‹ Journal d'un bourgeois de Caen, 1652-1733Chapitre 4 sur 11 · EXTRAITS · texte numérisé non relu

EXTRAITS

Dll JOUMAl D'i MHS

DE

Caen, 1652.

Indiction cinquième. — Les chanoines réguliers de l'ordre de saint Augustin ont tenu leur chapitre au sujet du livre de V Imitation de notre Seigneur, qui avait jusques là ému quelques contestations entre deux ordres, et ont fait arrêter qu'il ne serait plus dorénavant imprimé sous le nom de Pierre-Jean Gersen, que l'on faisait bénédictin; mais que les éditions s'en feraient sous le nom de Thomas A Kem-

pis, chanoine régulier de l'ordre de saint Augustin, comme son auteur véritable (1).

Jeudi 27 mars 1652.

De la semaine sainte. — Il est arrivé un miracle du saint sacrement de l'autel en \\\\ village voisin de la ville appelée Le Pelit-Andely, en Normandie, diocèse de Rouen, où ayant été dressé un reposoir pour l'exposition de la sainte eucharistie pendant les trois fériés de la semaine sainte, mercredi, jeudi et vendredi, et le feu y ayant pris et ayant consumé, en peu de temps, les ornements de l'autel, ces flammes dévorantes ont respecté à un tel point la sainte hostie et le soleil où elle avait été mise, qu'elles semblèrent avoir emprunté, de notre na-

(1) L'arrêl du parlement obtenu par les chanoines de l'ordre de saint Augustin, est daté du 16 février 1652. 11 défendit aux bénédictins de ^whWev Xlmilalion sous le nom de ritalien Jean Gersen. La postérité semble avoir réformé à toujours l'arrêt du parlement et repoussé les prétentions des deux congrégations religieuses. On reconnaît généralement aujourd'hui l'illustre chancelier Gerson pour auteur de Ylmilation.

ture raisonnable, des yeux et des sentiments pareils à ceux des plus pieux catholiques pour reconnaître l'auteur de leur être, et n'en approchèrent que jusqu'aux extrémités du corporal.

9 avril 1652.

Le sieur Defontaines, écujer, pourvu de la charge de vicomte de Caen, a pris séance en ladite juridiction pour la première fois.

Hjuini652.

Fête de saint Barnabe, apôtre» — S'est faite, à Paris, une célèbre procession de la châsse de sainte Geneviève, patrone de cette ville. Elle a été résolue pour les nécessités publiques et particulièrement pour demander à Dieu et en obtenir,- par les mérites et les prières de cette grande sainte, raffermissement de la paix qui semble de nouveau s'ébranler en ce royaume. La descente de cette précieuse châsse a été faite en la manière ordinaire, et elle a été portée en grand appareil en l'église cathédrale.

Il s'est rencontré quelque sujet de contestation à la sortie de l'église de Sainte-Geneviève entre l'archevêque de Paris, et l'abbé de cette royale

abbaye. Mgr l'archevêque prétendait que son doyen devait l'accompagner et tenir le ndilieu entre l'abbé et sa personne. Sur ce différent, quelques conseillers du parlement, qui étaient présents à l'action, ont ordonné que le doyen se retirât et qu'il ne devait rien innover en cette occasion.

Cette procession s'était faite en 1625 et 1630

pour du beau temps.

Quelques jours après, Mgr l'évêque de Metz, abbé de Saint-Germain-des-Prés (dépositaire des reliques de ce grand saint, qui repose dans cette ancienne abbaye, en une châsse dont le bas seulement est d'argent et le reste d'or enrichi de plusieurs pierres précieuses), a fait faire une procession générale de son église en la plupart de celles de ce vaste faubourg, où la châsse du saint a été accompagnée avec grand appareil de plusieurs autres dont cette abbaye est enrichie.

La première qui suivait immédiatement ce précieux dépôt, était celle de saint Georges et de saint Aurèle, martyrs de Cordoue.

Les autres étaient en cet ordre :

Celle de saint Thuriave, évêque de Dole;

De saint Amand, évêque d'Utrecht;

De saint Droctovée, second abbé dudit monastère et disciple du même saint Germain ;

De saint Venant, abbé au couvent de Saint-Martin de Tours ou de Marmoutier ;

De l'abbé saint Leuffroy, avec plusieurs autres reliques, savoir :

De la tête de saint Amand et de sainte Natalie, martyre et femme de saint Aurèle;

Du doigt de saint Pierre apôtre;

Du bras de saint Georges, capitaine, que l'empereur Justinien envoya pour présent à saint Germain ;

Du pied de saint Sicard, un des saints innocents que l'on tient même avoir été le propre fils d'Hérode et l'héritier présomptif de sa couronne, que le même saint Germain reçut aussi de la part du même empereur à son retour de son voyage de la Terre- Sainte;

De quelques ossements de saint Placide, martyr, autrefois religieux bénédictin ;

Du poing de saint Leu, archevêque de Sens ;

D'une bonne partie des cheveux de la sainte Vierge ; ,

Enfin, de quelques corporaliers envoyés à la reino Brunehaut par le pape Grégoire, qui avaient touché le sacré corps de saint Pierre, prince des apôtres.

L'an 1645, le général des chevaliers de Malte avait envoyé la précieuse relique du bras de saint Placide à l'abbé de saint Germain-dcs-Prés, qui y fut reçue avec grand appareil.

1" octobre 1635.

Le sieur Michel de Saint-Martin, prêtre, docteur en théologie de l'université de Rome, aggrégéen l'université de Caen, a fait un discours en quittant la dignité de recteur de ladite université, à laquelle il avait été élu (1).

9 août 4654.

Pierre Moisant, étudiant en seconde classe au collège Du Bois, à Caen, a été assassiné d'un coup d'épéedans l'œil.

Le doyen de l'église collégiale d'Andely, au diocèse de Rouen, a reçu de l'abbé de Sainte-Geneviève le précieux présent d'un bras de sainte Clothilde,

(1) Michel de Sainl-Marlin, plus connu sous le sobriquet de Sainl-Marlin de la Calole, né à Saint-Lo le 1" mars 1614, fut, par ses nombreuses fondations, un des hommes les plus uliles à la ville de Caen. Mais la faiblesse de son esprit, augmenlée par l'âge, finit par le rendre le jouet du public ( voir les biographies elles écrits du lemps^

7 — reine de France, à la prière ô'iin des religieux de cette abbaje qui avait été guéri par les mérites de cette sainte princesse (1).

20 mars 16S5.

A été registé en la chambre des comptes et la cours des aides Védit du roi Louis-le-Grand, rendu en ce mois, portant établissement d'une marque sur le papier et le parchemin pour la validité des actes qui s'expédient dans le royaume ,

(1 ) Les Andelys ont en grande vénération sainte Clothilde, femme de Ciovis : elle y fonda, en 511, un couvent célèbre que Bèze cile à côté des fameuses abbayes de Chelles et de Faremoulier. Une tradition rapporte que, durant Ja construction de la principale église, la sainte , touchée de la fatigue et de Tépuisement des ouvriers qui élevaient un temple au Seigneur sous son invocation, obtint du ciel, par ses prières, que Peau d'une fontaine qui coule près de là et qui est encore renommée par ses vertus miraculeuses, coruractât pour eux seuls la force et le goût agréable du vin. Rabelais paraît avoir eu celle historiette en vue dans le récit des transformations à volonté de l'eau de la dive boulcille.

Les légendes de la vie de sainte Clothilde sont soigneusement reproduites sur les vitraux, remarquables par leur conservation, de l'église des Andelys.

