. les ducs de Laon^ et rie Langres*, et le comte de Noyon*, pairs ecclesiastiques. Le roy estoit

nai Henri de Meuues et Claudcde Mesmer, comte d' Avaux, étaient aes frères.

' Maître de» cérémonies dint il a été plusieurs fois qoestion dans la première partie du Joarnal iTOiivitr d’Ormmnm.

* César d'Estrées, évéque-duc de Laon de 1653 à 1681.

* Louis Barbier de 1a Hiviére. évéque.

duc de Langres de 1 656 à 1670. U a été souvent question de ce favori de Gaston d'Orléans dans U première partie du Jtxu nat (fOlirier d’OnaexiosL

* L'évèqueMssmtc de Noyon était alors François de Clermont-Tonnerre.

JOUHNAI.

iM.p.nh, iSfiS, vestu «le noir, avec de;- plumes sur son chapeau cl garniture jaune; tous les autres soigneurs estoient vesliis de noir.

Chacun estant assis et couvert, le roy dit qu’il estoit venu pmr faire recevoir les nouveaux ducs. Après, M. le chancelier partit de ® sa place pour aller recevoir l’ordre du rov- Estant revenu* non point ilans celle de l'encoignure, comme lorsque c’est lit de Justice, mais sur le banc des présidons, il lut en son particulier un papier où estoient escrits les noms des ducs à recevoir, selon l’ordre que te roy leur avoit donné , «lont personne n’avoit de connoissance. Il demanda qui avoit les lettres de M. de Vemeuil M. Perrot-la-\lalmaison’, qui en estoit rapporteur, prit la parole et en ht la lecture, nue teste; tout le préambule en fut .supprimé, et l’on lut le dispositif. Après, M. le chancelier dit que le roy ordonnoit le soit monsirè et le soit informé', sans prendre l'avis de personne. •

M. Perrot esl.inl pa.s.sé au grelle, M. le chancelier ht lire les lettres de M. le marcschal «l’E.sIrées, puis de M. le mareschal de (jrammoiit, et ainsy plusieurs autres Jusques à ce que M. Perrot fust revenu. Alors la lecture fut faite par M. Perrot, estant couvert, [des dépo- * sitions] de deux tesmoins et des conclusions. Sur ce mol, je dois obs^-ver que les gens du roy, iM. de Harlay*, procureur général, et -MM. Talon et Bignon, avocats généraux, estoient venus prendre leurs places ordinaires dans les as.semhlées particulières, dans le parquet où j’estois placé, bien qu’on leur cust réservé létirs places dans le banc derrière, avec tut tapis de heurs de lys comme aux lits de justice. Ils se retirèrent au greffe, lorsque M. Perrot sortit, pour donner des conclusions, et, les ayant toutes données, ils revinrent prendre

' Henri de Bourbon , duc de Vemeuil .

fil.-, naturel de Henri IV et de Calherine- HcnrleUe de Balr.vc. marquise de Ver* neuil.

* ÙeiTol de la Malmaison était conseiller-derc à la grand'cliambre. ■ Aimant la chasse et, sous ce litre, fort attaché à M. de MeU {Hen^ de Bourbon, évéque

titulaire de Metx), foible, de peu de suflisance, et, i)UOvque parent de M. le premier président, iieaiitmoin.s peu prisé de luy. s [Tattrua du partemeur)

' Formule par laquelle on renvoyait une pièce à l'examen dea fp-ns du roi.

* Achille de Harlay, reçu prtKurcur général le ao août 1661.

D'ÜLIVIEK LEKEVRE D'OUMESSON.

Ips iiieMiics places, et, leur ayant dcitiatulé par copvcrsation s'ils pou- lœt.

voient estrc présens tandis qu’on délibéroit sur leurs conclusions, ils nie dirent qu’ils estoient en cette possession, lorsque le roy y estoit, et que cela s’estoit observé au procès criminel fait à M. le Prince en présence du roy et en plusieurs autres occasions.

