ID
Ruse de guerre dite « des noix. <>
Le Comte de St-Pol quitte Amiens.
LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND
Grand désordre
à Amiens ;
fuite d:s habitants
Siège de la Ville
d'Amyens
par le Roy.
Arrivée et venue
du Roy au fiége d'Amyens.
Peu de temps après, Madame la Comteffe de Saint-Paul estoit fortie de la ville, y ayant laifle tous ses meubles & richefles, sans que les Efpagnolz euflent permis en rien emporter ; comme auffi, grande quantité de femmes & filles de la ville en estoient foriies, ne sachans où aller, ny que devenir, abandonnées à la mercy des foldatz ; la plus grande partie des hommes de la ville s'estoient desfuys ; les ungs liez , ausquelz l'on avoit faid paier rançon ; les autres poignardez, tuez et jettez dans l'eaue ; et par après, ceulx qui avoient voullu rentrer en leurs maisons avoient dû rechapter leurs meubles, n'estant autrement maiftres de leurs maisons. Ce qui avoit esté ainfi faiét, le Mardy xe jour de Mars mil Vc inixx XVII, neuf heures de matin, pendant que l'on preschoit en l'une des paroilTes de la ditte ville.
Peu de temps aprez, le Roy avoit envoyé Monfeigneur le Mareschal de Biron avec une grande quantité de foldatz, tant de pied que de cheval, invertir et affiéger la ville d'Amyens, affin que ceulx qui cstoient entrez dans cette ville , ny les meubles & munitions de guerre, ne fortifient aucunement ; mesmes qu'ilz n'euffent aucun fecours. Et par après, le Roy y estoit allé en perfonne ; il y. avoit toujours réfidé avec la Nobleffe de la France, qu'il avoit faiél convoquer & appeller pour l'affister à telle et fi grande et importante entreprife (i) pour la France, qui avoit bien fouvent du travail de toutes partz ; en partie pour ce que Sa Majesté avoit faiél publier : « Que tousfoldat\ qui avoient » ejlé en guerre depuis neuf ans, euffent à aller à la ditte armée » & au fiége de la ville d'Amyens » ; ce qu'ils avoient faiélz de toutes partz & paffé par ce moien par les villages , à la perte des biens de tout le peuple.
La tranchée
ouverte devant
Amyens.
evant laquelle ville, l'on avoit tellement faitfl les aproches, tant par le canon que par les foldatz, que la plus grande partie des terres d'allentour la ville estoient toutes foffoiez & tranchées , de telle forte qu'en peu de temps les foldatz de l'armée du Roy avoient esté tous à couvert fur le bord des foffez de la ville, non toutefois sans grande perte de gens,
(i) C'est à cette occasion que Henri IV s'écria : « C'est asseï fait le Roy de » France, il est temps d: faire la Roy de Navarre! » —Et se tournant vers Gabrielle d'Estrées : u Ma maîtresse, il faut quitter nos armes et montera cheval » pour faire une autre guerre! »
Il5
pour ce que ceulx de dedans icelle ville avoient faid: plufieurs forties, la nuicfl comme le jour.
Comme auffi, ilz avoient faiél journellement jouer & tirer le canon, ce qui en faisoit beaucoup mourir; plufieurs grandz Seigneurs & Cappitaines y avoient esté tués ; les foldats de l'armée du Roy avoient fi vaillamment réfisté, qu'en peu de temps ilz avoient gaigné & aproché des murailles de la ville et, logez qu'ils eftoient dans les foflez d'icelle , ils avoient creusé les murailles et s'estoient mis soubz icelles, qu'ils avoient souftenues avec des ayes, gaigné mesmes une partie du ravelin, et plufieurs tours et forterefles y estans, qu'ils avoient abatus avec le canon, enfemble les deffenses & courtines des murailles; tellement, que les foldatz estoient logez et faisoient la garde tout proche du rempart de la ville.
Les ennemys de laquelle, eftans tous proches d'eulx, jettoient journellement par deffus les remparts & murailles dans les foiîez de groffes pierres, des busches, des feux d'artifice et toutes autres chofes de quoy ils se pouvoient advifer, afin de tuer et de frapper les foldatz estans dans les dits fofl'ez ; de telle façon , qu'ilz en avoient faicfl mourir et frappé beaucoup , tant de cette forte , et dans les forties par eulx faides , que à coups de canon , harquebouze &moufquetz, de quoy ils tiroient journellement; tellement, que l'on a faiél eftat que, durant le dit fiége et aproches d'icelluy, il en estoit mort de l'armée du Roy plus de cinq mil hommes.
Comme auffi , l'armée du Roy en avoit faiél mourir et blefle grand nombre de ceulx de dedans la ville, tant du canon qu'ils tiroient dedans que par les forties qu'avoient faiéles ceulx de la ditte ville. En l'une desquelles forties, le fieur de Ermantello (i) avoit esté frappé d'un coup de moufquet, en s'en retournant dans la ville , de quoy il avoit esté tué.
e lundy xv« de Septembre, au dit an mil vc nuxx xvn, de grandes trouppes des ennemys Efpagnolz, jufques à quinze ou vingt mil hommes, avoient apparu, comme aux jours précédents, proche de la ville de Dourlen, qui estoit à eulx diftants de la ville d'Amiens de fix lieues, ils avoient
FF. ccxiv* iVerso}.
Défense de la garnison d'Amiens
Armée d'EfpagnoIz
pour donner
fecours à leurs gens
dans la
ville d'Amyens.
(i) « Gouverneur à Amiens, fut tué (Ermenteillo, Porto Carierro}. » (Note sur le manuscrit original.)
ii6
LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND
Rendition de la ville d'Amiens
au Roy par les Efpagnolz.
Sortie d'Amyens par les Efpagnolz.
aprochez encore plus près de l'armée du Roy pour donner fecours à ceulx de la ville d'Amyens. A ce que l'on pouvoit juger, c'eftoit pour donner une bataille ; pour raifon de quoy, le Roy & son armée, ou la plus grande partie, avoient esté au devant d'eulx. Ce néantmoins, n'ayans voulu, les Efpagnolz, donner aucune bataille, aucuns d'iceux, jufques à quinze cents ou deux mil hommes, s'efloient, par fineffe, aprochez par un autre cofté de la ville d'Amyens, par la porte qui n'estoit que bien peu affiégée ; et plufieurs estoient jà paffez par la rivière , tellement qu'ils vouUoient donner du fecours à ceulx de dedans la ville d'Amyens & entrer dans icelle, ce qui eust apporté grand inconvénient à l'armée du Roy, à raison de la faison d'hiver, et que l'on n'eust aifément entré ny gaigné la ditte ville , sans grande perte de l'armée du Roy, pour les grandz retranchements et fortereffes de la ville, contre lesquelz s'efloient appofez le Seigneur Duc de Mayenne, M. de Saint-Denis Maillot & autres Seigneurs, avec leurs gens, et deux pièces d'artillerie, que le fieur Duc de Mayenne avoit pofez à leur paflFage , ne pensans autrement à telle entreprife. Tellement, que les dits ennemys avoient esté repoulfez et n'avoient peu entrer davantage, un grand nombre d'iceux furent tuez fur la place, et autre grand nombre furent jettez dans la rivière.
