‹ Journal d'un bourgeois de Gisors; relation historique concernant les événements accomplis à Paris et dans les environs et notamment dans et entre les villes de Rouen, Amiens, Beauvais, Pontoise, 1588-1617. Publié pour la premiere fois, et en entier, d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationaleChapitre 25 sur 31 · FF. LXXXIX» (R · texte numérisé non relu

FF. LXXXIX» (R

ville. Lesquelz foldatz, ayans l'escharpe noire mellée de blanc (i), 1 39*

avoient demandé à entrer dans icelle ville; ce qui avoit esté contredit par quelque foldat estant à la porte , difant qu'il convenoit d'advertir le fieur de Fontaine-Martel, gouverneur de Louviers, ou bien son lieutenant, aux fins de la ditte ouverture.

A quoy Huillier avoit fait responce, comme caporal, qu'il convenoit ouvrir la porte d'autant que c'eftoient de leurs gens qu'il congnoiflbit bien. Ce que les foldatz de leur part affirmoient véritable, et estre de l'Union des Catholiques et des Ligueurs, difans en ces termes : « Nous venons de faire la » guerre au Roy & à fes gens ; nous les avons bien ejîrille^ç ; » c'est pourquoy nous fommes venus en cejle ville, pour nous » rafraischir. »

Enfin, sur ce que le foldat faisoit réfistance, difant qu'il ne convenoit ouvrir, le capporal Huillier, saisy d'une hallebarde, luy en avoit donné au travers du corps ; lequel eftant tombé par terre , icelluy caporal , qui estoit feul pour faire son entreprise', ny ayant pour lors que bien peu de gens à la garde , à caufe que ceulx qui en efloient avoient joué au fac ou autre jeu la matinée (2)', & avoient esté envoiez disner par le capporal affin de venir mieux au but de son fai(fl, qui avoit esté tost effectué, pour ce qu'à l'inllant il avoit ouvert la barrière et les portes pour raifon de quoy les dits foldatz estoient entrez dedans, tenans les portes ouvertes. A l'instant, le prestre, au lieu de fonner le tocsin, avoit pris en sa main un linge blanc qu'il avoit déploie , donnant figne par ce moien aux autres foldatz embusqués dans le petit bois, de venir droiél à luy, ce qu'ilz avoient haftivement faict ; estans tous arrivez et entrez dans la ville, ils avoient desploié l'enseigne et crié à haulte voix: Vive le Roy; et à l'instant, mis les armes au poing.

e que voians, les habitans, qu'ilz eftoient venduz et trahys, et se voullans desfendre, combien qu'il feust trop tard, il leur avoit esté did par les foldatz qu'ilz feroient mourir tous ceulx qui se mouveroient. Partant, les habitans qui n'avoient bien gardé les portes, ainsi qu'il convenoit,

(i) Les partisans du Roi portaient l'écharpe blanche.

(2) Les soldats allemands, qui, au xvi« siècle, composaient en partie l'infanterie française, avaient la passion du jeu ; ce furent les lansquenets qui introduisirent, à cette époque, le jeu qui a conservé leur nom.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Le Roy et son

armée arrivez à

Louviers.

Vengeance

du prêtre et du

caporal.

n'avoient sceu aucunement réfîster à la véhe'mente rigueur et furie des foldatz, finon que quelques uns fortant de leurs logis avec leurs armes s'eftoient vaillamment combatus ; mais enfin, il leur avoit convenu quiéler la place, non sans effusion de sang de costé et d'autre ; et avoit esté par ce moien, la ditte ville, qui toujours avoit re'fisté à tous aflaux, comme trèsforte et robuste, riche et bien garnie de vivres et de canon, n'ayant jamais souffert aucune perte , estans neustre , et ne n'ayans aucune taille, habandonne'e aux viollementz des femmes et filles, et au pillage et ravage, durant deux jours, des ditz foldatz.

Le Roy & son arme'e y avoient esté incontinent aprez, tellement que la plus grande partie des hommes avoient esté liez et pris à rençon , encores qu'ilz eulTent tout perdu , pour ce qu'ilz n'avoic-it caché aucune chofe; & les femmes et filles, par semblable, prifes et menées par les ditz foldatz là où ils avoient voullu, pour en faire par aprez à leur volonté, ce qui estoit une grande cruauté.

Le fieur de Fontaine-Martel revenant de faire la guerre èsenvirons de la ville, rentrant lors à icelle par une autre porte, avec sa compagnie, voulant se battre & desfendre la ville, avoit esté, comme le plus faible, pris prifonnier ; mesmes Monseigneur de Saintes, Evesque d'Évreux, fort dode, menez au Pont-del' Arche ; ausquelz le Roy avoit fauve la vie.

La vendicion de la dide ville avoit esté faide par les dits prestre & caporal ; d'autant que le prestre avoit esté dépofTédé de la cure de Louviers, à laquelle il avoit esté remis après la dite prife ; & ceulx de la Ligue avoient faiél mourir le père du dit capporal, duquel le Roy avoit donné cinq mil escus.

Quelque temps après, la plus grande partie des habitans de la ditte ville avoient esté chaflez et mis hors par la garnifon qui y avoit esté laiffée avec un autre gouverneur. Ce faict, l'armée du Roy s'eftoit acheminée les jours enfuivans à Vernon, Andelys et ès-environs, prenans tous ce qu'ils trouvoient, fans rien laifTer, tellement que les hommes, femmes & filles efloient contraindz d'habandonner leurs maisons & s'enfuir. Et ayant esté huit jours dans la ville de Vernon , s'en estoient allez avec grande quantité des leurs à Dieppe ; et de là en Angleterre *.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

Le fieur de Biron avec ses compagnies estoit venu à Etrepagny (i), le Dimanche xvio du dit mois de Juin, et le lendemain, M. de Flavacourt, noftre bailly, avec quelques habitans estoient allez le trouver au dit Estrepagny, afin de le fuplier de ne paffer par devant cette ville de Gifors , ny allentour d'icelle , d'autant qu'il n'y avoit aucuns vivres. Ce faict, le seigneur de Biron , ayant vendu à aucuns de la ville de Gifors quelque quantité de fel qu'il avoit pris à Andely, et caufe qu'il n'y en avoit à Gifors , que celuy qui y estoit apporté par gens de village tous les jours de marché, le dit fel avoit esté acheté & mis au grenier à fel (2) de Gifors, le xix" du mois de Juin, jour saints Gervais et Protais.

Le Jeudy xx» du dit mois , le fieur de Biron & son armée , feroient allez vers Gournay, lequel ilz avoient bloqué , et où ils avoient eu quelques escarmouches avec grande tuerie par ceux de Gournay et autres, estans, ceux de la ditte armée, entrez dans l'abbaye de Saint-Germer (3), proche de Gournay, qui estoit très-riche, laquelle ils avoient pillée et ravagée, pris et emporté tous les bledz y estans en grand nombre.

Le Roy ayant couché à Ellebœuf la nuid du Dimanche xxiiie du dict mois, il estoit venu en cette ville de Gifors le Lundy xxiiiie jour du mois de Juin, jour saint Jehan, à dix heures du matin , au dit an mil vc iiiim xi. Il avoit logé à son logis ordinaire, et ses troupes aux villages circonvoisins. Le Comte de Saint-Pol, le Maréchal Baron de Biron, & autres seigneurs, efloient logez dans Gifors, ensemble tous ses gentilzhommes, hommes et foldatz, et partie des Suiffes aux faulxbourgs de la porte de Paris de Gifors. Les foldatz françois de la garde du

Maréchal de Biron à Etrépagny.

Pillage de l'abbaye de St-Germer.

Venue du Roy à Gifors.

(i) « La Baronnie d'Etrépagny resta dans la famille d'Orléans de 14S5 à i6g8 ; le i3 mai de cette dernière année, Marie d'Orléans, épouse de Henri de Savoie, II" du nom , duc de Nemours, échangea sa baronnie d'Etrépagny avec Nicolas de Byre. — En 1572, Michel-Jacques Turgot, secrétaire du Roi, était seigneur d'Etrépagny au droit de sa femme; ses héritiers conservèrent ce domaine jusqu'à la Révolution. Le château, devenu propriété nationale, fut alors acheté par la famille de Fontenay, qui le vendit au comte de Biancourt. » (Extrait de l'Itinéraire de Gisors à Pont-de-l' Arche , par Charpillon et l'abbé A. Caresme. — Lapierre, 1869 ; pet. in-S» de 1 10 p.)

(2) Le grenier à sel de Gisors se trouvait vis-à-vis le calvaire actuel, près du grand portail de l'église.

(3) Saint-Germer, petite ville du département de l'Oise, célèbre par l'abbaye fondée en 656 par saint Germer ; ce dernier était né à Wardes, près Saint-Pierreès-Champs.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

iSgt

Enseignes des Anglais.

Vingt muidz de blé

baillez au Roy

par les habitans de

Gifors.

Grand désastre à l'entour de Gifors

Roy, dans les dites villes & faulxbourgs de la porte de Neaufle ; et quelques cinq centz Angloix aux faulxbourgs de la porte de Cappeville ; ceux-ci eftoient arrivez le jour de Lundy, sur les dix heures du foir ; la moitié d'iceux portans piques, et les autres moufquets et harquebouzes ; tous bien armez , et en bon équipage , ayans quatre enfeignes de taffetas orange et au hault d'icelles chacun une croix rouge ; et le champ où ils eftoient, de coulleur blanche. Lesquelz Angloix avoient efté remiz par le Roy en la ville de Dieppe , auquel lieu il s'eftoit tenu (sans aller en Angleterre, comme deffus est diâ) (i) ; la Royne d'Angleterre les luy avoit envolez, avec cinquante-quatre charrettes chargez de quatre centz barilz de poudre à canon (ou autre) ; ils avoient efté posez dans une pièce de terre , proche de la ferme nommée Courault; de forte qu'il n'y avoit maison dans la ville et faulxbourgs qu'il n'eust des reystres et des foldatz ; et par ainsi, ils avoient quidé le dit Gournay sans le battre, où ilz n'eftoient allez pour ce faire, d'autant qu'ilz n'avoient aucune pièce de canon avec eulx, pour ce qu'ilz l'avoient laiffé à Mantes.

t le Roy ayant encores demandé à la ville de Gifors vingtz muids de blé , de quoy l'on avoit faid farine par après, estoit parti avec son armée, dès sept heures du matin, le Mercredy enfuivant xxvi^ jour du mois de Juin, et estoit allé droid à Magny, où il avoit esté quelques journées ; et par après, à Mantes, où il avoit esté longuement; & les dits Angloix allez au dit lieu conduire la poudre à canon, ayans tous ceulx de la ditte armée tout perdu ê ruyné en ses quartiers, scyé & faulché toute l'herbe des prairies, et pillé tous les villages, mys leurs chevaulx dans les églises des villages, comme à Saint- Denis-de-Serment , Thiergeville , Droidecourt, Éragny, Bezule-Long , Saint-Elloy, Courcelles & autres , tellement que c' estoit horreur de veoir tel déf astre. Les reystres, Suifles, et autres compaignies de foldatz françois, avoient à leur suitte plus de chariot:^ & de charrettes qu'il^ n'ejioient de perjonnes, toutes plaines de hardes & de butin, faisant chajfer & marcher devant eulx toutes les vaches & moutons qu'ili^ pouvaient rencontrer.

(i) Il semble résulter de cette phrase que le narrateur prenait ses notes au jour le jour, sauf à rectifier ultérieurement ce qu'il apprenait par la suite être inexact. (V. plus haut, p. 56. ')

(2) « Le 3 Juillet i5gi. » (Note sur le manuscrit.)

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

Le fieur de Biron, & ses compaignies , eftans venus le Mercredy enfuivant (2) à Magny, ès-villages d'allentour, quelquesunes des compagnies eftoient allez, le dit jour, au village de Montagny (i) où estoit la dame de Flavacourt, mère de M. de Flavacourt, noftre bailly, la damoiselle, femme du fieur de Montagny, & autres, avec quelque quantité de foldatz qui gardoient le chafteau de Montagny; comme par femblable, les habitans de la ditte paroifle, tant hommes, femmes & leurs enflFans, s'eftoient réfugiez en plufieurs autres villages circonvoisins & leurs biens, tellement qu'il y avoit grandz moiens dans le dit lieu , d'autant que tous céulx d'allentour y avoient mis leurs bledz, grains et tous autres meubles. Et sur ce que les foldatz s'eftoient imisérez de voulloir entrer dans le chafteau pour le piller et avoir des vivres, ilz avoient efté empêchez pour quelque temps ; enfin , sur quelque parlement et amufement que faisoient les dites compagnies, aufli que l'on leur avoit remonstré : « que le chajleau appartenoit au fieur Bailly de Gif ors, qui y » avoit envoie de fes gens ; » néantmoins, les dides compagnies avoient mis le feu contre la grofle tour du lieu ; si bien, que la fumée entrant dans icelle, les foldatz et autres gens de dedans n'avoient plus sceu aucunement réfister.

Pour raifon de quoy, les diéles compaignies avoient entré de force dedans le lieu , pillé , ravy et emporté tout ce qui y estoit ; de forte que ayans mis le feu au lidlz qui avoient esté mis à la montée des chambres où estoient grand nombre d'hommes, femmes, filles et petits enffans, qui crioient: miséricorde; il y en eut qui s'eftoient brûliez et eftaindz jufques au nombre de quatorze, tant femmes que enffans, et autre grande partie qui avoient la peau toute brullée et rôtie, pour ce que, dévallans par la montée, et le feu y eftant, ilz avoient pafle par dedans, à raison qu'ilz se poulsoient l'un l'autre en dévallant, pour caufe de la fumée qui les eiloufoit.

Les autres, avec leurs petits enffans, s'eftoient jettez en bas; les hommes, qui se penfoient fauver, eftoient pris et liez, afin de paier rençon , jusques aux petit^ enffans ; et les femmes et filles , prife's et liées , les foldatz en avoient faid à leur voUonté ;

Grandz maux

et désaftre survenus

au village

de Montagny.

FF. Lxxxivir IR:)

Habitants brûlés

vivants

à Montagny.

(i) Montagny, village du canton de Chaumont-en-Vexin : la tour, dont il est ici parlé, fut détruite, avec le reste du château, en i835.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Cruautés horribles

Raisons supposées

de ces

événements.

Massacre au Château Gaillard.

et le lendemain, les dittes dames et damoifelles avoient esté conduises et amenez par le fieur bailly en cette ville de Gifors, tellement que ce avoit esté la plus grande cruauté que l'on seauroit dire ny exprimer. Le feu brullant encores le lendemain, et les perfonnes estans encore aux dides chambres, cryans sans que les foldatz leur euflent donné aucun aide, ou bien peu, ayans, les dits foldatz, faict mourir plufieurs paouvres hommes qui se fauvoient ; ce qui estoit advenu , pour ce que les compagnies ayans voullu loger aux hameaux proches du dict Montagny, les habitans du lieu s'eftoient tous desfuys avec leur bestial au dict chafteau de Montagny ; en telle foule & preffe que aysément les foldatz eftoient par ce moien entrez illecq ; ou autrement, comme l'on difoit, que les compagnies avoient demandé à loger à Montagny, et que l'on leur donnast le couvert et à boire et à manger, pour ce qu'ilz n'avoient rien trouvé aus dits hameaux ; fur la refponce à eulx faide par ceulx qui gardoient le chafteau, qu'ilz ny logeroient, alors, comme dit est, ils s'eftoient efforcez d'entrer dans le chafteau ; ou bien , ce qui estoit advenu par permijfion divine; d'autant que les dits habitans de Montagny estoient si rogues et si hautains, à caufe de leur chafteau et du suport qu'ilz attendoient du dit fieur de Flavacourt et autres, qu'ilz se perfuadoient que l'on ne les eust osez regarder, ny affaillir, ne voulans paier aucunes tailles, ny autres chofes ; comme par femblable , les ditz foldatz ou autres du parti du Roy avoient pillé et ravagé autre maifon des gentilzhommes d'allentour Magny ; si bien , que tout ejloit au pillage a leur endroid ; encores que ceulx à qui appartenaient les dites maisons feuffent de leur party.

Le Vendredy enfuivant, vi^ jour de Juillet, au dit an mil yc iiiixx XI , après que le gouverneur & cappitaine du Chafteau Gaillard ou ses gens euffent, par furprise, rendu le dit chafteau au fieur de Fleury & à ses gens, qui tenoient le bourg de Lions pour la Ligue, pour voiler et piller; et que le dit fieur eust le dit jour, avec quelques-uns de Gournay, pafle la première porte & grille du chafteau, jusques au nombre de vingt-cinq ou trente foldatz, & encores autant qui les fuivoient, ceulx de dedans, Canteleu (?) avoient abaifle la grille de la porte du chafteau ; à l'inftant, furieusement rué fur ceulx qui estoient jà entrez; mesmes fur ceulx qui y pensoient entrer, de forte qu'ilz en

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

Mouvements de l'armée royale.

avoient beaucoup tué à la place, quelques-uns pris à rençon, et ^-^9^

le reste s'estoit desfuy et abfenté.

out ainfî que les jours précédents, lors que le Roy avoit pafTé à Vernon & Andely, quelques ungs de dedans le Pont-de-l' Arche avoient vendu la place à M. le vicomte de Tavannes , ce qui ayant esté descouvert par quelques uns de Pont-de-l'Arche , & en ayans advertis le Roy, il estoit à l'inftant allé proche du dit lieu, avec grande quantité des fiens, pour furprendre le fieur de Tavennes. Ce que ayant par luy apperceu & ses gens , ilz s'eftoient retirez en la ville de Rouen , et le Roy et les fiens revenus à Vernon , du dit Vernon à Dieppe , et revenu à Gifors, comme devant est dit ; dont il estoit allé à Magny, et par après à Mantes , où y estoient arrivez trois ou quatre Cardinaux , Évesques , et autres gens eccléfiastiques , doéles et savans, qui y avoient tenu un concilie , ou aflemblée , du confentement du Roy. Et fur la difpute & obftination de quelques hérétiques, entre autres le fieur Du Plefly, le Roy avoit déclaré qu'il entendoit vivre en sa relligion , comme il avoit tousjours faidl , ne voullans empescher qu'ung chacun vesquist en sa relligion ; enfin , n'avoit esté rien conclud ny arrefté ; et par ainfî , s'en estoient retournez les dits Cardinaux, Evesques & autres. Le fieur de Biron , et toutes les troupes de gens de pied , s'estoient séparez ès-villages d'allentour.

Le Roy avoit toujours esté dans la ville de Mantes, en laquelle l'on avoit accufé un cordelier du lieu, difant qu'il avoit entrepris de tuer le Roy ; l'ayant faiél venir par devant luy, et il avoit di<5l : « qu'il n'avoit entrepris cejle affaire ; mais que s'il en eujl eu la » volonté, il l'eujl faiâ volontiers ». Et fur ce que le Roy luy avoit demandé la raifon pourquoy, il lui avoit faid responce : « que ce feroit pour mettre fin aux guerres, & mettre le peuple » en repos; d'autant qu'il ne tenoit qu'à luy que la Relligion » Catholique, Appostolique & Rommayne ne feufi révérée en sa » primitive splendeur ; & que la guerre que l'on faisoit contre » luy n'efioit pour autre occafion que pour la Relligion qu'il » tenoit. » Quoy ayant entendu, le Roy avoit commandé qu'il fut faid mourir.

Pendant ce temps, aflavoir le Vendredy xu» jour du di(^ mois Les dragons

de Juillet, au dit an, le fieur de Biron estant à Chaumont, avoit arrivés à Gisors.

Affemblée

& dispute fai£le par

les Catholiques

contre

les hérétiques à

Mantes.

Un Cordelier

de Mantes forme le

projet de tuer le

Roi.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

iSgi

Embuscade au Marais de Trie

M. de Mayenne à Amiens et Rouen

envoyé quelques compagnies de cheval, gascongnes, nommez les dragons (i), aux faulxbourgs de Gifors, afin, se disoient-ils, de tenir bon contre les courreurs et volleurs de Beauvais, Gournay & autres lieux du parti contraire ; que les munitions, pain & farine, qui fortoient de Gifors ne feuflent pris par les dits volleurs ; et avoient esté, les compagnies, en grande deftruction aux faulxbourgs jusques au lundy xv^ du mois de Juillet, qu'ils estoient partis.

Pendant lequel temps, ils avoient eu des allarmes les nuidz qu'ilz y avoient esté ; et spéciallement le dit jour de lundy, sur ce que un nommé Lurcan Le Conte, mercier, porte-balle de cette ville, avec un autre homme, marchand d'Amyens, fortoient de la porte de Cappeville à l'ouverture d'icelle, sans marchandise, ayant chascun une efpée, pour aller à Chaumont ; & estans au Marais de Trye (2) , une compagnie des foldatz de Gournay estans là attendans, ils avoient demandé aux deïïus ditz : « Qui vive ? » Lesquelz avoient faid responçe : « Vive le Roi ! » penfans que ce feuffent les ditz gascons, ilz avoient esté tout à l'instant chargez de coups, tellement que l'on les âvoit tuez à la place & rapporté leurs corps dans la ville de Gifors , sans que les dits foldats gascongs y euflent sceu donner aucun remède ; et à hui(5l ou dix heures, les dits gascongs s'en efloient allez hors des faulxbourgs, comme dit est.