\f. Perrot ayant donc fait lecture de deux tesmoins et des conclusions, M. le chancelier liiy demanda .son avis; il dit six lignes fort bien en faveur de M. de Vemeuil, et fut d’avis des conclusions. M. le chancelier demanda ensuite l’avis à tous les conseillers de la grand’cbambre et des enquestes, suivant l'ordre ordinaire, puis aux ducs iau[uos et aux ducs pairs ecclésiastiques, sans uster son bonnet, puis aux présidons, estant son bonnet. Ensuite il monta au roy, auprès duquel se joignirent M. le duc d’Aiiguien, M. le Prince et .M. le duc d'Orléans pour donner leur avis; et puis, estant revenu dans .sa place, avant dit qu’on fist entrer M. de VerneuiP, et luy s’estant présenté .sans espée é la place des récipiendaires, [M. le chancelier] prononça :

• Le i-oy, tenant son parlement, a ordonné et ordonne que vous serex reçu en la charge et dignité de duc et pair de p’rance, en prestaut le* serment en tel cas requis et accoustumé. Levez la main; vous jurez et promettez de bien et fidèlement servir le roy, luy donner avis dans ses plus importantes affaires, et, séant au parlement, rendre la justice au pauvre comme au riche, tenir le.s délibérations de la cour clo.ses et secrètes, et vous comporter comme un digne, vertueux cl magnanime duc et pair de France, oflicier de la couronne et conseiller en cour souveraine doit faire; ainsy, vous jurez et le promettez. >

M. de Verneuil ayant respondu oay, M. le chancelier dit ; Le roy vous ordonne de prendre vosirc espée. L’huissier qui la portoit auprès

‘ Cel Henri de Bourbon, duc de Ver.

neuil, prince d'Enrichetnonl. épouse dans la suite Cbariotte Séguier, fille du clience. tier, veuve de Maximilien -François de Béthune , duc de Sully. Cest le person-

nage souvent cité dons la première partie du Journal tTOüvier d'Ormeuou sous le nom de M. Je Metz. 11 avoit eu le titre et les revenus de l'évéché de Mets jusqu'à l'époque où noua sommes parvenus.

JOl.UNAL

fifi

Itrrrinh, iS63. lie luy, l'av^ot rcnijse dans le baudrier, M. de Verneuil alla prendre sa place sur le bauc et à la suite des anciens ducs. T.ette mesme formalité fut observée pour chacun des autres ducs. Ils furent reçus dans l’ordre <|iii suit : M. de Verneuil le premier, duc de Verneuil; \I, le niaresclial d'Kstrées, duc de Cieuvres; M. le mareschal de Grammont, duc de Gramniont; M. de la Meilleraye, duc de la Meilleraye; M. de Mararin, duc de Rétliel, [pairie] maslc et femelle; M. le inareschal de Villeroy, duc de Villeroy; M. de Morteniar, duc de Morleiiiar; VI. de (iréquv, duc de Poix; M. de Saint-Aignan , duc de Saint- Aignan; M. de Koix, duc de Handau, [pairie] masie et femelle, à cause de M"” de .Senecev* et de Fleix; M. de Liancourt, duc de la Kocheguyoïi; M. de Tresmes, duc de Tresmes; M. de Noailles, duc d’Aven; M. de Coaslin, duc de Camboust. M. le chancelier reçut son ^ p».'lit-fils“ et luy fit prester le .serment. M. de Noailles faisoit Ce jour la charge de capitaine des gardes en la place de M. de Villequier, malade; voyant que, pour pre.sler le serment de duc, il estoit de l’ordre d’oster l'cspcc, il fil demander au ixiy par M. le chancelier, *si luy, faisant fonction de capitaine des gardes, il devoit la quitter et sou baston. I,c roy dit qu’il la devoit osier, et il l’osta comme les autres.