Quoy voians, ceulx de la ville, qu'ilz ne pouvoient avoir aucun fecours, à caufe que leur armée s'eftoit quelque peu retirée, parce qu'elle estoit pourfuivie par la cavalerie du Roy, le Jeudy en fuivant, ils avoient parlementé & accordé rendre la ditte ville en l'obéiflance de Sa Majesté, les lailfans fortir leurs armes au poing & bagues fauves , dans fix jours de la compofition , au cas qu'il ne leur arrivast fecours dans la ville de deux mil hommes ; ce que le Roy avoit accordé ; pour raifon de quoy, il avoit esté baillé otages de part & d'autre pour afleurance du dit accord ; fuivant lequel, le Mercredy enfuivant, vingt-quatriesme du mois de Septembre mil v^^ iiiixx dix-sept, à dix heures du matin, les foldatz Efpagnolz estoient fortis de la ville d'Amiens en bon ordre, et équipage, jufques à deux mil hommes de pied et cinq centz chevalliers bien montez et armez , ayans chacun la lance au poing (i), et allez droid à Dourlen et ès-environs, avec
(i) « Le marquis de Montenègre en sortit avec la garnison qui baisa la botte au » Roi, ellant à pied, et Sa Majesté à cheval, ayant son sceptre à la main. » (P. de l'E.)
quelque sept centz hommes, tant bleflez que malades ; et sept ou ^^97
huit vingt chariots et charrettes, toutes charge'es de meubles, or et argent ; ayans toutefois laifle le magazin du Roy qui estoit en la ditte ville, en la forte & manière qu'il avoit esté mis sans qu'ilz y eulîent aucunement touché. Pendant laquelle fortie, et Entrée des troupes après icelle, l'armée du Roy & ceulx qui voulloient aller dans la du Rot à Amiens. ville y entroient comme ellant en l'obéiflance de Sa Majesté, sans que les habitans qui estoient demeurez dans icelle en enflent esté autrement moleftez par ceulx de l'armée du Roy, ny autrement ; les Efpagnolz avoient pris tout ce qu'ils avoient vouUu & peu emporter : comme auffi , grande quantité de femmes & filles de la ditte ville les avoient fuivis de gré à gré. (i)
La ville avoit esté tellement débordée et en défordre , durant le fiége, que tout y avoit esté à l'abandon des Efpagnolz, lesquelz, tant à leur entrée dans la ville, que depuis, avoient, comme dit est, tué, maflacré & noyé un grand nombre des habitans d'icelle, et avoient esté bien humiliez et chaftiez, et caufe d'une grande ruyne et perte en ce Royaume de France.
Durant lequel accord, premier que de fortir par les dits Efpagnolz de la ville d'Amyens, aucuns de leurs gens, qui leur avoient voullu donner fecours, s'eftoient inniflez de vouUoir mettre des vivres de bouche, tant blé que autres, en la ville de Dourlen ; lesquelz ayant esté apperçuz par ceulx de l'armée du Roy qui les coftoioient , ceux-ci les avoient tellement chargez et desfaidz, qu'ils avoient gaigné les dits vivres et grand nombre de chevaux ; l'on les avoit amenez au Roy en l'armée : tellement, qu'ils n'avoient peu entrer dans la ville de Dourlen ; fmon que , peu précédent , y avoient esté mis grand nombre des foldatz Efpagnolz pour la deffence de la ville, craignans que le Roy & fon armée ne l'afliégeaflent après la prife d'Amyens.
Ce que l'armée du Roy avoit incontinent faiél, aprez que l'on siége & rendicion eust rempli de terre toutes les tranchées qui avoient esté faides au Roy de la
„ rr ' ^11 -Il j>* /T- • 1 „ • ville de Dourlen.
pour 1 ailiegement de la ville dAmyens, aliavoir le vi^ jour d'Odobre, au dit an mil vc mixx xvii ; de telle forte, que, peu de temps aprez, la garnifon de la ville de Dourlen avoit parlementé & composé , et , par ce moyen , la ditte ville fut mise en l'obéiflance du Roy de France.
(i) Ce singulier arrangement tendrait à justifier un vers connu : « La femme qui combat ne l'eut pas toujours vaincre. »
ii8
LA LIGUE DANS LE VEXIN xNORMAND.
FF. ccxxi" (Recto, j
La paix faide entre
les Roys de
France
et d'Espaigne ,
en Juin.
Paix publiée
à la France entre
elle & l'Efpagne.
Edit du Roy
pour ne porter
armes.
ela faid, le Roy ayant appris l'entreprife qui se faisoit en Bretaigne , avoit commande' à fon armée d'y aller, ce qui avoit este' exécuté promptement ; & elle avoit tellement fait son debvoir, que durant ce temps, les Roys de France et d'Efpagne, et tous les autres Princes et Seigneurs, avoient traité et faiél la paix enfemble (i), au grand repos et tranquillité de ce Royaume de France, tant défolé & affligé de toutes partz ; laquelle paix avoit esté publiée en tous les endroidz et principaux lieux et villes d'icelle France, le feptiesme jour de Juing mil vc im^x dix-huid (2) ; lors de laquelle publication, le peuple s'efloit grandement resjoui, en prières & proceffions, avoit faid des feux de joie, et toutes autres fortes de resjouissances, allans et venans librement en ses affaires, sans aucun contredit , ny mauvaises rencontres , pour ce que l'on avoit du fout quicté et mis bas les armes.
Lesquelles, par édit du Roy, avoient esté deflfendues porter, ny tirer d'icelles, par toutes personnes, à peine de la vie; finon qu'à ung chacun il avoit esté permis de porter l'efpéefeullement. * A raifon de quoy, les armes, comme dit est, avoient du tout cefTé leur cours : Dieu en foit loué & glorifié à jamais. Ainsifoit-il ! *
Après un espace de quelques lignes laissé en blanc, l'auteur du manuscrit continue en ces termes :
1 59g -16 10 1 ^^r ^P^^^ ^^ P"^'^ ^^ ^^ rendition de la ville d'Amyens, f WMM comme dit eft, la France avoit toujours vefqui en FF. ccxxiwl Recto) giujgjg@ paix, tranquillité, sans aucune guerre, sinon que les subfides & grandes tailles n'avoient cefTé à eftre cueillis et levez sur le peuple , et des éditz faiélz pour lever des deniers sur tous eflatz & offices (3).
(i) Il s'agit ici du célèbre traité de Vervins, conclu le 2 mai iSgS.
(2) Le I"- avril iSgS, Ph. de Fontette, rend foi et hommage de la terre et seigneurie du Vaumain, à Marie de Bourbon, dame de Trie; en 1623, il passe aveu et dénombrement de la même seigneurie à Henri II d'Orléans, duc de Longueville. {Notice hist. sur le Vaumain, par L.-N. Barré; in-S», 1877). Le Vaumain dépendait alors de la châtellenie de Trie.
(") Voir fac-similé de ce passage qui est reproduit ci-dessus dans la Notice.
(3) « Tailles £■ subfides leve'{ fur le peuple. » (Note warg/n^/e du manuscrit.)
Le Roy avoit levé et faict aflembler une armée de gens Oc guerre & faid conduire et charrier en la ville de Challon, dés le mois d'Avril, et commencement de May mil vie dix, jufques à cinquante pièces d'artillerie, avec l'efquipage à ce neceflaire, sans que l'on n'eufl; peu fçavoir de quel cofté ny contre qui , il voulloit faire achemyner la ditte armée.
Pendant ce temps, il avoit vouUu & faiél publier le couronnement et l'entrée de la Royne son efpouze, en la ville de Paris, en laquelle l'on avoit faiél beaucoup de préparatifs & de sumptuolîtez admirables. Ce qui avoit efté différé de jour en jour, jufques au Jeudy xirio du mois de May, au dit an mil vi^ dix, que la Royne avoit efté couronnée en l'Églife de Saint-Denis en France & son entrée publiée, au dimenche enfuivant dans l'Eglife de Paris ou de tous coftez plufieurs personnes abordoient.