Sur les cinq heures après midi, un gros tourbillon de feu étant tombé dans la mer, près de Dieppe, elle s'enfla de sept pieds plus qu'à l'ordinaire, et avec tant d'impétuosité qu'elle emporta grand nombre de bateaux qui étaient au port.

Juin 1656, ou environ.

Le pape Alexandre VII a envoyé les précieuses reliques de saint Victor et de sainte Pauline aux révérends pères minimes de la ville de Dieppe, qu'ils ont reçues avec un si bel appareil que Ton ne peut voir rien de plus magnifique.

Le même souverain pontife a donné, aux religieuses ursulines de la ville de Caen, les corps de saint Marin, sénateur romain, et de sainte Théodore, vierge et martyre, sœur de saint Germe. Elles en ont fait la translation avee une pompe extraordinaire, i

Le pape Alexandre VIÎ ayant été informé que la très auguste reine de Suède, Christine, avait résolu de descendre de son trône, et, avec un grand

mépris de toute la pompe et de tout l'éclat qu'elle avait reçu de ses ancêtres, quitter encore le chemin qu'ils avaient suivi, par une abjuration publique de leurs erreurs; de plus, que sa majesté s'acheminait à Rome, à grandes journées, pour rendre cette action d'autant plus célèbre qu'elle se ferait aux pieds mêmes de sa Sainteté (4). Aussi le Souverain Pontife, ayant en premier lieu rendu grâces à Dieu de cette faveur, résolut ensuite de ne rien épargner de la dépense qui était nécessaire pour recevoir magnifiquement cette nouvelle catholique.

Sa Saintetéa dépêché les seigneurs Bentivoglio,ïorregiani, Cavaccioli et Cesarini, en qualité de nonces extraordinaires, avec ordre d'aller attendre sa Majesté suédoise sur les frontières de l'état ecclésiastique. Ils allèrent à sa rencontre, et après avoir salué sa Majesté, ils lui ont présenté la litière que sa Sainteté a fait faire pour elle, autant magnifique qu'elle pouvait être pour un triomphe.

Les seigneurs envoyés l'ont conduite incognito

(l) Peu de personnes ont cru à la sincérité de la conversion de Christine. On rapporte qu'ayant vu dans un livre une citation de l'ouvrage de Campuzano, intitulé : Conversion de la reine de Suède, elle souligna ce titre et mit en marge : (( Celui qui en a écrit, n'en savait rien, et celle qui en savait quelque chose n'en a rien écrit. »

dans l'église Saint-Pierre, et de là au palais du Pape, qui Ta reçue avec des paroles très obligeantes au baiser des mains et des pieds, et l'a priée de s'as- • seoir dans son siège pontifical à sa main droite où sa place avait été préparée. Celte reine ayant répondu à sa Sainteté avec son éloquence admirable, fléchissant par trois fois les genoux, sa Majesté s'est retirée en l'appartement qui lui était préparé au Vatican.

Comme Ton a vu que sa Sainteté ne désire rien tant que d'obliger cette auguste reine et lui faire tous les boas traitements possibles, il ne s'est trouvé personne qui ne se soit mis en devoir de réjouir sa Majesté, soit par les concerts, jeux ou spectacles, et qui n'ait exercé sa libéralité en cette conjoncture pour y paraître splendide et magnifique.

Le 2 juillet 1656, cette reine a demandé son congé à sa sainteté avec des protestations solennelles de la reconnaissance de ses bienfaits et d'une éternelle et filiale obéissance.

50 décembre i656. ■

A été registre au parlement de Paris un édit de sa Majesté, du présent mois, portant règlement pour

l'établissement d'une banque inventée par Laurent Tonti, ce qui l'a fait appeler la Tontine {i).

lOetll aoust 1657.

A été représentée une tragédie latine intitulée Oropastes, au collège Du Bois de l'université de Caen, pour la distribution des prix donnés par très noble jeune homme, Louis-Hercules Vauquelin, marquis d'Herman ville, de Paris, étudiant audit collège, l'un des acteurs.

L'argument est tiré de l'histoire de Justin, liv. 1.

L'ouverture du théâtre a été faite par un discours

(1) Lsi tontine existait depuis 1653. La différence de ce mode d'emprunt avec les rentes viagères, consiste en ce que les extinctions tournent au profil des prêteurs survivants. Le trésor se trouva surchargé d'une dette annuelle d'un million ving-cinq mille livres. On eut recours au même moyen en 1689, 1696 et 1709. De tous les expédients des finances, dit Forbonnais, Recherches sur les /înances, c'est peut-être le plus onéreux pour Tétai, puisqu'il faut presque un siècle pour éteindre une tontine, dont les intérêts sont cependant d'ordinaire à un très fort denier.

français prononcé par Michel Gonfrey d'auprès de Saint- Lo (1).

Michel de la Bouillonnière, de Caen, a fait à la fin un remercîment audit sieur Vauquelin, qui a donné les prix.

Vendredi 5 octobre 1657.

A sept heures du soir est décédé, au château de Caen, messire Pierre de Rosenivincn, chevalier, seigneur de Chamboj, gouverneur pour le roi des ville et château de Caon sous Monseigneur de Longueville (2), lors duquel décès toutes les églises de la ville ont sonné leurs cloches pendant une heure de temps.

Le dimanche 7, au matin, son corps a été porté

(J ) Gonfrey, professeur de droit à Tuniversilé de Caen, doni il fui recteur à Page de 30 ans. Né vers 1633, mort ie 27 février 1096.

(2) Pierre de Rosenivinen avait clé pourvu de celle charge en 1652. Sa famille, originaire de Bretagne, s'était établie en Normandie, par ralliance d'un de ses ancêtres avec rhériiière de Jean deTilly, sire de Chamboy. Le duc de Longueville donl il est ici question, est celui qui, en 1650, fut emprisonne avec les princes de Condô ctdeConiy

à Chamboy sans aucune cérémonie, réservé que Ton a tiré dix coups de canon du château à son départ. Le lundi 22 dudit mois, on a fait, en l'église Saint-Pierre dudit Caen, un service solennel pour lui, avec grande pompe et cérémonie, où Monseigneur le duc de Longueville a assisté, ainsi que Messieurs de Ville et beaucoup de personnes de distinction de la viile.

30 janvier 1660.

Est décédée vénérable sœur Marie, de Tenfant Jésus de Soulebieu, religieuse du monastère de Notre-Dame-de-Charité de Caen, âgée de quarante et un ans, laquelle, après la mort de son époux, mes" sire Jean-Simon Chevalier, seigneur de Bois-David, capitaine des gardes françaises du roi, s'est rendue religieuse dans cette maison où elle est morte en odeur de sainteté.

Le duc de Guise a vendu le comté d'Eu, ancien comté dont plus de cinquante paroisses dépendent (la capitale est une ville du diocèse de Rouen, située sur la rivière de Bresle, qui la sépare de la Picar-

die). Celte vente, faite au profit de Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, par le prix de deux millions cinq cent mille livres.

Le comté d'Eu fut autrefois le partage d'un des fils de Richard I" du nom, duc de Normandie. Guillaume-le-Gonquérant le donna depuis à ses parents maternels. Dans la suite, il a été possédé par les maisons de Lusignan, d'Artois, de Nevers, de Clèves et de Lorraine.

43 mai 1660.

Catalogue des saintes reliques qui sont dans les chasses de l'église de la Ilaye-du-Puy.