Getle cérémonie ain.sy achevée, M. le chancelier estant rctoumé au roy, prononça que tous ceux qui avoient obtenu des lettres de duc, soit qu'ils eus.scnt obtenu le soit monsiré ou non, ne poiirroient les présenter au parlement sans avoir au préalable obtenu de nouvelles lettres expédiées en commandement. 11 prononça encore que le roy ordonnoit que la réception de ces nouveaux ducs ne pourroit préju-

' Marie*Cathenne de la HrK’:heroui-ault, manéo, le 7 «oùl 1607, • Henri de Beaufremont, marquis de Senecey. Elle était première dame d'Itcmiieur d’Aimo cr.Aulriclie H avait été gouvernante de LuuU XIV. La cfmite»»e de Fleit, sa Hile, était mère do Gaston de Foti. qui fui nommé dur de Kaiulan en i66>^-

' Marie Séguier avait épuuaé cri premières noco9 Pierre César du (Umbout ou du Camboust. marquis de F.lte en

avait eu Armand du Cambout, petit-fils du chancelier, dont il e«I tei queation. (V07. sur le second mariage de Marie Séguier. 1. 1, p. 1 du 7oitma/ itO-

/n*ier d'OrvnesKm. )

D OLIVIEH l.EFEVRE D OHMESSON.

(licier i M. de Rouillon, qui conseneroit le rang de* l'année iC.^n, Mcomb. niaa lorsqu'cstant en âge il pourrait eslre reçu.

Au sortir, le roy parla quelque temps â M. le premier président, et, au sortir du panjuet, il fit appeler M. le procureur général ', auquel il parla.

Après avoir escrit la réception des nouveaux ducs, il faut dire un mot des ducs supprimés’, qui estoient MM. d’Arpajon, de l\oc(|uclaure, de V'itry, de Noiraioustier, de la Vieuville, de Roannez, de Bournonvilie, de Villars, de Navailles, et des malcontens qui n‘avüient iiy lettres ny brevets’ et qui y prétendoient , MM. les mareschaux d'.Vumont, d’Albrel * et de la E'erté MM. de Guitry, du Lude, gentilhomme de la chambre, et de Churost. L’on disoit dans le monde que l’on s’estonnoit de M. le mare.schal d'Auiiiont, que l'on plaignoit M. d'Arpajon* et que l’on se mocquoit de Rocquelaiire. Le mare.schal d'Aumont s’y estoit si fortement attendu, qu’il en tosinoigne estre au désc.spoir, se plaignant ouvertement de M. Le Tellier de n’en avoir pas voulu dire un mot. 11 est vray qu’on dit que M. Le Tellier n’en a point parlé, soit par piudence, soit par foihiessc. Chacun raisonne sur cela avec surprise et comme une mar({ue de diminution de faveur. L’on croit que le roy l’a lait pour faire connoistre qu’il n’est point gouverné.

L’on dit que M. d’Arpajon n'a pas esté duc à cause de son lils% qui n’a nul mérite, et qu’il a offert d’accepter le duché pour sa personne seule. D’autres racontent que, durant les désordres, il levoit en son pays des troupes, et qu’on luy envoya le brevet* pour le rete-

' Le procureur général du parlement de P»rts était «lors Achille de HaHmj. qui (leTÎnl daitt la suite premier pK'sidoai.

' C'esl-â-dirc des ducs à brevet, qui n obtinrent pas de lettres patentes eBregsstrèes au parlement

* Les ducs à brevet éteieot ceux drmi la dignité était temporuire et ne pouvait être trensmise à leurs cafsnLi.

' Ccsar-PbébuB d'Albret. merét^l eu

i653, appelé «nk'hcarcment \fto»sens, mort en 1676.

* llonri de la l*'erté>Sciineterre, maréchal en i65i , mort en 1681.

* Louis d'.^rpajoii. marquî» de Severac. etc. Il mourut en 1679.

’ Jean-Loui» d'Arpajon, qui mourut, avant son père, en 1673.

' On lui avait envoyé le brevet de duc cil i6bi.

Mi8

l»<cemb. nir dftûs le service, et que M. le cardinal Mazarin l’avoit ainsy niar- (|iié sur ses mémoires'.