Il eftoit advenu que le lendemain, jour de Vendredy, kum" du did mois de May, le Roy se promenant à Paris, dans un caroche, avec M. le Duc d'Efpernon & M. le Duc de Monbazon, paflant le long du cimetière Saint-Innocent, en la rue de la Ferronnerie, avoit efté arresté par un harnois ; il feroit illecq arrivé un grand homme rouffeau, nommé François Ravaillac, d'Angoulefme ; lequel faifi d'un grand coufteau, s'eftoit approché du did caroche, & d'icelluy avoit frappé le Roy de deux coups .' l'un à la mamelle, et l'autre dans le ventre ; de forte que le Roy avoit crié : « Je » fuis mort ! » (i)
L'on avoit pris le dit malheureux & mefchant perfonnage, et icelluy conftitué prifonnier, & incontinent le Roy avoit rendu l'efprit devant qu'il feuft de retour en son logis du Louvre.
Toutes perfonnes de Paris et ailleurs, eftans bien esbahis & eftonnez d'un fi mauvais et effroiable accident , et prompt changement de fi grande joye, jà commencée, & efpérée avoir les jours fuivants, s'eftoient retirez & enfermez dans leurs maifons en grande perplexité et fafcherie. Ce qui s'eftoit faitfl entre trois & quatre heures après midy, le dicfl jour de Vendredy.
La nuid suivante , les Princes et Seigneurs, avec Meflieurs de
Armée faid lever par le Ro}'.
Couronnement
de la
Royne de France ,
nommée....
Marie de Médicis
{nom resté en blanc
sur le mss.j
Décès du Roy Henri IV", Roy de
France & de Navarre, tué d'un
coufteau dans son caroche.
(i) D'après le Journal de P. de l'Estoile, les dernières paroles du roi furent: Je suis blessé! L'assassin frappa une troisième fois ; mais ce coup ne porta que dans la manche du duc de Montbazon.
LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND
La Royne elleiie régente de fon fils
aisné, couronné Roy de France & de
Navarre, âgé de ix ans, ou
environ (le i5 de May 1610)
nommé Louis XIII' du nom.
Inhumation
du Roy en l'églife
Saint-Denis.
la Court du Parlement, s'eftoient affemblez et avoient tous d'un advis et confentement, esleu la Royne pour re'gente, et gardienne de fon filz aifné nommé Loys, âgé de neuf ans ou environ : lequel, dès le lendemain matin, Ton avoit couronné Roy; et icelluy porté & conduiél en grand triomphe en l'église Notre- Dame ou l'on avoit chanté Te Deum laudamus ; et tout le peuple avoit cryé : Vive le Roy^e qui avoit caufé changer les larmes et courroux en joye : quelque temps après, le diél malheureux perfonnage Ravaillac, avoit fini ses jours par un sanglant fupplice; ayant eu, en premier lieu, le poing bruslé, tenant le coufteau duquel il avoit faid le traiftre coup; par après, avoit elle tenaillé ardemment et verfé du plomb fondu pardeflus son corps , tout taillé & échiqueté ; puis après , tiré par deux fois de quatre chevaux ; et à la troifiesme , defcartelé et defchiré en pièces jettez dans le feu.
Et le Jeudy, jour Saint Jehan Baptifte, xxiiiie Juin au dit an, le fervice du dit feu Roy (que Dieu abfolve) avoit efté faid dans l'Églife Notre-Dame à Paris; et le dernier jour du did mois de Juing, son corps porté et inhumé avec fes prédéceffeurs Roys, en l'Églife Saint -Denis, avec grandes & solennelles funèbres (sic), (i)
Le peuple avoit despui lors vefqui en paix ; & avoit efté efleu pour lieutenant général de la France & gouverneur en Normandie Monfeigneur le Conte de Soiffons, s'eftans quelque temps en précédent, Monfeigneur le Prince de Condé, abfenté avec son efpouze, pour quelque différend & défaccord qui s'estoit mis contre le Roy ; il eftoit allé trouver le Roy d'Efpagne avec lequel il avoit demeuré quelque efpace de temps ; puis il eftoit revenu en France après le dit décès ; l'armée dont a efté cydevant parlé avoit esté licentiée & renvoiée, au reste de quelque nombre de régimentz qui avoient efté retenuz et envolez à Clefves (Clèves) ; ayant esté publié par toutes les villes que deffenfes eftoient faides à toutes perfonnes de s'alfembler en armes à peine de la vie & de rien dire à ceulx de la prétendue nouvelle religion afin d'éviter (à ce que l'on difoit), le défordre de la France en attendant l'aage du Roy.
(i) « Ce que je n'oublierai jamais, dit l'Estoile, ce sont les plaintes, les clameurs et les larmes, non-seulement du peuple de tout sexe, mais des gens de qualité, qui ont pleuré ce bon Roy, comme leur bon pcrc. »
epuis ce temps, le Royaume de France avoit efté en paix & sans trouble ; tellement, qu'au commencement de l'anne'e mil vic xiii, le Roy& la Royne, de l'accord et confentement des Princes et Seigneurs de la France, avoient faid alliance avec le Roy d'Espagne ; le Roy de France avoit accordé et promis prendre sa fille pour efpouze, ce qui avoit esté conclud et accepté par le Roy en la perfonne du filz de feu Monfeigneur le Duc de Mayenne, qui avoit esté en Efpagne, accompagné de grand nombre de Seigneurs de la France, après avoir de part & d'autre, précédent et depuis, envoie ambaflades receuz en triumphe en attendant la confommation du diél mariage, à raifon du petit âge tant de l'un que l'autre.
FF. ccxxvii» (R'.j
Fiançailles du Roi Louis XIII.
u mois de Février 1614, au lieu de continuer l'amitié que les Princes & Seigneurs de la France avoient juré et debvoient au Roy et à la Royne ; soubz quelque prétexte d'amitié & d'advancement que la dite dame Royne faisoit à M. le Marquis d'Ancre, Maréchal de France, qu'elle avoit admené de fon pais, lors de sa venue en France, ilz s'eftoient ellevez en armes : comme MM. les Princes de Condé, le Duc de Nevers, le Duc de Longueville, le Duc du Mayne, le Duc de Vendofme (filz baftard du feu Roy), et les autres Princes et Seigneurs ; lesquels s'estoient faifis des villes de Mézières, Châlons, SoilTons, la Fère & autres villes, mesmes de la ville d'Amyens, eftant du gouvernement de Monfeigneur le Duc de Longueville ( i ) , à caufe que le dit fieur Marquis d'Ancre s'estoit faifi et entré dans la citadelle du dit lieu comme gouverneur d'icelle.
Ne fâchant l'ocafion pourquoy, les dits Princes & Seigneurs s'eftoient ainfî eflevez finon que l'on disoit : « Qii'il^ ne voul- » loient permettre l'alliance & mariage du Roy avec l'Infante » d'E/paigne ; encores qu'il^ y eulfent conjenti, & que la Royne » ne dehvoit & nejîoit capable ni suffisante de gouverner comme » régente, & qu'elle avoit emporté & dijlribué à qui elle voulloit » les deniers du tréjor du feu Roy », et autres vaines et inutiles parolles.
Recommencement de guerre.
FF. ccxxvni" [R'.]
M. le Duc
de Longueville et
autres
contre le Roi.
(i) Henri II, de Longueville, dont le portrait est placé en tête de ce volume.
LA LIGUE DANS LE VEXFN NORMAND
Le Roi donne l'ordre à ses
troupes de
marcher contre les
rebelles.