Cependant, le seigneur du Mayne avoit toujours esté, et ses compaignies, à Amyens & allentour, attendant, comme l'on difoit, une grande quantité d'Espagnolz, jusques au commencement de Juillet, au dit an mil vc iiiixx onze, qu'il estoit paflez par Gournay avec grandes troupes ; et de là , estoit allé en la ville de Rouen, où il avoit esté quelque temps ; et par après, il estoit retourné avec ses troupes en la ville d'Amyens et allentour d'icelle ; de laquelle ville de Rouen, Beauvais, et autres, il avoit tiré grandi^ deniers pour le paiement de fon armée.

A la fin du mois de Juillet, le Roy et Ion armée eftoient partis de la ville de Mantes et allez droid devant la ville de

(i) Dans la seconde moitié du xvi' siècle, on donna à des soldats qui combattaient à pied et à cheval le nom de Dragpns , par assimilation aux monstres fantastiques du même nom, également redoutables sur terre et sur mer ; l'organisation de ce corps était encore récente lors des guerres de la Ligue.

(2) Les Marais de Trye se trouvent à l'entrée du bourg, du côté de Chaumont.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

Noyon (i) qui tenoit pour l'Union au bien de la Ligue, qu'ilz avoient afliégée; et faict tirer le canon contre icelle, tellement que voullans aller à l'aflault, après bresche faide, le vie ou vn^ d'Aoust au dit an , la garnifon de dedans estoit fortie ; elle avoit tellement combattu qu'il en estoit demeuré grande quantité de part & d'autre ; auquel combat, le fieur viconte de Tavennes, et sa compaignie , qui avoit fuivy le fieur du Mayne , pour donner fecours au dict Noyon, avoit esté frappé d'un coup de harquebuse ou mousquet ; et icelluy pris prifonnier et plufieurs de ses gens tuez à la place, ensemble quelque nombre de ceulx du Roy, & après, les deux armées estans séparées, le dit Noyon s'estoit rendu au Roy, qui s'en estoit emparé avant que le fieur du Mayne ny ses gens y euflent sceu donner aucun fecours.

e Mardy, vingt-septiesme du mois d'Aoust, au dit an iSgi , eftoit venu en cette ville de Gifors, à une heure de tiuiâ, le Conte d'Eflex, Angloix, accompagné de deux ou trois centz chevalliers Angloix , bien montez & armez , en bon équipaige, ayans chascuns la lance au poing. Pour raifon de quoy, les habitans de Gifors s'elloient levez & avoient pris les armes , et faict des feuz par les rues pour esclairer : Le Roy aiant mandé à M. de Flavacourt, noftre bailly, de leur faire bonne réception. Le Mercredy au matin, le dit fieur Comte d'Eflex & quelques deux centz des Angloix estoient allez trouver le Roy à Clermont ; le refte estoit demeuré à aucuns des logis de la ville de Gifors, payans leur de/pence (2) qui estoit fort petite , d'autant qu'ilz ne mangeoient que bien peu ; comme de fruiélz, beuvans peu de vin, avec beaucoup d'eaue ; ou bien avec du lait & de la bière mellée enfemble ; comme aufll ils aymoient et mangeoient force ail, avec lequel ils mettoient du beurre fondre, de la bière et du vin, et mangeoient cela en forme de potage (3) et beuvage, avec du pain froié, ce qui estoit la plus

Affiégement

delavilledeNoyon

par le Roy.

Rendition

delavilledeNoyon

au Roy.

Angloix arrivés à Gifors.

FF. CVI" (verso}.

(i) Le 3i Juillet iSqi, par lettres, au camp devant Noyon, Henri IV concède au capitaine Gilles Le Vaillant les dîmes de Vaudencourt et de Délincourt, appartenant « au chapitre de Saint-Maclou » (sic) ( Saint - Mellon) de Pontoise. Les Le Vaillant étaient une des quatre familles dont les membres sont connus sous le nom de Gentilshommes Verriers.

(2) Cela devait paraître bien extraordinaire aux malheureux habitants de Gisors, qui avaient été jusque-là habitués à héberger des corps d'armée entiers ; et cela, gratis pro Deo!

(3) Potage, ici , doit être pris dans le sens ancien ; « Ce que l'on mettoit dans le pôt » — et principalement les légumes.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Entreprife en la ville d'Amyens.

Le chafteau

de Pierrefonds

inverti

par le Roy.

Angloix

aux faulxbourgs de

Cappeville de

Gisors.

Combats nocturnes sous Gisors

contre la garnison de Gournay.

grande defpence qu'ilz faisoient. Ils avoient esté envoiez au Roy avec autre grande quantité qui n'eftoient venus au dit Gifors ; mesmes quelques pièces de canon.

En ce mesme temps, aflavoir Saint-Jehan-de-Collace, voiage que l'on faisoit coustumièrement à Amyens, où estoit détenue Madame de Longueville , il estoit entré pendant le jour grand nombre des gens du Roy en la ditte ville en forme de paouvres manouvriers ou marchandz ; les uns faisant entrer vins , et au fond doubles d'iceulx panniers & autres formes de vaiffeaux, estoient des armes dedans ; si bien que le dit jour saint Jehan , quelques cinq centz hommes avec quelques habitans du lieu, voullans venir au deflus de leur entreprife pour ruer fur les autres habitans de la ville, et par ainfi, furprendre les portes d'icelle, et la rendre et mettre ès-mains du Roy, avoient esté defcouverts de telle façon , que l'on en avoit mis la plus grande partie au fil de Fefpée et les autres et leurs hoftes faiél mourir.

Après que le fîeur Comte d'Effex avoit esté salluer le Roy, qui estoit avec fon armée proche du chafteau de Pierrefonds, lequel il avoit investy & aflailly, et contre icelluy faid tirer grande quantité de coups de canon , jusques à ixc ou mil coups. Enfin , la place estant très forte , le Roy & fon armée l'avoient quiélé ; il estoit mort devant le dit chafteau un grand nombre de cappitaines & foldatz de l'armée royalle ; icelluy Comte d'EiTex s'en estoit revenu à Gifors, le Vendredy au foir, vi^ de Septembre ; et le lendemain s'en estoit allé avec fes troupes, dès le matin, par Andely & autres lieux, ayant laifle aux faulxbourgs de la porte de Cappeville de Gifors quelque huidl-vingtz ou deux centz Angloix de pied , qui n'avoient peu fuivre le dit Conte et fes gens ; lesquelz Angloix de pied esftoient revenus le même jour de Vendredy au foir, avec le Conte, de l'armée du Roy, la plus grande partie d'iceux estans mallades ; lesquelz, durant le temps qu'ilz avoient esté au faulxbourg de Cappeville , avoient eu plufieurs allarmes , tant de nuid que de jour, par la garnifon de Gournay, et autres lieux s'eftans vaillamment desfendus à rencontre de la ditte garnifon, et seullement en une nuict qu'ils avoient esté affaillis furieufement. Toutesfois, ils avoient, au moyen de leurs piques, mousquetz, arquebouzes, repoulfé la garnifon de Gournay. Journellement, les dits Angloix alloient par bandes voiler & piller les villages d' allentour cette ville de

Gisors ; & lesquelz Angloix ne s'en feroient allez de ces faulxbourgs jufques à la départie du fieur Mareschal de Biron , qui estoit venu en cette ville de Gifors , le Jeudi xix^ du dit mois de Septembre, avec quelques cinq centz Suifles. Ils s'estoient logez aux faulxbourgs de la porte de Paris, & quelques compagnies françoises des gardes du Roy aux faulxbourgs de la porte de Neaufle de Gifors, avec quelques Seigneurs et Gentilzhommes , et plufîeurs vivandières , tailleurs d'habillemens , et autres : le reste de l'armée du fieur de Biron, avec l'artillerie, eftoient allez à Seriffontaines , Neufmarché & autres lieux proches de }a ville de Gournay, pour l'inveftir et la bloquer, (i)

Le dit jour, au foir, estoit arrivé à Gifors deux cens pionniers, qui venoient de la ville de Caen ; ils s'en estoient allez avec les Suifles & foldatz qui estoient logez aux faulxbourgs de Gifors avec le fieur de Biron, le Lundy xxiii* du mois de Septembre, au dit lieu de Neufmarché, Seriffbntaine , et autres endroiélz, proches du dit Gournay.

Le foir du Dimanche précédent, sur les neuf heures, le feu avoit esté mis au bout des faulxbourgs de la porte de Neaufle de Gifors par un des garçons des foldatz des gardes du Roy qui y estoient logez , feu qui avoit bruUé les maisons depuis le Derrenier, puis du cofté d'icelluy, jufques aux Vignes, estans au bout du di(5l faulxbourg du cofté dit Perellot (2), sans que les habitans du diél Gifors y euflent sceu donner aucun remedde, pour l'empeschement qui leur avoit esté donné à la fortie de la porte de Neaufle du did Gifors par les foldatz qui faisoient la garde aux dits faulxbourgs.

Les habitans s'estans mis en armes, d'autant que l'on avoit par femblable crié à l'arme , penfant que ce feuffent les ennemis qui vouluflent furprendre la ville, c'est pourquoi y avoit eu grand

Venue du fieur

Maréchal de Biron

à Gifors.

Grand feu mis aux

faulxbourgs de

la porte de NeauHe

de Gifors.

Les habitans de Gifors en armes.

(i) Nous ferons remarquer que, dans les mouvements de l'armée royale, trèsnettement expliqués par le Bourgeois de Gisors, il n'est nullement question que cette armée, tournant Chars, et passant par Puiseux, Boissy-l'Aillerie, Montgeroult, etc., soit venue s'emparer de Cormeilles-en-'Vexin, où l'on a prétendu que k Roi avait pendant quelque temps séjourné, en août-septembre iSgi ; les troupes royales auraient, ajoutait-on, réuni dans les champs tant de bestiaux, amenés de Chaumont, Hénonville, etc., que le chemin de Grisy en porterait encore le nom de Chemin des Bœufs. (Mss. de N. Vouland) (?) — M. Le Charpentier, dans des Recherches sur l'itinéraire de Henri IV dans le Vexin {Echo Pontoisien ; 1876) , a démontré l'inexactitude de ces allégations.

(2) Preslay ; actuellement dépendance de l'usine de Gisors.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Le feu

mis à Eragny.

Désolation du pays

Siège & rendition

de Gournay au

Roy.

FF.CXUI'IRectol.

Grande sécheresse

tumulte : le feu brullant tous] ours jusques au lendemain au matin.

Comme par femblable, à l'heure mesme, et le long de la nuiél, le feu avoit bruUé à quelques maisons du village d'Éragny (i), où il avoit esté mis par quelques foldatz y estans ; de forte que tout ejloit en perdition de tout cojîe^, & les biens à l'abandon & ravage des foldat:^ et volleurs.

Le païs estoit bien renversé , désoUé ; les Suiffes & autres foldatz allans à la meffe , et les Angloix n'en voullant ouyr parler aucunement, mengeans chair tant au Vendredy qu'au Samedy, sans aucune distinélion , arrachans et delTemblans les maisons pour faire feu, à caufe des nuidz qui eftoient jà froides; n'en ofans les habitans aucunement parler, de peur de plus grand inconvénient et ruyne de la ville.

e faid, l'armée du dit lîeur de Biron ayant esté quelques journées ou deux proche du dit Gournay, estoit

^^^ décampée & revillée, ou ayant pris trois à quatre mil Angloix qui estoient attendant dans la ville d'Arqués, la ditte armée estoit revenue devant Gournay avec l'artillerie ; lequel ils avoient bloqué et afliégé dès le Samedy enfuivant, vingt-huid de Septembre , au dit an mil vc mixx unze. Aucune des vivandières venoit dès le dit jour, et autres enfuivants, quérir des vivres en cette ville de Gifors, et les marchands de ces vivres et munitions faisoient moudre aux mouUins de Gifors les bledz qu'ils avoient affemblez de tous les villages circonvoifins de cette ville, qu'ils avoient taxez, mesme la dite ville, de quoy ils avoient faiél faire du pain en grand nombre, qui avoit esté porté journellement en l'armée.

Lors et pendant lequel alTiégement , voire il y avoit un mois ou six semaines qu'il n'avoit plu ; c'est pourquoy dans les foflez de Gournay, qui couftumièrement estoient plains d'eau, il n'y en avoit encores , à caufe de la grande féchereife qu'il faisoit ; ny ayans pas beaucoup d'eaue non plus dans les rivières , de forte que le dit Gournay estoit bien aisé à escallader, ou autrement prendre au jugement des perfonnes ; auffi que les Angloix estans en l'armée avoient grand défir de prendre et entrer en la

(i) On sait qu'Éragny-sur-Epte eut encore un certain nombre de maisons brûlées par les armées allemandes, en octobre 1870.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

ville; à caufe, comme devant est dit, que les foldatz du lieu estoient venus aflaillir les Angloix qui estoient logez aux faulxbourgs de la porte de Cappeville ès-jours pre'cédents.

Ils en avoient tué & blefle aucuns, tant aux dits faulxbourgs qu'à la rencontre qu'ilz avoient faide fur les chemins, lors que les Angloix alloient aux villages d'allentour ; mais il estoit advenu que, dès le lendemain, jour de Dimanche au foir, le temps s'estoit changé et avoit commencé à pleuvoir, ce qui avoit journellement continué ; tellement, que les foflez de Gournay avoient esté tofl emplis ; comme par femblable , les prairies et marres d'allentour la ville s'estoient amollies & trempées de façon que tout y estoit en fange.

Ne voulloit le fieur de La Fallaize, gouverneur de la ville, ny ses compagnons, se rendre, ny la ville pareillement qu'il tenoit ; il y avoit esté mis par Monfeigneur du Mayne, lorsqu'il l'avoit réduide à son obéiflance. Le fieur de Biron avoit faict faire un quevallier (i) afin d'y poser de l'artillerie pour battre la ditte ville en ruyne , ce qui avoit esté de longue façon , fi bien qu'encore qu'ilz euflent faict foflez et baricades , ceulx de la ville avoient , du chafleau qui découvroit alentour, tiré plufieurs coups d'une petite pièce de canon qu'ilz avoient ; et par ce moien , ils en avoient faict mourir beaucoup de la ditte armée.

Mais toutefois, le fieur de Biron, ayant quidé à parachever le quevallier (2) , ou baftion, avoit, le Dimanche vi^ jour d'Octobre mil vc iiiixx XI , faid tirer neuf pièces d'artillerie : afîavoir, fix de la France & trois des Angloix, jufques au nombre de quatrevingtz coups, ou cent, dès six heures du matin. Et sur quelque bresche faicte à la muraille , le fieur de Fallaize & ses foldatz , mesmes les habitans de la ville, sans autrement se mettre en debvoir de souflenir l'aflault ; ceux qui se disoient très-forts, qui avoient pris toutes les tailles des villages d'allentour, jusques à Bezu-le-Long et autres lieux ; pillé et ravagé journellement jusques aux portes de Gifors (de quoy, il^ avoient emply leurs

(i) Quevallier, cavalier; terme de fortification, en usage dans l'ancien français

comme de nos jours : « Us érigeoj'ent cavaliers ressapoyent contrescarpes »

(Rabelais ; Pantagr. III.)

(2) « Le cavalier fut élevé dans un herbage, appelé la briqueterie, appar- » tenant au fieur Cordier ; la principale bresche fut /aide à la tour du Colnet, » & la tranchée du fojfé pour aller à l'ajfault est encore à sec ; un boulet porta » dans le clocher de Nofire-Dame, £■ un autre ruina une voûte de cette église. » (Note en marge sur le manuscrit original ; attribuée à M. Berée.)

Pluies abondantes

Construction d'un cavalier.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Conditions

de la capitulation.

René du Bec, sieur

de Vardes,

gouverneur de

Gournay.

Pendaison

de scientifique

personne

Charles Broussin,

se disant abbé de Bellosanne

bourses soub^ le manteau d'Unyon, ou de Ligue pour la Foy Catholique), s'efloient tous rendus à la discrétion du dit fieur de Biron.

Quoy faisant , les foldatz du fieur de la Fallaize eftoient fortis sans armes, les uns despouille:{ & deschaujfe:^, les autres battus, & s'en estoient allez de telle façon à Beauvais ; le fieur de la Fallaize , ses filz , et ceulx qui commandoient dedans la ville , furent pris prifonniers. Et par après, le fieur de la Fallaize avoit appoinélé pour luy et ses filz par dix mil escus, et les autres prifonniers , par femblable , payé rençon , qu'ils avoient facillement payés de leur bourfe bien garnye (laquelle ils avoient, les jours précédentz, faid porter à Beauvais). Et ainsy, le dit Gournay avoit esté réduiél à l'obéiflance du Roy ; il y avoit esté laiflé pour gouverneur le fieur de Vardes, avec quelques foldatz françois, sans que l'on eufl: autrement faid tort aux habitans du dit lieu ; lequel avoit esté caufe de la perdition et ruyne de ses quartiers pour le ravage que les foldatz de l'armée du fieur de Biron avoient faid et exercé, comme estant le tout à l'abandon et pillage d'iceux.

A l'entrée duquel Gournay, avoit esté pris un Cordelier prisonnier, qui estoit dans le dit Gournay, preschant journellement et difant plufieurs parolles du Roy & des fiens ; ce qui avoit esté rapporté au fieur de Biron : c'est pourquoy, à l'entrée de la ville, comme dit est, ce Cordelier avoit esté pris et faift mourir, (i)

Ce faiél , le foir du Lundy enfuivant , estoit arrivé à Gifors le fieur de Quitry-Bertichères, avec quelques foldatz à cheval et autres qui s'estoient logez au Bois - Gilloul ; il estoit venu de l'armée du Roy, qui estoit en la Champagne, affin d'advertir le fieur de Biron & fon armée , enfemble les garnifons d'allentour.

(i) « Ce n'eftoit pas un Cordelier que ce prefcheur infolent: c'eftoit un Jaco- » bin nommé le Père Broujfin, il fortit déguisé en foldat, avec le fieur de la » Falaise, et avoit pris le nom de La Verdure. On le fit reconnaifire au Maré- » chai de Biron qui venait défiler ses troupes; il commanda qu'on l'arrefiat, et

» comme on lui diét que c'cftoit violer la convention

» cureté aux troupes, dont efioit le fieur de La Verdure; ce Maréchal qui

» souvent respondit : « Je ne demande rien aii fieur de La Verdure ; mais si je » trouve au dit lieu le Père Brouffin, ce mauvais ferviteur dtc Roy, il fiera » pendu. » // le fut une heure après^ non sans peine, car il s'cfioitfort montré.. »

Cette note se trouve en marge, et s'étend au bas du texte, sur le manuscrit ; les points représentent les parties, ou fragments, des phrases qui ont été rognées et coupées lorsqu'on a re/î'é les cahiers du mss. Nous attribuons cette annotation, comme la précédente, reproduite d'après le texte original, à M. Berée, président de l'Election de Gisors, et l'un des premiers propriétaires du manuscrit.

d'aller trouver le Roy et fon armée, pour donner une bataille au diél païs de Champagne, où l'on difoit le fieur du Mayne, le prince de Parme & leurs armées, avec eulx joinctz grand nombre d'Istalliens et de Romains, vouUoient donner bataille.

Comme par femblable, le Vendredy enfuivant, estoit arrivé et pafle par cette ville de Gifors le Baron de Tourcy (?), avec grande compagnie de gens à cheval , qui venoient de devers Chartres & autres lieux, et alloient, par femblable, trouver le Roy, mesme le fieur de Biron et fon armée, qui, de la ville de Gournay, s'estoit acheminée pour aller trouver le dit Seigneur Roy. Toutefois, s'estoit arrefté et avoit féjourné au Neufchastel (i) d'allentour d'illecq quelque temps. Pendant lequel & précédent icelluy, il s'eftoit donné quelque charge en une rencontre du party contraire à l'autre ; en laquelle , le fieur des Deux-Pontz avoit esté tué, et autres fort bleffez et tuez à la place; et au lieu d'aller par le dit fieur de Biron trouver le Roy, à ce que l'on difoit, il s'en estoit allé avec fon armée du cofté de Dieppe ; & de là , s'estoit acheminé proche de la ville de Rouen , pour la furprendre fur la vendition d'icelle , qui avoit esté faiéle au dit fieur par un des cappitaines de la ville de Rouen.

Ce qui ayant esté découvert par les habitans de la ditte ville, le Mercredy xvi<5 d'Octobre, au dit an mil vc mixx xi, ils s'efloient donnez fur leurs gardes, et avoient pris prifonnier le dit cappitaine ; et mesmes les deniers de la vendition qui eftoient arrivez le même jour à la porte de la ville.

Ce faiél, le fieur de Biron, fâchant que l'entreprife estoit descouverte , s'estoit retiré proche du chafteau de Blainville , à trois ou quatre lieues de Rouen , appartenant au fieur d'AUaigre , qui avoit esté pris par le fieur de Tavannes , pour la Ligue ; lequel chafteau il avoit affailly, et contre icelluy faid tirer deux cents coups de canon ou environ. Enfin, après bresche faide, les foldatz de dedans, jusques à feize seuUement, ayant souftenu quelque aflault , le chafteau avoit esté pris par force ; et les dits foldatz qui ne s'estoient vouUus rendre par amitié ny autrement, après avoir mis le feu aux logis du dit chafteau, avoient esté taillez en pièces.

Entreprife du fleur Maréchal

de Biron en la ville de Rouen

Chafteau deBlainvilleaffailly

et pris par force

par le dit fieur de

Biron.

