‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 159 sur 230 · Adolphe Schmidt, t. I, p. UO · texte numérisé non relu

Adolphe Schmidt, t. I, p. UO

gaire agent de police. » Et cumme ma physionomie n'exprimait pas, sans doute, une adhésion suffisante, désireux de dissiper les incerlitudes qui pouvaient subsister dans mon esprit, il m'a expliqué longuement, suivant son habitude, ce que sont au juste les Obseî^vateurs de V esprit public.

A son entrée au ministère, Garât n'y trouva pas un seul moyen, pas un seul agent de surveillance '. Roland avait bien créé un bureau d'esprit loublic, destiné à répandre des « écrits utiles ou propres à former l'opinion publique ». Mais si c'était là un moyen d'agir sur l'opinion, ce n'était pas un moyen de tout voir, de tout entendre, de tout savoir. Le bureau de Roland avait d'ailleurs été supprimé par la Convention, dans sa séance du 21 janvier-.

Si la police, cette arme puissante, nécessaire, n'était plus aux mains du gouvernement, du Conseil exécutif, h qui l'avait-on remise, ou qui s'en était emparé? Elle était passée tout entière, depuis le 10 août, à la municipalité; il n'y avait pas d'autre département de police que celui qui a son siège à l'hôtel de la mairie.

En face de cette police de la Commune, sans frein et sans scrupules, indulgente aux malfaiteurs, terrible aux honnêtes gens, instigatrice et complice des désordres que son devoir serait de prévenir ou de réprimer, qui a pour agents les commissaires des quarante-huit sections et, dans les grands jours, les membres

1. Mémoires sur la Révolution, ou Exposé de ma conduite, par D.-J. Garât, p. 97.

2. Moniteur du 25 janvier 1793. — Cette suppression eut lieu sur la proposition de Thuriot.

les plus ardents des sections et des clubs, en face de cette police, et bien moins assurément pour lui tenir tète que pour sa satisfaction personnelle, Garât a institué une toute petite police secrète, composée d'unedouzaine de ses amis intimes et privés, auxquels il a donné pour mission de se promener dans Paris, d'étudier les faits, et de lui soumettre tous les jours, soit par écrit, soit verbalement, le résultat de leur examen ^

C'est le ministre lui-même qui dirige ce bureau d'observation; le sous-directeur est Champagneux, chef de la première division de l'intérieur -.

Parmi les observateurs dont Garât s'est entouré,, les plus intelligents et les plus actifs sont, au dire de Dutard, les citoyens Perrière, Julian de Carentan. Baumier etLatour-Lamontagne ^. Leur tort, — toujours d'après Dutard, — est de se borner à rapporter ce qu'ils ont vu et entendu, sans tirer des faits la conclusion qu'ils renferment, sans « en extraire la philosophie ».

Et comme, à ce mot, je n'avais pu me défendre de sourire, Dutard reprit avec feu : « Oui, Monsieur, la

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