Etats Généraux de Sens retardés.
Entrée du Roy
Louis
à Paris et déclaré
âgé perfonne
en Septembre.
Eftatz Généraulx tenus à Paris.
Enfin , le Roy voyant qu'ils ne vouUoient s'appaifer et retourner de leur entreprife, avoit commandé à ses compagnies de gens d'armes d'aller à l'encontre, fi bien que les dittes compagnies, levez avec de l'artillerie, s'eftoient acheminez près des dides villes , pour les reprendre ; de forte que les Princes & Seigneurs avoient este' enfin contrainclz de venir trouver le Roy l'un après l'autre & luy demander pardon. Ce qui avoit esté faid environ le commencement de Juin mil vi^ quatorze.
Pendant ce temps, les habitans des villes de la France avoient faid la garde en leurs portes, de peur de furprise (i) ; et après le did accord ainfi faict, le Roy et son Conseil avoit commandé les Eftatz Généraulx de la France estre tenus en la ville de Sens, ce qui avoit esté dellaié (2) jusques à ce que le Roy, la Royne, Princes & Seigneurs, leurs gardes et compagnies, jusques à douze ou quinze mil hommes, euffent faid voiage jusques à Lion, et en toutes les villes de ces quartiers là, afin de veoir et congnoiftre le Roy, mesmes pour faire cefler l'entreprinfe du Duc de Savoie que l'on disoit avoir faid grande levée de soldatz pour faire quelque entreprife.
Et de retour que le Roy avoit esté avec les Princes & Seigneurs , l'on avoit faid entrée magnifique dans la ville de Paris, ou peu de jours après, environ le mois de Septembre au dit an mil vicxiiii, il avoit monté en son fiége royal dans le pallais, et déclaré âgé perfonne, pour avoir lors commencé à atteindre son an quatorziesme.
Cela faid, on avoit fait publier par toutes les villes de la France que les Eftatz Généraux feroient tenuz & aflemblez en la ville de Paris, où tous les députez s'eftoient trouvez au mois d'Odobre en fuivant, au dit an mil vic quatorze, avec tous les Princes & Seigneurs, jusques au mois de Mars enfuivant, mil VIC quinze, où les dits Eftatz avoient esté expirez, concludz et arreftez. On y avoit ordonné entre autres chofes, le décry (3] de toutes les monnoies, tant d'or que d'argent, eftrangères & non
(i) Pontoise reçut l'ordre de ne laisser passer aucune troupe, sans un commandement spécial de la Reine.
(2) Mis en délai, retardé.
(3) Décry : Il s'agit de la démonétisation des pièces étrangères de toute nature et de toutes effigies, qui, à la suite de cette longue période de guerres civiles, circulaient en France en nombre infini.
de la France, jusques aux douzains, à la clefs et autres, barre'es entre les fleurs de lys ; feullement les pyflolletz doubles et fimples et autres d'Efpagne, n'avoient esté du compris du descry.
jj. u mois de Juillet mil vic quinze, la Royne vouloit exe'cuter & faire confommer le mariage du Roy avec l'Infante d'Espagne, et de Madame sa sœur avec le filz du Roy d'Espagne, mesmes du mariage par elle espéré (comme l'on difoit) avec le dit Roy d'Espagne, qui eftoit à marier, encore que les Courtz fouveraines & tous les Princes et Seigneurs n'en feuffent d'advis , aufli que le Roy d'Angleterre et les Huguenotz, affemblez en grand nombre, le voulloient tous empefcher, de paour de l'inconvénient , et mefchancetez de telz traiftres et ennemis Efpagnolz, qui, par ce moien, pourroient préjudicier à la France, à caufe de telle alliance ; laquelle le feu Roy n'avoit jamais voullu accorder (au contraire , leur avoit déclaré la guerre). Toutefois, la Royne, de son auctorité, par la perfuafion & mauvais conseil qu'elle avoit du Marquis d'Ancre et d'autres perfonnes eflant avec elle, avoit déclaré : « Que néant- » moins tout ce qu'on en pouvait dire, elle voulloit & entendait » que les diâ^ mariages feuj/ent par/aiâ^, & qu'il n'y avoit que » Dieu qu'il l'en peujl empefcher. »
C'est pourquoy les Princes s'eftoient de rechef retirez de la Cour ; le Prince de Condé en la ville de Soiflbns ; le Duc de Longueville à Amyens, en fon gouvernement. Encores que la citadelle du did lieu feust tenue pour le Roy, par le Marquis d'Ancre qui en estoit le gouverneur, et par les sciens Italliens et autres fortes de gens. Et les autres, en d'autres villes ; tellement, qu'il y avoit grande confufion en la Cour et Gouvernement de la France , pour ce qu'un chafcun y voulloit ejïre maijlre.
Le Roy faisoit grand amas de foldatz de tous coftez pour empescher qu'aucun ne s'eflevast, et pour sa conduite et voiage, que luy et la Royne vouloient faire de jour en jour, pour aller recevoir son efpouze h Guyenne. Il avoit voulu faire prendre le Prince de Condé , qui estoit dans la ville de Soiflbns ; et le Seigneur Duc de Longueville, qui estoit dans la ville d'Amyens, en son gouvernement ; ceux-ci, advertis fecrettement, s'eftoient retirez & abfentcz aflavoir : le Prince de Condé à Courcy-le- Chafteau ; le fleur Duc de Longueville à Corbie ; et le fleur Duc
FF. ccxxxp (V°.)
Recommencement de guerre.
Renouvellement
des troubles
des Princes contre
le Roy.
Concentration de troupes.
LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND
Les bourgeois de Gisors en garde.
Les villages du Vexin occupés.
du Mayne, à SoifTons ; amaflans grandes compagnies de gens de guerre de leur part, pour empefcher (à ce que l'on difoit) le voiage & advancement de telz mariages.
Le fergent major (i) de la ville d'Amyens, brave gentilhomme que le feu Roy y avoit pofé , avoit esté tue' & poignarde' au did lieu par les gens du fieur Marquis d'Ancre, et ce, soubz feintise de fide'lite', et de luy voulloir donner à disner : ce qui s'estoit ainfi faid & paffe' au commencement du mois d'Aouft, au dit an mil VI c quinze.
e fieur de Plavacourt, nojlre bailly (2) et gouverneur, qui portoit la cornette du dit fieur Duc de Longuevh^le, estant venu dans le chafteau de Gifors y faire son logement, de paour de furprise, avoit commande' aux habitans du did Gifors de faire la garde aux portes de la ville ; ce qui avoit este' commencé le vne du did mois d'Aouft et continué tant de nuit que de jour. (3)
Le peuple de la France eftoit alors en grand trouble et efmoy de ce qui pouvoit advenir en telle affaire : on n'attendoit de tous coftez qu'une ruyne généralle ; joint la faison de l'année , et la cherté des vivres , vu la grande fécherefle qui estoit sur la terre , la rendoit comme ftérille et infertille en herbes, vignes et fruidz ; tout avoit esté grillé dès le commencement de l'année.
Le fieur de l'Espinay eftant venu devant la ville de Gifors pour y entrer en garnifon avec sa compagnie , fuivant la commiflion qu'il en avoit, le Lundi, ixe du mois d'Aouft, jour saint Laurent, il en avoit esté empefché et prié par les habitans du dit lieu de se retirer, ce qu'il avoit faid, aux villages circonvoifins , comme à Chambors, Délincourt, Reilly, Mont Javoult & autres endroidz, où ilz avoient faict grands dégafts, en attendant que les habitans de Gifors enflent esté par devers le Roy et le fieur Duc de Monbazon, gouverneur de Normandie, qui avoit baillé cette
(i) Sergent major est pris ici dans le sens de commandant de place : le mot sergent désignait du reste déjà, à cette époque, un officier subalterne de l'infanterie.