(i) Neufchatel~en-Bray, sous-préfecture de la Seine-Inférieure.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Garnison de Pontoize ayant,

de nui£l, voilé et ravagé le faulbourg

de la porte de Paris de Gisors.

la fin du mois d'Oélobre, eftoient arrivez à Gifors MM. Sublet (i) & Forget, accompagnez de quarante ou cinquante reystres qui venoient du cofté de Mantes, penfant trouver le Roy en ses quartiers ; ils s'en estoient retournez devers Senlis.

La nuid enfuivante de leur de'partie, arrivèrent cinquante ou soixante chevaliers (2) de la garnison de Ponthoise aux faulxbourgs de la porte de Paris de Gifors ; ils avoient entouré le didl faulxbourg, les portes duquel eftoient fermez, & penfant que les reystres estant avec les fieurs Sublet et Forget, qui y avoient couché la nuiél précédente, y feuffent encores, quelques uns de ces chevalliers avoient mis pied à terre et paffé par la porte du ' faulxbourg ; où estant, avec l'aide de quelqu'un qui sçavoit les chemins & congnoiflbit les habitans du faulxbourg, ils avoient burqué (heurté) à l'huis de celuy qui avoit les clefz de la porte ; celui-ci ayant demandé qui estoit là, les chevalliers avoient fait responcc : « que c'ejîoit le Jieur de Charmont qui voulloit loger » au faulxbourg, & qu'il eujl à ouvrir hajlivement ; autremetît, » qu'il^ effondroient fon huis, & le tueroient. »

Quoy ayant ouy, le dit portier, craignant la fureur des deflus diélz, penfant que ce feust le fieur de Chermont du parti du Roy, avoit ouvert fon huis ; & tout à l'inftant, il avoit esté saisy et lié ; et on lui avoit pris les clefz de la porte qu'il tenoit en ses mains, en jurant que s'il disoit un seul mot, ils le tueroient. Ce fai<5l, ayant par eulx ouvert la porte, ils feroient tous entrez dans les faulxbourgs, et un chacun d'eulx ayans mis pied à terre, ils avoient buqué aux huis de ceulx du dit faulxbourg ; et iceux effondrez, pris & liez les perfonnes qu'ilz pouvoient prendre, tellement qu'ilz avoient pillé et emporté tout ce qu'ilz avoient trouvé dans les maisons ; pris hommes & chevaulx qu'ilz avoient conduictz et menez jusques au dit Pantoise.

Sur ce que ceulx de la garde de la ville avoient crié à haute voix : Qui va là ? Les foldatz avoient dit « que c'ejîoit le fieur de » Chermont qui voulloit loger aux faulxbourgs. » Pour raison de quoy, la ditte garde n'avoit plus rien dit ; finon aprèz, qu'aucuns de ceulx des faulxbourgs avoient dict que l'on les pilloit et

(1) Sublet était seigneur de Noyers, village du canton de Gisors.

(2) Chevaliers, lisez : cavaliers ; notre auteur emploie souvent ce mot.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

ravageoit, cryans : à l'aide ! Ceulx de la garde avoient tire' quelques coups de harquebouze , et sur ce , cryé : à l'arme !

Lors, les habitans de Gifors avoient pris leurs armes et elloient fortis aux dits faulxbourgs, après avoir faict ouverture de la porte ; mais les habitans y avoient esté trop tard, pour ce que les foldatz estoient jà partis, avec quantité' de chevaulx et d'hommes du faulxbourg qu'ilz avoient emmenez.

Comme par femblable, le Vendredy huiéliesme jour de Novembre, au dit an, eftoient arrivez à Gifors Monfeigneur le Duc de Montpensier et Monfeigneur le Comte de Saint-Pol, avec quatre à cinq centz chevalliers; ils avoient logé au dict Gifors, et faulxbourg de Paris.

Le lendemain matin, ils s'en eftoient allez ; le Conte de Saint- Pol estoit demeuré à Gifors, et il y avoit resté jusques à la fin du mois.

Le Jeudy enfuivant eftoit, par femblable, venu à Gifors M. le Conte de Soiffons, qui y avoit seullement disné, avec quelques cinquante chevalliers , le refte de ses compagnies estans demeurez à Magny ès-environs, ruynans tout ce qu'il^ trouvaient.

Le lundy précédent, unziesme jour du dit mois de Novembre iSgi, le fieur Maréchal de Biron & fon armée avoient approché des faulxbourgs de la ville de Rouen pour l'inveftir ; pour raison de quoy, il estoit forty une grande compaignie de foldatz de la ditte ville , tant de pied que de cheval ; ils avoient tellement combatu, qu'il en estoit demeuré à la place, 'de cofté et d'autre, plus de cinq centz hommes. Toutefois, depuis ce temps, la ville de Rouen avoit esté bloquée et invertie , et on avoit faict aproches contre icelle ; le mont de S^e-Catherine tiroit journellement ; et on faisoit forties , ceulx de la ville et du mont S^e-Catherine , fur ceulx de l'armée du Roy ; lequel y estoit arrivé , & le rerte de son armée, à la fin du mois de Novembre (i). Comme par femblable, le dit fieur Comte de Saint-Pol y estoit allé.

Auquel temps, Monfeigneur le Duc du Mayne, avec cinq à six centz chevalliers , estoit arrivé en la ville de Paris : il y avoit esté jusques à la my-décembre , et s'en estoit retourné recevoir le prince de Palme, et grande armée, entrant dans le pais.

Habitants

de Gisors emmenés

prisonniers à

Pantoise.

Meffleurs les Duc de Montpenfier

& Conte de St-Pol arrivez à Gifors.

Laville de Rouen

bloquée et investie

par l'armée du

Roy.

(i) Le 26 novembre iSgi, Henri IV écrit au duc de Nevers qu'il a donné l'ordre « de/aire porter une certaine quantité de sel à Gournay; il désire qu'il lui en >) soit rendu compte. »

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

i5gi

Venue & arrivée du Roy à Gifors.

Le fleur

de Flavacourt,

bailly et cappitaine

de la ville et

chafteau de Gifors,

dépposé par le

Roy.

Le fleur

Conte de Saint-Pol ,

fleur Dallaigre

&autres,

posez gouverneurs

en la ville et chafteau de Gisors.

En laquelle ville de Paris, l'on avoit faid mourir Monfeigneur le Préfîdent Briflbn & autres braves & Jçavans perfonnages, pour ce que l'on avoit defcouvert quelque trahi/on. (i)

e Vendredy, vingtiesme jour du mois de Décembre, au dit an, veille Saint Thomas, le Roy elloit arrivé à Gifors, à deux heures de rellevée, avec grande quantité de chevalliers, accompagné de Monfeigneur le Conte de Saint- Pol, le fieur de Givry, & plufieurs autres grandz feigneurs & foldatz.

Ayant logé dans le bourg de Gisors , & aux faulxbourgs , une heure ou deux aprèz la venue du Roy, il eftoit entré au chafteau de Gifors, avec luy, le fire de Flavacourt, bailly et cappitaine de la ville et chafteau du dit lieu, & autre grand nombre de feigneurs et foldatz ayans leurs armes. Où eftant, et ayant veu les fortifications du lieu , il avoit faiél sortir les foldatz du fieur de Flavacourt qui y eftoient, tous, chacun la harquebouze en main , & la mefche allumée ; et en lieux d'iceux il y en avoit posé d'autres ; et pour chefz et gouverneurs , le fieur Conte de Saint-Pol , & les fleurs de Buhy, d'AIlaigre , de Chermont , avec leurs compagnies ; & aux faulx {sic) de la porte de Paris, le cappitaine Angevyn et sa compaignie.

Ayant diél au fleur de Flavacourt, qu'il le récompenseroit en autres choses, & que trois mois après, il le remettroit et poseroit en fon gouvernement du chafteau ; lesquels gouverneurs et garnifons , le Roy avoit laifTé et posé au dit Gifors ; d'autant qu'il avoit entendu que le fleur du Mayne, & Prince de Parme & leurs armées, venoient par deçà, luy ayant efté rapporté : « Que » aucuns foldats du fieur de Montagny, frère du fieur de Fla- » vacourt, pour la Ligue, venoient, & efioient venus, jusques aux » portes de la ville, sans aucun contredit. » Et aufli : « Qu'il » avoit entendu par quelques uns , que ayant efié pris par quel- » ques foldat^ (ceux) qui volloient journellement jusques aux » faulxbourgs du dit Gifors, le fieur de Flavacourt les avoit » laifie:{ fortir, & donné le congé. »

Le Roy s'en eftoit retourné le Dimanche enfuivant vers

(i) L'exécution de Brisson, de Choulier et de Tardif avait eu Heu le i6 novembre ; notre chroniqueur se fait l'écho de ce qu'il avoit entendu dire sur la prétendue cause de ces assassinats politiques.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

Hiliers (i), après midy, xxiie du mois de Décembre, au dit an (2); il avoit efté coucher à Gournay, avec ses troupes, lefquelles, ou partie d'icelles, il avoit laifle à Gournay, avec le fieur de Vardes, pour empefcher de ce cofte' , le paflage de l'arme'e du fieur du Mayne ; tellement que le fieur de Flavacourt avoit efté en grande faf chérie, hors du dit chafteau (3).

Comme par femblable , les habitans de Gifors avoient efté en grande perturbation de leurs biens & moiens pour la nourriture des garnirons, craignans journellement la venue de l'armée du fieur du Mayne.

Le foir de la venue de laquelle garnifon à Gifors, le feu avoit pris en un corps de logis, appartenant à Jehan le Fèvre Foullon, aflis à la rue de Paris, derrière le corps de logis de devant ; & par après, en une grange toute proche, appartenant à Jehan PoUot, plaine de blé à battre, & à plufieurs autres petites eftables, de façon que le feu avoit efté si grand, que l'on pensoit que toute la rue deuft eftre brullée ; ce qui avoit cefTé la nuid mesme à l'aide de tous les habitans qui y avoient travaillé en grande dilligence.

(i) C'est probablement de Thilliers-en-Vexin (canton d'Etrépagny) qu'il s'agit. Il n'existe dans l'Eure d'autre pays de ce nom que Illiers-l'Evêque (arrondissement d'Evreux, canton de Nonancourt), auquel ne peut se rapporter le passage ci-dessus.

(2) Le 19 décembre (iSqi), le Roi écrit, d'Etrépagny, au duc de Nevers: « Il me » semble que de votre part vous devez incontinent vous loger entre Neufchatel et » Gournay, tirant vers Granvillers et Formerie, pour manger (sic) le pays de mes » ennemys , lesquels s'approclians, vous pourrez vous retirer, à la faveur de l'une 11 des dites villes ; et j'iray à vous avec toute ma cavallerie françoise ; si nos ennemis » s'avancent, vous pouvez venir devers Gisors, suivant ce que je vous ay escript » cy devant. » (Correspondance de Henri IV).

(3) Le sieur de Flavacourt ne se tint pas pour battu; il plaida pour rentrer dans sa place ; l'instance dura des années, et importuna le Roi à un tel point, que, dans une lettre (sans date, mais qu'on suppose être de 1602), Henri IV écrivit, de Verneuil, à M. de Bellièvre, chancelier de France, la lettre suivante, qui complète le récit de ces démêlés assez curieux, et indique quelle fut la suite de cette aft'aire :

(I Mons"" le Chancelier, sur la plainte que le lieur de Hédouville que j'avois cy » devant, et pendant les derniers troubles, mis dans le chafteau de Gisors pour y » commander pour mon fervice, me fait : que, depuis peu, le fieur de Flavacourt, » ayant obtenu arrêt de mon Conseil par lequel il est ordonné : qu'il sera remis » audiél chafteau pour y commander, comme il faisoit auparavant que j'euffe » mis dans iceluy le fieur de Hédouville, il auroit exécuté son arreft de force, » chose de mauvaise conséquence ; & oultre ce, qu'il a été condamné en 5oo escus » de despens envers le diit Flavacourt ; je vous ay bien voulu faire ce mot, pour » vous prier de faire rendre bonne et briefve justice au did Hédouville, fur ce que, » par force, le fieur de Flavacourt s'est remis dans le didt chafteau de Gisors. Et » par même moïen, d'aviser à la ditle condamnation de despens ; et de mettre fin » à cefte affaire, de sorte que je n'en aye plus aucune plainte. Et sur ce, je prie » Dieu qu'il vous ayt, M. le Chancelier, en sa saincte & digne garde. Ce 8<= Septem- » bre, à Verneuil ; Sipié : Henry. »

(L'original autographe de cette lettre est conservé à la Bibliothèque Impériale de St-Pétersbourgl. Ce document est très-intéressant pour l'histoire de Gisors.

Feu à Gifors

et les habitans en

grand travail &

perplexité.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

FF. cxxvii'' iRecto).

Le Roy venu à Gifors.

Armée du Roy

devant la ville de

Rouen.

e xie jour de Janvier mil vc uiixx douze, le Roy efloit venu au did Gifors (i) ; pour raifon de quoy, les garnirons de la ville eftoient parties, comme les fieurs de Bohion, de Chermont & autres, aux logis defquels s'eftoient logez ceux qui eftoient venus avec le Roy; la plus grande partie des habitans de Gifors avoient faiél sortir leurs meubles préce'dent le dit jour; & iceux faidz porter à Dangu, Hallaincourt, Neaufle & autres endroidz, de peur de l'ennemy du parti contraire (sic), que l'on difoit être proche de Beauvais. Les habitans de Gisors avoient efté tellement de'confortez & defcouragez, joindz les charges et oppreffions que leur faifoit le fieur Marquis d'AUaigre, gouverneur de la ville & chafteau , qu'ils penfoient avoir tout perdu ; le peuple eftoit tellement épouvanté de tous coftés, que l'on pouvait préfager une totalle perte & ruyne de tout le monde. Le Roy, ayant logé à fon logis couftumyer, avoit laifFé son armée de gens de pied, avec le fieur Maréchal de Biron , devant la ville de Rouen commandée par le fieur de Villars ; en laquelle ils eftoient tous les jours à la guerre, à caufe des forties qu'ils faisoient tantoft ; le vieil fort de la ville avoit efté gaigné par le Roy, tout auffi toft repris par ceulx de la ville, en grand nombre, jusques à quinze ou vingt mil hommes portans armes, le tout

(i) Ce séjour du Roi à Gisors, en Janvier 1592, mérite une attention particulière; les événements militaires présentent à ce moment une certaine gravité. Le 3 Janvier, le Roi écrit à M. du Plessis (Mornay) : il est incertain de la route que suivront les Ligueurs pour attaquer le PoUet, soit par Abbeville, soit par Beauvais; de ce côté, lui dit-il (Gisors), « je pourray leur donner plus d'empeschement par le moyen )i des villes de Gisors, Gournay et aultres que je tiens, et de l'avantage qui se peut » prendre pour detïendre le paffage des rivières et des forêts qui y sont... depuis » l'ordre que j'ay mis audid Gisors.... etc. »

Ce qui vient encore confirmer l'exactitude des faits allégués par le Journal du Bourgeois de Gisors, c'est une autre lettre du Roi, datée de Rouen du 9 Janvier et adressée au duc de Nevers. Les Ligueurs sont alors près de Beauvais. Henri IV s'exprime ainsi :

« Je suis résolu d'aller demain à Gifors (10 Janvier) pour y affembler mes forces, » ET Y DRESSER LA TESTE DE MON ARMEE.... Je désirerais infiniment que votre santé » vous pût permettre de venir audit Gifors.... pour avoir votre avis aux occafions » qui se pré/enteront journellement. »

Le i5 janvier, le Roi écrit de Gisors au même duc de Nevers pour lui donner des nouvelles du siège. Il lui annonce que le jour même, i5, Laverdin passe à Vernon avec ses troupes. « Je vais ce soir loger à Gournay » , où il attend le duc. (Original : Bibl. Nationale, fonds Béthune.l

La capitale du Vexin Normand est encore considérée ici par le Roi comme un point stratégique important ; il en fait le lieu de réunion de ses armées, contre les forces des ducs de Mayenne et de Parme ; les détails, précis et quelquefois minutieux, donnés par notre chroniqueur, sur ces événements, sont donc confirmés et corroborés par des documents officiels, ce qui donne à ce manuscrit un caractère indéniable d'authenticité, et un grand intérêt historique.

avec grande éfufion de sang; d'autant que journellement, &'le plus fouvent, ceulx de la ville et du Mont Sainte-Catherine, tiroient & faisoient jouer le canon ; le fieur de Biron avoit esté blelTé par la main d'un coup de mousquet ou harquebouze. Lors de l'arrivée du Roy, le did jour de Samedy, à Gifors, eftoient partis de la ditte ville trente pionniers qui avoient esté faidz, & habillez de bure ; ils avoient esté conduictz devant la ville de Rouen ; le Roy avoit feullement admené avec luy quelque nombre de chevalliers, grand nombre de reystres, et plufieurs autres compagnies, estant de tous coftez pour garder les paflages au party contraire ; fi bien , que aprez la départie du Roy, il estoit pafle journellement par cette ville de Gifors & autres endroicflz grande quantité de foldatz à cheval, avec plufieurs feigneurs.

Comme par femblable, Monfeigneur le Duc de Nevers (i),qui s'en estoit allé avec grand nombre de gens devers Mantes et èsenvirons ; et estoit revenu par la ville de Gifors, en laquelle il n'avoit logé ; ains pafle outre et allé droict à Thurgeville, et ses compagnies en grande multitude ès-villages d'allentour. Le lendemain , eftoit allé trouver le Roy et son armée à Gournay et ès-environs, tirans du coflé du Grand-Champ, au lieu nommé la Haulte-Espine, où l'on difoit illecq avoir esté recongnu le champ de bataille ; estant demeuré seullement en cette ville , après la départie de Monfeigneur le Conte de Saint-Pol et de plufieurs autres, le fieur Dallaigre, commandeur en la ville & chafteau de Gifors, avec quatrevingtz ou cent foldatz au dict chafteau et en la ville.

Madame la Duchefle de Longueville fortit avec ses filles et ses gens de la ville d'Amyens où elle avoit esté en grand tourment détenue, depuis et devant la mort des fieurs de Guyfe, jusques au Mercredy cinquiesme jour de Février (2) mil v^ iiiixx douze, qu'elle eftoit avec ses filles revenue à/on chajîeau de Trye (3), où bonne partie des habitans du did Gifors eftoient allez la vcoir

Sortie d'Amyens

par

M"» la duchesse

de Longueville et

ses filles.

(i) L" de Gonzague, duc de Nevers, auteur des Mémoires qui portent ce nom.

(2) Le 7 février, le Roi fut légèrement blessé dans un combat.

(3) Ce château, ou plutôt cette forteresse, de Trie a subi, avec les siècles, de nombreuses modifications. Adrienne d'Estouteville en fit, vers l'an i52o, une résidence de plaisance, rendant désormais impossible la défense de cette place. L'enceinte qui entourait le bourg ne fut plus entretenue et tomba vite en ruine. Le château proprement dit était composé de trois tours principales, reliées entre elles par des corps de logis ; une de ces tours subsiste encore entièrement ; des autres, il ne reste que les caves et la hauteur d'un étage en ruines. La porte d'entrée était défendue par deux autres tours plus petites que les précédentes. Ce château fut

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Prife de Neufchatel

par le Prince de Palme.

Soldatz entrez dans

Rouen pour fon fecours.

Sortie

des garnisons et

foldatzde lavillede

Rouen, et de l'armée du Roy.

et saluer ; laquelle fortie avoit esté faicte, fors à ce que l'on difoit, par Monfeigneur du Mayne & le fîeur de Guyfe ; néantmoins que les foldatz et habitans de la ville d'Amyens n'en feuflent pas beaucoup contents, et ce, au moien de foixante-quin:{e mil efcus que la dite dame avoit paiez de rançon.

Le Roy & son armée avoit tousjours esté en tous ses quartiers, comme à Neufchatel, Aumalle, Blangy, Œu, Gamaches et autres lieux; laquelle ville de Neufchatel, le prince de Palme, et son armée , avoit prife par force d'armes , encores que le Roy en fût affez proche. Icelluy prince de Palme et son armée, jusques à vingt-cinq mil hommes et plus, à ce que l'on disoit, alloit et venoit pour venir donner fecours à la ville de Rouen , et faire lever le fiége estant devant icelle ; encores que le Roy feust èslieux deffus dits et mentionnez, attendant journellement le combat ; ce que le dit prince de Palme , le fieur du Mayne , et leurs armées, n'avoient vouUu faire ny accorder, ains tousjours paffé outre, sans aucun contredit et empeschement (ou bien peu) ; s'eflans seulement quelques journez escarmouchez à quelques rencontres que faisoient les deux armées ; n'eftans tous les jours qu'à deux ou trois lieues l'un de l'autre.

Lors desquelz combatz, ou pendant ce temps, feroient entrez dans la ville de Rouen quatre ou cinq centz foldatz pour le fecours et rafreschilTement de ceulx qui efloient dans icelle, ayans par plufieurs journées faid desforties sur les gens du Roy, eflans devant la ville, et conduiélz par les fieurs Maréchal et Baron de Biron, tellement qu'ilz en avoient desfaict beaucoup. Et spéciallement, le Mercredy, quatriesme jour de mars, au dit an mil vc iiiixx douze , ilz avoient faift une fortie dès le matin , de telle furie, qu'ilz avoient tuez tous ceulx qui efloient aux tranchées, & ceulx qu'ilz rencontroient, ayans pris deux ou trois pièces d'artillerie, qu'ilz avoient conduises dans la ville, et encloué ; et faict cheoir dans les dittes tranchées deux ou trois autres pièces ; mesmes ils avoient mis le feu aux pouldres qui eftoient illecq, avec feu d'artifice, qu'ilz avoient porté et jette ; y ayant eu en ce jour la grande éfufion de sang jusques à huid ou neuf centz personnes de tuez de cofté et d'autre.

détruit en 1796, moins la tour dont nous venons de parler ; elle fut habitée par J.-J. Rousseau.

