L'Ami il.ii Roi, 11» du 21 fi-vrior IT
L'Assemblée législative y a tenu toutes ses séances du 1" octobre 1791 au 21 septembre 1792.
La Convention nationale s'est réunie, pour la première fois, le 20 septembre 1792, au château des Tuileries, dans la salle des Cent-Suisses ^, où elle a procédé à l'élection de son bureau. Le vendredi 21 septembre, elle se réunit encore aux Tuileries et se rendit de là dans la salle du Manège, oii elle a siégé sans interruption jusqu'au 9 du présent mois. La voilà installée depuis hier dans la salle des Machines.
Il semble, — le destin a parfois de ces ironies formidables, — que les lieux destinés par la royauté à ses plaisirs et à ses fêtes soient fatalement appelés à servir de théâtre aux principales scènes de la Révolution.
C'est dans la salle des Menus que les communes se sont constituées, le 17 juin 1789, en ASSEMBLÉE NATIONALE.
C'est dans la salle du Jeu de Paume que les députés du tiers ont fait le serment de ne se dissoudre qu'après avoir voté une constitution.
C'est dans la salle du Manège que l'Assemblée législative a prononcé, le 10 août 1792, la déchéance de Louis XYI, et que la Convention a prononcé, le 21 septembre, l'abolition de la royauté.
C'est dans la salle de spectacle des Tuileries que siège aujourd'hui la Convention nationale, et il n'est
1. Pour les détails de cette première séance de la Convention, que presque tous les historiens ont passée sous silence, voir le 1" chapitre du Journal d'un Bourgeois de Paris ijcndanl la Terreur, \>;\i- Edmond Biré.
que trop aisé de pressentir quelles tragédies se joueront désormais sur cette schie, créée par Louis XIV!
Des fenêtres de leur nouveau palais, les membres de la Convention pourront se donner chaque jour la récréation d'une exécution capitale. Par une attention délicate, le tribunal révolutionnaire, vendredi, à 11 heures du malin, au moment où nos députés se rendaient aux Tuileries, leur a servi une double exécution, celle de Rivier de Mauny, ancien capitaine de dragons, et de Beaulieu, négociant, condamnés à mort pour avoir fait passer de l'argent à leurs parents émigrés ^ Autrefois, quand on voulait fêter un grand événement, on tirait des salves d'artillerie. Aujourd'hui, pour fêter la prise de possession des Tuileries par la Convention nationale, on dresse Técbafaud et on fait rouler des têtes.
1. « L'exécution a eu lieu vendredi 10 mai, vers 11 lieures du malin, sur la place de la Réunion iplace du Carrousel). » (Bulleiia du, TriiiK liai criminel exlraordinalro, u" 30.)
Lazare Hoche.
Mardi l.'i mai 1793.
Je vois encore de loin en loin Marie-Joseph Chénicr. 11 y a peu de jours, je l'ai rencontré aux Tuileries: il était avec un jeune homme d'environ vingt-cinq ans, dont la physionomie et la tournure m'ont frappé. C'esf un ancien grenadier des gardes françaises, aujourd'hui aide de camp capitaine du général Leveneur, qui vient de prendre le commandement du camp de Maulde. Il porte encore la coiffure qu'il avait aux gardes françaises : des faces simples et presque plates, un petit toupet tombant, une queue nouée près de la tète'. Un coup de sabre reçu dans un duel, et dont la cicatrice s'étend du milieu du nez à l'extrémité du front, du côté droit, donne à ses traits un air martial qui s'harmonise d'ailleurs parfaitement avec sa haute taille et sa robuste constitution ^. — « Nous ferons un général de ce jeune homme », m'a dit Chénier, et
1. Vir de Lazare Ilocltc, par .Vlcxamlrc Rous.sclin, 1. I. \>. 45.