(2) En dépit des lettres du roi et des diflicultcs dont nous avons parlé plus haut, nous voyons ici reparaître M. de Flavacourt, « nojlre bailly », en qualité de gouverneur du château de Gisors.
(3) Pontoise dut, à cette époque, se mettre de nouveau en état de défense. Le gouvernement y envoya de Paris deux cents lances. Les Pontoisiens, constitués en milice, étaient commandés par Robert et Gilles Cossart, Mathieu Chéron, capitaines; Ananias de Saint-Denis et Guill. Bredoulle, enseignes. Le Vexin, P'rançais et Normand, resta près d'un an dans cette situation onéreuse et pleine d'alarmes.
commiffion au fieur de l'Espinay *, le Roy, la Royne et son Confeil ayant faiél refponce « que le fieur de Flavacourt , nofire » bailly, eufl à les aller trouver en perfonne ». Ce qu'il avoit faiét, avec quelques efchevins de la ville, pour la confervation d'icelle, le ix d'Aouft, au dit an.
Les habitans de Gifors eftoient, pendant ce temps, et de jour en jour, en grand travail et garde pour empefcher la ditte garnison d'entrer en la ville ; les gens et perfonnes des faulxbourgs avoient vuidé tout ce qu'ilz avoient dans icelle ; jusques au xv« du dit mois d'Aouft, jour de Notre-Dame, i6i5, où le dit fieur d'Espinay et sa compagnie s'eftoient retirez ; les habitans de la ville , defchargez de cette garnifon , avoient cependant continué à faire la garde.
Le Roy, la Royne, et Madame sa fille, M. le Duc de Guyfe, et autres grandz Seigneurs, leurs gardes, et autres grandes compagnies, eftoient fortis de Paris le Lundi xvii^ jour du dit mois d'Aouft mil vic quinze, & allez faire le voyage de Guyenne, ainfi que le Roy avoit fai(îl entendre par ses Lettres, par lesquelles il estoit commandé à tous cappitaines, gouverneurs, et autres habitans des villes, de n'y laiffer entrer, ni donner paflage à aucunes compagnies qui ne fuffent pour le fervice de Sa Majefté ; sans quoi, il les déclaroit tous convaincus de crime de lèze-Majeftd et leurs biens confisquez, et que l'on eust à fonner le tocfin pour les courir et tailler en pièces : ce qui avoit esté affiché et publié par les villes ; & on avoit , depuis encores , répété les mesmes ordonnances faiéles par les Courtz aflemblez, au cas qu'ilz ne se retirafl'ent dans le mois.
Le Roy, la Royne & sa fille n'ayant pafle la ville d'Orléans à caufe de leur malladie et indispofîtion, ils y avoient esté jusques à la my-Oélobre.
Les gouverneurs et
échevins de
Gisors mandés
et reçus par le Roi.
Biens
des faubourgs de
Gisors mis en sûreté dans la ville
FF. ccx.xxvi" {R".^
Voyage du Roi.
endant ce temps, les dits Seigneurs Princes avoient tousjours continué à faire une grande aflemblée de foldatz, tant de cheval que de pied; et les habitans de Gifors continuoient à faire la garde en grande fafcherie & perplexité. On avoit faict rebaftir les éclufes d'entre les deux portes de Paris, afin de retenir et faire renfler les eaues, et on avoit reftauré la Tour carrée y estant ; mesmes tous les villages d'allentour avoient tant vuidé leurs meubles et grains dans la ville de
LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND
Les environs de
Gisors ravagés de
nouveau.
Mouvements
du duc
de Longueville et
de ses compagnies.
Mariage du Roy
Louis XIII" avec la
fille du
Roy d'Efpagne.
Grande charte de vivres, malladie
et mortalité de plufieurs perfonnes
Gifors, à caufe que tous les jours Hz efloient plains de foldatz qui pilloient & ravageaient tout par oîi il:^ paffbient.
Les Princes estans partis avec leur arme'e de Courcy, Corbie, et Soiffons, et autres villes, à la fin de Septembre mil vic xv, efloient allez pour pafler par Beaumont & autres paflages de la rivière de l'Oife ; de là en la ville de Chafteau-Thierry qu'ilz avoient prife de force, non toutefois ravagée, à raifon de xii mil escuz baillez par les habitans d'icelle; de là à Nogent-sur-Seine, Méry et autres villes, qu'ilz avoient prifes, par où ilz avoient pafle , pour aller trouver le Roy et son armée.
Monfieur le Duc de Longueville eftoit revenu en son gouvernement de Picardie, accompagné de quelques cinq centz chevalliers pour faire la guerre au Marquis d'Ancre et aux fiens, au cas qu'ils se découvraffent (sic) ; le dit fieur Marquis d'Ancre et les fiens avoient toujours esté dans la citadelle d'Amyens, et ses foldatz alloient çà & là ; ils avoient voullu furprendre Corbie , et autres places où y avoit garnifon pour les Princes, lesquelz avoient faict plufieurs rencontres & aflaulx sur ceulx de l'armée du Roy, conduidz par le fieur Dubois Daulphin, et plufieurs tuez de part et d'autre.
Incontinent après, le fieur Duc de Longueville, et les fiens, efloient retournez à l'armée et avoient continué à s'achemyner et à fuivre celle du Roy, jusques près de sa personne en la ville de Bordeaux, où le dit Seigneur Roy n'avoit pafle outre, et où il avoit receu la Royne son efpouze, le xx^ de Novembre mil vie quinze. Elle avoit esté reçue par M. le Duc de Guyfe en la ville de Bayonne, comme aufli la fille de France avoit esté conduicte par le dit fieur de Guyfe et reçue par les Princes et Seigneurs d'Efpagne pour le filz du Roy. Le Roy & la Royne de France sa mère, efloient demeurez en la ville de Bordeaux, de laquelle ilz n'avoient peu commodément fortir avec leur armée qui estoit illecq, à caufe de l'armée des Princes et de leurs affocie^, qui en efloient fort proches.
On estoit lors en grande charte de vivres et malladie : le pain de IX deniers ou xii deniers par deçà avoit vallu en la dicte année quiïf^e & vingt fol^, et plus; et les autres villes à l'équivallent ; tellement qu'il eftoit mort les dictes années grande quantité de perfonnes, tant de faim que malladie, jusques à vingt-cinq ou
trente mil hommes, ce qui avoit esté un grand fléau de la Divinité pour l'offense et entreprinfe de cette malheureuse guerre.
Le Roy aiant mandé à tous les régimentz de foldatz, et autres compagnies que l'on avoit laides et levées, de l'aller trouver, Sa Majefté s'estoit, avec son armée, départie de la ville de Bordeaux , sur la fin de Décembre mil vic quinze , et estoit venu en les villes de Poictiers et de Tours, où il avoit esté fort longtemps.
a conférence & traité de la paix avoit esté aflemblée et tenue à Loudun, la trêve, pendant ce temps, avoit continué de quinzaine en xye et autres temps, les éditz et arrefts de la Court publiez'; néantmoins lesquelz, les Princes avoient faict paier la taille à tous les villages de ses quartiers, où ilz avoient envoie des foldatz pour ravager ceulx qui eftoient refusans de paier, encores que deffenses euffent esté faiâes par le Roy, au contraire, tellement que tousjours, et pendant le temps que le Roy ejloit party de Paris jufques à fan retour, le peuple de France (comme dit est) avoit esté grandement perturbé , molefté et en grand travail , tant pour l'incommodité & rançonnage des gens de guerre, que autres volleurs qui couroient par les chemins ; de forte que l'on n'osoit se descouvrir, ny aller aux champs qu'en grand peine; auffî que les vivres eftoient fort chères, et pendant la conférence et les trêves, la plus grande partie des dittes armées avoient esté licentiez et renvoiez, tant à caufe de la charte des vivres que de malladie fort eftrange.