{Histoire [manuscrite] de Trie-Château , par Alfred Fitan.)

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

uelque temps après (comme à la my-mars), l'armée du Prince de Palme , eftant tout proche de Gournay et èsenvirons, s'efloit retire'e devers la ville d'Amyens et autres lieux ; et spéciallement ils estoient allez devant la ville de Rue pour l'avoir & la mettre en leur obéiffance , d'autant qu'elle estoit caufe d'empescher les vivres ; joindlz qu'ils attendoient encores d'autre fecours de l'Evesque de Lie'ge, qui admenoit de grandes troupes, jusques à huiél ou dix mil hommes (comme sera dict cy après). Et le Roy et son armée estoit retourné à Dernetail, et au fiége de la ville de Rouen, où l'on s'escarmouchoit fort fouvent, à caufe des forties que faisoient ceulx de la ville.

Ayant, le Roy, renvoie la plus grande partie des Seigneurs avec leurs compagnies se rafraifchir en leurs logis. Le Dimanche, cinquiesme jour d'Avril, au dit an mil vciiiux douze, le dit Roy eftoit pafle par cette ville de Gifors , dès huict heures du matin , avec cent ou fix vingt chevalliers ; et il estoit allé à Trye (i) sans s'arrefler à Gifors ; il avoit trouvé (à Trye) Madame de Longueville, Monfeigneur le Conte de Saint-Pol & ses sœurs ; et après avoir disné , ils avoient couru la bague (2) en la compaignie des fleurs Baron de Biron, M. Le Grand, le fieur d'Allaigre (noftre gouverneur), et plufieurs autres Seigneurs ; & après avoir couru, et pris du vin dans le jardin (3) , le Roy eftoit monté à cheval , et toute sa compaignie, et estoit allé coucher à Magny.

Le bruid estoit qu'il alloit en la ville de Pontoife, que l'on luy vouUoit rendre; ceci à caufe que le Samedy, jour précédent, le fieur de Hallaincourt-le-Jeune , gouverneur de la ditte ville, eftoit venu au dit lieu de Trye, où il avoit disné, et par après couru la bague ; plufieurs habitans de Gifors y avoient esté , et le lendemain aufli ; on difoit qu'il venoit de la part de Monfeigneur de Guyse pour avoir une des filles de MADAME (4), &

Siège de Rue.

Réception du roi

Henri IV au château de Trie

M. d'Alincourt,

gouverneur

de Pantoise , court

la bague à Trye-Château,

(i) Nous ferons remarquer que, dans le manuscrit, ce nom est écrit : tantôt Trie, tantôt Trje; ce nom semble encore de nos jours s'écrire facultativement de l'une ou l'autre manière.

(2) Le jeu de Bague était encore fort en honneur à cette époque : « On faisoit » , dit Brantôme, « trois courses pour la Bague, et une quatriesme pour les dames ». On retrouve le jeu de Bague dans les carrousels du xvii" siècle.

(3) hc jardin du château de Trie n'était autre que le parc actuel, moins les dispositions intérieures. Il affecte la forme d'un vaste carré, entouré de murs.

(4) Ce projet de mariage, s'il fut conçu, n'eut pas de suite : d'Alincourt, veuf en premières noces de Marguerite de Mandelot (enterrée aux Cordeliers de Pontoise), se remaria avec Jacqueline du Harlay. C'est de cette union que naquit, à Pontoise, le 17 octobre iSgS, N. de Neufville duc de Villeroy. (V. La Ligue à Pontoise et dans le Vexin Français).

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Le Roy à Méru.

Venue du Roy à Gifors.

Requefte des habitans de Gifors.

FF. cxxxvi' (Recto)

pour traider la paix ; & ayant couché au dit lieu , il s'en eftoit

retourné dès le lendemain matin, premier que le Roy y fût arrivé.

Toutefois, le dit Seigneur Roy n'eftoit allé jufques à Pontoize ; mais le lendemain matin , il estoit allé à Méru , avec plufieurs autres compagnies, qui eltoient paffez le jour de Dimanche (lorsqu'il couroit la bague), par Saint-Cler, et èsenvirons ; afin , à ce que l'on difoit , de lever deffus quelques compagnies du party contraire, qui debvoient paffer par illecq, ce qu'il n'avoit faiél, d'autant que la ditte entreprife avoit esté defcouverte.

Pour raifon de quoy, le Roy & ses troupes efloient revenus à Gifors et ès-environs, où il avoit couché à fon logis ordinaire, jufques au Jeudy ix^ du mois d'Avril, qu'il s'en eftoit retourné à Dernetal, ayant couché à Chartres. Lors de sa départie, et précédent icelle , estoit arrivé le Gouverneur de la ville de Paris & le filz du fieur de La Châtre, du coflé de la Ligue, qui eftoient venus afin de traider la paix avec le Roy ; ayant envoie le jour précédent une de fes trompettes, avec fon palTeport, en la ville de Beauvais, quérir le Seigneur de Guyfe, afin de venir en affeurance jufque en la maifon de MADAME (i), aux fins de la ditte paix & traicter aUiance en la dide maison, ce qu'il n'avoit faict, ains envoie le dit Gouverneur de Paris & autres, qui s'en eftoient retournez en la ville de Beauvais.

Lors du département du Roy, les habitans de cette ville de Gifors luy avoient préfenté une requefte aux fins de leur foullagement des charges & grandes pénurryes que leur faisoit, tant en deniers qu'en leurs corps, le fieur d'Allaigre, noftre Gouverneur. Le Roy les avoit renvoiez au dit Heu de Dernetal pour y respondre et leur donner soulagement , lorsqu'il y feroit arrivé ; d'autant qu'il avoit diél que fon Conseil y eftoit ; il avoit faict faire le presche au dict Gifors, comme aux autres volages qu'il y eftoit venu (et ce soubz le prétexte du traidement de la paix).

Et le Roy n'y penfant , ou autrement , le Prince de Palme , les

(i) On pourrait croire qu'il s'agit ici de la princesse Catherine d'Albret, sœur du Roi, connue sous le nom de Madmne ; toutefois, il semble que le chroniqueur a voulu faire allusion au château de Trie (de M""^ de Longueville), « en lequel >), après les visites qui y avaient été faites précédemment, on eût parfaitement pu avoir l'intention de traiter de la paix. (Voir la page précédente, ligue 3o^.)

fieurs du Maine et de Guyfe, et leurs arçnées, avoient marché en grande dilligence en la compaignie de l'Evesque de Lie'ge qui avoit admené avec luy ung grand nombre de gens d'armes, tant de cheval que de pied, tellement que l'on avoit entendu tout à coup que leurs armées eftoient proches de la ville de Dieppe , & par après estoient allez droid à Dernetal, le xxie jour d'Avril mil vc iiiixx douze ; de telle forte qu'ilz avoient faid lever le fiége de devant la ville de Rouen , en laquelle le mesme jour, le fieur du Mayne & autres eftoient entrez, comme ils l'avoient promis et mandé à ceulx de la ditte ville, que le xxae d'Avril ils viendroient à leur fecours ; lesquelz avoient souffert beaucoup , tant en leurs corps que perte de biens, pour raifon des vivres et victuailles qui leur défailloient, estans journellement en armes pour leur deffense & garde de la ville.

Les vivres y efloient bien rares et chers ; cy, comme le vin qui leur coufloit jufques à cinquante, lx, lxx, uiixx, et cent escus le muyd ; le muyd de cidre xx et xxxï, et plus, ayans aucuns mangé les chevaulx pour ce qu'ils n'avoient plus de vivres pour les dits chevaulx; et, comme dit est^/ouffert beaucoup de travaux que l'on ne penlt exprimer.

Le Roy & fon armée s'efloit retiré à Blainville et ès-environs ; auquel lieu, toutes les garnifons des villes tenans pour le Roy y efloient allez. Comme par femblable, Monfeigneur le Duc de Longueville qui, les jours précédents, s'en eftoit retourné à fon gouvernement de Picardie , estoit retourné avec ses compagnies trouver le Roy ; mesmes Monfeigneur le Conte de Saint-Pol , le fieur d'AUaigre & leurs gens y eftoient allez et partis de cette ville , le Mercredy xxii» du mois d'Avril , ayans seullement laifîé au chafteau de Gifors le fieur de Tourville, cappitaine, avec quelques quarante ou cinquante foldatz pour la garde d'icelluy ; et après que les dits fieurs du Mayne et prince de Palme avoient eu pris Caudebec, et qu'ilz y avoient esté quelque temps, ilz s'en eftoient allez avec leurs armées au Neuf bourg (i), lequel ilz avoient pris, et tout pillé, ravy et emporté ce qui y estoit, qu'ilz avoient faiél conduire & mener k Rouen ; et par après, mis le feu au dit Neufbourg ; et ayans paffé la rivière, ils avoient esté

Siège de l'armée du

Roy faidt lever de devant la ville

de Rouen par l'armée contre.

Charte de vivres & Rouen.

Le Roy

& fon armée

retirez à Blainville

& ès-environs.

Coftebecq

& le Neufbourg

pris par les fieurs

du Mayne & Prince de Palme.

(i) Neubourg, chef-lieu de canton du département de l'Eure.

Coftebecq repris par le Roy.

Deniers envoiez au

Roy par la Royne d'Angleterre

Grandes

compagnies paffez

par Gifors

& ès-environs.

Le Roi à Marines et environs.

Vingt mil pains

livrez au Roy par

les habitans de

Gifors.

droid: ès-environs de Paris, n'ayans voullu, comme dit est, donner aucune bataille.

Le Roy & fa cavallerie, après avoir repris le dit Cautebecq, efloit venu à Vernon, Mantes, et par après à Buhy, le Mercredy xxe jour de May, où il avoit esté le long du jour ; le fieur d'O (i), avec ses troupes, efloit venu à Gifors, le dit jour, où il avoit seuUement disné ; & par aprez , s'en eftoit retourné trouver le Roy ; tellement que tous ses quartiers d'allentour efloient plains de gens d'armes, mengeans & ruynans tout ce qui y ejîoit.

Le dit fieur d'O faisait conduire dans deux charrettes cent cinquante mil efcus, ou autre grande fomme de deniers, à ce que l'on difoit, qu'il avoit revenuz de la Royne d'Angleterre, qu'elle envoioit au Roy pour la folde & paiement de fon armée.

Le dit jour de Mercredy, efloit arrivé le Maréchal d'Aumont , à dix heures du foir ; il avoit couché à Gifors avec ses gens. Le lendemain, Monfeigneur le Duc de Longueville efloit pafTé par cette ville avec ses gens, et allé droid à Trie ; et ses compagnies ès-environs, et de là, en fon gouvernement de Picardie.

Le Samedy, vingt-troifîesme du mois de May, Monfeigneur le Maréchal de Biron & autres grandz Seigneurs , efloient arrivez à Gifors : ils y avoient couché , ayant laiffé leur armée de gens de pied , Reyflres , Suifles et autres , avec l'artillerie à Eflrepagny et ès-environs ; le Roy estoit demeuré les dits jours à Marines, et ès-environs, et de là estoit allé en Picardie; il avoit, le jour précédent, faidl demander aux habitans de Gifors trente mil pains : de quoy ils avoient livré vingt mil; les dites compagnies ayant esté à Gifors jufques au Mardy xxvi» du dit mois, elles s'en efloient allez afliéger Le Neufchatel, qui avoit esté réduict en l'obéifTance de l'Efpagnol, lorsqu'ilz efloient paflez par illecq, allans à Rouen , comme devant est did.

urant lequel temps, que le fieur de Biron efloit à Gifors (2), y efloient arrivez Monfeigneur le Duc de Bouillon, le fieur d'O, et autres Seigneurs. Y efloit arrivé aufïï le fieur de Hallaincourt, père du Gouverneur de Pontoife pour la Ligue , ayant pafTeport du Roy affin de traider

(i) Le marquis François d'O, gouverneur de l'Ile-de-France pour le Roi.

(2) « Le samedy, 6" juin au dit an, le Roi arriva en cette ville (Senlis) ayant laissé » son armée vers la ville de Gisors, et ès-environs d'icelle, pour se rafraischir. » (Journal de Vaultier, 1592, p. 258.)

de la paix (i) ; il s'en eftoit retourné, lors du partement du fieur de Biron , en la ville de Pontoife ; et de là avoit esté trouver l'armée du Prince de Palme et du fieur du Mayne, pour leur rendre responce de ce qui avoit esté faiél touchant la ditte paix.

Et le Mardy, xvic de Juin, au dit an, le Roy, avec fon armée, arriva à Gifors, accompagné des Ducz de Longueville, de Bouillon , Maréchal de Biron , qui avoit laiflë fon armée et fon artillerie à Chaumont & ès-environs, Monfeigneur le Chancellier, M. le Tréforier de l'efpargne, & plufieurs autres Seigneurs; comme par femblable, le lendemain, y eftoit arrivé Monfeigneur le Cardinal de Bourbon, de l'âge de vingt-cinq ans, pofé aux dits Eftats, par fuite du décès advenu depuis naguères au feu fieur Cardinal de Bourbon , fon oncle , et avec luy, grandes troupes, et mesmes Madame de Bourbon, avec Madame la DuchelTe de Longueville, Monfeigneur le Conte de Saint-Pol, et autres Princes et Seigneurs, qui avoient efté tous au dit Gifors, jufques au Samedy enfuivant, xx^ du dit mois.

Ayant traité de la paix, le fieur Cardinal de Bourbon, la dame de Bourbon , et leur train , s'en eftoient retournez à Mantes ; le Roy & toute fon armée eftoient allez coucher à Méru & ès-environs; et de là, à Saint-Denis en France; à l'entour d'illecq, l'on difoit qu'ilz alloient parachever la paix, ou bien (h ce que l'on pouvoit juger) pour entrer par furprise ou autrement dans la ville de Paris, ce qui avoit esté découvert, parce que l'on avoit trouvé grande quantité de gens pour le Roy tous armez en des cans, afin que lorsqu'il viendroit à la porte de la ville, ils se ruaflènt fur ceulx qui se préfenteroient de la ditte ville ; cependant que le Roy & fon armée entreroient par deffus la muraille, ou autrement; et ce, la nuid d'entre le Mardy et Mercredyxedu dit mois de Juin, au dit an.

e Roy, accompagné de quatre centz chevalliers et cinq ou fix centz harquebouziers à pied , eftoit incontinent parti de Melun & venu, à une heure de nuiâ, tout proche des murailles de la ville de Beauvais, avec plufieurs pétardz pour attacher aux portes & une grande quantité d'efchelles pour efcallader les murailles de la ville, avec un pont de cordes qui

(i) M. de Villeroy. Pour l'histoire des négociations relatives à la trêve , dite du Vexin, qui fut conclue un peu plus tard, voir La Ligue à Pantoise et dans le Vexin Français (Ch. X et suivants).

Le Roy

arrive à Gifors avec

fon armée,

avec Princes et

Seigneurs

pourtraitterla paix

Entreprife &

furprise

descouverte, en la

villede Beauvais, de

la prise qui

sevoulloit faire

d'icelle par le Roy.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Double exécution à Beauvais.

FF cxLiv"= {Recto}.

avoit efté mis pour pafler la rivière, soubz la vendition, que quelques foldatz & autres avoient faide au Roy de la ditte ville ; ce qui ayant eflé defcouvert par les habitans d'icelle ; ceux-ci avoient faid tellement leur debvoir, que toute la muraille efloit borde'e, attendant le Roy & ses gens.

Ceux-ci , eftans le long de la muraille , et penfans parler à la fentinelle (qui estoit de la vendition), avoient jugé qu'ils eftoient defcouvertz ; d'autant que ceulx de dedans n'avoient rien did ; fmon, que fur ce qu'il y avoit eu quelque eschallat rompu qui avoit faict du bruid, il y en avoit eu un qui avoit demandé : « Qui » va là ? » difans : « A moy, compagnons ! que l'on borde la » muraille ! » sans crier : « A l'arme ! » encores que une heure précédent, ilz entendoient le grand bruid et les henniffements que faisoient les chevaulx , que le Roy et sa compaignie avoient laiffez à une lieue de Beauvais ; ils s'eftoient tous armez , et mis à pied.

Entre les autres , y eftoient avec le Roy les Ducz de Longueville , de Bouillon , le Baron de Biron , le fieur de Givry, & tous les plus grandz Seigneurs et Gentilzhommes, qui s'eftoient à l'inftant retirez avec leurs pont, pétardz et efchelles, et allez retrouver et reprendre les chevaulx , fans qu'il eujl ejlé tiré un feul coup de canon , de cojîé ny d'autre.

Et toft aprez, l'on avoit faiél mourir deux des habitans de Beauvais, qui avoient faict la ditte vendicion, leurs teftes avoient esté mises fur deux poftences.

e Roy & fes gens s'en eftans retournez à Clermont, d'où, par après, ilz estoient venus en cette ville de Gifors (i), en laquelle, & ès-environs, ilz avoient tout mangé ce qui y estoit, et fcyé bledz, praieries, et autres grains, de telle forte que après, lors de leur départie, les vivres eftoient si chers, & en si petit nombre, que l'on n'en pouvoit recouvrer qu'à grand peine.

Le fieur Conte de Saint- Pol avoit toujours esté en cette ville

(i) Lors de ce nouveau séjour de Henri IV à Gisors, nous trouvons de lui : une lettre à la reine d'Angleterre, du 19 juin (1592), datée de Gisors, dans laquelle il lui exprime la satisfaction qu'il a ressentie de la conduite de l'ambassadeur. lOri- "inal : Musée Britannique de Londres}. On trouve, à la même date, deux autres fettres datées de Gisors, l'une à Cecil, conseiller d'Etat d'Angleterre, et l'autre à M. le duc de Montmorency; le roi annonce à celui-ci l'arrivée de Biron, « qu'il attend avec l'armée. »

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

de Gifors, du depuis, jufques au viiic de Juillet, au dit an, où il eftoit allé avec grandes compaignies de toutes les garnifons d'allentour, à Quillebeuf , proche de Rouen , place tenue pour le Roy ; là estoit Monfeigneur Le Grand tSc autres grandz Seigneurs qui avoient esté afliégez par les troupes de Monfeigneur du Mayne, et ceulx de la garnifon de Rouen. Auquel fiége, y avoit esté trois sepmaines ou un mois, fans qu'ilz y euffent peu entrer, encores qu'ilz euflent tiré de fix pièces de canon plufieurs coups et faict plufieurs aflaulx. Lequel fiége avoit esté faict lever par le fieur Conte de Saint-Pol et fes troupes ; et du depuis, le dit fieur Conte est demeuré à Vernon.

Le Roy & fon armée eftant devant Provins, qu'il avoit pris avec grand travail , environ le commencement de Juillet , au dit an, avoit esté avec fon armée devant Efpernay, où Monfeigneur le Maréchal de Biron avoit esté frappé d'un coup de canon, duquel il mourut ; & plufieurs autres furent bleflez.

Les volleurs avoient tousjours continué à courir de tous coftez, fur le paouvre peuple qu'ilz rencontroient, et qu'ilz pouvoient attraper, en telle forte, que tous les laboureurs, & gens des villages, n'ofoient tarder ny demeurer en leurs maifons, eftans contrainélz fe deffuyr de nuid dans les bois ou aux bourgs les plus proches d'iceux, fans aucune relâche (i). Monfeigneur le Conte de Saint-Pol eftoit revenu à Gifors, le x^ d'aouft, au dit an mil vc niixx xii, où il avoit esté quelque huiél jours, et par aprez s'en estoit retourné en la ville de Vernon.

En la fin du mois d'aouft, un nommé Le Broc, avec autres du village de Villers-en-Veuxin (2), eftans devenus foldatz, avec d'autres de Pontoife, avoient furpris une forte maison d'Auteverne (3) ; et eftans dedans, ils fortoient en grande quantité, tant de jour que de nuid, pour voiler ; de forte qu'ils venoient jufques aux faulxbourgs de Gifors, difans avoir commiflion de

Siège de Quillebeuf

Fai£l lever par le

fieur Conte de Saint-Pol.

I,a ville de Provins prife par le Roy.

Décès du fieur Maréchal de Biron.

FF. cxLv* {Verso).

La terreur dans les campagnes.

Retour du comte

de Saint-Pol à

Gisors.

Surprife

& demeure de

volleurs

en la forte maison

d'Auteverne.

(i) La terreur continuait de régner dans les campagnes du Vexin Normand. Le Vexin Français, à partir de cette époque, cependant, allait être mieux partage. Grâce aux négociations intéressées des Villeroy, dès le !«'■ septembre 1592, MM. d'Alincourt et d'O signaient, à Meulan, un traité concluant une trêve de sept mois pour les villes de Mantes, Meulan, Pontoise, Chaumont, Magny, et les autres pays du Vexin Français.

Le texte de ce traité est rapporté dans La Ligue à Pontoise (p. xlv), d'après les documents conservés aux Archives de la ville de Pontoise.

(2) Villers-en-Vexin, village du canton d'Etrépagny (Eure).

(3) Authevernes, village du canton de Gisors.