M. de Rocquelaure*, par iiiesiue raison, et parce qu*il menaça de prendre le parry des malcontens si Ton ne le faisoit duc. MM. de Vitxv et de Noirinouslicr, pour avoir servi cl amené les ennemis en France; M. de la Vieuville, par son malheur ordinaire qui Ta em« pesché d’avoir le cordon; M. de Hoannez*, pour n’avoir pas suivi le roy à Marsal*, mais plu.slosi pour n’estre pas agréable; M. de Bouruonville, à cause de M. Fouquet, et on disoit qu’on l’a obligé de se delTaire de ses charges de gentilhomme d’honneur de la reyne et de gouverneur de Paris; M. de ^availles^ à cause de sa fermeté et de l’esclat que lit sa femme pour empeschcr le roy de visiter les filles de la reyne*, et que le roy en ayant parlé à M. de Navailles, il dit que sa femme a voit agi en femme d’honneur, et que, si elle estoil capable d’autres sonlimens, il ne la verroit jamais. Cette cause seroil fort honneste à M. de Navailles, si elle est véritable, et chacun en parle parce qu’on n’en descouvre point d’autres.

Les malcontens entre les nouveaux ducs sont : M. le mareschal de la Meilleraye, |>our avoir esté mis après M. le mareschal de Graminont, estant son înicien mareschal; M. de Villeroy, pour avoir esté

' Il n'est pas facile d'indiquer avec précision de quels mémoire» veut parler Olivier tl'Onnesson. Mniarîn « laissé des mémoire» désigné» sous le nom de carnets, dont il a élè question au tome 1 , p. 780. n. 3, et dans l'Introduction. Peut-être d'Ormesson fait-il allusion à quelque mémoire spécial destiné h l'instruction du roi.

* Gaston de T\oqucUurc. mAltre de la gtrdc rolK du roi.

* Arthus GoulBer, gouverneur de Poitou , mort en 1 696-

* Ville de Lorraine à quei((ue» lieue»

de ^ancJ, aujourd'hui dans le département de la Meurllic-

* Philibert de MoiiUuU , mort en i684-

• Navailles, dit Sainl-dimon (L 111 . p. 370. éiiiU Hachette, in-8*), étoil homme de qualité de Gascogne, de ce» gens de l'aticienne roche, pleins d'honneur, de valeur, do fidélité 0 toute épreuve, comme il le montra bien au cardinal Maiariii <lans les temps les plu» critiques de sa vie. » Le même auteur insiste sur le» causes liono' râbles de la disgrâce de de Navailie», Comme los Mémotrrs de Saint -Stmoo sont entre les mains de tout le inonde, je me bornerai à y renvoyer le lecteur. (Voy.

aussi le Journal d'OUvier d‘Orm*uon a la date du a8 juin t664.)

• Voy. les Mémoires de Af"' de MottevtlU, à l'année i664-

fiO

séparé des trois marcscliaux de France, et parce qu’on a mis devant uitemb. luy M. de Mazarin; MM. de Liancourt et de Tresmes, pour avoir esté mis après M. de Fois, seid homme sans charges et sans services;

•M. de Coaslin, pour avoir esté mis le dernier, M. le chancelier estant en cela moins considéré que M" de Fleix et M. de Noailles. Néantmoins ny les uns ny les autres n’en font rien paroistre'.

Je veux cscrire icy une histoire qui se débite partout et qui peut estre de conséquence. Le mardy |8 décembre, la manjuise de Villeroy’ estant preste d’accoucher, pria Boucher de ne pas s’engager ailleurs, ou au moins de faire sçavoir où il seroil, alin que l’on' le pust trouver. L’on dit que Boucher, le mercredy matin, estant arrivé chez M“ la marquise de Villeroy, après s’estre fait chercher toute la nuit, dit que, cette miit-là, estant chez luy, ou l’estoit venu quérir dans un carrosse; que, y estant entré, on luy avoit bandé les yeux, et que, après deniy-quart d'heure de marche fort viste, il estoit entré dans une maison, où, ayant monté un escalier 4es yeux bandés, il avoit esté introduit dans une chambre où, ayant eu les yeux débandés, il vil une dame au lit masquée ayant dix ou douze personnes auprès d’elle démasquées, le lit et les tapisseries couverts de draps, et qu’ayant heureusement délivré cette dame, l’on luy rebanda les yeux , on le fhit dans le carrosse et on le remena chez luy%près avoir esté payé honnestement. On prétend que Boucher fit celte relation chez la marquise de Villeroy, où il arriva assez à temps pour l’accoucher heureusement d’un fils.