Un morceau d'une des côtes du glorieux saint Jean-Baptiste, l'un des patrons de celte église;

Un morceau du crâne de saint Barîhélemy, apô- Ire;

Une des vertèbres de saint Sanchon, apôtre et évêque de Verdun ;

Un morceau du bras do saint Mansvet ou Mansvy, apôtre et premier évêque de Toul, envoyé par saint Pierre, apôtre;

Un morceau d'une des côtes de saint Maur, évéqwe de Verdun ;

Une phalange d'un des doigts de saint Pulchrone, évêque de Verdun ;

Un morceau de ia clavicule gauche de saint Polycarpe, évêque et martyr, disciple de saint Jean l'évangéliste, patron de cette église ;

Un morceau du crâne de saint Symphorien, martyr d'Autun;

Un morceau du crâne de saint Grégoire, évêque et martyr de Spolette ;

Un morceau de l'os de la cuisse de saint Thiébauld, confes^ieur;

Un morceau de la rotule de saint Georges, martyr;

Deux os des cuisses et une côte tout entière des martyrs de la légion des ïhébéens ;

Un morceau d'un des os des martyrs de Juliers ;

Un morceau du crâne de sainte Geneviève, vierge, patronne de Paris ;

La moitié de la douzième vertèbre de sainte Anastase, vierge;

Un morceau de la mâchoirede sainte Lucie, vierge et martyre deSyracusre;

Un des os homoplates d'une des onze mille vierges.

Toutes les susdites saintes reliques ont été apportées en cette église paroissiale de la Haye^u. Puy, diocèse de Coutances, en Normandie, de la ville de Verdun, par vénérable personne messire

Michel de Hacquebec, prêtre et chanoine de l'église cathédrale dudit Verdun, natif de ce lieu, et ont été reçues processionnellement par le clergé et le peuple, en grande dévotion, pour être exposées en vénération , par la permission de M%' l'évêque de Coutances, en date du treizième jour de mai en l'an mil six cent soixante.

22 avril 1061.

Mg' François de Médavy (l), évêque de Séez, a passé par la ville de Caen.

Le 27 avril, le père Pierre Florus, prêtre de la

(1) François Rouxel de Médavy, 68« évêque de Séez , né le 8 août 4604, d'une famille illustre de Normandie. Dès 'âge de 13 ans, il obtint l'abbaye de Cormeilles,au diocèse d'Evreux , dont était pourvu son oncle , François Rouxel» décédé en 1617, évêque de ce dernier siège. Il avait été aussi nommé abbé de St-Àndré en Gouffern , en 1630 , cl trois ans après, le 20 mai, fait sous-diacre. Malgré cette qualité, Médavy fut nommé capitaine de cavalerie cl chargé par le roi de plusieurs commandements militaires , principalement en Piémont et en Lorraine , pendant le cours des années 1637 et 1638. Choisi en 1651 pour remplir le siège épiscopal de Séez, il fut sacre dans l'église des Jésuites dePontoise,le21 mai 1652. François de Médavy mourut à

cangrégation de l'Oratoire, docteur en droit et en théologie, lui adresse une lettre en latin, à la tête d'un poème latin, en vers hexamètres, qui en contient 233, qu'il lui a présentés le dimanche 1^"^ mai, second dimanche après Pâques, dont l'évangile du jour est ego sum pastor bonus, bonus pastor animam suam dat pro ovibus siiis^ etc. Cet ouvrage a été imprimé à Caen, chez Jean Gavelier, imprimeur du roi et de l'Université, in 4% contenant dl pages, compris l'épître.

27 oclobre 1660.

En l'assemblée générale de l'université de Caen, tenue en conséquence par le sieur Vangeons, recteur, et les doyens et docteurs et professeurs chez les RR. PP. cordeliers, dans le lieu accoutumé, sur la réquisition de M. Robert Beautsieu, professeur ordinaire et doyen de théologie, qui aurait demandé

Mcon , le 29 janvier 1691 , à Tàge de 87 ans. Le Roi lui avait donné l'archevêché de Rouen en 1671. François de Médavy avait fait condamner aux galères , comme calomniateur , Jean Le Noir , théologal de Séez , qui prétendait qu'il favorisait des erreurs publiées dans son diocèse. Cette peine fut conimuée en une prison perpétuelle.

cette assemblée au nom de la faculté à l'occasion du premier et second principe que Jean Fossard, prêtre^ confesseur des religieuses hospitalières de Caen, aurait posé le jour précédent pour être promu au degré de bachelier en théologie, en sa présence et celle de quelques uns des docteurs de la faculté, les autres étant absents, quoiqu'ils fussent convoqués, dans lesquels principes ledit Fossard aurait traité de l'autorité et de la puissance de notre saint père le Pape; que le susdit Fossard aurait expliqué cette question de manière qu'après avoir apporté plusieurs preuves touchant la puissance spirituelle du souverain pontife, faisant tomber son discours sur la puissance temporelle, il aurait dit que sa Sainteté avait un pouvoir souverain sur le temporel, et que le droit et l'autorité de déposer les rois et d'en établir en leur place lui appartenait.

Ces propositions ayant déplu audit premier doyen et aux autres docteurs, il en a été délibéré à la fin de cette ioçon probatoire, ledit premier doyen aurait intimé ledit Fossard et lui aurait ordonné do rétracter le dogme pernicieux qu'il venait d'avancer touchant l'autorité temporelle du souverain pontife, sur les rois et sur les royaumes ; que ce susdit Fossard, en expliquant la proposition, aurait répondu qu'il entendait seulement parler delà puissance que le souverain pontife a de déposer les rois qui régnent en tyrans; sur quoi il aurait enjoint de

fcciief audit Fossaril do révoquer et do condamner publiquement les propositions ci-dessus et l'explication qu'il en aurait donnée, à quoi il aurait obéi sur-ie-cbamp en présence de tous les assistants, dans la même école de théologie. Après quoi il ordonna au greftier de no point écrire le nom dudit Fossard ni son acte; et, l'université assemblée, l'a décimale déchu do tout privilège et indigne d'èU'd reçu à aucun degré dans quelque faculté que ce soit, etc. Fait et passé en ladite assemblée, présenre du sieur Vangeons, recteur, Beautsieu, doyen de théologie, Gonfrey, docteur de droit civil, Halley, docteur de droit canon, Mallet, docteur de médecine, Badois, docteur des arts, et Degremont.

SENTEiVCE NOTABLE

du bailliage criminel de Caen^ contre Fossard, prêtre, au sujet de sa doctrine.

Devant nous, Guillaume Le Gardeih-, écuycr, sieur de La Vallée, conseiller du Roi, lieutenantgénéral criminel au bailliage et siège présidial de Caen, le lundi 22 novembre 1660.

Vu et délibéré au conseil dudit siège le procès criminel extraordinairement fait, instance du parlement du roi, en ce siège, contre M. Fossard, prêtre, confesseur des religieuses hospitalières de cette

ville, de présent prisonnier aux prisons royales âe ce lieu, pour accusation d'avoir dit et annoncé publiquement, dans l'école de théologie de l'université de ce lieu, le mardi 25^ jour d'octobre dernier, lorsqu'il faisait son second principe pour parvenir au degré de bachelier en ladite faculté, plusieurs discours et propositions fausses et séditieuses contre l'autorité de nos rois, et, entre autres, que le Pape pouvait déposer et établir les rois; selon ledit procès, consistant en informations faites sur le réquisitoire dudit procureur du Roi ; décret de prise de corps ; interrogatoire prêté par ledit Fossard ; requête par lui présentée contenant le désaveu par lui fait desdites propositions et tendante à son élargissement, au bas de laquelle est l'ordonnance de la communiquer au procureur du Roi; cahier des réponses des témoins et confrontations audit Fossard; conclusion définitive dudit procureur du Roi. Tout considéré : ouï ledit Fossard derrière la barre, fait entrer en la chambre du conseil, en tout ce qu'il a voulu dire et alléguer : ouï le conseiller rapporteur, NOUS AVONS, par l'avis des conseillers du Roi audit siège, déclaré ledit Fossard dûment atteint et convaincu d'avoir avancé plusieurs propositions fausses, séditieuses et contraires à l'autorité du Roi, entre autres que le Pape pouvait établir et déposer les rois; pour réparation de quoi nous avons condamné ledit Fossard de déclarer, en l'audience de ce siège, tête nue, que témérairement et indis-

