Rousselin, op. cit., t. I, p
2. Histoire politique et littéraire de la Presse en France, par Euj-ènc Hatin, t. YI, p. 98.
Un observateur de l'esprit public.
Lundi 20 mai 1793.
Voici plusieurs fois que je rencontre au café de Chartres le citoyen Dutard avec lequel j'ai renoué C(»nnaissance.
Dutard est un ancien avocat de Bordeaux', légèrement frotté de littérature et de philosophie, trèvaniteux et encore plus bavard, au demeurant assez honnête garçon. Persuadé que ses talents l'appelaient à jouer un grand rôle dans la politique, il a quitté la province pour la capitale, où il est arrivé en 17'JO. C'est à cette époque que je le vis pour la premièi:j:' fois. Ami de Garât le jeune, qu'il a\ait connu à Bordeaux, il suivait assiduement les leçons d'histoire que ce dernier professait au Lycée- et auxquelles j'assis-
1. Adolphe Scliiiiidt, Tableaux delà RêvoliUion française, piililiés sur les ]:)apiers inédits du département et de la police secrète di' Paris, t. I, p. UO.
2. Le Lycée, où professèrent avec éclat La Harpe, Garât, Fom-* croy, Chaptal, etc., était situé rue de Valois, n» 2, où il occupait l'ancien Musée de Pilatrc de Rozier. Quelques amateurs des lettres, cl à leur tête MM. de Montmorin et de Montesquieu, avaient fait les
tais moi-même assez régulièrement. Nous échangeâmes d'abord quelques politesses, qui donnèrent bientôt naissance entre nous à des relations, où je ne laissais pas de trouver un certain agrément. Je demeurais alors dans la rue Traversière-Saint-Honoré; il montait souvent chez moi, à la sortie du Lycée, et là, fenêtres ouvertes, nous prolongions, sans fin, nos entretiens et nos discussions. Encore qu'il ait embrassé, avec chaleur, les principes de la Révolution, Dutard est resté dans son obscurité et dans sa misère, alors que tant d'autres qui ne le valent pas sont devenus des personnages. Cela tient, sans doute, à ce que sa montre, au lieu d'avancer, a toujours été en retard d'une heure ; il a eu le tort de la régler sur l'horloge de l'Assemblée, au lieu de la régler sur celle de l'Hôtel de Yille. Aussi, il y a deux mois, à bout de ressources, sans bas, sans habit, sans chemises', s'est-il trouvé tout heureux et tout aise d'accepter de la main de Garât, devenu ministre de l'intérieur^, une place de Commissaire observateur local du département de Paris ^.
« Gardez-vous bien, mon cher ami, me disait ce soir encore ce brave Dutard, gardez-vous bien de confondre semblables fonctions avec celles que remplit un vul-
fonds du nouvel établissement, qui fut inauguré au commcncemcnl de 1786 et obtint jusqu'en 1789 un succès prodigieux. ILycce, on Cours de liltéroiure ancienne et modenie, par J.-F. La Harpe, Préface, p. 1.)