• 84 LA LTGUE DANS LE VEXIN NORMAND

ID92 Monfeigneur du Mayne ; tellement qu'il avoit convenu que la

garnifon du chafteau de Gifors, celle de Gournay & autres allaflent devant la difte maison pour les faire fortir, ce qu'ils n'avoient peu faire, pour ce qu'ils n'avoient aucun canon ; fi bien qu'ils empefchoient les vivres, tant blé que autres, de ces quartiers, de venir à Gifors.

omme par semblable, d'autres grandes compagnies de Pontoise, Beauvais & autres lieux, avoient pris & s'eftoient emparez d'un logis nomme' la Muette, maifon forte, eflant aflise au village de Boubiers, de façon que les ravageurs pillards de dedans, & ceux du dit Auteverne, & les bons hommes, autrement mal nomme^, près Beauvais, voUoient, prenoient & admenoient tout ce qu'ils pouvoient trouver et Le fieur de Hallot l'cncontrer, fortant de Gifors, ou que l'on y apportoit. tué & poignardé Le fieur de Hallot (i), lieutenant -gène' rai pour le Roy, en la

par le s'd Allaigre. Normandie & Gouvernement de la ville & chafteau de Gifors, qui y avoit efté puis naguères pourveu par Sa Majefté, eftoit, le quatriesme jour de Septembre, au dit an (2), venu de l'armée en fon logis de Hallot, & du did lieu étoit allé trouver Monfeigneur le Conte de Saint-Pol à Vernon ; eftant là , en une maifon de la ditte ville, le fieur d'AUaigre , gouverneur de la ville & chafteau de Gifors, seroit allé trouver le fieur de Hallot, qui alloit au baftion à cause d'un coup de canon qu'il avoit eu au fiége de Rouen; & après avoir diél quelques paroUes, se falluant l'un l'autre comme dit eft, le fieur d'AUaigre avoit tiré son poignard, duquel il avoit frappé le fieur de Hallot par trois ou quatre coups dans le corps; à caufe de quoy, joinél autres coups d'efpée à luy baillez par les fuivans du dit fieur d'AUaigre , iceUuy fieur de Hallot eftoit tombé mort en la place ; & à l'inftant , le fieur d'AUaigre s'eftoit desfuy avec fes gens, qui avoient leurs chevaux en la rue, attendans le dit maffacre.

Comme par femblable, il avoit laifle et posé entre les deux

(i) « M. de Halot eftoit oncle de M. de Boudeville (mot laissé en blanc) et grand oncle de M. de Luxembourg. » {Note existant sur le mss.)

(2) Le 6 Septembre (1592), 20 cavaliers de Beauvais étaient allés en course aux environs de Mantes ; ils avaient fait un prisonnier qu'ils ramenaient, quand ils furent eux-mêmes surpris par un gros de cavalerie et conduits dans une ferme, près de Vernon, oik l'on voulait leur faire un mauvais parti. Le Conseil de Beauvais dut écrire à M. d'Alincourt, gouverneur de Pontoise, pour obtenir son intercession en leur faveur ; et grâce aux efforts de ce dernier, on parvint à leur sauver la vie.

portes de la ville vingt ou vingt-cinq chevalliers qui l'attendoicnt afin d'éviter que l'on luy euft fermé les portes, ayant did à ceulx de la ditte garde, lorsqu'il avoit voulu fortir, devant que faire tel coup, « qu'il avoit oublié à donner le bon jour au diâ Jïeur » de Hallot. »

Lequel maffacre ayant efté entendu par le fieur Conte de Saint- Pol, il avoit à l'inflant envoie le (leur de Tourville à Gifors, afin de bien faire garder la ville & chafteau du lieu, de paour de furprise, ce que l'on avoit faiél ; & depuis, par sentence et arreft de la Court, le dit fieur d'AUaigre & tous ses gens avoient efté condampnez à mourir ; la plus grande partie desquelz, qui avoient du depuis efté pris avoient suby la sentence & faidz mourir. Pour le regard du dit fieur d'AUaigre, il s'eftoit desfuy et abfenté hors du pais ; lequel n'avoit pu eftre recouvert & disoit-on qu'il eftoit allé en Efpagne.

Le fieur Conte de Saint -Pol eftoit revenu avec fes gens à Gifors le ixo d'Octobre ensuivant : comme par femblable, le Roy avoit envoie le fieur de Hédouville au dit Gifors ; celui-ci y eftoit arrivé le xai^ jour du dit mois, accompagné de quelques cinquante chevaliers ; il avoit pris la place & gouvernement de la ville et du chafteau (i).

Le Roy eftoit avec fon armée à Efchelle (Chelles) & ès-environs, et faisoit faire un fort rempart et boullevart, en ung illot (2), au chafteau de Gournay-sur-Marle, pour empefcher le palfcige des vivres, allans de fes quartiers & ailleurs à Paris. Auquel rempart, ceulx qui y eftoient pour le Roy avoient efté efcarmouchez par Monfeigneur du Mayne et fes gens, qui eftoit pafle par illecq pour aller à Paris ; desorte qu'il en eftoit demeuré grand nombre en la place. Duquel chafteau d'Efchelle le fieur du Mayne et fes gens avoient faiét quider la place à quelques compagnies que le Roy avoit laiflë dedans, au moien de huid pièces de canon qui y avoient efté faid conduire.

Le xv" jour du mois d'Octobre, le fieur Conte de Saint- Pol, luy & fes gens, avec la garnifon de Gournay partirent à trois

(i) V. ci-dessus la note relative à M. de Hi5douviIle, et aux difficultés qui surgirent plus tard à propos du gouvernement de la place de Gisors.

(2) Le baron de Bondy avait été surpris en juillet par les Ligueurs, au passaf^c de Gournay ; le roi fit alors construire un tort qui fut nommé Cliatic-liadatids ; (P. de l'Estoile l'appelle Pille-Badauds). Il s'agit ici de Gournay-stir-Marne, et non de Gournay-en-Bray.

M. de Tourville envoyé à Gisors.

Fuitte & absence

du fleur d'AUaigre

en Espagne.

Le

fieur de Hédouville

envoie pour gouverneur à

Gilors.

Départ de M. de Saint-Pol et

de la garnison

de Gournay pour

Gonesse.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Le sieur de Mouy fait prisonnier.

Surprife

du chafteau de

Pont- de -l'Arche.

Les foldatz de Rouen déguisez.

heures de nuiét, au mandat du Roy, afin de l'aller trouver à GonnefTe près Paris, où il eftoit pour donner quelque efcarmouche, de manière que le dit fieur du Mayne & fes troupes ayans defcouvert l'affaire s'eftoient retirez, devers la ville de Meaux, et à l'entour d'icelle.

ous ceulx de la garnifon de Rouen, avec celle de Lions, eftoient journellement en tous les villages du Veuxin, afin de faire battre les bledz, qu'ils faifoient ensuite porter en la ville de Rouen ; et pour ce que le fieur de Mouy, qui, avec fes gens, faifoient la guerre à ceulx de Beauvais, avoit efl:é pris prifonnier par ceulx de la garnifon du dit Beauvais, il avoit efl;é accordé & ordonné le xxiiiie d'Oélobre, au dit an mil vc iiiixx douze, du confentement du Roy, que les murailles du chafteau de Bresles, proche de Beauvais, & la maifon appellée Gerbroy, près Gournay, où le dit fieur de Moliy & autres faifoient retraites, seroient abt)attues et rasées; & par ce moien, le fieur de Mouy fut délivré des diéles prifons , en payant toutes fois rançon de grand fomme de deniers.

Le Mercredy, tiers jour de Novembre au dit an, il advint que les habitans de la ville du Pont-de-l'Arche, mefmes les foldats y eftant et ceulx qui gardoient le chafteau du dit lieu , ne pensans aucunement à l'entreprife (qui de longtemps leur eftoit braffée), avoient esté furpris & circonvenus faute de bonne garde ; d'autant que le dit jour de Mardy, au matin , feroit arrivé à un mouUin proche du dit Chafteau, hors la ville, deux ou trois jeunes hommes habillez en femmes, avec chacun une pouche et du bled dedans ; ils avoient fait feinte de voulloir moudre au did moullin. Comme par femblable à l'inftant feroient arrivez auffi deux autres hommes en habit de capuchin ; ceux-ci eftoient affez proches du pont du Chafteau, disans attendre que la porte du dit lieu fust ouverte , afin d'y entrer, & à la ville auffi , pour y dire meffe et prier Dieu. Mefmes seroient arrivez quelques hommes portant balles à mercerie et autres, chargez de bottes pleines de marchandise ; tous lefquclz vcnans de Rouen avec une folle hardieffe eftoient armés deffoubz leurs habits, ayans chacun un poignard et le piftoUet pendu à la ceinture.

Et seroit advenu que , comme cinq ou six des foldatz du chafteau , qui gardoient % porte & le pont du dit lieu , s'eftoient

aprochez près des portes-balles pour acheter quelque mercerie ; I ^9-^

comme aufli, s'eftoient aprochez les dits jeunes hommes, habillez

aflez honneftement en femmes, et aufli les dits hommes en habit

de capuchin, et mesmes ceulx qui portoient marchandifes en

leurs bottes, tous lesquels hommes au nombre de quinze ou xvi,

l'un ou deux d'iceux ayans veu & apperceu le temps & l'heure

proche à exécuter leur entreprife, cependant que les foldats

s'amufoient aux dits porte - balles, & à tâtonner les dittes

femmes (i), avoient tire' chacun leur poignard; de quoy ils

avoient frappé & aflafllné les foldats, de telle façon qu'ils les

avoient, à l'inftant de leur chutte, poulfez du pied dans la rivière

par deflus le pont.

Ce faiifl, les porte -balles, hotiers, capuchins, et hommes habillez en femmes, s'eftoient rendus maistres des portes et du pont du chafteau, et à l'instant, deux ou trois d'iceux, estans proches de la ville, avoient eux mesmes levé le pont levis et fermé la porte d'icelle, affin que les habitans & foldatz de la ville n'eufl'ent le loifir de venir au fecours du chafteau ; en attendant que un gros de chevallerie, environ vi" qui eftoient dedans un petit bois proche du lieu, euflent le loifir de venir au fecours et aide de ceux qui avoient faiél telle entreprife.

Ce que les dits chevalliers avoient tout à l'inftant faid, après un coup de pistollet, qui avoit esté jiré pour fignal ; de telle façon, comme dit est, qu'ils s'estoient rendus maistres du chasteau , après que le reste des foldatz du lieu euflent faid quelque réfistance et qu'il en eust esté tué quelques ungs, et les autres sauvez ; et après avoir aufli promis ne faire aucun tort à M^e de RauUot, qui y estoit toujours demeurée, encore que fon mary qui gardoit le dit chasteau du Pont-de-l'Arche , eust esté, dès lors du fîége de Rouen, pris prifonnier dedans la ditte ville pour avoir pris l'argent de ceulx d'icelle ville de Rouen, pour la rendition du chafteau du Pont-de-l'Arche; lequel n'avoit faid, ains s'estant mocqué d'eulx avoit retenu les deniers. La ditte dame et tous les habitans de la ville du Pont-de-l'Arche durent enfuite s'acheminer en la ville de Louviers, et autres endroictz.

(1) Tâtonner ne s'employait pas toujours dans le sens de procéder avec embarras ou scZMX lumière, c'est-à-dire à tâtons :

Ha I que je porte et de haine et d'envie

Au médecin, qui vient soir et matin,

Sans nul propos, tastonner ce tetin i (Ronsard, 169.)

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Munitions trouvées dans le

château de Pont-de-V Arche

Contribution

perçue sur le vin

dans les villes

du Vexin.

Il fut trouvé dans le dit chafleau grand nombre & quantité d'or & d'argent , et aufli des vivres en grande habondance , avec quelques cinquante milliers de poudre à canon , duquel chafteau partie des foldatz de la garnifon de Rouen eftans dedans, avoient journellement tiré fur ceulx de dedans la ville du Pont-de-l' Arche ; comme aufli ceulx de la ditte ville avoient tiré fur ceux du chasteau; fi bien que ny l'un ny l'autre ne s'eftoient voullu rendre, onfeigneur le Conte de Saint-Pol & les garnifons de tous fes quartiers estoient à l'infliant allez au fecours de la ville du Pont-de-l'Arche ; et après le jour Saint- Martin, xi« de Novembre, au dit an, le fieur Conte, avec le Gouverneur de Dieppe et de grandes compagnies, estoient revenus en cette ville de Gifors ; il s'y estoit tenu ; et le dit Gouverneur , et fes garnifons , s'estoient logez avix faulxbourgs de la porte de Paris de cette ville , vivans à discrettion ; et le lendemain estoient retournez à leur gouvernement. Le dit fieur Conte fist venir en cette ville de Gifors une grande compaignie de foldatz à cheval qui y avoient esté quelque temps en garnifon.

Le premier jour de Décembre, au dit an, le fieur Conte de Saint-Pol partit de Gifors avec la garnifon du Chafteau-Gaillard et autres, pour aller à Corbie, en Picardie, afliégé par ceulx du parti contraire , et estoit revenu le cinquiesme du dicîl mois , à caufe des embufcades qui estoient en chemin, faides par le fieur de Villars et garnifons de Rouen.

Le dit fieur Conte de Saint-Pol ayant obtenu du Roy des lettres d'impoft d'un efcu fur chacun muyd de vin, qu'il avoit faict paier de tout le vin des habitans de Gifors, Chaumont, Magny, et de tous autres qui apportoient vin es dits lieux, il fist des ordonnances qu'il avoit faict publier à fon de trompes, de par le Roy, par lesquelles il estoit commandé : « de boucher & » clore la porte de Neaufle, et d'ouvrir celle des Argilliaires ; » de mesmes , boucher toutes les ouvertures ayans regard sur la » rivière du fofle du cofté des anciennes murailles de la ville. » Et mesmes , il avoit commandé faire des portes et pont-levis fur les ponts de l'Orloge (i) et de la Porte-Dorée du di6l Gifors ; ce

( i) Le pont de l'Horloge est situé au centre même de la ville : le pont de la Porte- Dorée, dans la rue de Paris. Le nom de Pont de la Porte-Dorée rappelle la chute que fit le roi Philippe-Auguste dans la rivière d'Epte, en 1 198 ; on sait comment s'étant tiré sain et sauf de cet «ccident, il fit dorer le pont et la porte en mémoire du danger qu'il avait couru.

qui avoir esté faidl par quelques journe'es. Comme par femblable, le marché n'avoit esté faid ni exercé dans le bourg de Gifors, comme il avoit toujours accouftumé, mais bien à la rue de Cappeville , commençant depuis la porte d'icelle et revenant jufques au pont de l'Horloge ; ce qui avoit incontinent cefle lorsque le fieur Conte de Saint-Pol s'en estoit allé avec Monfeigneur le Duc de Longueville, fon frère, en la ville de Chartres, où estoit le Roy. Comme mesmes, l'on n'avoit faict aucunes portes, ni bouché les ouvertures du dit foffé ; mais l'on avoit parfaict , par le commandement du dit fieur et du fieur de Hédouville, noftre Gouverneur, les Éclufes de la porte de Paris, fi bien qu'estant abaiffez & clofes, les faulxbourgs de la ditte porte, & à l'entour d'illecq , étoient tous plains d'eaue.

Pendant ce temps, et ce durant les mois de Novembre et Décembre (i), l'on avoit tenu des Etatz.pour la Ligue ou bien pour l'Union, dans la ville de Paris, où s'eftoient trouvez Monfeigneur du Mayne, Monfeigneur de Guyfe, et autres Seigneurs, Cardinaux, Evesques et autres gens d'Église, lesquelz Estatz tendoient (à ce que l'on difoit) , pour eslire un Roy Catholique ; après avoir, en ce mois de Novembre, adjourné le Roy dans la ville de Saint-Denis à comparoître aux dits Estats pour y déclarer de rechef sa volonté.

Ce qu'il n'avoit voullu faire, ains de sa part, avoit fait affembler à Chartres où il avoit fait déclarer telles affemblées nulles et déclaré aux députez, au nombre de fix, qui l'avoient adjourné dans la ville de Saint-Denis :.« qu'il ejîoit Roy, d'autant que la » couronne luy appartenoit, ê que pour les dites ajjemblées, il » ne changerait fa relligion. »

^j;^ éantmoins, le bruit avoit esté, durant le dit temps, « que l'on traittoit de la paix », ce qui fe difoit pour amufer le paouvre peuple, qui n'en pouvoit plus, pour estre si paouvre, payant la taille à deux et trois endroidz (2) :

Eftatz ou affemblée

à Paris pour eslire un Roy.

Affemblée

faille en la ville de

Chartres

de par le Roy.

FF. CLviii' (Recto j.

(i) Le 22 Décembre 1592, Georges Langloys, ancien députe de Gournay aux IClats de Normandie, revenait de Trie-Cliâteau, où il était allé, avec M. de Laitre, voir la duchesse de Longueville, quand un parti de Ligueurs arrêta les deux voyageurs et les conduisit à lieauvais : on eut beaucoup de peine à obtenir leur mise en liberté.

(2) Voir dans La Ligue à Pantoise (p. 191), le texte d'une curieuse pièce (en date du 29 décembre i5g2), qui fait partie de la coUectioa de M. H. Le Charpentier. C'est une « contraincte » exercée par quinze arquebusiers à cheval de Pontoise

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Edit du Roy leu et publié en Janvier.

Chauny & Noyon

pris et rendus au fîeur de Guyfe.

La ville de Dreux prife par le Roy.

au Roy, aux Princes, aux Ligueurs, & autres, qu'ils ne pouvoient plus en aucune façon y réfister ; joindl, comme devant est dict, que tout ce qu'ils avoient estoit ravage' & emporte'.

Temps très-mife'rable , pour la pugnition du peuple , qui avoit dutout et en tout enclin esté à offenser Dieu !

L'Edit du Roy, tenu & donné à Chartres, le xxix^ jour de Janvier mil vc mixx xiii , avoit esté leu en l'auditoire et carfours de Gifors, le Lundy xv" de Mars, au dit an ; par lequel, entre autres chofes, il faisoit entendre au peuple : « que sa volonté » n'eftoit autre que ce qu'il avoit promis dès fon règne et prife » de poffeflion de la Couronne de France ; qui estant enfeigné » aux Estatz, qu'il défiroit eftre temps, & se trouvant que la » Relligion qu'il tenoit dès fon jeune aage, la plus chère choie » de fon âme feust mauvaife , il accordoit la changer, et néant- » moins, condampnoit comme de lèze- Majesté tous les Princes » & autres qui s'efloient trouvez aus ditz Estatz & convocation » ainfi faide à Paris, pour ce qu'il dijoit n'appartenir à autre )■> qu'à luy de faire faire telles ajjemblées. »

Durant ce temps, Chauny avoit esté pris, et Monfeigneur de Guyfe, accompagné de grand nombre d'Efpagnolz.

Comme par femblable, Noyon avoit esté affiégé par iceux à la my-Mars, au dit an. Le Roy ayant affemblé fes troupes et garnifons , au dit temps , pour faire lever le fîége , ce qu'il n'avoit peu faire ; ains la ville s'estoit rendue à la volonté des afliégeans.

ufli, durant le temps & depuis, le fieur du Mayne avoit tousjours esté dans la ville de Paris, tenant & amufant toujours le peuple fur cette affeurance de trêves et de paix, tant d'un cofté que d'autre.

Et néantmoins, environ la my-May, la ville de Dreux avoit esté affiégée par le Roy et fon armée, et prife au commencement du mois de Juing , après brefche faiéle , fans aucune réfistance ; d'autant que les habitans & foldatz de dedans , après s'eftre bien defFendus, s'estoient retirez et réfugiez au chafteau du dit lieu (1),

contre les habitants de Pressagny-l'Orgueillcux, commune située près de Vernon et à 12 kilomètres des Andelys.

(1) Les soldats ayant fermé sur eux la porte du château, les malheureux liabitants durent rester, entre deux fe;ix, dans les fossés sans aucune nourriture pendant plusieurs jours ^ exposés aux ardeurs d'un soleil brûlant; tous eussent péri, sans la compassion qu'en eut Henri IV. Le Roi ordonna de cesser le feu sur ces infortunés et leur fit même donner un écu chacun, avec la liberté de se retirer où ils voudraient.

après avoir mis aucuns de leurs meubles soubz la halle & en iceux mis le feu ; ayans tenu fort dans le chafteau , jufques au xe et xne de Juillet qu'ils s'eftoient rendus par composition. Comme par femblable , les Efpagnolz & autres gens de la Ligue avoient afliégé la ville de Eu, en Picardie, pour penfant par ce moien faire lever le ftége de la ville de Dreux.

La garnifon, tant de cheval que de pied de la ville de Gournay, qui avoit esté déclarée neuftre, estoit venue en cette ville de Gifors, le Jeudy aufoir, xxiiiie de Juing, au dit an mil v^ iiiixx xiii, soubz la conduite de leurs cappitaines, et spéciallement du fieur de Poffé, Gouverneur de Gournay. Après quoy, il leur avoit esté baillé , par les habitans du lieu , trois mil efcus.