erèteûient il a avancé lesdites propositions eji son discours et principe de bachelier, lesquelles il reconnaît être fausses et contraires aux saints décrets, aux lois fondamentales de ce royaume et aux libertés et droits de l'église gallicane ; dont il se repent; ce fait, ordonné qu'il sera conduit aujourd'hui deux heures après midi par l'un des huissiers de ce siège en la salle des écoles publiques de théologie, où il fera pareille déclaration, présence des recteur, doyens et professeurs de ladite université, lesquels seront tenus de s'y assembler à cet effet au son de la cloche ; le degré de bachelier conféré audit Fossard déclaré nul et à lui défendu , et à tous autres, de faire et tenir semblable discours à peine de la vie; et pour l'exécution de la présente sentecce, ordonné que nous nous transporterons deux heures après midi, auxdites écoles, présence du conseiller rapporteur et du procureur du roi, assistés de notre greffier; et que la présente sentence sera insérée dans les registres de ladite université. Fait comme dessus. Signé : Dauge , un paraphe; et plus bas, collationné sur l'original par moi greffier ordinaire de M. le bailli de Caen, soussigné, ce dit jour et an, et par moi mis entre les mains du sieur de Vangeons, recteur de Tuniversité, trouvé en sa maison, au collège Du Bois, auquel j'ai donné avertissement de faire semondre et avertir les sieurs doyens, docteurs et professeurs, tant de la faculté

de théologie qti'aiUres facultés et arts d'icellc, de se trouver cejourd'hui deux heures après midi pour être présents à la lecture qui se fera de la présente sentence en l'école de théologie. Signé : Dauge, un paraphe» ^

U mai 1662:

Le dimanche 14 mai 1662, au matin, Mg^ François de Nesmond (i) , évêque de Bayeux, fils de

(Ij François de Nesmond, né à Paris le 1"' septembre J629, mort le 16 juin 1715. Ce fut un modèle de bienfaisance, mais il était fort ennemi de Toisivelé et cherchait, dans ses aumônes, plutôt à donner du travail qu'à répandre des bienfaits inconsidérés. La locution suivante, restée comme proverbe dans le langage du peuple de son diocèse» ea fait foi: a Filez filasse; M. de Nesmond Ta dit.» Malgré ces preuves d'un sens droit, M. de Nesmond ne put se défendre de certaines idées superstitieuses, si nous en croyons du moins des notes manuscrites que nous avons entre nos mains.

C'était une obligation pour les évéques de Bayeux d'aller à la Délivrande lorsqu'ils faisaient leur première entrée dans leur diocèse. Voici, d'après Hermant, Histoire du diocèse de Bayeux, p. 481, quelles furent les cérémonies qui se pratiquèrent lors de ravcnement du nouvel évoque :

M. Théodore de Nesmoud , soconù président au parlement de Paris, est arrivé à la Délivrande pour la première fois, où il a célébré la sainte messe. Il

« La coutume étant que les Evoques de Bayeux arrivent à cheval au Prieuré de S, Vigor, le notre ctoil monté sur une haquenée de poil blanc, couverte d'une housse de camelot de Hollande violet; le Sieur de Choisi se trouva à sa descente, et lui tint Tétrier, ainsi qu'il y est obligé à cause que sa terre de Beaumont relevé de l'Evêché ; après avoir aidé au prélat à descendre, le Sieur de Choisi envoya la haquenée en son écurie, ce qui est un des beaux droits de sou Fief. Ensuite notre Evoque se mît sous un Dais porté par quatre Religieux, et marchant vers l'Eglise il rencontra à rentrée du Cimetière le Prieur qui Ty accompagna, et le reçût avec de grands témoignages de vénération. 11 assi>taau Te Deum, au milieu d'une foule incroyable de peuple dont la joye paroissoit exlraordiuaire. Celte cérémonie éiant achevée, il se transporta à son appartement où il fut conduit par les principaux de la Noblesse, les Officiers, et la Maison de Ville. L'heure du souper étant venue, il fut servit en poisson suivant la coutume.

» Le lendemain 15. du mois qu'il fist son entrée dans sa ville Episcopale, on sonna Prime à la Cathédrale à 5. beurres du matin, avac les deux grosses cloches l'espace de demi-heure, et pendant qu'on chantoit Prime on sonna la grosse cloche seule pour fairo assembler tout le Clergé. Toutes les Parroissesde la Ville et les Communautez Religieuses s'étant rendues a TEglise avec leurs Croix, ils en

en partit à deux, heures après midi ^jour aller coucher en l'abbaye de Saint- Vigor, à Bayeux, et le lendemain il alla prendre possession de son évêchë de Bayeux. .

Ij.irlirent processionnellement avec le Chapitre à six heures, pour lui aller rendre les honneurs qu'ils lui dévoient. Lors qu'ils furent arrivez au Prieuré, le Doyen et les Principaux du Chapitre Tallerent trouver en sa chambre où il avoitson Surplis et son Rochet, et après qu'ils lui eurent fait de profondes révérences, le Doyen le conduisit à l'Eglise dans une Chapelle, où le Sacristain lui ôta ses souliers et ses bas, et ne lui laissa aux pieds qu'une simple semelle liée d'un ruban. On lui donna une Chape blanche et une Mitre simple, et en cet état il fut conduit dans une Chaire de marbre proche le grand Autel, où s'étant assis sous un Dais, le Sieur de Franqueville de Longaunay alors Doyen, le harangua en présence de tout le Clergé ; ensuite il partit de S. Vigor, qui n'est qu'à un quart de lieuë de Bayeux, et la marche se fist en cet ordre.

» Le Prélat étoit au milieu du Sieur de Choisi, Baron de Beaumont, et du Baron du Bosq-Brunville représentant le Sieur d'Elrehan, tous deux soutenans les bouts de sa Chape, et deux Aumôniers en porloient la queue. Derrière lui éloit un Gentilhomme armé de toutes pièces, une haiebarde^ sur Pépaule, ainsi qu'il y est obligé, et un autre Vassal marchoil immédiatement devant le Prélat, semant delapaille.depuisle Prieuré jusques àlaporte de l'Eglise de S. Sauveur. Toutes les Milices étoient en armes formant

Le dimanche, 50 desdits mois et an, il est venu' en procession solennelle avec tout le chapitre et le clergé de Bajeux à la Délivratide, où il a célébré la

une liaye depuis le Couvent des Capucins jusques à la Catiiédrale pour empêcher le desordre, en même tems qu'ils faisoient honneur à leur nouvel Evêque.

» On trouva la porte de la Ville ornée, entr'au 1res embellissemens, d'un Tableau fort riche, au milieu du quel se voyoit le Portrait de cet Evêque, dont la main droite étoit soutenue par le Pape Grégoire Xï. qui avoit été Doyen de la même Eglise, et la gauche par Guillaume Longue-épée Duc dé Normandie, dont la Mère étoit née à Bayeux. Aux cotez parotssoient en relief les Images de S. Exupere et de S. Regnobert premiers Evêques de ce Diocèse, et au dessus celle de la Ste. Vierge.