Après la prolongation des trêves de quinzaine en xv°, comme est dit, l'on avoit receu à Gifors les articles de la paix, le Dimenche des Rogations, viii^ de May mil vie seize.
La Royne mère avoit faict son entrée dans Paris, le Mercredy xie du dict mois de May ; le Roy et son efpouze eftoient demeurez par quelques jours à Fontaine-Belleau (sic), où il avoit esté jusques au Lundi en fuivant xvi^ du dict mois, qu'ilz eftoient arrivez à Paris, le dit jour, à sept heures du foir. Les gardes des portes des villes avoient lors celTé, tant de nuict que de jour, et les trouppes de gens de guerre s'eftoient retirez journellement en leurs logis.
M. de Sillery, chancelier de France, ayant esté déplacé de son eftat où il y avoit esté mis et installé par le feu Roy Henry
FF. ccxLV {Rectal.
Conférence de Loudun.
On apprend à
Gisors les articles de la
paix. »
Changement du
chancellier Nicolas Brularel.
LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND
ibib derrenier deceddé, en son lieu, y avoit esté pofé M. de Bes, garde
des sceaux.
Le Duc de Longtieville
Trye-Chdteau.
Il va en Picardie.
M. de Loiiguevillc prend Péronne.
Ici, un nouvel espace laissé en blanc, après lequel Fauteur du manuscrit reprend :
onfieur le Chevallier de Sillery avoit esté dépofé de sa charge de commandeur ; Dallay & Balion mis hors de leurs charges, et autres.
Monsieur le Duc de Longueville eftoit venu à Trie-le- Chafteàu, avec grand nombre de gentilshommes & compagnies (i), le Dimenche xxvie de Juin, au dit an mil vic seize. Il y avoit esté quelque temps ; d'où l'on difoit voulloir aller prendre poffeflion du gouvernement de Picardie ; encores que le bruid avoit couru que, par les articles de la paix, le gouvernement de la Normandie luy avoit ejîé accordé ; n'ayant esté à Paris vers Sa Majefté, comme les autres Princes, aflavoir : Meffieurs les Princes de Condé, de Nevers, de Mayenne, de Bouillon, de Vendosme, frère baftard du Roy, et autres, qui avoient faiél leur appoindement fuivant la compofition de l'accord faict à Loudun, qui n'avoit guères duré.
Le dit fieur Duc de Longueville avoit esté en Picardie , où il avoit esté les mois de Juillet et d'Aouft es villes de Soiffons, Corbie, Abbeville et autres ; et à la faveur et requefte, le fieur Marquis d'Ancre, qui estoit l'un des Mareschaux de France, avoit esté mis hors, par le Roy, de la citadelle d'Amyens, et y avoit esté pofé M. le Duc de Monbazon.
Le fieur Duc de Longueville, environ la my-Aoufi:, au dit an 1616, avoit entendu que le Roy, ou le fieur d'Ancre, avoit envoie et pofé garnifon en la ville de Péronne , très-forte place ; mesmes le dit fieur d'Ancre y avoit fait transporter fon or & argent, comme eftant Seigneur et Gouverneur de la ville, à ce que l'on difoit; le fieur de Longueville estoit lors allé avec grande compagnie à Péronne, où il estoit entré par le moien des
(i) On pourrait se demander comment on pouvait loger à Trie une telle quantité de personnes. Le passage suivant édifiera le lecteur s.ir les vastes proportions du château. « Dans le temps des chasses, on occupait dans le château 100 lits de » maîtres et i5o de domestiques. » {Description du département de l'Oise, par Cambry ; Paris, in-S».)
MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.
habitans de la ville qui la luy avoient rendue, tellement qu'il avoit mis hors la garnifon qui y estoit, et en avoit mis d'autre où il s'efloit tenu & avoit réfidé.
Le Roy y ayant envoie plufieurs compagnies pour la reprendre et en faire fortir le dit fieur duc de Longueville, le fieur de Buhy, et grande compagnie de gens de guerre, avoient palFé près cette ville de Gifors le xix^ du did mois d'Aoufl, qui y estoient allez.
Et environ la my-Aouft , au dit an , le dit (leur d'Ancre avoit esté receu gouverneur et lieutenant général de la Normandie par la Court, séant en la ville de Rouen, où il avoit envoie, pour la ditte réception , seullement deux ou trois gentilzhommes avec les Lettres du Roy, et par après, aflavoir le Dimenche xii^ de Septembre, au dit an, il avoit esté luy mesme accompagné de la Noblefle de Normandie dans la ville de Rouen prendre poffeflion du gouvernement de Normandie, comme lieutenant pour le Roy.
Le Jeudy, premier jour de Septembre, au dit an 1616, après avoir esté tenu , le Confeil , au logis du Roy, dans le Louvre , à Paris, sur les dix heures de matin, le Prince de Condé avoit esté arrefté prifonnier dans le dit lieu ; et, à l'inftant, l'on avoit esté pour prendre de mesme les Ducz de Vendosme, de Bouillon, de la Trémouille et autres , qui , ayans entendu le brui<ft , s'eftoient abfentez hors la ville de Paris ; & sur la rumeur du di(5l bruid, plufieurs avoient esté à l'heure mesme se faifir de la maifon du fieur d'Ancre , aflise aux faulxbourgs Saint-Germain , à Paris , laquelle ilz avoient pillée & defmolie ; encores que le Roy y eust envoie un gentilhomme qui y avoit esté tué.
Les Parifiens estoient tous prestz de s'efmouvbir et de prendre les armes ; c'est pourquoy je Roy avoit envoie le fieur de Flavacourt , nojïre bailli et gouverneur, par de çà ; il estoit lors à la Cour. Il estoit revenu en pofte, dès le lendemain matin, pour prendre garde & donner ordre à fon gouvernement. Il avoit à l'inftant commandé de faire la garde aux portes de Gifors, le jour & la nuid, en attendant autre mandat du Roy; laquelle retenue du did Prince & autres qui s'eftoient abfentez, comme dit est, avoit esté à caufe que le Roy avoit entendu que le jour précédent les Princes & Seigneurs avoient entreprins de se faifir de sa perfonne pour en faire à leur volonté ; et mesme faifir la Royne mère et la mettre hors la France.
Gens de guerre
passant près de Gisors.
Réception à Rouen
du lieur
Marquis d'Ancre,
lieutenant pour
le Roy en Normandie.
Arrestation
du prince de Condé
et autres.
M. de Flavacourt
fait faire la
garde aux portes
de Gisors.
LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND
EditduRoi
interdisant de
lever des troupes.
Le prince de Condé
transféré
à la Bastille,
stans fortis le mesme jour de la ville de Paris, MM. le Duc de Guyfe & de Grinville , son frère , mal contens pour ce qu'à leur foy & affeurance les dits Princes eftoient venus en la ville de Paris foulver le Roy et obferver et entretenir les accordz avec le Roy, de ce qui s'eftoit faict et pafle à Loudun , durant les guerres naguèrres ceffez , et quelque peu de jours après, les compagnies qui estoient devant la ville de Pe'ronne, laquelle ilz avoient inveftie, s'en estoient retirez et départies, à caufe que les Princes & Seigneurs estoient allez dans les villes de Soiflbns, la Fère, Corbie, Abeville et autres places proches de celle de Péronne.