L’on applique cette histoire à M"' de la Vallière’, que l’on prétend estre accouchée. Voicy des circonstances véritables sur lesquelles on se fonde : M"' de la Vallière, depuis longtemps, vit fort retirée, sans sortir, vestue tousjours d’un manteau de chambre. son retour de

* La chambre de justice se réunit à l'hétel Sé^ulcr le mercredi 19 et ie jeudi ao décembre i665 (Voy. le Journal de Foucuult, t. lU, f* 2 «<)<]-]• Maht il n'y fut question que de procès sans importance.

* Marguerite de (Ulc de Louis.

duc de Brime. — * Louise>Fran(;oi9e de la Baume Le Blanc . plus lard duchease de la Vallière , rcli^euse carmélite le a juin 1674 s BOUS le nom de mur Louiie de la Jiditértcordêi morte le 6 juin 1710.

JOURNAL

■•>«« Viiiceiiiies, le roy l'a fait loger au palais Brion', et l’a tirée d'auprès de Madame. Depuis luugteuips. feignant d'cstre incommodée, elle ne sortoit point, et ceux qu’elle r»;cevoit le soir piiir jouer lie la voyoicnt que dan.s le lit. Il est véritable encore que, dans le temps marqué* oy-dcssus, on a esté quatre Jours .sans la voir, et, après, on l’a vue au lit comme devant. L’on ajoute que le mercredy matin M. Colbert entra chet le ixiy, qui estoit encore au lit, et liiy parla longtemps. Voilà le coiiimcncement d’un roman

A la messe de minuit, M"' de la Vallière parut aux Quinie-Vingts’ fort pasle, et depuis elle est trouvée fort changée, et personne ne doute plus qu'elle ne soit accouchée d’un lils, que l’on dit estre nourri par les soins de M'“ de Choisy *.

Le dimanche, jour des Roys, 6 janvier i6(J4, M. Foucault m’ayant rapporté les rc<]ucstcs de M. Fouquet pour eu faire le rapport le lendemain, et m’ayant dit que l’on avoit avis que M. Fouquet devoit présenter mie lettre de récu.sation contre M. le chancelier, il ajouta qu’on souhaitoit non-seulement qu’elle ne fusl point rapportée à la chambre, mais que mesme M. le chancelier n’en eiist point de

' Ou nomniail ainsi IV<tcl que le duc de DainvUlc, antérieureiuviil Brioti,

avait fait bâtir dans U rue de iUcbelicu. Louis XIV ie fit déUniirc dans la suite, el on le reok|>U<^'a par une galerie que l’on réunit au Palais floval.

' II y eut, le ao décembre i663, une séance de la chambre de justice demi le procés*verlMl se trouve dans le Journal dt Foucault , 1. IX, f* 1 77 V*, sqq. La cliaiubre, sur te rapport d’Olivier d'Ormeuon, ac* corda So.ooo livres de provision (illmcntaire i M*** Fouquet.

’ L'hospice des Quiaxe^Vingts était lâ' tué au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue Saint-Nicaise. En 17S0, il fut transfère au faulioui^ Seint-Anloine, me de (]liarenlon; et sur rempiacetuenl de l'an-

cien b<3pîlal, on ouvrit les rueadeQiartre«» et de Valois.

* Louis XIV eut en elTet, de M’** de la Vallière, un fils nommé Louis de Bourbon, dont Voltaire place la naissance au 37 diveinbre 1 663, Cel événement devrait étr^ reporté, d’après le Journal d'Ohrier dXJrtneison, au 1^ décembre i663. Cel enUnt mourut en 1666,

* ,^u ooiumenceuicnl de l'aimee 1664,

on distribua aux coinmissaires de la chambre de juslioc des jetons qui représcnlaient, d'un célé, Louis XIV avec cette légende : lod. xmi. n. c. ra. rr hât. nu. ot, de l’autre côté, un soleil rayonnant, arec la légende : Peu^aT cum renaivif, et le miliésitne {Jouniai de Fotumuh,

Page 1