» Il s'arrêta suivant la coutume à l'Eglise de S. Sauveur, où on lui lava les pieds et les mains, raiguierc avec le bassin d'argent demeurèrent en propre au Chapitre, à cause que la Cure étoit en déport. Là il fut revêtu d'autres habits Pontificaux plus riches que les premiers, pour se rendre à sa Cathédrale, qui étoit fermée et que quatre Chanoines ouvrirent aussi-tôt. Il fist à l'entrée le Serment ordinaire, à genoux sur un carreau de velours violet, puis on le conduisit au Chœur en sa Chaire Êpiscopale, et après que le Te Deum fut chanté il se transporta à la Sacristie, où s'étant revêtu de riches habits il célébra Ponlificalement la Messe, assisté de quatre Soûdiacres et d'autant de Diacres. Le Chantre entonna le commencement de la Messe du Saint Esprit, qui fut chantée par la Musique et

ïnesse pontificalement dans la chapelle. — Le 24rtiai il a tenu son synode à Bayeux, où il a fait lire et publier quinze articles de statuts nouveaux.

Le samedi, 10 juin 1662> Mgr de Nesmond, évêque de Bayeux, fit sa première entrée à Caen, à huit heiires du soir. Il alla en l'église Saint-Pierre, où le Te Deum a été chanté en musique. Le dimanche suivant, il a porté le saint sacrement avec grande

rOrgue, à Tissuë de laquelle le Chapitre le conduisit en son Palais, où il le traita avec les quatre Barons et plusieurs autres Personnes de qualité, et en même tems il list de grandes liberalitez aux Bourgeois qui s'étoient mis sous les armes pour le recevoir : Le même jour notre Prélat reçût les Complimens de tous les Corps, et même du Ministre de la Religion P. R. qui lui fist un discours aussi respectueux qu'éloquent, auquel il répondit, ainsi qu'il avoit fait à toutes les autres Harangues avec beaucoup de présence d'esprit et tant d'affabilité, que ces Peuples témoignèrent être particulièrement obligez à Sa Majesté de leur avoir donné un si digne Pasteur; mais sur tout les Pauvres, dont il se déclara dés lors le Père, par une aumône qu'il fist à plus de deux mille qui s'y étoient rendus, et par une somme notable qu'il donna pour le soulagement de tous ceux de son Diocèse. Il ne faut pas oublier qu'en allant baiser le grand Autel de son Eglise Cathédrale, il donna pour Offrande deux Statues d'argent posées sur leurs pieds destaux, dont l'une represenloit la Sle. Vierge, ex l'autre S. Exupere. »

pompe et magnificence de l'église des Cordcliers en celle de Saint-Jean.

8 juin 1662.

La livre de pain a été vendue six sols quatre deniers ; le pot de cidre huit sols.

Le boisseau de froment valait huit livres dix sols.

Dieu préserve de voir une pareille année! car il est mort beaucoup de pauvres de faim et de misère, ce qui est arrivé à Caen et en beaucoup d'autres lieux de la Normandie.

8 novembre 1662.

Est décédé maître Laurent Viel , écrivain bourgeois de la paroisse Saint-Etienne de Caen, lequel a donné la somme de mille livres pour la réparation de l'église ou chapelle deSaint-Marc(l), dont le chœur a été rétabli au moyen de cette somme qu'il a léguée par son testament. Cette chapelle fut ruinée par les protestants en l'année des troubles 1562.

(1) Celle chapelle Saint- Marc occupait probablement le croisillon de droite du iranssep de l'église de Saint-Etiennele-Yieux : une statue de saint Marc, très mutilée, est effeciivemcnt posée au sommet du gable de ce croisillon.

23 mai 1665. '

Le père Guillaume Le Pelletier, de la compagnie de Jésus, a prononcé, à Caen, dans l'église Saint- Pierre, l'oraison funèbre de son altesse Mg' Henri d'Orléans, duc de Longueville et d'Estouteville, pair de France, prince souverain de Neufchâtei, comte de Danois, de Saint-Pol, de Chaumont, etc. ; gouverneur pour le Roi et connétable héréditaire de Normandie.

Quelque applaudissement que cette oraison ait reçu lorsqu'il la prononça à Caen, elle en reçut encore davantage lorsqu'on la vit sur le papier. Elle fut imprimée en la même année, à Caen, chez Jean Cavelier, in-4**, contenant 45 pages, et il l'a dédiée à son altesse Mg' le comte de Saint-Pol, son fils, par une lettre de six pages qui se trouve en tête de cet ouvrage.

Le père Le Pelletier avait un grand talent pour la prédication ; mais s'il était estimable pour son éloquence, il l'était encore davantage pour sa candeur, sa douceur et son honnêteté.

Il était natif de Clinchamps, près Caen. 11 est mort le 4 juillet 1668, âgé, de cinquante-huit ans, étant né en l'année 1610, étant alors recteur du collège de Paris. Il l'avait été du collège de Caen quelque

années auparavant. II s'était fait jésuite à Tàge de \ingt-deux ans(l).

Année 1663.

La disette a été très grande en la province de Normandie et presque par tout le royaume.

26 mai 1664.

Les prêtres de la congrégation de Jésus et Marie établie par le père Jean Eudes (2), missionnaire, ont jeté les fondements de leur église, à Caen, dans la

(1) Celle rolc est en parlie copiée dans les Origines de Caen, par Huet.

(2) Jean Eudes, né à Rye, au diocèse de Séez, le 14 novembre 1601, mort à Cacn le 19 aoûl 1680. Il avait été membre de la congrégation de rOraloirc. Huel, Origines de Caeny p. 430 et suiv., fait du P. Eudes un portrait peu flaiié : « 11 était, dit-il, d'un naturel hardy et ardent.... ... nulle considération ne le retenait lorsqu'il s'agissait des intérêts de Dieu, et se laissant emporter à son zèle, qui n'était pas toujours assez réglé, n'ayant ni droit, ni mission, ni le caractère de l'autorité, il se portail à des actions bardies qui ont eu quelquefois de fâcheuses suites. »

Dans un exemplaire des Origines de Caen, appartenant à la bibliothèque de Caen, on trouve les notes suivantes de la main de l'abbé de la Rue :

« J'ai quelques lettres et des mémoires manuscrits con-

placedes Petils-Prés(l), pour la perfection de laquelle madame la duchesse de Guise leur donna douze

serves dans la maison de l'Oraloire de Caen. Il y est dépeint d'une manière très défavorable, et je crois qu'il le meriioit.

» Suivant une de ces lettres écrite par le père Gondrin, général de l'Oratoire, le père Eudes étoil un ambitieux affublé du manteau de l'humilité, et qui étoit tout en luimême et non en Dieu.

» Le père Eudes melloit toujours à ses signatures une croix avant son nom, comme les évêques.

» Cet article du père Eudes, par M. Huet, excita les réclamations des religieuses de la Charité que ce père avoit fondées a Caen. J'ai vu une correspondance assez vive entre la supérieure et Mg-^ l'cvêque d'Avranches, qui persista dans tons les points de son article. »

» Il existe une histoire manuscrite de la congrégation des Eudistes, en 2 vol. in-4°. C'est un recueil de minuties et de fadaises. » La bibliothèque de Caen possède le tome II de celte histoire.

Le père Eudes a laissé un certain nombre de livres ascétiques, d'une très mince valeur. Parmi ces ouvrages [on remarque V Histoire de Marie des Vallées, en 12 livres, 3 vol. in4«, manuscrit. C'est le chef-d'œuvre de l'auteur; on lui attribue plusieurs autres ouvrages sur les visions de cette béate qui, en définitive, fut sur le point d'être condamnée comme sorcière. Voyez le premier vol. de la Bibliothèque historique de la France, où 'j'en en trouve la série et celle des ouvrages publiés contre le père Eudes à ce sujet .

