Courrier français, n
Second bilan de quinzaine.
(Suite.)
Jeudi 18 avril 1793.
La lutte entre Girondins et Montagnards, plus furieuse que jamais, reste toujours sur le même terrain. Les Montagnards disent à leurs adversaires : « Vous êtes les complices de Dumouriez ; vous comptiez sur lai comme il comptait sur vous, qu'il appelait « la partie saine » de la Convention. Vous le défendiez encore à la tribune et dans vos journaux, alors que déjà il avait commencé de trahir' ! » — Les Girondins, à leur tour, disent aux Montagnards : « Oui, Dumouriez est un traître! mais ce traître était l'instrument des projets ambitieux de d'Orléans et de son fils; et qui donc, si ce n'est vous, n'a cessé de protéger d'Orléans, de s'opposer à son expulsion? N'est-il pas visible que vous tenez à le garder, comme une maîtresse carte dans
1. Voir notamment le Patriote fi-unçai-^ ijournal de Brissot) du ■' avril 1793
votre jeu, jusqu'au jour où vous croirez possible de tourner le 7''oi et de rétablir le trône à son profil — et au vôtre? Est-ce que Camille Desmoulins ne s'est pas écrié, la première fois qu'il fut question de bannir d'Orléans : Si ce décret passe, la France est perdue? Est-ce que les Cordeliers et la Commune ne tenaient pas le même langage? Est-ce que Marat ne disait pas alors : Il faut qu'Égalité reste* ! Et hier encore, ce môme Marat ne se faisait-il pas son avocat, et ne tenait-il pas à la Convention ce langage, singulièrement étrange dans sa bouche : « Je prie les représentants du peuple de ne pas se livrer à des mesures précipitées, surtout de ne pas entamer la dignité de la Convention. Jusqu'ici aucune preuve convaincante, pas même de soupçons justifiés, ne repose sur la tête d'Égalité^. »
Si j'avais à juger ce débat, qui rappelle tout à fait celui du Loup plaidant contre le Renard, ie ne serais guère embarrassé et je condamnerais les deux partis à la fois :
On ne saurait manquer, condamnant un pervers.
En attendant le verdict, qui pourrait bien être rendu par un tribunal plus redoutable que le mien, par celuilà même que, d'un commun accord, Girondins et Montagnards ont institué le 10 mars, je me borne à noter ici, jour par jour, les phases du procès.
Mardi 9 a.vril. — Le pouvoir militaire est subor-
1. Voii" lo Journal d'un bourrjoois de Paris pendant la Terreur, par Kclmond Biré, pp. 289-307.