‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 143 sur 230 · Histoire de Versailles, par J.-A. Le Roi, t. I, p · texte numérisé non relu

Histoire de Versailles, par J.-A. Le Roi, t. I, p

2. Les Menus-Plaisirs du roi comprenaient les différents jeux et exercices du corps, paumes, raquettes, etc., les concerts de la Chambre et les spectacles.

pût assister aux assemblées générales des trois ordres. M. Necker était convaincu que rien n'était plus désirable que de rendre le peuple témoin du spectacle paisible, majestueux, attendrissant, que les représentants de la Nation allaient donner à la France et à l'Europe ' ! La salle des Menus avait donc été arrangée en manière de théâtre.

C'est une grande et belle salle de 120 pieds de longueur sur 37 de largeur, en dedans des colonnes qui la soutiennent. Dans les bas côtés se trouvaient les tribunes et les gradins en amphithéâtre destinés aux spectateurs ^. Plus de deux mille personnes avaient trouvé place dans les tribunes et sur les gradins ^.

Au fond, sous un baldaquin à franges d'or, étaient le trône, le fauteuil de la reine, les tabourets des princesses. Au bas de l'estrade royale, un banc pour les secrétaires d'Etat, et, devant eux, une table couverte d'un tapis de velours violet. Dans la longueur de la salle, à droite du trône, étaient des banquettes pour les députés du clergé, à gauche pour ceux de la noblesse, et, en face, pour ceux des communes ''.

Le 6 mai, de grand matin, un placard ainsi conçu, fut affiché sur les murs de Versailles :

DE PAR LE BOL — Sa Majesté ayant fait connaître aux Députés dos trois Ordres l'intention où elle était qu'ils s'assemblassent aujourd'hui 6 mai, les députés sont

1. MiJmoires de Marmontel. 1. XIII. — Minnoircs de Malouet, t. I,

2. Tableau de la salle préparée pour es Etats-G&neraux ; Moni- J.eur de 1789, Introduction.

3. Mémoires du marquis de Clcrmont-G aller ande, t. I, p. 55. ■ i. Correspondance de Grlmm, 3" partie.

20 i PARIS EX IT'.lo

avertis que le local destiné à les recevoir sera prêt à les recevoir à '.) heures du matin.

Da moment que les ministres avaient appelé le tiers état à nommer, seul, autant de députés que les deux autres ordres réunis, et n'avaient pas du même coup tranché la question de savoir si, dans les assemblées générales, le vote aurait lieu par ordre ou bien par lêle, la prudence leur faisait une loi de préparer, avant rouverlure des États, quatre salles : trois pour les trois ordres, d'une grandeur proportionnée au nombre de leurs députés respectifs; une quatrième pour les séances d'apparat. Il paraît bien qu'ils y avaient songé. Les quatre salles furent même désignées, et M. do Saint-Priest chargé des détails d'exécution. Mais une de ces salles était un manège ; l'administration des écuries ne voulut pas la céder : la combinaison manqua *. Qui peut dire que, sans ce refus de l'administration des écuries, les événements n'auraient pas pris un autre cours?

A l'heure indiquée, les députés du tiers pénétrèrent dans la grande salle oij avait eu lieu la séance de la veille, pendant que les députés de la noblesse et du clergé se rendaient dans les salles préparées pour eux à l'intérieur de l'hôlel des Menus. Lors de la convocation de l'Assemblée des Notables, on avait arrangé dans l'hôtel un appartement pour le roi. Il se composait d'une salle des Pages, d'une salle des Cent-Suisses, d'une salle des Gardes, d'une pièce dite des Nobles et

. Xolicc sur M. le comte do Saint-Pricst, i>ar :M. de Barantc. p. 91.. létc fies Lettres et Inslniclions de Louis XVIH.

PARIS EN 1793 ÎG.")

du grand cabinet du roi, conamuniquant par une petite galerie avec la salle des Menus. Pour la réunion des États-Généraux, on avait supprimé une partie de l'appartement du roi : la salle des Cent-Suisses avait été disposée pour recevoir les députés du clergé, et celle des Gardes pour recevoir les députés de la noblesse '. Dans ces deux salles, étroites, à peine suffisantes pour les membres des deux ordres privilégiés, il n'y avait pas de place pour le public. Dans la salle des Menus, au contraire, les galeries et les tribunes pouvaient contenir, je l'ai dit, un grand nombre de spectateurs. De là pour le tiers, un immense avantage. Chaque jour allaient affluer de Paris, de Versailles et des environs, une foule d'hommes de tout âge, de tout état, avides d'entendre les orateurs, et qui embrasseraient avec chaleur les principes qu'on voudrait leur faire adopter. Le peuple devait s'accoutumer bientôt à considérer la salle oii s'assemblaient les communes, la seule oii il pût pénétrer, comme le centre de la représentation nationale ; à tenir les* députés qui y siégeaient comme les seuls qui méritassent sa confiance-. Pendant les premiers jours, cette salle était continuellement pleine de visiteurs, de curieux, qui se promenaient partout et se plaçaient dans Tenceinte même, réservée aux représentants, et cela sans aucune réclamation de la part de ces derniers qui, n'étant pas encore constitués, se regardaient plutôt comme fai-

Page 1