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nous , de curieuses révélations sur les mœurs et les idées de nos ancêtres.
Nous avons cru que la narration faite par un témoin oculaire des joies et des plaisirs , des terreurs et des maux éprouvés par une population entière pendant une période de plus d'un demi -siècle, méritait, peut-être, de prendre place à côté de certains mémoires qui ne laissent pas que d'attirer l'attention, bien que ne s'occupant que de détails minutieusement puérils sur un grand personnage. Dangeau , disant avec une gravité compassée que le roi Louis XÏV « a gardé le lit tout le jour, » ou bien qu'il « a signé le contrat de mariage » de monsieur tel ou tel, sera-t»il plus religieusement écoulé que notre bourgeois , à la forme un peu abrupte, il est vrai, racontant une émeute qui a jeté l'effroi dans toute la province?
Le Journal d'un bourgeois de Gaen ne doit pas être legaîdé comme une histoire complète — même au point de vue oij notre au-
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leur se place — delà Basse-Normandie à l'époque à laquelle il se rapporte. On y remarque de nombreuses lacunes qui , malheureusement, ne sont pas remplies par les prétendues Annales dé la ville de Caen publiées il y a quelques années — trop légèrement à notre avis — sous le nom de l'abbé De la Rue. Nous avons cherché à suppléer à ce défaut en insérant à la fm de notre volume, à titre à' additions : i" un chapitre contenant quelques Faits assez importants omis dans le Journal d'un bourgeois de Caen; i"* des Extraits des Mémoires de Vintendant Foucault concernant la révocation de l'édit de Nantes dans notre pays ; 3° enfin , une Relation par Vabbé de Saint- Martin d'un pèlerinage fait au Mont'Saint'Michel , en i654, par la confrérie de l'église de Saint-Pierre de Caen. Plusieurs passages sur les pèlerinages à Saint- Michel que l'on rencontre à ia date de ryiS^ nous ont engagé à reimprimer cette pièce rare , bien que , sous certains rapport? , elle s'écarte un peu de notre sujet.
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Le manuscrit que nous publions aujourd'iiui faisait partie des nombreux papiers provenant de Ja succession de l'avocat de Quens et trouvés par nous en i84i; il est désigné, à la page xj de la préface du Père André j que nous avons donné en 1 844 en collaboration avec notre excellent et savant ami M. Charma , sous le titre d'Ephémérides* Nos lecteurs n'espèrent pas sans doute trouver dans la rédaction que nous leur offrons des intentions littéraires; notre bourgeois n'est pas un écrivain. Son français même est loin d'être irréprochable. On sent à chaque instant, malgré une orthographe assez pure, que celui qui l'a écrit n'a reçu qu'une éducation médiocre, et l'on doute aisément, quoiqu'il mette beaucoup d'affectation à citer des vers ou dés titres en latin , qu'il ait jamais connu cette langue. Ces notes ont été disposées dans un ordre tel que nous avons été obligé de le rétablir presque continuellement d'après les dates qui, en tout cas, sont d'une scrupuleuse exactitude. Cependant notre annaliste sem-
ble parfois avoir eu ses raisons pour intervertir l'ordre chronologique. Nous avons cru y voir, dans certains cas, l'intention marquée d'amener, en groupant ainsi certaines circonstances , son lecteur à tirer quelque induction qu'il ne fait qu'indiquer : dans ce cas unique , nous nous sommes fait un devoir de ne pas le rectifier.
Nous aurions aimé à donner ici succinctement une biographie telle quelle de notre auteur; mais son journal ne nous apprend presque rien à cet égard. Quelques notes, celles entre autres que nous lisons aux pages 112 et 283, nous font cependant présumer qu'il s'appelait Lamare, qu'il était architecte ou entrepreneur de bâtiments , et qu'il avait des rapports fréquents soit d'affaires , soit de parenté avec des habitants de Saint- Lo. Il devait posséder aussi une certaine fortune, puisque, à la page 108, il parle de sa terre de Langrune qui, d'après son propre témoignage, devait avoir une étendue d'au moins trente acres.
Les notes de l'auteur sont indiquées par une lettre italique (a) ; celles de Tcditeur, par un chilire arabe (1).