Il avoit efte' publie' à fon de trompe , le Vendredy ixe du dit mois de Septembre, que le Roy faisoit defFense à tous cappitaines de lever aucuns foldatz sans son mandat & permiflion, autre que pour son fervice, à peine de la vie ; il avoit commandé de tailler en pièces tous foldatz qui se trouveroient faire la guerre pour autre que pour Sa Majesté. Lequel avoit esté au pallais de Paris avec la Royne sa mère & les Seigneurs qui les accompagnoient, le Mercredi xiic du dit mois de Septembre ; où il avoit fait un édit qui contenoit sa déclaration sur les furprises qu'avoient voulu attenter les dits Princes à sa perfonne ; pourquoy il avoit arrefté & détenu le Prince de Condé, et néantmoins déclaroit par le même édit, que, venant luy demander pardon, les Princes affociez & adhérans du diél Prince de Condé, dans la quinzaine de la fignification d'icelluy, il les remettoit en sa protection, sans avoir aucune fouvenance de tout ce qui s'eftoit paffé, tant à la guerre précédente , qu'en ce qu'ilz avoient vouUu entreprendre sur luy ; encores que par l'édit de pacification faiél au did Loudun, ilz luy euffent juré et promis toute fidellité et amitié ; et la diéle quinzaine paflee , les déclaroit tous criminelz de lèze-Majefté ; ce qui avoit esté moulé (sic) et envoie par les villes publier.
Pendant ce temps, les Princes avoient faid levée de compagnies de gens de guerre qui avoient tous tiré et chemyné en la Picardie, et le Roy de sa part voiant la rébellion des dits Princes avoit faiél affembler ses compagnies qu'il avoit faid achemyner en la dicte Picardie et autres lieux.
La nui(fl d'entre le Samedi & Dimenche xxv^ de Septembre 1616, le Prince de Condé (à ce que l'on difoit) avoit esté enlevé
MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.
du Louvre et conduid avec quatre centz chevalliers à la Baftille où il estoit gardé ; la sepmaine en fuivant, M. de Guyfe & son frère eftoient venus en la ville de Paris pour accorder et traitter la paix sur ces differendz, lequel accord se continuoit de jour en jour.
L'ambaffade d'Angleterre eftoit venue pour le mariage de la féconde fille du feu Roy et s'en estoit retourne'e le Vendredi vii^ d'Odobre, au dit an 1616.
Les conventions pour aller aux Eftatzde Normandie à Rouen, fuivant la couftume, avoient tenu au diél Gifors, le Mercredi xiie de Novembre, au dit an, où les députez s'eftoient trouvez le premier Décembre grandes compagnies de gens de guerre à pied et à cheval pour le Roy ; ils avoient pafle proche de Gifors et alloient, à ce que l'on difoit, devant la ville de la Ferté-Milon, en Brie, pour l'afliéger, où estoit le lieutenant de la compagnie de Monfieur le Prince de Condé, qui ne la vouUoit rendre au Roy.
Enfin, tout s'eftoit appaifé, tant de collé que d'autre, au moien de la paix & accord qui s'eftoit fait entre le Roy & les Princes sans que le Prince de Condé feust forti de la Bastille, n'eftans toutefois , les Princes , revenus à Paris ; toutes les compagnies de gens de guerre s'eftoient retirez.
C'est pourquoi l'on avoit ceflë de faire la garde au diél Gifors à la fin du mois d'Odobre en fuivant.
Et au commencement de Décembre, au dit an 161 6, les Princes avoient commencé à se remouvoir et s'eftoient réfugiez et furpris, alTavoir : le Duc de Nevers à Mézières, le Duc de Mayenne à SoifTons, autre à Pierrefondz-en-Picardie , les Ducz de Vendosme & de Bouillon à autres villes.
Ambaffade d'Angleterre.
Etats de Normandie.
Fin de la garde à Gisors.
Recommencement de guerre.
uoy voiant, le Roy avoit faiél affembler une armée qui avoit esté en toute dilligence, avec quelque nombre [d'artillerie , devant Pierre-Fondz, lequel ayant esté afliégé & battu de plufîeurs coups de canon , le cappitaine et foldatz qui le gardoient pour les Princes l'avoient rendu au Roy, qui y avoit faidl mettre une autre garnifon , le Dimenche fécond d'Avril 161 7.
Et au mesme temps, l'armée du Roy avoit faict les approches
FF. ccLiv" (Recto;.
Siège de Boissons.
Le Maréchal d'Ancre à Gisors
et autres villes du Vex in Normand
Paroles du Maréchal d'Ancre
à Magny-en-Vexin.
devant la ville de Soiflbns où eftoit le fieur Duc du Mayne avec grande compagnie de gens de guerre ; ils avoient, à l'arrivée de XV ou XVI c foldatz Lie'geois, demandé la pointe, mandez par le fieur Marefchal d'Ancre, pour le Roy (à ce qu'il faisoit entendre), couru & rué deffus, de telle forte qu'il y en avoit eu beaucoup de tuez.
Lors, le dit Marefchal d'Ancre eftoit à Quilbeuf, forte place de Normandie, qu'il faisoit encores davantage fortiffier comme lieutenant pour le Roy en Normandie, comme dit est cy-devant ; il avoit envoie en cette ville de Gifors, le Mardi xniie de Mars, au dit an 161 7, deux centz hommes de pied, bien armez de picques & moufquetz, en trois compagnies, pour y tenir garnison. Ceux-ci avoient esté receuz par les habitans de Gifors, sans aucun contredit, à caufe de la crainte que l'on avoit du dit fieur d'Ancre qui se donnoit telle audorité au nom du Roy ; de forte que l'on n'ofoit le contredire ; ce qu'il avoit aufli faict et envoie es villes d'Andelys, Vernon, Pont-de-l'Arche & autres endroiélz ; et néantmoins, il estoit arrivé à Gifors, en perfonne, dans un caroche conduid et tiré par Jtx chevaulx , le Mercredy en fuivant, xv^ du mois de Mars; il avoit esté receu des habitans, estans en armes, honoré et falué par tous les Seigneurs et Noblefle d'allentour, comme s'il eust ejié Roy, et ses compagnies de foldatz logez aux trois quartiers des rues de Gifors , jusques au Vendredy xvu^ du diél mois, que luy & tous les dictz foldatz, mesmes toutes les autres compagnies en grand nombre, logez à Dangu & autres villages proches de Gifors, tous conduictz par le fieur Daquincourt , coUonnel de ses compagnies , tant de cheval que de pied, s'en estoient allez droict à Beauvais. De là, les foldatz estoient allez à l'armée du Roy, devant la ville de Soissons ; quant au dit fieur d'Ancre, qui avoit ses gardes, dés la nuict fuivante , il s'en estoit allé de Beauvais droit à Paris , où il avoit esté quelque temps, n'ofant aller à la ditte armée, de la peur qu'il avoit de sa perfonne.
