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Bulletin du Tribun d criminel rccolulionnaire, iv

La nouvelle Salle.

Samedi 11 mai 1793.

Hier, vendredi, 10 du mois de mai, la Convention nationale a pris possession des Tuileries. Le Conseil général de la Commune avait demandé que l'inauguration de la nouvelle salle fût retardée jusqu'à dimanche ^ . Est-ce que, par hasard, le philosophe Anaxagoras Chaumette et ses collègues redouteraient pour nos législateurs l'influence néfaste du vendredi?

Je connais le citoyen Berthollet jeune, l'un des huissiers attachés à la Convention-, et j'ai pu, grâce à lui, pénétrer dans la salle et la visiter tout à mon aise avant la séance.

Elle est située au premier étage, entre le pavillon central, aujourd'hui pavillon de l'Unité, et l'ancien

1. Commune de Paris. — Conseil (jénéral. — Séance du 8 mai 1793.

2. Berthollet, jeune, l'uc des Bons-Enfants, n" 24. lAlmano.ch national da France, année 1793, p. 74.) Les huissiers attachés à la Convention étaient au nombre de dix. L'un d'eux, Louis-Franrois Poiré, ancien domestique de M. de Talleyrand et de M'"^ de Polignac, fut guillotiné le 9 germinal an II (29 mars 1794).

pavillon Marsan, aujourd'hui pavillon de la Liberté^.

Pour y arriver, on monte par le grand escalier, dont la rampe de pierre était ornée, avant le 10 août, de Ivres entrelacées de serpents et autres ornements alléixoriques à la devise de Louis XIV et aux armes de Colbert-; et l'on traverse successivement l'ancienne chapelle, un anlisalon, le salon dit de la Liberté, que décore une statue colossale de la déesse, enfin un vestibule où s'ouvre la porte de la salle des Séances.

Cette salle est celle que l'on désignait autrefois sous le nom de salle des Machines, à cause des ballets que Louis XIV y avait fait représenter pour la cour. Elle a donné asile aux acteurs de l'Opéra, après l'incendie de leur salle, en 1TG3, et ensuite aux comédiens français, de 1770 à 178:2, époque à laquelle ils ont pris possession de leur nouvelle salle au faubourg Saint-Germain. C'est dans la salle des Machines que Lekain s'est montré pour la dernière fois, sous les traits de Vendôme, de Tancrède et d'Orosmane, et que M" - Clairon remplit, pour la dernière fois également, le personnage de Médée. Voltaire y a été couronné le 30 mars 1778. Le théâtre des Tuileries avait trois rangs de loges et pouvait contenir plusieurs milliers de spectateurs.

Les travaux nécessaires pour mettre cette salle en élat de recevoir la Con\ention nationale ont été exécu-

1. Lf iiaviUoii de Flore, le plus raiiproché du quai, s'appclaif. en 1793. le pavillon do IKaalitr. Le pavillon de Mesdames, plus connu pous le nom de pnviUoii Marsan, ctail celui qui donnait sur la rue de Rivoli.

2. Voir, pour la deseription des Tuileries avant le 10 août, le Journal d'un Uourtiroia do Pnri.s pondaut In Terreur, par Edmond Biré, yip. 101 e( sniv.

PARIS EN 1793 '..'ÔT

tés sous la direclioii de M. Gisors. Yoici comment elle est aujourd'hui disposée.

A gauche en entrant, du cùté du jardin, se trouve l'amphithéâtre réservé aux députés; il est composé de dix rangs de banquettes qui s'élèvent en gradins. Au milieu de ces gradins, un espace vide destiné à ceux qui comparaîtront à la barre de l'Assemblée.

A droite, du côté delà cour, faisant face aux députés, le fauteuil du président, placé dans un enfoncement, et, à quelques marches plus bas, la tribune et les bureaux des secrétaires et commis.

Entre la tribune et les premiers rangs de banquettes, l'enceinte oii prendront place les pétitionnaires invités aux honneurs de la séance.

Les deux granits côtés de la salle, — celui du jardin et celui de la cour, — présentent cinq portiques très élevés, dans les renfoncements desquels on a disposé deux rangs de tribunes pour le public muni de billets, soit dix tribunes sur chacun des grands côtés. Aux deux extrémités de la salle, — du côté du pavillon de l'Unité et du côté du pavillon de la Liberté, — deux vastes arcades s'ouvrent et laissent voir sous chacune d'elles deux étages d'amphithéâtres formés d'un grand nombre de gradins pour les personnes sans billets; soit donc encore quatre tribunes, et en tout vingt-quatre. Ces diverses tribunes peuvent contenir environ deux mille spectateurs ^ .

Les journalistes ont été moins bien traités. On les a

1. 1J03, suivant les RêcoliUions de Paris; —2000, suivant la Chro^ iiique de Piuis; — 2 à 3000. suivant le Thermomètre du jour.

juchés au paradis, dans de petits pigeonniers, d'où l'on ne voit guère et où l'on entend mal '.

Une draperie verte, où sont peintes en vert plus foncé des couronnes de chêne et de laurier, tapisse le rez-dechaussée de la salle. Dans les angles, des faisceaux, la hache en dehors. De distance en distance, les statues de Brutus, de Solon, de Lycurgue, de Cincinnatus et de Camille-. Devant la tribune, le buste de Lepeletier Saint-Fargeau. A droite et à gauche de la tribune, deux candélabres de d2 pieds de haut, ayant à leur sommet quatre paires de quinquets.

L'aspect général laisse beaucoup à désirer, et j'ai entendu exprimer par de bons juges une opinion qui me paraît fondée. La voici : tout ce qu'il y a de bien existait dans l'ancienne et magnifique salle bâtie par Vigarani; le nouvel architecte a gâté toutes les parties auxquelles il a touché^. Trop longue et trop étroite, cette salle est singulièrement resserrée, Tarchitecte ayant renoncé à abattre les quatre piliers en pierre qui soutiennent les combles de l'édifice. Par suite du trop

1. Un (les journalistes du temps, Guiraut. rédacteur du Logotarhygraphe, adressa à la Convention une lettre dans laquelle, après avoir rappelé que rAssemblée législative avait fait construire une tribune spéciale afin de lui permettre Texercice du procédé logotarhygraphique, il ajoutait : « Resserré, comme tous les journalistes, dans des places ridicules qui nous ont été assignées et qui nous barrent toute communication avec l'Assemblée : privé des notes et décrets indispensables pour donner suite aux débats des séances;... trop sensible pour éprouver toujours des reproches dine.\actitude qui tiennent à la disposition du local, je suspends le Logotachyijvaphe jusqu'à ce que la Convention nationale ait senti la nécessité indispensable d'un pareil établissement... Pauvres patriotes, prenez patience ! » (La Chronique de Paris.)

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