‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 130 sur 230 · Séance de la Commune du 23 avril · texte numérisé non relu

Séance de la Commune du 23 avril

4. Six semaiue.s jjIu.s tard, le 13 juin, Destournelles était nommé ministre des contributions publiques.

r.vuis EN 1703 241

l'oraison funèbre du héros du 20 juin, du 10 août et du 9 septembre ^ Ce discours est accueilli par de bruyants applaudissements. Ils se calment enfin, et Fleuriot-Lescot, substitut de l'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire, — homme sensible, par conséquent, — prend la parole : n Des républicains, dit-il, ne doivent pas se borner à une pompe funèbre en l'honneur d'un citoyen qui a bien servi la patrie. Je demande que la Commune adopte la fille de Lazowski. » Un arrêté du Conseil général, pris à l'unanimité, consacre cette proposition. Anaxagoras Chaumette, — encore un homme sensiblel — couvre de larmes et de baisers la pauvre enfant, âgée de trois ans el demi, sur la têle de laquelle le maire place une branche de lauriers.

Un autre membre de la Commune se lève et déclare qu'il se charge de l'éducation de la jeune Lazowski : c'est le citoyen Blin, instituteur^ : a Brave citoyen, répond le président, la Commune accepte ton offre avec reconnaissance; elle n'attendait pas moins de ton patriotisme^. »

Le cortège s'est enfin mis en marche, et l'on s'est dirigé vers la place de la Réunion '', choisie parlaCom-

1. Le massacre dos prisonniers de la Haute-Cour d'Orléans eut Heu à Versailles le dimanche 9 septembre 1792.

2. Le citoyen Blin, un an plus tard, au mois d"avril 1794, était nommé sccrôtaire-grcffier-adjoint de la Commune, en remplacement de Dorat-Cubicres.

3. Michclct, au tome V de son Histoire de la Révolution, signale l'adoption de la fille de Lazowski par la Commune. 11 raconte, à leur vraie date, la mort et les funérailles du héros du 10 août (avril 1793i. Cela ne l'empécliera pas, un peu plus tard, dans un autre volume (Histoire du dix-neuvième siècle, t. I, p. I74i, de faire mourir Lazowski à la veille de la Journée de Prairial (20 mai 1795).

i. Ci-devant place du Carrousel.

mune pour èlrc le lieu de la sépulture de Lazowski, eu mémoire des services qu'il a rendus sur celle même place, le \0 août, à l'attaque du château. Le première bannière portait cette inscription :

Sans-culottes, Lajowshi n'est plus.

Sur une autre étaient inscrits ces mots qu'il prononça, le 10 août, à la tète de ses camarades les canonniers :

Que ceux c^ui m'aimenl me suivent!

Au soleil levant

Le tyran ne sera plus !

Sur une autre : Il fut calomnié par les conspirateurs; il est pleuré par ses collègues.

Sur la dernière : Patriotes indigents, il fut toujours votre ami.

Plus loin, deux drapeaux que l'on portait la llèclic en bas: un drapeau blanc et un drapeau rouge. Auprès du drapeau blanc, on lisait : Il l'enleva aux ennemis de la liberté. Auprès du drapeau rouge : Il vengea les patriotes en déchirant ce drapeau avec ses col' lègues '.

Derrière les drapeaux venait un canon, au-dessus duquel était cette inscription : Il fit porter ce canon dans V appartement du tyran '20 juin 1792). A côté,

1. Le Républicain, journal des hommes libres, n» 181. — Le 17 juillet 1791, la loi martiale avait été proclamée, et le drapeau rou-re, emblème de «ettc loi, avait été arboré par Bailly aux fenêtres de l'Hôtel de ville, (jiiel'iucs éineutiers avaient été tués au Ciiamp de Mars. De là la haine de Lazo\v.-<ki et des iJiUriolcs contre le drajieau rouge :

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la cloche qui a sonné le tocsin dans la nuit du 9 au 10 août'.

Le cercueil suivait, chargé de branches de cyprès et de couronnes civiques; il était porté par les canonniers dont Lazowski était le commandant.

D'autres canonniers, aidés par les forts pour la patrie, ci-devant forts de la Halle, portaient un lit de repos, dressé à la manière antique. Le corps de Lazowski était censé placé sur cette couche, que recouvrait une draperie tricolore. Au pied du lit funèbre, la fille du héros, et à ses côtés, le citoyen Blin; au chevet, un canonnier pleurant la mort prématurée de son compagnon cV armes'-. Je n'ai point vu de larmes sur le visage de ce patriote, mais enfin elles étaient sur le programme de David.

Les sociétés populaires, les sections, les compagnies de canonniers, la commune d'Issy, la municipalité et le Conseil général de Paris, formaient le cortège, dont tous les membres avaient à la main un rameau de cyprès. Les frères Jacobins se faisaient remarquer par leur bonnet rouge entouré d'un crêpe noir, et les sœurs jacobines avaient revêtu pour la circonstance des robes à peu près blanches, serrées à la taille par des ceintures noires.

Un corps nombreux de musiciens a joué une marche funèbre, composée par le citoyen Gossec, qui assistait à la cérémonie et dirigeait les chœurs ^.

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