Et estant retourné en la ville de Quilbeuf, il avoit esté mandé par le Roy venir parler à luy, soubz couleur d'accord et traittement de la paix ; ce qu'il avoit auffitost faict ; & estant en chemin, dans Magny, le Vendredy xxie d'Avril, au dit an, il disoit en ces termes : « Je fuis mandé par le Roy pour traiter la paix^ » s'il ne tient qu'à moy, elle fera bientojl faiâe , pour ce quefy
» vais de bonne volonté pour cest effeâ ». Il estoit arrivé en la ville de Paris le Samedy au foir, et le lendemain eftoit aile' trouver & faluer le Roy, avec lequel il s'eftoit récrée' le dit jour à quelque jeu. Le lendemain, jour de Lundy, xxiiiie du mois d'Avril, dès le matin, le Roy avoit mandé le fieur de Vitry, cappitaine de ses gardes, auquel, après avoir fait prendre ses armes, affavoir deux piftolletz, il avoit dict qu'il voulloit qu'il fist mourir le dit fieur d'Ancre, lorsqu'il seroit arrivé au Louvre ; sur ce que le fieur de Vitry s'en estoit excufé, le Roy luy avoit de rechef dit « qu'il le voulloit » et luy commanda ainfi le faire. Ce que luy ayant accordé incontinent , le Maréchal d'Ancre feroit arrivé dans la Court du Louvre, fuivy de quelques uns des fiens, auquel le fieur de Vitry avoit dit que le Roy luy avoit commandé de l'arrefter, et qu'il eust à luy rendre son efpée ; sur ce, le dit fieur, bien esbahi, avoit mis la main à l'efpée qu'il voulloit évaginer (sic) du fourreau ; de quoy il avoit esté empesché ; et à l'inftant , le fieur de Vitry luy avoit baillé deux coups de piftolletz, l'un par le bas du ventre et l'autre dans la tefte, desquelz coups le fieur d'Ancre eftoit tombé par terre ; auquel de rechef il avoit esté baillé plufieurs coups d'efpée, et, mort qu'il eftoit, il avoit esté traifné hors le Louvre, et sur le foir enterré sans aucune folennité. (i)
Néantmoins, le lendemain, aucuns des habitans de Paris l'avoient déterré & icelluy traîné par les rues & coupé son corps par morceaux, partie fouUés aux piedz, l'autre mife au bout de longues perches et promenez en toute dérifion , et icelles mises sur les portes de la ville , et par aprez jettez au feu.
Et le mesme jour, sa femme avoit esté prife & menée prifonnière au Chaftelet ; elle y avoit esté jufques au Samedy, huictiesme de Juillet, au dit an 1617, qu'elle avoit esté décapitée et son corps brullé. Son nom eftoit Eléonor de Gallygaia (2), anagrame : « déloyale rouge gaule » ; l'on difoit qu'elle estoit grofle d'enfant ; et le bruict estoit qu'elle et son mary estoient forciez , et qu'ilz avoient esté caufe de la mort du feu Roy Henry IV^, père du Roy Louis, à présent régnant.
Incontinent après la mort du dit fieur d'Ancre, la Royne mère
Mort du Marquis d'Ancre.
Supplice
de la Maréchale
d'Ancre.
(i) « A Saint-Germain-de-Lauxerrois. » (Note sur le manuscrit.) (2) Léonora Dori, dite Galigaï, femme de Concini, maréchal d'Ancre.
LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND
iôij-
Mariage de M. le Duc Longueville.
de
Conclusions et
réflexions morales
de l'auteur.
à qui l'on avoit communiqué de voulloir faire cest affaire , pour ce qu'il estoit/on mignon (sic) et son confeil, et sa femme gouvernante et maiflreffe, estoit fortie et s'estoit retirée de la ville de Paris et allée à Blois ; et lors, le Roy avoit envoie par devers les Princes leur faire anoncer la ditte mort et qu'ilz euffent à revenir en toute affeurance ; ce qu'ilz avoient faid peu de temps après, s'eflans recrée^ en toutes fortes de réjouilTances.
Comme auffi, le fieur Duc de Longuevii.le s'ejloit marié à la fille du feu fteur Conte de SoiJ/bns (i), a laquelle il s'efloit précédent accordé , et son banquez faict avec le Roy et les Princes , le Dimenche vu* Juin, au dit an 1617.
Ayant lors cefTé de faire les gardes aux portes & faict les feuz de joye, tout le peuple estant en paix, tous les foldatz de l'armée s'efloient retirez et avoient retournez en leurs maifons.
Chofe mémorable, que Dieu avoit ainlî, et en un moment, donné & permis la paix au Royaume de France, par la mort d'un homme qui avoit esté û grand & magnifique au monde ; et , en un inftant ainfi , humilié et défolé , et sa poftérité et son corps jette à la voirie et au feu par morceaux.
C'est pourquoy il convient mettre tout son appui en Dieu, et non aux vanitez et inconftance du monde qui n'est que toute tromperie & déception , pour ce que nous voions , et c'est une chofe confiante, que tout ce qui s'est pafTé, et se palTera est une pure folie, qui n'est de jour en jour pafTée, que l'on ne recongnoiffe que véritablement c'est une fumée qui maine tous les mondains à perdition éternelle, de laquelle l'on ne se peult retirer sans l'inspiration & grâce de Dieu ; laquelle nous devons journellement requérir de luy, et le prier de nous voulloir divertir et féparer des compagnies mondaines avec lesquelles il n'y a aucun falut , finon corruption & mort éternelle , pour çà que :
CE MONDE EST VanITÉ !
Ici une ligne en blanc sur le manuscrit.
(i) Louise de Bourbon, sa première femme: elle mourut le 9 Septembre 1637. Henri II d'Orléans-Longueville eut de ce premier lit Marie d'Orléans, duchesse de Nemours, princesse de Neufchâte! , née le 5 mars 1625 , longtemps connue sous le nom de A/"" de Lonf^ueville. L'harmonie n'exista pas longtemps, dans la suite, entre elle et sa belle-mère, âgée seulement de six ans de plus qu'elle. Marie d'Orléans épousa Henri II de Savoie, duc de Nemours, qui mourut peu après son mariage ; elle a laissé des Mémoires fort intéressants , et qui ont été plusieurs fois réimprimés.
MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.
u commencement du mois de Juillet 1617, le Roy avoit odroié commiflions à plufieurs cappitaines François pour faire une levée de grand nombre de compagnies de gens de guerre, tant de pied que de cheval, qui s'eftoient affemblez & estoient allez pour fecourir le Duc de Savoie à sa requifition et prière, à l'encontre de ses ennemys qui luy faisoient la guerre (à ce que l'on difoit) ; et depuis, les dits foldatz estoient revenus pour ce que les parties s'eftoient accordez.
FF. ccLvni" (Recto)
Levée et retour de gens de guerre.
Nouvel espace laissé en blanc sur le manuscrit.
e Roy avoit faidl publier un Edit le Lundi, xi» de Septembre, au dit an 1617, par lequel : « // ejîoit » deffendu à tous cappitaines de lever aucunes compa-
» gnies de gens de guerre, sans son con/entement & commijfton ;
» me/mes de porter aucunes armes à feu , à peine de la vie. »
Edit du Roi
défendant toute
levée
irrégulière de
soldats.
Autre espace en blanc sur le manuscrit.
n avoit commencé à tenir les Eftatz à Rouen, tant Notables
couftumiers, provinciaux que généraux, le xxe de affembiés par le
,. ^ . , T^ , T^ • Roy à Rouen.
Novembre, au dit an 1017, ou le Roy, les Prmces, FF. ceux»
Seigneurs députez s'eftoient trouvez. et dernier (Recto).
LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND
Ici s'arrête le Journal d'un Bourgeois de Gisors, sur les événements accomplis de i588 à 1617,
Suivent quelques feuillets, restés en blanc, qui terminent le registre manuscrit, conservé à la Bibliothèque Nationale, et d'après lequel nous avons transcrit, littéralement et sans lacune, la relation historique que l'on vient de lire.