Le lendemain , Vendredy, dès le matin , le dit fieur de Poffé estant encores au lict, avoit esté semond par un nommé le cappitaine Jehan, de la garnifon de chevallerie de Gifors, de se battre à l'efpée au bout des faulxbourgs de la porte de Paris de Gifors, contre un nommé le fieur de Hault, frère du difl cappitaine Jehan, pour quelque querelle précédent même entre eulx ; ce que le fieur de Pofle avoit accordé. Et de faiél, sans prendre garde à sa grandeur, ny autrement, et sans advertir aucuns de ses troupes ; finon son maiflre d'Hostel (auquel il avoit commandé de ne mettre la main à l'efpée) , il eftoit forty avec une courte efpée aux dits faulxbourgs ; lequel , aproché de son ennemy, qui eftoit bien fuivy de l'un de ses frères & autres, ils avoient mis l'efpée au poing. Le fieur de Poffé avoit jette son manteau & pourpoind par terre ; de forte que le dit de Hault , saisy d'une longue efpée, avoit, tout du premier qu'il avoit tiré, percé par le cofté , d'outre en outre , le dit fieur, lequel se sentant frappé et s'estant furieusement approché et combatu , avoit esté frappé d'autres coups, et spéciallement d'un coup dans la gorge , qui l'avoit contrainél , avec grande habondance de sang , à cheoir par terre où à l'inftant il estoit mort sans aucunement parler. Le Dimanche enfuivant , son corps fut porté en l'église de Gifors , où il avoit repofé la nuiél ; et le lendemain , il fut porté inhumer en l'cghsc des Deux-Amantz, proche deVernon (i).

La garnifon

de Gournay venue

à Gifors.

Combat et décès du fieur de Poffé,

à Gifors, contre le capitaine Jehan.

(1) Les Deux-Amants , montagne célèbre par le prieuré du même nom qui existait, dès la fin du xii>-' siècle, sur le sommet de cette haute colline, et dont la fondation a donné naissance à diverses légendes très-curieuses. Les religieux présentaient aux cures d'Anfreville-sous-les-Monts et de Gaillard-Bois. Dom Duplessis,

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

FF. cLxin» (Recto j.

Grolle grelle.

Garnifon

de Beauvais ayans

pris les vaches de

Gifors.

Les compagnies de foldatz avoient logez aux faulxbourgs de la porte de Paris, et ailleurs dans la ville, jufques au Mardy enfuivant, qu'ils s'en estoient allez hors la ville, après leur avoir baillé jufques à cent escu:^, et ce, par le commandement de Monfeigneur le Conte de Saint-Pol , qui estoit pour lors au dit Gifors ; celui-ci avoit receu des lettres du Roy, par lesquelles il entendoit qu'ilz feuffent logez dans la ville en garnifon. Ce ne'antmoins, ils s'en eftoient allez, comme dit est, avec le fieur Conte de Saint-Pol *, et la garnifon et cavallerye de Gifors, trouver le Roy, là où il estoit , en la ville de Dreux , aux fins de la prife d'icelle ; et ce, le Dimanche xxviie jour du dit mois de Juin, (i)

Et le lendemain, jour de Lundy (2), il estoit tombé de la grelle en grande habondance en aucuns endroiélz, comme à Mantes, Meullant, Mont-Javoult (3), la Tainville, Délincourt, Méru, Chably, Senlis et autres, de telle forte et fi grofTe, qu'elle avoit , par où elle avoit pafle , tout rompu & accablé les fruidz et grains ; l'ayant trouvée paiser jufques à une, deux, trois & quatre livres, et à Véteuil et fes environs, sept livres; et au dict Meullant, Mantes et à l'entour, trouvée paiser jufques à dou^^e ê trei:{e livres, greffe comme une balle d'artillerie, & comme la tejîe d'un homme, chofe admirable !

Environ ce temps, aflavoir le Mardy vi^ Juillet, au dit an, les foldatz de la garnison de Beauvais , tant de pied que de cheval , jusques à deux centz hommes & plus, estoient venus et arrivez dès le matin aux faulxbourgs de la porte de Paris de Gifors ; lesquels aflavoir, les gens de pied embusquez dans le bois de Montouyn (4), proche de Gifors, ayans apperceu les vaches du

que le nom des Detix-Amanls offusque quelque peu, cherche à démontrer que ce n'est qu'une prononciation altérée des Deux-Monts.

La montagne des Deux-Amants est située près de Romilly et de Pont-de-1'Arche, et non près de Vernon.

(i) Voir dans la Notice le fac-similé de ce passage '.

(2) Vaultier de Senlis dit que ce fut le Dimanche 11 Juin, sur les sept heures du soir, qu'eut lieu, à Senlis, l'apparition de ce lléau ; « qui aurait reparu le lendemain », lundi 12, dans d'autres villes ; à Pontoise, les dégâts furent considérables.

(3) Montjavoult, bourg du canton de Chaumont, est un des endroits les plus remarquables du Vexin : c'était un des principaux lieux de réunion des ministres du culte celtique. On a trouvé sur son territoire de nombreux objets antiques, et de l'époque romaine en particulier. — Délincourt, village du canton de Chaumont. — Chably, lisez : Chambly (Oise).

(4) Le Mont-Ouin termine la chaîne des collines qui bordent la gauche de la rivière de Troësne. L'altitude de ce mont, situé sur le territoire de Trie-Château,

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DP. GISORS. qS

dit Gifors, jusques à cent et vingt, dans les marais de Vaulx, ï-^Q*^

estoient accourus en grande viteffe gaigner la porte du bout des dits faulxbourgs, proche de Révillon, de telle forte qu'illec estant, ils avoient tiré plufieurs coups de harquebouze liir le pavé des dits faulxbourgs, ce qui avoit empêché que les habitans de Gifors, estans en armes, n'aprochaflent pour la revoulse des dittes vaches; tellement, qu'estans entrez dans le marais, ils avoient chaffé les vaches par le bout des foflez du marais, proche de Vaulx , où estoient les chevalliers en grand nombre , réparez en trois bandes , et attendans les vaches ; ils les avoient admenez & enlevez, de valleur de cinq à fix centz escuz, sans que les habitans de Gifors , qui y estoient venuz et arrivez tard tard, euffent sceu donner aucun remède à la ditte prife; ce qui avoit esté faiél et espié lors que les garnifons de chavallerie et FF. clxvi" \Recto}. de pied de Gifors eftoient allez avec le Conte de Saint-Pol trouver le Roy, comme devant est dit. (i)

urant lequel temps, le bruid avoit toujours continué des trêves et de la paix que l'on prétendoit faire, et spéciallement que le Roy debvoit aller à la mefle ; ce l-c Roy

qu'il avoit faiél, après grandes préparations & avoir esté instruicl de la Relligion Catholique, Apostolique & Romayne, en l'église de Saint-Denis en France , avec grandes pompes et solemmitez , à ce requises.

Le Dimanche vingt-cinquiesme jour de Juillet mil vc im^x treize, il avoit mandé princes, seigneurs, princefles, dames, et autres grandz perfonnages, en grand nombre, avec Cardinaux, Évesques, Gens de Monastère et de Relligion.

Le fieur du Mayne, le jour de Samedy précédent, s'estoit achemyné avec dix-huit chavalliers de la ville de Paris jufques à la Croix-Penchée, qui faid la moitié du chemin de Paris et de la ville de Saint-Denis, où le Roy s'estoit trouvé avec vingt chevalliers ; auquel lieu , ilz avoient longuement parlementé enfemble, et séparez l'un d'avec l'autre, et retournez affavoir : le Roy

est de i36 mètres. — On y voyait encore dans ces derniers temps un petit arbre appelé VArbrc du Gibet : d'après une tradition locale, ce serait à cet endroit que se trouvaient jadis les fourches patibulaires de la haute-justice de Trie.

(i) Cet enlèvement des vaches, « au nei et à la barbe des habitants de Gisors, » est un des plus amusants, ou si on le préfère, un des moins tristes épisodes, parmi des faits de guerre sans nombre de cette lamentable époque.

ù lamelle à St-Denis en France.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Le peuple en grande réjouilTance

A Gisors et attires villes.

Pourquoi toutes

ces guerres civiles

avaient eu lieu.

Impiété et division du peuple.

à Saint-Denis , et le fieur du Mayne à Paris ; le Roy avoit esté aux Vefpres qui avoient esté dites en l'église du did Saint-Denis ; et dès lors, toute l'artillerie et autres canons du lieu avoient joué et raisonne (sic) ; mesmes, le dit jour de lendemain Dimanche, lors qu'il estoit à la mefle ; toutes les rues avoient esté parées et tapiflees, et le peuple esmeu en grande resjouiffance, de ce que Dieu avoit permis un fi beau & îi grand œuvre de sa Divinité et Puiffance.

Et après le dit jour de Dimanche paffé, tous les lieux circonvoifins de Saint- Denis yu/^wes en cette ville, et ailleurs, avoient esté fai(5ls les feux de joye, proceflions et fervice dus à Dieu, en grandes louanges et dévotions de telz bénéfices conceddez au dit Seigneur Roy, et à fon peuple, qui l'avoit offensé en toutes manières, les traiftres huguenotz, politiques & autres fortes de gens, estans bien esbahis et eftonnez de ce que le Roy avoit changé et quitté sa religion et pris la principalle et salutaire salvation, qui est la Relligion des Catholiques, hors laquelle il n'y a aucun falut ny espérance de la vie bienheureuse & éternelle.

Ce qui s'estoit précédent fait, avoit esté raison, comme dit est, des offenses du peuple, du tout enclin au mal, à tromperie, et péché, qui s'estoit habandonné à tous vices, sans recongnoistre la puiffance et audorité de Dieu , lequel estoit du tout quictté et habandonné , sans luy rendre grâces ; et spéciallement par les gens d'ÉgliJes (honneur à Dieu !) qui ne congnoilfans l'audorité & puiffance à eulx donnée de tenir un fi grand et honorable degré, de consacrer & tenir en leurs mains le vray Corps & Sang de Noftre-Seigneur Jésus-Christ, n'en tenoient aucun compte, finon par coujîume, & pour le gain & prouffit qu'ilif ont accoustumé de tirer, sans aucunement penfer, comme dit est, h ce qu'ils faisoient et font journellement ; estans, ou la plus grande partie, indignes de telle charge.

Joind que eulx, ny le peuple, ne disoit une patenoflre à Dieu, sans regarder et penser à autres affaires ; le peuple estoit tellement débordé que Dieu avoit permis que rencontrans l'un l'autre, spéciallement les foldatz & gens de guerre, ne congnoissans ou ne voullans se congnoiftre ruoient et tuoient l'un l'autre, soubz ce mot de Ligue et réalisoient ce que les beftes les plus cruelles ne firent jamais ; tellement, que tout estoit en défordre ; la Prophétie estoit de rechef accomplie ; d'autant , que le père

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

estoit pour un coflé , les enfans pour l'autre ; et batailloient l'un contre l'autre , pour sauver (à ce que la plus grande partie disoit) leurs maisons et grandeurs, sans aucunement se foncier de l'honneur de Dieu, & speciallemcnt depuis le jour des Barricades de Paris, xiic jour de May mil vc iiiixx viii, ou bien à nouvel enfuivant jours du maffacre et décès des dits fieurs de Guyfe.

e Roy ayant observé , & faiél observer, h continuer le dit fervice de Dieu, et faict faire journellement par longtemps proceffions au dict lieu de Saint-Denis, le derrenier jour du mois de Juillet, au dit an mil vc iiiixx xin, les trêves avoient esté conclues, accordées, arreftez et fignez par le Roy & le dit lleur du Mayne, pour trois mois, commencez du premier jour d'Aouft enfuivant, au dit an, au village de la Villette (entre Paris & Saint-Denis) ; et le dit jour publiées ésdittes villes et depuis es autres villes, comme à Ponthoise (i) et Gifors, le Vendredy, jour sainct Sauveur, vi'^ d'Aoust, et le Lundy enfuivant réitérez. Comme par femblable , le Jeudy précédent, ilz avoient esté publiez en la ville de Beauvais ; et peu de temps après, en la ville de Rouen ; et à tous autres endroidz du Royaume; par lesquelles, les guerres, rançons & prifes de perfonnes ceflbient ; les garnisons et gouverneurs demeuroient en leurs gouvernements. Les tailles et impoflz se payans et continuans encores comme ilz avoient fait précédent , charge grandement préjudiciable pour le paouvre peuple, qui n'en pouvoit plus : les personnes eftoient libres d'aller de part et d'autre, en leurs logis, la polTeflion desquels librement leur estoit quittée par ceux qui les détenoient, avec defFenses de reproches, débatz, et querelles , à toutes personnes de quelque quallité qu'ilz feussent, pour larcins, volleries et toutes autres choses qu'ilz peuffent avoir commis l'un à l'autre ; le tout à peine de la vie.

Comme par semblable, avoit esté commandé aux soldatz eftrangers de soy retirer : ce que les Angloix , au nombre de cinq à fix centz, de pied, avoient faict; ils estoient palTez et avoient séjournez à Gifors, les jour & nuict de Vendredy vi" jour d'Aouft, aux faulxbourgs de la porte de Cappeville. Et le lendemain

Les

trêves accordées &

arrestez.

Leur publication

à Rouen

et Beauvais.

Retraite

des Anglais par

Gisors et Dieppe.

(i) A Ponioise, l'on avoit prorogé pour un an la trêve conclue en septembre 1592. (V. ci-dessus, page 83.)

Continuation

& prolongation des

trêves.

Le Roy

venu & arrivé à Gifors ; et crié

Vive le Roy au fortir de l'église.

dés le matin, ils estoient allez par le chemin de Dieppe, ville où l'on difoit qu'ilz alloient en garnison.

Durant laquelle trêve l'on avoit oy aucunement parler de volleurs ny de pilleries (/înon les impôt^ qui n' avaient ceffé) (i). Les perfonnes avoient esté de costé & d'autre faire marchandise , comme par le paffé, sans aucun contredit, ce qui avoit esté tellement continué que chascun en estoit fort joyeux. Au reste , il y avoit quelques garnifons, et des coureurs que cela ennuyoit beaucoup , comme aux gouverneurs de places ; auffi , aucun desquels avoient remué les armes jusque à ce que la ditte trêve eust esté continuée pour deux mois et publiée à Gifors, le Vendredy, que les conventions avoient tenu au dit Gifors, xxixe jour d'Octobre, au dit an mil vciiiixxxiii, afin d'envoier aux Eftatz tenuz et à tenir en la ville de Caen au xv^ de Novembre, au dit an.

Peu précédent lequel temps, à sçavoir le Jeudy xxi^ jour du mois d'Octobre, au dit an, le Roy arriva au dict Gifors sur le soir, dans un caroche, avec une nommée Madame Gabrielle (sic)^ femme du fieur de Liencourt, en Picardie, très belle femme, du depuis appelée Madame la Marquise de Monceaux, de laquelle le Roy avoit eu, du depuis, trois enffans : l'un (le premier) nommé César Monfieur. Le lendemain, dès le matin, ils avoient esté à la mefTe en grande dévotion dans le cueur de l'église du diél Gifors , tout le peuple , au fortir de l'église , ayant crié Vive le Roy (2) ; & s'en estoient retournez enfemble au logis de Claude

(i) Ce rapprochement entre les /;///er/es et la levée des impôts est assez original ; notre chroniqueur l'a peut-être fait sans y entendre malice.

(2) Il est très-étonnant que notre chroniqueur soit ici resté muet sur un incident rapporté par le petit nombre d'écrivains qui se sont occupés de l'histoire de Gisors.

Le curé, Pierre Neveu, aurait reçu, dit-on, le roi à la tête de son clergé composé de soixante prêtres, et après avoir ordonné de fermer les portes de l'église, il lit en quelque sorte renouveler au monarque l'abjuration que celui-ci avait déjà prononcée à Saint-Denis. M. de La Mairie, dans ses Lettres sur Gisors, reproduit le texte des discours du curé et la réponse du prince, d'après « de vieux manuscrits. »

D'autre part (d'après M. G. Dubreuil), Ant. Dorival, poète de l'époque, et témoin oculaire du fait, aurait laissé plusieurs vers qui confirmeraient la véracité de ces circonstances. « Ventre-Saint-Gris, aurait dit gaîment le roi, me voilà enfin Roy de Gisors ! » Cette scène a été représentée dans une des gravures du Voyage pittoresque de Normandie, de Ch. Nodier.

Sans chercher à nier l'authenticité de ces faits, nous sommes surpris, disonspous, que l'auteur du Journal que nous publions, si précis dans certains détails, et en général si exact dans l'ensemble des faits qu'il rapporte, n'ait rien dit du refus opposé par le curéàl'entrée du roi dans l'église de Gisors, avant que celui-ci n'ait adoré la croix à genoux et renouvelé son abjuration d'une manière aussi solennelle.

Nous ferons, de plus, remarquer la présence de Gabrielle d'Estrées, signalée par notre Bourgeois de Gisors, témoin oculaire des faits ; ce détail a aussi son importance.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

Cordier, dans le bourg, où ils eftoient descendus le foir précédent. Et après desjeuner, le Roy s'en estoit retourné, accompagné de cinquante ou lx chevalliers de la ville de Mantes, et la ditte dame dans fon caroche, à Clermont, dont elle estoit Comteffe. Tous les habitants de Gifors ayans esté bien joieux & resjouys d'avoir veu ainfi dévotieusement le Roy à la mefle , laquelle avoit esté célébrée par fon ausmonyer, qui le fuivoit journellement, avec sa Chappelle.

En ce temps, ou toft après, se feroient rendus au Roy les villes d'Orléans, Meaux, Pontoise (i) & plufieurs autres.

e Roy avoit efté facré à Chartres, le Dimenche xxvne jour de Février mil v^ ini" xiiii , en préfence de la plus grande partie de la noblefle de France , en grand honneur & triomphe.

Et le Lundy xxie de Mars, au dit an iiiixx xiii, la ville de Paris avoit esté mise et rendue en robéilfance du Roy, qui y eftoit entré le lendemain Mardy, xxii^ jour du dict mois, où le jour mesmes, à huiél heures du matin, il eftoit allé à la mefle dans l'église Notre-Dame, et où il avoit protesté de rechef vivre en la sainte Relligion Catholique, Apoftolique et Romayne, et vivre et mourir pour la defîense d'icelle ; et par après , il avoit esté convié au Louvre ; ce qui avoit esté faid, au moyen que le seigneur de Briflac, gouverneur de la ditte ville, et autres y estans en grand nombre, et des principaux habitans d'icelle, s'eftoient tous armez, ayans efcharpes blanches; lors que tous les gens du Roy entroient dans la ville , ils avoient crié au lieu d'allarme : Vive le Roy & la paix /Et à l'inftant , les Espagnolz, & autres fortes de gens, qui gardoient le Louvre & autres places, s'eftoient vouUus mettre en defîense avec armes, et avoient esté tuez (jusques au nombre de trente-cinq ou xl feuUement). Tous

Les villes d'Orléans Meaux, Ponthoise

& autres rendues au Roy.

Le Roy sacré à Chartres.

¥¥.a.xtiiv {Verso}

La ville de Paris

rendue & mise en

l'obéiffance du

Roy.

(i) Ceci n'est pas absolument exact; d'Alincourt n'attendait alors, il est vrai, que l'occasion de rendre la ville au Roi; mais ce fut seulement le 22 mars 1694 que Pontoise rentra sous l'obéissance de Henri IV, c'est-à-dire le jour même où le Roi fit son entrée dans Paris.

Un détail assez curieux dans l'histoire de cette ville « ligueuse », c'est que la « réduction de Pontoise sous l'obéissance de Henri IV », fut « célébrée », dans la suite, par une procession solennelle, qui se faisait encore quelques années avant la Révolution, ainsi que cela résulte du : Précis pour M" Eust. Choiiquet, curé de Saint-Maclou, contre les Doyen, Chanoines et Chapitre de Saint-Mellon. (Paris, in-4», chez Simon et Nyon, 1783.)

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

La ville de Rouen

rendue au Roy,

autres d'allentour.

La Gappelle en

Picardie prise par

les Espagtiolz.

Cruautez des Espagnolz.

Siège & rendicion

de la ville de

Laon en Lannoys

au Roy.

les autres voians que tant d'hommes d'armes eftoient entrez dans la ville avoient crié : Miséricorde ! A l'inftant , le Roy avoit faict fonneràson de trompe qu'il pardonneroit à un chacun, & qu'on ne fist aucun murmure ; pour raifon de quoy, les Espagnolz et autres gens eftoient fortis de la ville. Tout le peuple y estant avoit esté en repos, louans & remercians Dieu. Au reste, le cappitaine de la Bastille, nommé M. de Bourg, qui, avec quelques foldatz, n'avoit point voullu rendre la place, jusques à quelque temps après, l'avoit rendue.

Tout ce que deffus ayant esté faicfl, après que le fieur Duc du Mayne eftoit forty de la ditte ville environ fix sepmaines devant. Et le Mercredy, pénultiesme du dict mois de Mars, la ville de Rouen avoit esté par femblable rendue au Roy, où avoient esté les fieurs de Hallaincourt, Gouverneurs de Mante et de Pontoise, accompagnez de sept à huicfl centz hommes d'armes. A leur entrée, il avoit esté fait grand triomphe, comme auffi toutes les villes d'allentour et proches de la ville de Rouen s'eftoient submises et rendues à l'obéiffance du Roy.

Les Espagnolz, s'estant en partie retirez aux faulxbourgs de la ville de Beauvais, n'avoient aucunement voullu se rendre à l'obéiffance du Seigneur Roy ; & l'autre partie avec grand nombre d'autres Espagnolz et autres fortes de gens, qui eftoient arrivez en France, avoient affiégé la Cappelle-en-Picardie, autrement dit la Capelle-en-Terraffe ; de telle forte, qu'ils estoient entrez dans la ville ; et par après ils avoient gaigné le chafteau (très forte place) après plufieurs affaulx. Le Roy, avec ses forces, avoit esté trop tard à leur fecours, fi bien que les Espagnolz (encores que ceulx de dedans le chafteau se feuffent rendus leur vie fauve), avoient néantmoins tout mis au fil de l'efpée, tant les hommes que femmes & petits -enff ans ; et jettez dans les maisons où ilz avoient mis par après le feu ; dans lequel chafteau , iceux Espagnolz, comme très forts et en grand nombre, s'estoient tenus à l'entour d'icelluy, de forte que le Roy, ny toute fon armée, n'en avoit sceu aprocher, qui s'estoient tenus proches d'illecq.