(i) La place Royale, la préfecture, l'église des jésuites, etc., occupent mainlenantla place das Petits -Prés.

mille francs, par contrat passe à Paris, le 5 juin

En 1677, Mg^ de Nesmond , évéque de Bajeux, en a fait la bénédiction , et Mgr de Brienne, évêque de Coutances, a fait la prédication en cette cérémonie.

En i685, mondit seigneur de Nesmond en a fait la consécration, et Pierre Lesoudain des Rochers, de la paroisse Notre-Dame de St-Lo, lui servait d'aumônier.

M. Servien (1), évêque de Bajeux, prédécesseur de mondit seigneur de Nesmond, leuravait ménagé, sous la fiiveur du duc de Longueville, gouverneur de la Profince, la fîeffo de la place des Petits-Prés, qu'ils occupent à Gaen, que la ville leur fit en Tannée 1 658, moyennant la redevance d'une rente qu'ils acquittèrent peu de temps après.

8 avril 1668.

Dimanche Quasimodo a été faite la cérémonie de

(1) François Servien, 72« évêque de Bayeux, né à Grenoble, nommé évêque de Bayeux le 15 novembre 1G;j4, mort âgé de 61 ans, le 2 février 1659.

Σ^ consécration de l'église des dames religieuses du monastèrede la Visitation de Sainte-MariedeCaen (1 ).

27 février 1696.

A été inhumé le corps de Michel Gonfrey, doc* teuret professeur aux droits en l'univerlé de Gaen, décédé le jour précédent , âgé de 63 ans.

Il était âgé de 24 ans quand le parlement de Rouen, par un arrêt du 7 septembre 1658, lui agrégea un chaire vacante dans la faculté des droits de l'université de Caen , sur beaucoup de prétendants,^ dont le concours donna lieu à plusieurs contestation* et à un appel du jugement des professeurs. Il a rempli dignement cet emploi sans négliger cependant les belles lettres et la poésie latine, qui avaient fait ses premières et plus belles occupations.

27 février 1696.

Le roi Jacques est parti de Saint-Germain, ac-

(1) Le premier élablissemeni des religieuses de la Visitaiion de Caen fut à Dol en Bretagne ; mais elles furent chassées par les maladies et vinrent s'établir à Caen en

compagne de quelques seigneurs, pour se rendre à Calais, où il y avait plus de quinze mille hommes de troupes et plus de cinq ou six cents voiles tant de vaisseaux de charge que de convoi, dans l'espérance de faire une descente en Angleterre.

L'affaire a été découverte en Angleterre par le prince d'Orange, et il a fait arrêter plusieurs seigneurs prétendant avoir part à la conspiration qui devait être telle :

On devait assassiner le prince d'Orange allant à la chasse; et comme l'affaire fut manquée, on avait résolu de le tuer allant au temple faire ses dévotions.

Il a demandé raison au parlement de cette conspiration, ce qui a donné lieu à quantité de déclarations tant contre les catholiques qui peuvent être en Angleterre, pour les désarmer et les éloigner de la ville de Londres, que contre les prétendus conspirateurs et particulièrement contre le duc de Bervick, fils naturel du roi Jacques, homme entièrement attaché à ses intérêts , et qui avait ménagé toute cette intrigue. Le prince d'Orange en a fait arrêter une quantité, et on a exécuté et éventré plusieurs accuwsés d'avoir eu part à cette conspiration : on travaille au procès des autres.

Le roi Jacques est resté à Boulogne, proche Calais, et y est encore de présent aujourd'hui 14 avril 4696,

— zu —

ontie sait dans quel dessein. Toules les troupes y sont encore.

Avril 1696.

Les Anglais et Hollandais sont venus avec une flotte proche Calais et ont jeté quantité de bombes dans cette ville et ont endommagé et brûlé plus de quarante maisons, et tué dix ou douze personnes... Quelques bombes sont tombées dans les vaisseaux qui sont dans le port de Calais, qui en ont brûlé quelques uns avec cependant peu de dommages (l).

7 mai 1696.

On a lu, à l'audience du présidial, la convocation du ban et arrière-ban pour s'assembler le d5

(1) Il est à remarquer que fauteur de ce journal n'a pas parlé du combalde la Hougue, qui eui lieu le 28 mai 1692 et où la floile française fut presque entièrement détruite.

Les Français prirent une légère revanche en 1696. Deux petites escadres , commandées par Jean Bartet le marquis de Nesmond, enlevèrent aux Anglais un grand nombre de vaisseaux marchands, au moment même où ceux-ci manquaient leur expédition contre Calais et les autres villes maritimes de la Manche.

de ce mois on ce bailliage pour y recevoir les ordres.

Est arrivé à Caen Mg"" de Joyeuse, maréchal de France, pour commander dans tout ce pays, ici et a la Hougue et autres lieux, les troupes qui pourront y être pour empêcher les descentes des Anglais. Il était accompagné de M. de Matignon.

On a tiré, du château, sept coups de canon pour l'arrivée de mondit seigneur le maréchal , et autant le lendemain jour de son départ. Il est parti de Caen pour se rendre à la Hougue et autres lieux nécessaires.

18 mai 1696.

La noblesse s'est assemblée dans les plaines de Carpiquet , à laquelle on a enjoint de se tenir prête au premier ordre.

19 mai 1696.

Madame la princesse d'Harcourt , dame de la maison de Lorraine , a passé par Caen. On a tiré

sept coups de canon à son arrivL'o et autant à son départ, qui fut le même jour.

Dimanche 3 juin 1696.

La noblesse de Berry est arrivée à Caen , composée de soixante-quinze on quatre-vingt, tant en officiers que gentilshommes , en fort mauvais équipage.

Elle est partie le 5 pour se rendre à la Hougue(l).

12 juin 1696.

La procession solennelle de MM. les chanoines de la cathédrale de Bayeux et de Mg'^ de Nesmond , évéque dudit Bayeux , est arrivée à la Délivrande.

On a dit la messe dans la place en dehors de la chapelle avec toute la magnificence et la pompe imaginable pour implorer du Seigneur la paix dans le royaume.

(1)Ces préparatifs faits par la France pour une descente en Aiiglelerre , parurent inutiles ; ils enlravèrenl néanmoins ceux que cette puissance aurait pu tenter sur le continent.

DirnaDche 30 septembre 1696.

On a publié à Gaen la paix de Savoie avec la

France. Cette cérémonie a commencée onze heures.

M. Nicolas du Moustier, (1 jsieur de la Mote,lieute-

(4) (( Encore que Nicolas du Moulier , sieur de la Mote^ fùl né à Rouen, Caen était néanmoins sa véritable patrie. Son origine, et ses parents étoient de Caen, et ses biens étoienl à Caen et dans les environs. Il naquit en 1613. Il fit ses éludes au Collège des Jésuites de la Flèche. Il se maria âgé d'environ 28 ans, et prit presque en même temps une charge de conseiller semestre à la Cour des Aydes de Rouen. Mais cette charge ayant été suppri< mée peu de temps après, et son bien s'élanl accru par de grandes successions , il se trouva en éiat, en l'année 1658, de posséder la charge de lieutenant-général au bailliage de Caen. Il l'exerça pendant quarante ans avec beaucoup de capacité. Il fit paraître dans ce.t employ, et dans tout le cours de sa vie, un génie éminent, propre au manîmenl des plus grandes affaires. Son bien, sa charge et sa suffisance luy firent concevoir de grands desseins pour l'augmentation de sa fortune. Mais n'ayant pas toujours pris d'assez justes mesures, il se trouva impliqué dans plusieurs affaires fâcheuses, qui troublèrent le repos de sa vie. Ces embarras et ces occupations le détournèrent de l'élude des leilres, pour lesquelles la nature luy avoit donné beaucoup de talent. On le peut reconnaître à quel-

