‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 140 sur 230 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

.^rand nombre de percées et de renfoncements, la voix des orateurs s'étoulfe et se perd. Il faudra, pour s'y faire entendre, des poumons de Stentor. Aussi le club des Jacobins a-t-il, dos hier soir, retenti à ce sujet de plaintes et de récriminations violentes. « Dans cette salle, a dit le citoyen Desfieux, il est impossible de rien entendre. La faction a su ce qu'elle faisait; elle a rejeté le plan d'un architecte patriote, de Boyer, qui voulait faire une salle où tout le monde eût entendu, car c'est pour le peuple qu'elle est faite. — Je demande, a «ontinué Desfieux, qu'on fasse réparer cette salle aux dépens de Roland et de toute sa clique. Faites venir Boyer pour connaître les raisons pour lesquelles son plan a été écarté; alors nous ferons mettre Roland en ■état d'arrestation ^ » — La nouvelle salle présente encore d'autres inconvénients, particulièrement sous le rapport hygiénique : on a complètement négligé les moyens de renouveler l'air. Un autre inconvénient, moins grave, je le reconnais, est celui qui résulte de l'absence de tables ou de pupitres devant les députés ; toutes les fois qu'ils voudront prendre une note ou faire une lettre, ils seront obligés d'écrire sur leurs genoux. Il est juste cependant d'ajouter qu'au moins sur un

1. Journal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins, séance du 10 mai 1793. — Neuf mois plus tard, dans la séance do la Convention du 23 février 1T94, Danton faisait entendre les mêmes plaintes : « Cette salle est une véritable sourdine; il fau- <Irait des poumons de Stentor pour s'y faire entendre. 11 convient que les législateurs de la République française délibèrent dans un local ■oi'i la raison puisse être entendue par les organes humains. Je demande que le Comité des inspecteurs de la salle soit tenu de consulter des artistes pour rendre le lieu de nos délibérations plus favorable à la voi.x. » {Moniteur de l'an II, n» 137.)

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point l'inslallalion nouvelle est très préférable à celle de la salle du Manège. Les tribunes publiques sont moins rapprochées des bancs des députés, et il sera sans doute plus difficile aux spectateurs de se mêler aux débats de la représentation nationale '.De plus, les députés, assis maintenant sur une ligne presque horizontale, ne seront plus séparés comme deux corps d'armée rangés en bataille en face l'un de l'autre"-. Quelques optimistes (il y en a encore Ij ne voient rien moins que le salut de la patrie dans cette nouvelle disposition des banquettes. A les entendre, ce mélange des hommes de tous les partis ne saurait manquer d'avoir pour effet le rapprochement d'un grand nombre de représentants, aujourd'hui divisés, mais à qui, pour s'estimer, il ne manque que de s'entendre et de se connaître^! Plus de côté droit et de côté gauche! Plus de Plaine et de Marais! Plus de Gironde et plus de Montagne !

Cela n'est pas sérieux. Ce qui l'est peut-être davantage, c'est ceci. Quand l'Assemblée siégeait au Manège, il suffisait de cinquante personnes sur la terrasse des Feuillants pour faire nombre. Pour peu qu'il y en eût deux ou trois cents, leurs cris arrivaient jusque dans la salle des séances'. Aujourd'hui, deux ou trois cents

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