Le Roy & son armée avoit esté devant la ville de Lan (Laon) en Lannoys, très-forte, pour la prendre et mettre en son obéissance , où il avoit esté fort longtemps avec une grande armée ; les Espagnolz estoient dans la ville et à l'entour, bien fortz et en

grand nombre ; enfin , après bresche faide , et ung aflault donné, et après la mort de plufieurs grandz Seigneurs, ceulx de la ville (spe'ciallement le filz de Monfeigneur le Duc du Mayne qui la gardoit) , avoient cappitulé , appointé & rendu la ville au Roy, le fécond jour d'Aouft mil vc imxx xiiii. Il y avoit tout aprez faict fon entrée et baillé le gouvernement d'icelle au fieur de Marrivaux.

Ceulx de Beauvais ne s'estoient vouUus rendre aucunement à son obéiflance ; lesquelz à raifon que la garnifon de Gifors et ailleurs estoient à l'armée, venoient journellement jufques aux faulxbourgs de Gifors pour prendre les vaches & beftial de la ville, mesmes les hommes qu'ils pouvoient avoir, ce qu'ils avoient fait d'aucuns du dit Gifors, qu'ils avoient menés à Beauvais, où après leur avoir fait payer rençon, ils les avoient renvoyez.

Ayans, les dits foldatz de Beauvais, tant de cheval que de pied, faid payer la taille au dit Beauvais, à la plus grande partie des villages d'allentour. de Gifors, au lieu qu'ils n'en payoient plus à Ponthoise et à Lions, estans demeurez obftinez en leur oppinion, spéciallement un nommé Luquain (i), prédicateur, et le Maire de la ditte ville, appelle Godin, qui ayans à leur séquelle & dévotion tous les mauvais garnements de foldat^, et autres de Beauvais, n'avoient voullu se rendre. Et encores que la plus grande partie des habitants d'icelle ville l'euffent bien voullu rendre, ce qu'ils n'avoient ozé entreprendre, ny en parler aucunement, pour ce que le premier qui en voulloit parler eust esté à l'inftant mis prifonnier, et, par aprez, faid fortir de la ville , et ses biens confisquez.

Durant ce temps, & le fiége de Lan-en-Lannoys, aucuns, tant de la ville de Paris que de Rouen, avoient faid le presche; pour raifon de quoy, il y avoit eu grand murmure et fédition en la ville de Paris, d'autant que les habitans de la ville n'avoient voullu permettre tel presche comme chofe inique & indigne du falut des hommes.

En ce même temps, alfavoir le Mercredy xviie du dit mois

Vexations

de la garnison de

Beauvais contre

les habitants

de Gisors.

ObUination

à se rendre (") par

ceulx de Beauvais.

Le prêche à Paris et à Rouen.

(i) Ce Luquin avait déployé une activité extraordinaire pour la Ligue; il était même venu jusqu'à Pontoise soutenir et réchauffer par ses discours exaltés le zèle des partisans de la Sainte-Union.

(') Lisez : obstination à ne pas se rendre.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

La ville d'Amyens rendue au Roy.

Mort du Cardinal de Bourbon.

d'Aouft mil vc inixx xiiii, la ville d'Amyens s'eftoit rendue au Roy ; & ce , après que trois sepmaines ou un mois préce'dent , le fieur du Mayne s'en estoit allé & retiré hors d'icelle , où il avoit esté depuis la fortie de Paris ; et lors de cette rendicion , le Seigneur Duc d'Aumalle en estoit aufli forti , et quelque temps après, le Roy y estoit entré.

Quelque peu devant ce temps, aflavoir le Mercredy me jour du mois d'Aouft (i), au dit an, Monfeigneur le Cardinal de Bourbon (ayant depuis peu de temps receu cette dignité de Cardinal pour le don de fon feu oncle) , estoit allé de vie à décès , il avoit esté pourveu en son lieu un des filz du dit fieur du Mayne.

LavilledeBeauvais rendue au Roy.

La paix rétablie

' entre Gisors et

Beauvais.

oians, ceulx de la ville de Beauvais, qu'ilz avoient esté fommez de rendre la ville, et qu'il estoit bon de ce faire pour eulx, pour ce qu'ils estoient de tous coftez environnez de l'armée du Roy, & aufli qu'il s'estoit faid quelques féditions entre les habitans du lieu, ils avoient envoyé fix peffonnes par eulx députez vers Sa Majefté, le Mercredy xxii^ du mois d'Aouft, afin de luy rendre le salut, aux fins de la rendicion de la ville, lesquelz il avoit reçuz en leur requefte. Les députez avoient payé pour la folde de l'armée quelque fomme de deniers, & les articles dreflez et arreftez avoient esté envolez par divers Meflieurs de la Court de Parlement de Paris pour émolloguer (sic) ; pendant ce temps , ils s'estoient rendus h l'obéiflance du Roy, le Mercredy, jour de la foire saint Berthelemy, xxiuie du dit mois d'Aouft iiiixx xiiii ; et avoient crié dans la ditte ville : Vive le Roy.

Le Lundy enfuivant, le dit Seigneur Roy avoit envoie des lettres à Monfeigneur de Hédouville, noftre gouverneur, qui avoient esté publiez à fon de trompe, par lesquelles il estoit défendu , à peine de la vie , de faire aucun acte d'hoftilité à rencontre de tous ceulx du dit Beauvais , tant par les garnifons de Gifors que par toutes autres personnes : par ce moyen, ceulx qui avoient esté caufe de tant de maulx , périlz et dangers , et fait tant d'inhumanitez, avoient esté quides et remis en leurs

(i) On voit que l'auteur du Journal ci-dessus dut, dans le principe, enregistrer les faits au fur et à mesure qu'il en avait connaissance, sans toujours s'assurer de l'exactitude des dates ; ainsi, le cardinal de Bourbon mourut le samedi 3o juillet, à deux heures de l'après-midi , et non dans les premiers jours d'août.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

lOI

premiers privilèges (i). L'armée du Roy estoit alors à Chevynes, proche de la ville de Neufchatel, afin de l'inveftir et de l'affaillir en toute rigueur, ce qui n'avoit toujours esté faid ; d'autant que ceulx qui le gardoient avoient faid quelque pourparlé d'appoinctement ; lequel en fin s'estoit faict , & on avoit rendu la ville au Roy. Devant lequel appoindement , les garnifons de la ville de Neufchastel avoient gardé les habitans de Gifors, & toutes autres perfonnes , de librement vacquer, aller, ny venir à leurs affaires et commoditez ; pour ce que journellement ils estoient par les chemins, la rencontre desquelz estoit grandement préjudiciable, d'autant qu'ilz volloient & pilloient tous ceux qu'ils rencontroient. Ils prenoient les belliaux des villageois (pour le paiement des tailles, à ce qu'ils difoient) ; fi bien, que l'on avoit esté quelque peu en repos, & ne couroient plus tels volleurs, synon ceulx de Ham , qui estoient encores du party contraire.

La ville de

Neufchatel rendue

au Roy.

nviron le commencement de l'année mil vc an'^'^xv (2), 7^^ le Roy eftant dans la ville de Paris , où il avoit tou- ^~^ jours esté ou la plus grande partie depuis fon entrée, se promenant en la grande falle du Palais, il avoit esté frappé d'un coup de coufteau par la bouche, par un jeune garçon qui estoit de sçavoir, aagé de dix-huid à vingt ans, fils d'un marchand groflier, fort riche ; lequel ( fils ) avoit esté tost aprèz exécuté par cruelz tourmentz. La maifon de son père, tout proche d'une des portes de la court du Pallaix , avoit esté rasée , et en lieu d'icelle on avoit mis et apposé une croix fort riche, à l'entour de laquelle est escrit le procès fait à l'encontre du did filz; et pour cette caufe, les Jhésuites avoient esté chaflez et bannys de la France, d'autant que l'on difoit que l'un d'iceux avoit oy en confeflion le dit jeune homme, et n'en avoit adverty Sa Majesté de l'entreprife qu'il voulloit faire ; aufli, que le père avoit tenu son filz enfermé trois jours & trois nuits dans la cave de son logis, fâchant qu'il voulloit faire telle affaire, et n'en avoit donné aucun avertiflement.

FF. CLxxxiP {V'.)

Le Roy frappé dans le palais de Paris.

Les Jhésuites

chaffez & banniz de

France.

(i) Notre chroniqueur, in petto, trouve cela souverainement injuste; mais son respect profond pour l'autorité royale l'empêche d'ajouter aucune réflexion.

(2) 11 s'agit ici de l'attentat commis sur le roi par Jean Châtel, le 27 décembre t594, dans la chambre de madame de Liancourf, Henri IV fut seulement légèrement blessé à la lèvre.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Nouvelles terreurs

dans les

campagnes de

Normandie et de

Picardie.

Décès du fieur de Longueville.

Monfeigneur

le Comte de St-Pol

gouverneur de la

Picardie.

FF. CLxxxv= iR".)

Prise et rendicion

de la ville

de Ham au Roy.

Aucuns de la garnifon de Harfl, du party contraire, ê autres volleurs en grand nombre, avoient toujours esté fur les chemins de Rouen , et ailleurs , prenans tous ceulx qu'ilz pouvoient rencontrer, fi bien que les habitans de Gifors , et tous autres , n'ojoient librement aller par les chemins. Les garnifons de quelques villes de Picardie esftoient auffi journellement par les villages, mangeans et ravageans tout ce qui y estoit, de telle forte, que tout le peuple eftoit fort paouvre et afflige', joind la grande charge des tailles, et le blé et vivres fi chers que les habitans des villages n'en pouvoient plus.

Monfeigneur le Duc de Longueville avoit esté frappé d'un coup de mousquet ou harquebouze, par le derrière, au cofté du col, de quoy il estoit tost après deceddé, environ la my-May, au dit an iiii^x quinze (i). Et ce, lors qu'il voulloit pofer & remettre, par le commandement du Roy, un cappitaine en la ville et chafteau de Dourlen en lieu d'un autre, qui y avoit esté mis par le dit fieur Duc de Longueville, en le falluant par quelques foldatz de la ditte ville et du chafteau lorsqu'il estoit tout proche d'icelle ; et deux ou trois des fiens , estans derrière et proche de luy, qui avoient esté tellement frappez et offensez, qu'ils estoient mortz à la place, sans que l'on eust peu découvrir qui avoit esté telles malheureuses perfonnes qui avoient fait telle affaire.

Peu de temps après, Monfeigneur le Conte de Saint-Pol, son frère, avoit esté mis et pofé de par le Roy, gouverneur de la Picardie, en lieu du dit Seigneur son frère ; où il avoit du depuis réfidé, affavoir en la ville d'Amyens. Le peuple avoit toujours esté lors, et du depuis, tenu en ces termes & efpérance de paix, tant avec le fieur Duc du Mayne que autres du party contraire.

Et il estoit advenu que la nuid d'entre le Lundy & le Mardy, vingtiesme de Juin , au dit an , Monfeigneur le Conte de Saint- Pol & grand nombre des gens du Roy eftoient entrez dans le chafteau de Ham , duquel ouverture leur avoit esté faide par le gouverneur, nommé le Baron Doxviller, qui avoit rendu le dit

(i) On a attribué à un accident la mort du duc Henri de Longueville, tué dans une salve de mousqueterie, tirée en son honneur, lors de son entrée à Doullens. Sans se prononcer clairement à ce sujet, notre chroniqueur laisse entrevoir qu'il pourrait bien y avoir eu , « dans cette affaire », autre chose que de la maladresse.

Henri II de Longueville, son fils, devint, à-)» mort de sa grand'mère, seigneur de Trye-Château, Etrépagny, etc.

Quant à Marie de Bourbon (dame de Trye et épouse de Léonor d'Orléans), elle mourut à Pontoise, le 7 avril tôoi. (V. J. Vatout, Le Château d'Eu ; 5 v. in-8".)

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

io3

chafleau au Roy ; et estant illecq avec cinq centz chevalliers à l'entour de la ville de Ham , ils s'estoient , dès deux heures de nuid, mis en tout debvoir d'entrer du dit chafteau en la ville, qui estoit bien gardée de deux mil foldatz , tant Espagnolz que François, sans les habitans du lieu; tous lesquels, ne pensant à telle entreprife & rendicion, avoient esté esbahis d'oyr l'allarme fi impétueuse venir de la part de ceulx du chafteau , qui avoient à l'inftant tiré deux pièces de gros canons dans la ville ; quoy oyans , par les foldatz & habitans de la ditte ville ; et voians qu'ils estoient trahis, ils s'eftoient tous mis en debvoir, et tellement défendus à deffaire & repoulser leurs ennemys, depuis deux heures de nuid jufques à quatre heures après midy, qu'ils s'eftoient laffez , voians que grande multitude de peuple entroit en la ville, tant par escallade que venans du chafteau ; de forte qu'il leur avoit convenu rendre la ville au Roy, non sans grande éfufîon de fang, tant de cofté que d'autre, & grande perte de biens, pour ce que les habitans avoient esté pris & ravagez.

Au moien de cette prife, plufieurs perfonnes détenues prifonnières par les garnifons avoient efté mises en liberté par le fieur Conte de Saint-Pol ; & spéciallement Maiftre Pierre le Monnyer, greffier au grenier à sel de Gifors, & ToufTaint Desportes du did lieu ; ils avoient esté pris dans le bois de Fleury, en revenant de Rouen, et menez en la ville de Ham ; & lesquelz avoient jà composé pour leur rençon que l'on avoit portée jusques à Beauvais, n'ofans la bazarder de la porter jusques en la ditte ville, de paour que les dits deniers, montans jusques à vin ou neuf centz efcuz, ne feuflent voilez; lesquels, au moien de la prise de la ville, n'avoient efté paiez ni portez en la ville de Ham ; & ainfi estoient demeurez quiéles, les deflus dits, de leur rençon.

Comme auffî, depuis icelle prife de Ham, de la ville de Dijon, et du Chafteau de Tallen, et le caftel, environ le temps deifus limité, un chacun avoit esté plus librement de costé & d'autre à ses affaires, sans aucune crainte, à raifon qu'il ny avoit plus que la ville de la Père qui tenoit pour la Ligue , dans laquelle il ny avoit que des Efpagnolz.

Et le mois de Juillet en fuivant, la Court de Parlement de Paris afiemblée , avoit par son arreft condamné à mourir Monfeigneur le Duc d'Aumalle, à raison que les jours précédents

Habitants

de Gisors libérés

de leur rançon par

la prise de Ham.

Prife de la ville de

Dijon et autres

par le Roy.

Arreft de mort

contre le fieur Duc

d'Aumalle.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

il avoit faid alliance & s'efloit mis avec les Efpagnolz, tenu, pre'sidé , machiné avec eulx , à l'encontre du Roy de façon qu'il avoit elle avec une charrette , trainé en la ditte ville de Paris en effigie, sur une claye & par après, sa tefte tranchée, il avoit efté defcartelé, et ce, à quatre chevaux, & sa teste mise au bout d'un pofleau sur la porte de Saint-Denis de la ditte ville de Paris (i).

Guerre

déclarée aux

Efpagnolz.

Siège & prife de la ville & chafteau

de Dourlen par le fieur d'Aumalle

et les Espagnolz.

omme auffî , au mesme temps , le Roy avoit déclairé la guerre aux Efpagnolz : pour raison de quoy, & à l'instant (ou peu de temps après), le dit fieur d'Aumalle avec l'armée des Efpagnolz en grand nombre avoient afliégé la ville & le chafteau de Dourlen en Picardie , devant laquelle ils avoient esté quelque temps. Le Roy et son armée eftoit de l'autre cofté à l'encontre d'une autre armée des Efpagnolz ; il avoit pris et gaigné quelques villes du dit costé; il avoit auffî commandé au fieur Conte de Saint- Pol, & autres, plufieurs garnifons tenir, et ne permettre par tous moiens la prife de la ville de Dourlen, aux fins de quoy, et pour en faire lever le fiége, le sieur de Villars, admirai de France (2), avec grand nombre de gens y avoit efté, par mesme moyen ; comme auffî y eftoient allez, Monfeigneur le Duc de Nevers, Monfeigneur le Duc de Bouillon, avec leurs gens en grand nombre.

Il advint que le Lundy xxiiiie jour du mois de Juillet, au dit an mil vc mixx xv, sur ce que le fieur Conte de Saint- Pol & le fieur de Villars avoient donné et rué sur les compaignies des Efpagnolz , lesquels ils avoient fait fuyr, et tué d'iceux grande quantité. Enfin, les Espagnolz s'enfuyans, attirèrent les dits fieurs & leurs gens, en certain endroit, où eftoit un gros de chevallerie ; iceulx Efpagnolz les avoient chargez et tellement entourez qu'il avoit convenu au fieur de Saint-Pol de se desfuyr et fauver, après avoir efté remonté sur un autre de ses chevaulx, à raifon que le fien avoit esté frappé et tué soubz luy. Le dit fieur admirai fut pris prifonnyer par une compagnie de foldatz Vallons à pied , sur ce qu'il s'absentoit de la charge. Ausquelz Vallons, il avoit promis cinquante mil efcus pour sa rençon, afin

(1) On poussa l'exactitude, dans le costume, jusqu'à affubler d'un pourpoint espagnol et de jarretières rouges le mannequin qui fut exécuté au lieu du Duc. (Chronologie novenaire ; Palma Cayet, III.)

(2) André de Brancas, plus connu sous le nom d'Amiral de Villars.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

io5

qu'ils ne le tuaflent ; ce néantmoins , quelques ungs des Efpagnolz ayans entendu qu'il eftoit pris par les dits Vallons, ilz avoient esté vers eulx , affin d'avoir part & participper à la rençon. Sur la dispute des Vallons qui ne voulloient aflbcier les Efpagnolz à la ditte rençon, iceux Efpagnolz avoient à l'inftant poignardé et frappé le fieur admirai de xviii ou xx coups, de telle façon qu'ils l'avoient tué et faid mourir à la place.

Son corps fut pris et porté en la ville de Rouen , où il avoit efté inhumé en grande pompe funèbre, d'autant que les habitans de cette ville l'avoient toujours honoré et tenu pour leur feigneur, comme les ayans gouvernez et entretenuz en grande paix et amitié ; durant lequel gouvernement , le fieur admirai avoit tousjours eflé entretenu et soudoyé par le Roy d'Efpagne, jusque à ce qu'il euft rendu au Roy de France la ville de Rouen, et qu'il eûfl esté pourveu aux dits États (des fonctions) d'Admiral; c'eft pour quoy l'on difoit que les Efpagnolz l'avoient faid mourir, comme aufli, durant les choqs, et guerres ainfi faides entre eulx, il avoit eflé tué un grand nombre de braves hommes & de cappitaines, tant de costé que d'autre, jusques à cinq ou six mil hommes (i). Le dit sieur admirai avoit voulu de soy faire cette entreprife, sans l'ayde des fieurs de Nevers et de Bouillon, pensans avec le sieur Comte de Saint -Pol emporter la victoire contre les Efpagnolz, & leur faire lever le fiége, ainsi qu'ilz avoient bien commencé, s'ilz euffent efté suivy des fieurs de Nevers & de Bouillon. Néantmoins la préfence desquelz, et de toute leur armée, ils avoient renvitaillé des poudres & munitions la ville et le chafleau de Dourlen ; c'estoit une place imprenable ; les Efpagnolz avoient tellement tenu le fiége et commencé à battre la ville de dix-hui(5l pièces d'artillerie, et autres neuf pièces qui batoient & tiroient en courtine.

Le Lundy, dernier jour du mois de Juillet, au dit an, ils avoient fait brefche en icelle ville, où ilz efloient entré de force, sans aucune revenge ny réfistance par ceulx de la ville, quaji chose faiâe à plaifir, ou bien, ainfi qu'il eft certain (comme Dieu l'a voullu), pour les pefchez & ambitions des grandz mondains et du peuple ; & le lendemain , Mardy, premier jour d'Aouft,

Décès

de M. deVillars,

admirai de France.

Sa pompe funèbre à Rouen.

FF. CLXXxxu«fF».J

La ville de Dourlen prife.

(i) P. de l'Estoile eut un fils tué dans cette terrible rencontre ; il dit simplement dans ses Mémoires : « J'y perdis mon fils aîné, Loys de l'Estoile, qui y fut vendangé » des premiers. ->

io6

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Cruauté des Efpagnolz.

Siège et prife de la ville & chafteau

de Cambray par les Efpagnolz.