nant général et maire de la ville, est sorti do l'Hôteî-de-Ville accompagné de tous les échevins et assesseurs de ladite ville, qui étaient à cheval, à l'exception de mondit sieur du Moustier , qui , en robe rouge, était monté dans son carrosse, ne pouvant , à cause des infirmités de son grand âge, se tenir à cheval , lesquels précédés des trompettes, tambours et guerriers de la ville vestus de leurs habits de cérémonie, ont été à tous les carre- ,^

fours delà ville publier la paix de la Savoie. .9

Sur les cinq heures du soir, toutes les compagnies se sont rendues en la place Saint-Pierre avec leurs armes et tout le clergé des paroisses et

ques peiils vers François et Laiins qui soiU soriisdc luy. Il n'clail pas moins propre à la conversai ion et au commerce du monde, pour Icqui I son génie heureux, et son esprit vif et enjoué fournissoit beaucoup d'agrément, et de sel quelquefois un peu caustique. Sa mémoire me doit être précieuse, pour Pamilié constante et fidèle, qu'il m'a conservée sans variation tant qu'il a vécu ;et par Pardeur vive avec laquelle il est entré dans tous mes intérêts , jusqu'à avoir souhailté, et quelquefois même presque résolu, et m'avoir souvent proposé de quitter sa charge cl ses -ûflaircs, pour se retirer avec moy. Il mourut le 17 octobre 1698, âgé d'environ 85 ans. » (Huet, Origines de Caen, p, 405, 406.

des couvents s'est assemblé dans l'église Saint- Pierre où on a chanté le Te Deum,

MM. les officiers du Présidial , de la Vicomte, et l'Université j ont tous assisté en corps. Après quoi MM. les officiers municipaux sont allés mettre le feu à un bûcher placé dans le milieu de la place Saint-Pierre, au bruit des tambours, des trompettes et de la mousqueterie.

Le canon du château a fait une décharge le matin , lorsque MM. les officiers de ville sortaient pour commencer la cérémonie de ladite publication de la paix.

Dans le temps qu'on a mis le feu au bûcher , on a tiré du château onze ou dix-huil coups de canon.

Toute la nuit s'est pass'e dans la joie dans toute la ville. Les bourgeois ont mis des flambeaux aux fenêtres de leurs maisons et on voyait dans les rues des feux publics.

3 Novembre 1697.

La milice de Basse-Normandie est arrivée à Caen, où elle a été remerciée et congédiée. On a pris toutes les armes et fusils qui ont été mis dans l'Hôtel- de- Ville.

Mercredi 22 janvier 1698.

DameGabrielle-FrançoisedeFrouIay deTessé(l) a pris possession de l'abbaye royale de Sainte-Trinité de Caen, par la démission volontaire que lui en a faite ci-devant dame de Cochefillet de Vaucelas(2).

Janvier 1698.

La ville de Caen a payé une taxe pour l'établissement des lanternes dont l'amortissement a été estimé à soixante et quinze mille livres et les deux sols pour livre montant.

On a levé une somme de trente mille livres sur les maisons des habitants pour aider à payer cette taxe, et le surplus sur toutes les denrées qui entrent dans ladite ville.

(1) La famille de Tcssé était très ancienne et faisait remonler sa généalogie j usqu'au commencementdu xii« siècle.

(2) La maison de Cochefillet était une des plus anciennes du Perche. Madame de Cochefillet était abbesse de Caen depuis 1673.

- Zil -

Le sieur Le Sueur perçoit cette taxe dont les locataires paient le tiers et les usufruitiers une sixième partie.

9 février 1698.

On a publié, en la ville de Gaen, la paix générale entre la Hollande, l'Angleterre, l'Espagne et l'Empire.

Sur les six heures du malin, on a tiré trois coups de canon du château pour signal, afin que toutes les cloches de la ville sonnassent, ainsi que le beffroi et les tinterelles de la grosse horloge, qui carillonnèrent pendant toute la journée.

A onze heures du matin, on tira encore une fois trois coups de canon du château, et dans ce temps M. Nicolas du Moutier, sieur de la Mote, lieutenant général et maire de la ville, sortit de l'Hôtel-de- Ville avec tous les échevins et allèrent au milieu du carrefour Saint-Pierre, au son des trompêtes et tambours, lire et publier la paix, après quoi ils montèrent tous à cheval, et M. du Moutier en carrosse, à cause de son grand âge, et étant précédés de tous les huissiers et sergents, aussi à cheval, en fort bel ordre, allèrent dans tous les carrefours publier la paix, tant dans la ville que les faubourgs. Sur les quatre heures et demie après midi, toutes

— tilles paroisses et communautés de la ville, et les corps de justice, se sont assemblés dans l'église Saint-Pierre, où on a chanté le Te Deum en musique.

Après quoi messieurs les officiers municipaux sont allés mettre le feu à un bûcher placé dans le carrefour Saint-Pierre, dans lequel temps toute la bourgeoisie, qui était sous les armes, a fait une décharge, ainsi que le château qui a tiré toute son artillerie.

Pendant la nuit, on a mis des chandelles aux fenêtres et on a allumé quelques feux dans les rues. On a tiré un feu d'artifice considérable et qui a réussi très bien.

6 mars 1698.

M. le comte de ïessé, lieutenant des armées du Roietgénéral desdragons, gouverneurd'Ypres{l), est

(1) René de Tessé avait fait lever le blocus de Pignerol en 1694. Il commanda en chef dans le Piémont pendant l'absence du maréchal de Câlinât. Ayant été nommé maréchal lui-même en 1703, il se rendit Tannée d'après en Espagne, où il eut d'abord des succès ; mais il échoua devant Gibraltar et devant Barcelone. La levée de ce dernier

venu à Câen voir madame sa sœur, abbesse de Caen.

On a tiré le canon à son arrivée et à son départ. Toutes les compagnies de robe de la ville sont allées le saluer.

Les dragons du régiment d'Asfeld, de présent en garnison à Caen, sont allés pour faire la garde à sa porte, ce qu'il a refusé d'accepter.

30 mai ims.

Noble et illustre dame madame Anne-Madelaine

siège fui 1res avantageuse aux ennemis : il laissa dans son camp des provisions immenses, et prit la fuite avec précipitation, abandonnant ISOO blessés à Thumanité du général anglais, le comte de Peterborough. Le maréchal de Tessé fut plus heureux en 1707; i! chassa les Piémontais du Dauphiné. Le dégoût du monde lui inspira en 1722 le dessein de se retirer aux Camalduies; mais il fut oblige de quitter sa^ retraite, pour se charger des affaires de France en Espagne. De retour en 1725, il rentra dans sa solitude, et y mourut le 10 mai de la même année, âgé de 74 ans, avec la réputation d'un excellent courtisan et d'un négociateur adroit. « C'était, dit St-Simon, un homme d'un caractère liant, poli, flatteur, voulant plaire à tout le monde ; mais fier, adroit, ingrat à merveille, fourbe et artificieux de même. » Tessé laissa quelques écrits, notamment des Mémoires et lettres, publics par Grimoard, en 1806,2 vol. in-8\

— uu —

(le Cochefillet de Vaucelas, ancienne abbesse de l'abbaye royale de Sainte-Trinité de Caen, est morte en ladite abbaye en odeur de sainteté.

Elle a été inhumée avec toute la magnificence possible (1). Messieurs les religieux réformés de l'abbaye de Saint-Etienne, de Caen, en ont fait toute la cérémonie. Tous les prêtres, les chapelains et officiers de ladite abbaye ont été revêtus d'habits de deuil.

