‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 175 sur 230 · Rapport de LiUour-Lamonlagnc, SclimuU, t. I, p · texte numérisé non relu

Rapport de LiUour-Lamonlagnc, SclimuU, t. I, p

2. .1 tous les l'L'piiblkaiiis de France, \>dv J. P. Brissot. Octobre 1792.

Quatre-Nations, que ce comilé avait fait arrêter. Le crime de Le Tellier était d'avoir composé des vers latins contre Robespierre et Marat, et d'avoir fait traduire dans sa classe les Catilinaires, de Cicéron, et la Conjuration de Catilina, par Salluste. Salle a demandé ironiquement le décret d'accusation contre Salluste et un mandat d'arrêt contre Cicéron. Plus d'un, à l'extrémité gauche, m'avait tout l'air de ne pas connaître beaucoup plus Salluste que le valet du Joueur ne connaissait Sénèque :

Ce Salluste, Monsieur, est un bien méchant homme; Était-il de Paris?

— îson, il était de Rome.

Bourdon, Bentabolle, d'autres Montagnards encore, ont réclamé la lecture des vers latins de Le Tellier; mais on leur a objecté qu'il faudrait les leur traduire, et c'était un embarras'.

La Gironde venait de sauver un de ses amis, et cela lui avait demandé sans doute un grand effort. Quelques instants après, elle se joignait à la Montagne pour décréter le renvoi devant le Tribunal révolutionnaire de Jacques Leclerc, directeur de La, Chronique nEitioncile et étrangère et en particulier des cinq départements substitués à la province de Normandie ^ de Michel- Aumont, homme de loi, et de vingt et un autres habitants de Rouen, accusés d'avoir, les 11 et 12 janvier

1. Le Pali'ioie français, n" 1383. — Lr Moniteur indique à peine cet épisode, qui eut pourtant un dénouement tragique. Mis en liberté le 26 mai 1793, Le Tellier fut arrêté de nouveau et guillotiné le 6 me.ssidor an II (24 juin 1794).

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dernier, foulé aux pieds la cocarde nationale et Lrùlé l'arbre de la Liberté ' .

Au moment où nous sortions de la salle de la Convention, les commissaires de seize sections de Paris se présentaient à la barre pnur réclamer la liberté d'Hébert et la suppression de la Commission des Douze.

« Cette arrestation d'Hébert, me dit Dutard, quand nous fûmes dehors, va mettre le feu aux poudres. L'insurrection qui est dans i"air depuis plusieurs semaines ne peut manquer maintenant d'éclater au premier jour. La Gironde va périr, le triomphe de la Commune est assuré. Les riches, les gens aisés, sont menacés de la plus effroyable tyrannie. Croyez-vous qu'ils s'en préoccupent, qu'ils se concertent entre eux, qu'ils recherchent les moyens de conjurer le danger? Ils s'en gardent bien. Et vraiment ils ont mieux à faire! Soyez sûr qu'à l'heure où je vous parle, ils remplissent les salles de spectacle. Aussi bien, il est cinq heures-, et nous ne saurions mieux finir notre journée qu'en entrant un instant au théâtre. »

La salle du théâtre de la Nation, où nous avons pris deux billets de galerie, était à peu près pleine. On jouait les Châteaux en Espagne, de Collin d'Harleville. J'avais assisté à l'une des premières représentations de la pièce, au mois de février 1789, quand

1. Le Patriote françuiA. a" 13S3. — Les manifcstanis tlo Rouen coml>arurent devant le Irilmnal révolutionnaiic en seiilcnibre 1793 Lcclerc, Auniont et six de leurs coaccusés, parmi lcs(|uels une feiiinic, un pauvre diable de ramoneur et des jeune? irens de dix-huit, vingi et un et vingt-deux ans, furent comlainnés à mort. Voy. JUittoirr du Tribunal révolutionnaire, par H. Wallon, t. I. p. 252 et su 'v.)

2. En 1703, les théàlres s'ouvraient à quatre heures de raprés-niidi.

nous faisions tous des châteaux on Espagne, comme ce bon M. d'Urlange :

Eh! Victor, chacun fait des cliàteaux en Espagne!

On en fait à la ville ainsi qu'à la campagne ;

On en fait en dormant, on en fait éveillé.

Le pauvre paysan, sur sa bêche appuyé,

Peut se croire, un moment, seigneur de son village.

Le vieillard, oubliant les glaces de son âge,

Se figure aux genoux d'une jeune beauté,

Et sourit. Sou neveu sourit de son côté,

En songeant qu'un matin du bonhomme il hérite.

Telle femme se croit sultane favorite.

Un commis est ministre; un jeune abbé prélat;

Le prélat '...

Si grand est le contraste entre ces brillantes illusions qui charmaient alors tous les esprits et les sombres réalités auxquelles nous assistons, que l'innocente et naïve comédie de Collin d'Harleville m'a fait, ce soir, l'efiet d'une amère et violente satire. Telle ne semblait point être, d'ailleurs, l'impression générale. Les autres spectateurs ont paru prendre un plaisir extrême à la pièce, et surtout au jeu savant des acteurs, de Fleury en particulier, qui est parfait dans le rôle de M. d'Orlange. Rien n'est plus extraordinaire, et aussi, il faut bien le dire, rien n'est plus triste que la tranquille inconscience avec laquelle nos bons bourgeois continuent à se livrer à leurs plaisirs habituels, au milieu des périls et des hontes de la patrie. Dutard n'avait que trop raison lorsqu'il me disait : « Qu'on leur laisse

1. 1.ps Clu'ilcnitx m A'spaf/n^, acte III. scène vn. La première rein-ésentation avait eu Ucu le 20 février 1780.

."il i PARI^; EN 1703

leurs anciens plaisirs; qu'on .ne leur enlève pas la liberté d'aller et venir dans l'intérieur de leur ville; qu'on ne les force pas d'aller à la guerre; dût-on les assujettir à de plus fortes contributions, ils ne feront pas le moindre mouvement, on ne saura pas même s'ils existent, et la plus grande question qu'ils pourront agiter dans les jours où ils raisonneront, sera celle-ci : S'amuse-t-on autant sous le gouvernement républicRin que sous Vahcien régime ' ? »

... A neuf heures, Dutard m'a quitté pour aller rédiger son rapport à Garât. Ce n'est décidément pas une sinécure que le poste de « commissaire observateur local pour le département de Paris ».

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