Rendei-vous

général de l'armée

à Gournay.

commencé dès le matin à tirer contre le chafteau du lieu, de telle véhémence que , après brefche faide , ilz avoient esté maistres, gaigné et entré en icelluy le dit jour, à deux heures de rellevée, ayant tué & maflacré tous ceux qu'ils avoient trouvez en la ditte ville, et conduid au Chafteau, tant foldatz, habitans, que les femmes & les petits enfans, rigueur et cruauté grande et exécrable de telz ennemys, ausquelz l'on avoit pardonné & iceux laisser aller lors de la prife de la ville de Paris, Amyens, Beauvais, et autres villes.

la fin du mois d'Aouft, les Efpagnolz & leur armée bien forte avoient affiégé la ville de Cambray, très forte ville, P proche de laquelle ilz avoient commencé à faire des cavalliers de terrajfe, afin de pofer sur iceux de l'artillerie pour battre plus aifément; & de mesme, fuivant leur couftume, ils avoient foffoié tout alentour d'eux, afin de se rendre plus fortz : tellement, qu'il avoit convenu que toutes les compagnies des Gouverneurs, tant de Paris, Rouen, que ailleurs, se feuffent affemblez avec nouveaux cappitaines, qui avoient levé une grande quantité de foldatz. Joind que Monfeigneur de Montpenfier, lieutenant-général de la Normandie, et gouverneur de la ville de Rouen, après le décès de Monfeigneur de Villars, admirai, avoit envoie fignifier à tous les nobles le baon (i) qu'il avoit fait faire, qu'ilz euflent à l'accompagner pour, tous ensemble, aller au fecours de la ville, Maîtreffe de toute la Picardie, à rencontre des Efpagnolz & ennemys de la France ; lequel amas de foldatz avoit caufé grande ruyne : d'autant , que par où ilz avoient paffé, ilz avoient tout pillé ê ravagé ce qu'ilz avoient trouvé; et joind la faison de l'Aouft, de faid, ils s'estoient trouvez tous au rendez-vous, qui estoit à Gournay, au x^ jour de Septembre, au dit an; et de là, s'en estoient allez trouver l'armée pour le Roy, qui eftoit proche de Cambray, pour la deffense d'icelle ville.

Le Roy eftoit lors avec son armée par de là Lyon , aux lieux nommez Pontignoty, à Gray et autres villes, à rencontre d'une autre armée d'Efpagnolz et d'autres Ligneux, qui avoient jà

(i) Baon, Ban, proclamation ou annonce ayant caractère officiel ; ancien mot qui n'est plus usité de nos jours que lorsqu'il s'agit des bans ou publications de mariage faites à l'église, ou encore, dans certains pays, des bans de vendange.

entré dans la France; il les avoit courageusement repoulsez, et avoit repris les villes qu'ils avoient desjà prifes, et par après, faid quelques trêves avec le conneftable de Callille, conduéleur de la ditte arme'e, de forte, qu'il avoit envoie plufieurs des troupes de fon armée, en dilligence. Elles s'eftoient acheminez à Paris, & de là, pafTans par Meaux, avoient esté trouver l'armée audit lieu de Cambray ; le Roy (à ce que l'on disoit) revenoit à la ville de Paris pour eftre préfent au fecours de Cambray, de fait, il eftoit arrivé en icelle ville de Paris, au commencement du mois d'Odobre.

De là, ayant couché à Pontoise (i), il avoit pafle proche de Beauvais ; et par après , allé en l'armée , où il eftoit arrivé trop tard, d'autant que les Efpagnolz ayant faid quelque brefche, & voullans aller à l'aiTault, les habitans de la ville tous armez qu'ilz estoient, avoient crié : Vive le Roy d'Espagne, tellement que les Efpagnolz efloient entrez dedans ; le fieur de Bellangny, commandeur en la ditte ville, avec toutes ses troupes pour le Roy s'estoit réfugiez dans la citadelle du lieu ; laquelle rendicion de Cambray avoit eu lieu, à ce que l'on tenoit pour certain, parce que le fieur de Bellagny avoit usé de grandes cruautez envers les habitans du dit lieu ; & s'estans réfugiez en la citadelle, quelques huid jours après, ils avoient, par compofition, rendu et quidé la citadelle aux Efpagnolz au moyen de cinquante mil efcus, qu'ils avoient reçuz ; et luy et les fiens estoient fortis avec leurs armes & bagages. De forte, que le Roy, ny son armée n'avoient peu donner fecours avant que la ville n'eust efté rendue et prise par les Efpagnolz ; environ le viii® >our du mois d'Odobre iSgS.

Incontinent après, l'armée des Efpagnolz se retira en leurs limites , et païs , après avoir toutesfois laifle une forte garnifon et de grandes munitions, tant de guerre que de bouche, en la ville de Cambray, devant laquelle, au commencement du mois de Novembre, au dit an, mil vc iiiixx xv, le Roy et son armée eftoient allez. Ils l' avoient investie et afliégée de toutes parties ; de forte qu'il ne pouvoient entrer aucuns vivres, ny fecours en la ville, à l'entour et dans laquelle, le Roy faifoit aller journellement grandes eaues qu'il retenoit d'un vivier proche de ce

Trêves fai£les

avec le Conneftable

deCastille.

Passage

du roi Henri IV à

Pontoise.

Siège de Cambrai.

(1) Henri IV passa à Pontoise le 6 Octobre, avec beaucoup de cavalerie, et fut suivi de nombreux convois de munitions. (V. La Ligue à Pontoise, p. 233.)

io8

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

FF. CLXxxxixofF".;

PalTage à Gifors

du fleur

de Mompenfier,

gouverneur de la

Normandie.

Siège de La Fère.

Siège & prife

de la

ville & citadelle de

Callais par les Efpagnolz.

lieu, qu'il avoit faid creuser : de façon, que les habitans et ceulx dedans la ditte ville avoient eu grandement affaire de leurs hommes eftans bien empefchez.

urant ce temps, Monfeigneur le Duc de Mompenfier, Gouverneur de la Normandie, avoit pafle et repaffé deux fois par cette ville de Gifors, avec des grandes compagnies, pour aller trouver le Roy en son armée, et lors de ses paflages grand nombre des habitans de Gifors avoient esté au devant du dit Sieur luy préfenter les clefs de la ville et luy offrir tous hommes & fervice : ausquelz il avoit faidl responce : « Qu'il ejïoit atrry des habitans, & qu'ils euj/ent à recongnoijîre » le Jteur de Fervacques, qui ejîoit avec luy, pour gouverneur » de tout le bailliage de Gifors ». Il s'en retourna en la ville de Rouen, où il faisoit sa demeure. Le Roy & fon armée ayant tousjours, du depuis, esté devant la ville de la Ferre (i), pour ce que les foldatz et Efpagnolz estans dans la ditte ville avoient tenu bon & ne s'eftoient aucunement voullu rendre, à raifon que les eaues f aides retenir (sic) par le Roy avoient enfin rompu les chaulfées qu'il avoit faifl faire , de forte qu'ils n'alloient plus dans la ville, ains par leur commun cours, & auflî que l'on avoit defcouvert qu'ilz recevoient des vivres par quelques-uns, traiftres de l'armée du Roy. Comme aufli, durant le dit fiége, quelques cinq centz des Efpagnolz avoient, le mois de Février i5g6, paffé et rapafle^^de nuiél à travers l'armée du Roy et porté quelques bledz à ceulx de dedans la Ferre , jufques sur le bord des foflez de la ville , où cela avoit esté pris , ou la plus grande partie , par ceulx de la ville, nonobftant l'émotion et allarme qui s'estoit à l'inltant illecq fai<5le , à caufe de ce.

Pendant ce temps, environ le commencement d'Avril, au dit an mil vc iiiixx xvi , l'armée des Efpagnolz revint en grand nombre ; en lieu que l'on penfoit qu'ilz vouluflent donner fecours à la ville de la Ferre, ou bien en affiéger une autre, l'on auroit tout auflitost defcouvert qu'ilz avoient afliégé la ville de Callais. Néantmoins la force de laquelle et de la citadelle, par la menée de quelques preftres ou autres du lieu , ou bien que le gouverneur de la dite ville, nommé (sic) (2), n'avoit pas beaucoup

(i) * La Ferre, en Picardie. » (Note sur le manuscrit.)

(2) Le nom est resté en blanc sur le manuscrit de la Bibliothèque Nationale.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

de gens, encores qu'il receust paye de plus grand nombre, et que pour son avarice il n'avoit faiél raccomoder les écluses pour mettre l'eaue à la chaulfe'e, pour ce qu'ilz ne pouvoient que par illecq les furprendre, ils avoient, avec grand nombre de coups de canon , faict bresche en la ville , estoient entrés dans icelle, et avoient faid mourir tous ceulx qu'ilz avoient trouvez, encores que les compagnies que le Roy y avoit envolez, et qui y estoient entrez , se feuffent vaillamment combatues ; tellement , que le Roy & son armée avoit quidé l'afliégement de la ville sans la pouvoir avoir.

Et par après, aflavoir le Mercredy xxix« de May, au dit an, la ville de la Ferre, luy avoit esté rendue par les Espagnolz qui eftoient fortis par composition, avec leurs bagues fauves, harnois, harquebouzes et mesches allumez; comme aufli, le Roy leur avoit faid conduire une pièce de gros canon , estans dans la ditte ville, qui estoit de leur emprainte. (i)

Les troupes & compagnies de Monfeigneur le Duc de Nemours eftoient arrivez en celle ville de Gifors, le Mercredy xii® jour de Juing, au dit an mil v^ inixx xvi, veille du Saint-Sacrement. Elles alloient rejoindre l'armée du Roy, s'eftans depuis fix sepmaines ou deux mois rendus et remis à l'obéilTance du Roy ; ces compagnies, cependant, estoient des Ligneux.

Lesquelles compagnies jufques à quinze centz foldatz de pied, et beaucoup plus de goujard^ & garçons , s'eftoient logez aux faulxbourgs de la porte de Paris, en toutes les maifons et eftables qui leur avoient esté vuidées, & aucuns aux faulxbourgs de Cappeville, après que trois ou quatre centz chevalliers des dides compagnies, qui estoient arrivez le matin, en estoient fortis, que l'on n'avoit vouUu laiffer pafler par dedans cette ville , à caufe que l'on se deffioit qu'ilz vouloient furprendre icelle ville, et par après faire entrer les dittes compagnies de gens de pied ; ce qui avoit esté ainfi suffisamment congneu par après ; lesquelles compagnies estoient gens du tout habandonnez, et licentiez à mal faire ; les foldats se nommoient carrabins (2) , et autres fortes de

Siège

levé par le Roy

devant

Cambray tenu par

les Efpagnolz.

La ville de la Fère rendue au Roy.

Les troupes et compagnies de

Monl'eigneur le duc de Nemours

logez à Gifors ,

qui avoient tout

ravagé & gafté.

(i) C'est-à-dire qui portait leur marque distinctive, ou était de leur fabrication. Littré fait remarquer que dans le vieux langage français empreinte a aussi signifié choc.

(2) Carabins ; on donnait ce nom aux soldats de la cavalerie légère, qui, à cette époque, formaient l'avant-garde d'un corps d'armée.

IIO

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Elles vont à Gournay.

Passage à Gisors

de 72 pionniers et autres troupes.

Le Roi au château de Trye.

Entrée du Roy

à Rouen

en grand triomphe.

Le Légat

ou ambafTade

d'Angleterre fait

son entrée à Rouen.

gens, toutesfois Catholiques (à ce qu'ilz difoient), et ayans tousjours souflenu ceparty au bien de la Ligue ; ils avoient esté aux dits faulxbourgs depuis le dit jour, jusques au Vendredy enfuivant du matin, qu'ilz s'en estoient allez droiél à Gournay et ès-environs, ayant tout pille' & ravagé par où ils avoient paffé, bruUé tous les huis et feneftres des faulxbourgs, rompu les felleaux des planchers, vitres, et toutes autres choses, et tout pejîillé . pris et gafté les harbres des jardins, brullé les hayes, et tout ce qui y estoit, encore que quelques uns leur euffent baillé des vivres.

e Samedy, vie Juillet, au dit an, estoit pafle par cette ville soixante-douze pionniers de Verneuil-au-Perche , habillez de bleu & jaulme (sic), qui alloient à l'armée du Roy. Comme auffi, au commencement de Septembre, au dit an iSgô, d'autres grandes troupes de gens de pied de Monfieur le Connellable, que l'on difoit estre les compagnies de César Monfieur, filz bâtard du Roy, avoient logé aux faulxbourgs de la ville ; elles y avoient faiél grand defgat, à raison que l'on n'avoit voullu bailler iiic (écus) que l'on avoit promis & recueillis, fur les habitans de la ditte ville de Gifors, au cappitaine qui les conduisoit, qui avoit demandé des vivres.

Et par après , aflavoir le Dimanche vi^ d'Odobre , au dit an 1596, le Roy estoit pafle par cette ville, quelque peu aprez la grand mefle. Il avoit couché à Trye, au chafteau (i), la nuid précédente, accompagné de grands Seigneurs et grande quantité de noblefl'e ; comme aufTi y estoit, et alloit devant luy, dans une litière. Madame la Marquise de Monceaux, laquelle dame estoit avec fon petit fîlz nommé César Monfieur, qu'elle avoit eu du Roy, aagé de quelques deux ans ; et la ditte dame fort grofle et enceinte, sans une fille qu'elle avoit encores eu de luy (laquelle, avec son enfant, avoit esté menée et conduicte à Gaillon, et de là conduicte à Rouen, attendant l'entrée du Roy, qu'il avoit faicte en la ditte ville le Mardy quinziesme jour du mois d'Octobre mil vc iiiixx XVI , et lequel avoit esté receu par tous les habitans de la ville en grand triomphe et magnificence).

Le lendemain de la ditte entrée, le Légat de la Royne d'Angleterre (sic) y avoit fait son entrée , accompagné de quatre-vingt

(i) La chambre ou coucha le roi se trouvait peut-être située dans la tour qui échappa à la destruction de 1796.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

ou cent chevalliers , en grande pompe ; il avoit apporté au Roy, à ce que l'on difoit, l'ordre de la Jarretière, et avoit esté en la ditte ville de Rouen fort longtemps. Peu de temps après laquelle entrée, la dame de Monceaux enfanta une fille au Roy (i).

Pendant ce temps, affavoir le Mercredy xxvii® jourde Novembre , au dit an mil vc iiiixx xvi , Monfeigneur le Duc du Mayne son filz, et autres Seigneurs, avoient pafle par cette ville de Gifors sans y tarder, pour ce qu'ilz avoient couché la nuift précédente à Trie-Chafteau ; et estoient allez droict en la ville de Rouen; comme auffi, les jours précédents, Monfeigneur le Conte de Saint- Pol, gouverneur de la Picardie, y estoit allé : il avoit pafTé par cette ville de Gifors, et difoit on que le Roy permettoit à sa sœur, qui estoit à Rouen , proche de luy, d'y faire le presche , où beaucoup de perfonnes alloient sans contredit.

Durant ce temps, l'on tenoit pour certain que les Efpagnolz se remouvoient, vouUant entrer plus avant en la France, à raison que l'armée du Roy se féparoit & s'abfentoit. Tout le monde estoit bien tourmenté & accablé de toutes partz des tailles , foldatz et volleurs; on n'en pouvoit plus, et on ne sçavoit plus aucunement comment y réfister, par ce que les foldatz faisaient tout à eulx, prenoient ce qu'ils trouvoient dans les maifons. Le Roy avoit faict cependant un édit : « Que les baillys, prévôts des » Mare/chaux, & toutes autres perfonnes, eufjent à courir & ruer » fur les foldat^ & les cappitaines , au cas qu'ils pillaffènt & rava- » geaffent^ comme ils avoient coujlume ». Cet édit avoit esté publié le Lundy i^r Décembre, au dit an iSgô; néantmoins, les dits foldats ne laiffoient de voiler, piller & manger tout ce qu'ils trouvoient : joinct la malladie de contagion qui avoit esté fort longtemps en l'armée, et en plufieurs villes et villages d'allentour cette ville de Gifors , qui en avoit du tout esté perfécutée ; et spéciallement avoit esté en la ville de Paris fort longuement, tellement, qu'il estoit beaucoup mort de perfonnes.

Le pont des Musniers de la ville de Paris, bâti fur pilotis en la rivière, estoit tombé dedans icelle rivière le Dimanche au foir, vingt-deuxiesme jour de Décembre iSgô. Il y avoit eu là grande perte de perfonnes et de biens. (2)

Passage du duc de

Mayenne

à Trye-Château et

Gisors.

Edit du Roy contre les volleurs.

Le Pont

des Musniers de

Paris tombé dans la

rivière.

(i) Catherine-Henriette, duchesse d'Elbeuf, née à Rouen : « Le Roy alloit lavoir tous les jours, et la regardoit remuer. » (P. de l'Estoile.)

(2) Il existait beaucoup de maisons sur ce pont : « Huit vingt personnes y péri-

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Requefte présentée

au Roy par les hérétiques.

Les Huguenotz & Hérétiques, en ce temps, avoient préfenté requeste au Roy, en la ville de Rouen , durant les Eftatz qui s'y estoient tenus (expirez à la fin du mois de Décembre), par laquelle requeste ils demandoient qu'il leur fut permis de faire le presche en toutes villes et tous lieux de ce Royaume qu'ilz vouldroient ; d'autant qu'ils disoient avoir esté caufe de l'établissement de la Couronne du Roy ; et aufli qu'ilz se fentoient quelque peu fortz, pour ce que l'on difoit qu'il y avoit jà quelque sept ou huit mois qu'il se faisoit entre eulx une bourfe commune, pour leur entretenement , estant tout prestz de se remouvoir; laquelle requeste ne leur fut point accordée, comme très inique et méchante.

Prife d'Amyens par les Efpagnolz.

FF. ccvii" (Recto).

endant lequel temps (en mars), sachant, les ennemys Efpagnolz, que le Roy avoit naguères faid mettre en la ville d'Amyens ses munitions de guerre en grand nombre, et aussi plufieurs pièces d'artillerie, pour aler à rencontre d'eulx & conquejîer leur pais, reprendre les villes de la Cappelle-en-TerrafTe , Dourlens, Cambray, Callaix, et autres villes qu'ils avoient prifes et gaignez par force ; et que les habitans de la ditte ville d'Amyens n'avoient voullu recevoir aucune garnifon pour leur deffense, se fians & afleurans en la force des murailles, rampartz et foffez de leur ville, et auffi au grand nombre de canons, munitions & d'habitans y estans, les ditz Efpagnolz (spéciallement ceux qui eftoient en garnifon en la ville de Dourlen & autres), s'eftoient retirez & réfugiez en une abbaye de Relligion, tout proche d'Amyens, et ils avoient gaigné et attiré à eux quelques habitans de la ville.

De laquelle abbaye eftoient fortis quelques dix ou douze d'iceux Efpagnolz, desguisez & habillez en paouvres villageois, se fuivant l'un l'autre, conduidz et menez par un nommé Ermaneteillo Parto Careiro (i), principal cappitaine des dits Espagnolz ; l'un ayant une hotte sur son dos, l'autre ayant un fac plein de noys ;

» rent » , dit P. de l'Estoile, « et on a remarqué que la plupart de ceux qui

» périrent en ce déluge, eftoient tous gens riches & aifez, mais enrichis d'usures & » pillages de la Saint-Barthelemy et de la Ligue. »

Cet événement fit grande sensation dans le Vexin, puisque notre chroniqueur a pris la peine de l'enregistrer sur son journal.

(i) Hermand ou Hermantelle Portocarrero, capitaine « de petite stature, mais de grande entreprise. »

I lù

avec autres qui conduifoient une charrette ou chariot. Et ne se deffians pas, ceulx qui faisoient la garde en la ditte ville, d'aucune entreprife, celuy qui estoit en fentinelle n'avoit donné aucun avertiffement , ny fonné la charge du donjon, quand ils s'eftoient préfentez l'un après l'autre aux portes de la ville.

Celuy qui avoit des noys avoit esté arrefté pour voir ce qui estoit dans son fac ; ceulx de la garde s'amufoient aux diéles noys, que le porteur d'icelles avoit exprès laifles cheoir en terre (il n'avoit Hé sa pouche) ; les autres qui le fuivoient , avec la charrette, avoient lors icelle conduite soubz la grille de la porte ; et à l'inftant, quelques-uns estoient montés en hault d'icelle et allez droid fur le rempart, où estant, ils avoient tiré une pièce de canon, qui y estoit pour fervir d'advertiflement aux autres qui estoient en la ditte abbaye. Ceux-ci , auflitost qu'ils avoient entendu, estoient venus vers la porte, de laquelle ils avoient trouvé maiftres leurs compagnons ; ils avoient poignardé & frappé tous ceulx qui faisoient la garde à la porte, et iceulx jettez dans les foflez , et crians tous : Vive le Roy d'Ef pagne , ils estoient entrez en la ville, tirans force coups de harquebufe ; tellement que tous ceulx de la ville ne s'estoient mis en deffense, synon quelques ungs qui avoient esté tuez, tous les habitans estant bien esbahis d'une telle entreprife.

Comme aufïï, Monfeigneur le Comte de Saint-Pol, gouverneur, & réfîdant en la ditte ville , ayant esté adverty de la prife , s'estoit illecq préfenté ; lequel voyant aufli entrer et aborder les Efpagnolz, et qu'il n'avoit eu aucun ayde des habitans, il estoit monté sur son cheval et estoit forty de la ville sans autrement s'eftre mis en deffence. Lors, les Efpagnols, jusques au nombre de huid à neuf centz seuUement, qui ne penfoient que faire myne et bravade en la ville, voyans qu'ils n'avoient aucune réfistance, s'eftoient saisis des places fortes d'icelle, gaigné le magazin du Roy, et enfin s'estoient rendus maiftres d'icelle vàlle, en laquelle, peu de temps après, y estoient arrivez et entrez d'autres de leurs gens, jufques à deux mil cinq centz hommes ou environ ; encore que grand nombre de Suiffes, pour le Roy, feuffent en un village proche d'un des faulxbourgs de la ville; le Roy les y avoit envolez (à Amiens) et ils (les Suisses) avoient esté refusez par les habitans d'icelle ville, difans & ayans faid responce qu'ilz se garderoient bien sans garnifon.

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