12 juin 1698.

M. Doujat , conseiller au grand conseil, est arrivé à Caen étant commissaire député, pour informer de l'assassinat commis en la personne de M. de Lasalle, vice-bailli de Caen, et de deux ou trois personnes, lorsque par ordre du Roi ils allèrent

(1) Le corps de madame de Cochefillet, déposé dans un cercueil de plomb, fut enterré au pied de la grille du chœur des religieuses de Sainte-Trinité , du côté de l'épîire. Son tombeau, ouvert le 4 juin 1811, par ordre du préfet du Calvados, renfermait beaucoup de plantes aromatiques et une crosse de bois doré. Le cercueil fut refermé et inhumé de nouveau sous la tour de Téglise Saint-Gilles.

pour arrêter les sieurs Lepicard , trois frères demeurant proche Vimoustier.

Toutes les compagnies sont allées le saluer.

30 juin 1698.

Le sieur Galand (i) a fait une dissertation quia été inaprimée chez Jean Gordier, imprimeur à Caen, contenant quarante-trois pages in-12, ayant pour titre :

Lettres touchant la nouvelle explication d'une medaille d'or du cabinet du roi.

7 aoûU698.

M. lecomtede Marsan, prince de Lorraine (2), est

(!) L'orientaliste Antoine Galland, le célèbre traducteur des Mille et une nuits. Il était venu à Caen, appelé par rinlendant Foucault, auprès duquel il remplit la charge de secrétaire. En 1697, il avait déjà publié à Caen une brochure intitulée : Lettre louchant quatre médailles antiques, publiées par le P. Chamillard.

(2) Saint-Simon fait un portrait peu flatteur du comte de Marsan : c( C'était, dit-il, un extrêmement petit homme, trapu, qui n'avait que de la valeur, du monde, beaucoup

- 46 ~ arrivé à Gaen avec Mg-^ de Matignon, son beau-

de polilesse et du jargon des femmes, aux dépens desquelles il vécut tant qu'il put. Ce quUI tira de la maréchale d'Aumont est incroyable. Elle voulut l'épouser et lui donner tout son bien en le dénaturant. Son fils la fit mettre dans un couvent, par ordre du Roi, et bien garder. De rage, elle enterra beaucoup d'argent qu'elle avait en lieu où elle dit qu'on ne le trouverait pas, et, en effet, quelques recherches que le duc d'Aumont ait pu faire, il ne l'a jamais pu trouver. M. de Marsan était l'homme de la cour le plus bassement prostitué à la faveur et aux places, ministres, maîtresses, valets, et le plus lâchement ayide à tirer de l'argent à toutes mains. Il avait eu tout le bien de madame d'Albrel, héritière, qui le lui avait donné en l'épousant, et avec laquelle il avait fort mal vécu. Il en lira aussi beaucoup de madame de Seignelay, sœur de Mattignon, qu'il épousa ensuite; et quoique deux fois veuf, et de deux veuves, il conserva toujours une pension de 10,000 livres sur Cahors

» Jamais fadeur ne fut pareille à celle de M. de

Marsan, avec toutes ses manières d'un vieux galant auprès des dames, et ses bassesses avec les gens qu'il ménageait. Il n'avait pas honte d'appeler madame de la Feuillade ma grosse toute belle^ qui était une très bonne femme, mais beaucoup plus Maritorne que celle de Don Quichotte. Elle-même en était embarrassée, et la compagnie en riait. Enfin un homme si bas et si avide , qui toute sa vie avait vécu des dépouilles de l'église, des femmes, de la veuve et

— kl

frère (1). Il a épousé madame de Seignelay (2). Il vient pour se promener en ce pays-ci.

Les bourgeois se sont mis sous les armes , en haie, depuis le haut du faubourg de Vaucelles jusqu'à la porte de M. Foucault (3), intendant, chez le-

de rorphelin , siirlout du sang du peuple , mourut enragé de malefaim par une paralysie sur le gosier, qui, lui laissant la tête dans toute sa liberté et toutes les parties du corps parfaitement saines , rempêclia d'avaler. Il fut plus de deux mois dans ce tourment, jusqu'à ce qu'enfin même une goutte d'eau ne put plus passer sans que cela l'empêchât de parler. Il faisait manger devant lui ses gens , ei sentait tout ce qu'on leur donnait avec une faim désespérée. Il mourut en cet étal, qui frappa tout le monde si fort instruit des rapines dont il avait toute sa vie vécu. Il qvait 20,000 livres de pension du roi , qui en donna 12,000 aux deux fils qu'il laissa de sa seconde femme : 8,000 à l'aîné, 4,000 au second. Il n'en avait point de la première femme. Il avait soixante-deux ans »

(1 ) Charles-Auguste de Matignon, né le 28 mai 1647, maréchal de France en 1708, mort le 6 décembre 1729.

(2) Madame de Seignelay était, suivant Saint-Simon, (( une grande femme, très bien faite, avec une grande mine et des restes de beauté. »

(3) Nicolas-Joseph Foucault, né à Paris le 8 janvier 1643, avait été chargé, à l'époque de la révocation de Tédit de Nantes, de missions spéciales. Il agit contre les

quel ils sont allés loger. Il y avait là une garde de soixante hommes, des mieux faits, qui fut remerciée lorsqu'ils furent arrivés, ainsi que toute la bourgeoisie.... On a tiré le canon du château à leur arrivée. Toutes les compagnies sont allées par députation le saluer.

9 novembre 1699.

Madame de Tessé, abbesse de Caen, a fait prendre l'habit religieux dans son abbaye à demoiselle Françoise (i) de Tessé, sa nièce. Mg"^ Daniel Huet,

proteslanls, dans le Béarn et le Poilou, avec une rigueur excessive, dont il se vante dans ses mémoires. Nommé en 1689 à l'intendance de la généralité de Caen, il y continua ses conversions forcées. Foucault éiait un homme érudil et qui se livrait particulièrement, dans ses moments de loisir, à Tétude des antiquités. Il a laissé, à sa mort, arrivée le 17 février 1721, quelques écrits, notamment des mémoires qui ont été publiés en 1836, à la suite de ceux du marquis de Sourches, Paris, 2 vol. in-8".

(1) Françoise de Tessé devint abbesse de Vignats et succéda à sa tante en 1720. Elle mourut le 19 mai 1729, âgée de quarante-sept ans. C'est elle qui fit faire le couronnement des deux tours de Tabbaye qui tombaient en ruines.

évèque d'Avranches, en a fait la cérémonie, à laquelle ont assisté M. et madame deïessé et M. leur fils, ainsi que M. le chevalier de ïessé, frère de M. le comte de Tessé.

On a tiré le canon du château à l'arrivée et au départ de M. de Tessé, comme lieutenant général. C'est un homme de mérite et favori du Roi. Il a un équipage magnifique et un carrosse attelé de huit chevaux soupe de lait, et les livrées de Mg"" de Bourgogne, étant premier écuyer de madame la duchesse.

Quatre députés du présidial sont allés le saluer.

On est entré dans ladite abbaye pendant deux jours consécutifs.

16 novembre 4699.

Mg^ de Vauban, lieutenant général des armées du Roi, premier ingénieur de France, est arrivé à Caen. Il visite, par ordre du Roi, les fortifications de toute la Normandie et de la ville de St-Malo.

Il prétend rendre navigable la rivière d'Orne jusqu'à cinq ou six lieues dans les terres (1).

(1) Vauban ne faisait que renouveler un projet doni on s'élait déjà beaucoup occupé dès le xvi" siècle : il prétendait faire un port d'asyle dans la rade de Golleville , y

On a tiré cinq coups do cnnon à son orrivée, el autant à son départ.

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