Moniteur do 1792, p. f
■l. Ménioirps de J. Petion, ]i. 8 : — « Nous arrivons dans les champs 1,2 juin 17931, nous apercevons un seigle assez élevé, nous nous Jetons dedans, nous nous y couchons à plat ventre... Nous fûmes pendant 7 heures d'horloi^e dans cette alTreuse position, sans boire ni mancer, n'osant parler, articulant quelques mots d'une voix étoul'fée et respirant ;i peine... Le bruit des tambours retentissait sans interruption, et nous entendimcs des cris de joie ([iii nous perçaient l'ûme. Pendant 2 heures de suite, ce refrain guerrier, jadis si beau, ipti réveillait dans les cceurs des sentiments si fiers : Qu'un sang impair aljreuve nos sillons! nous faisait verser des larmes liien améres... «
Louis XVI et sa famille sont installés dans la loge du logotachygraphe. Yergniaud monte à la tribune; il annonce qu'il va présenler, au nom de la commission des Yingt-et-un ', « une mesure rigoureuse, que les événements ont rendue indispensable; » et il donne lecture d'un projet de décret qui est adopté immédiatement sans discussion. Voici deux des articles de ce décret :
Art. 11. — Le chef du pouvoir exécutif est provisoirement suspendu de ses fonctions.
Art. VIII. — Le département donnera des ordres pour leur (le roi et sa famille) pour faire préparer, dans le jour, un logement au Luxembourg, et ils seront mis sons la sauvegarde des citoyens et de la loi.
En regard de ce décret du 10 août, plaçons celui du 2 juin, qui a, lui aussi, suspendu provisoirement de leurs fonctions les principaux députés de la Gironde :
La Convention décrète que les députés, ses membres, dont les noms suivent, seront mis en état d'arrestation chez eux, et qu'ils y seront sous la sauvegarde du peuple français et de la Convention nationale, ainsi que de la loyauté des citoyens de Paris.
La chute de la royauté avait eu pour conséquence l'emprisonnement de la reine, de la noble et courageuse femme, dont Mirabeau disait : Le roi ??'a quiin homme, sa femme-.
1. Les principaux membres de la Commission des Vingt-ct-un étaient Brissot, Yergniaud, Gensonué, Guadet et Lasource. Ils figurent tous les cinq parmi les députés mis en état d'aiTcstatiou le 2 juin 1793.
2. " Lu reine est le seul homme que le roi ait auprès de lui. »
Si les Girondins n'ont eu ni la vertu, ni rhumanité de Louis XVI, ils ont montré la même indécision et la même faiblesse, et il serait vrai également de dire : Le parti de la Gironde ri a qu'un homme, M"^" Roland. Eh bienl la reine de la Gironde a été emprisonnée après le 31 mai, comme la reine de France l'avait été après le 10 août. Elle a été arrêtée le l*"" juin, à sept heures du matin, dans sa maison de la rue de la Harpe, vis-à-vis Saint-Gôme, et conduite à l'Abbaye '. Ni son courage, ni son malheur ne peuvent faire oublier que, des journées d'octobre 1789 à la journée du 10 août 1792, pendant ces trois années qui ont été pour la reine un long martyre héroïquement supporté, M'"* Roland n'a pas cessé de la poursuivre de sa haine. Elle a applaudi à tous les outrages dont la Révolution a abreuvé la fille de Marie-Thérèse. Le 2o juin 1791, quand Marie-Antoinette, ramenée de Varennes, rentrait ;iu\ Tuileries, humiliée et captive-; le 20 juin 1792, quand la populace couvrait d'injures et d'imprécations M""" Veto, M'"^ Roland ne cachait
'Correspondance de M. de La.ma.rk et de Mlrubeo.ii. — Mémoires de Mirabeau, l. YII, p. 342.
1. Mémoires de M"'" Roland, p. 195. — Le soir du 31 mai, M™" Roland, qui déploya dans toute cette crise un coui-age auquel il n'est que juste de rendre hommage, après avoir essayé vainement de pénétrer dans la salle de la Convention, s'arrêta dans la cour du château à causer avec des sans-culottes groupés autour d'un canon. — « Pour savoir, leur dit-elle, le vœu des départements, il aurait fallu des assemblées primaires. » A quoi un vieux sans-culotte lui répliqua : « Est-ce qu'il en a fallu au 10 août? » {Mémoires, p. 196.)
2. « Trente à quarante mille gardes nationaux entourent nos f/rands briuands (Louis XVI et Marie-Antoinette)... Je ne sais plus me tenir chez moi ; je vais voir les braves gens de ma connaissance pour nous exciter aux grandes mesures. » (Lettre de M™" Roland du 23 juin 1791.)
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pas sa joie'. Plus ardente, plus passionnée que ses amis, elle leur reprochait d'être trop faibles et de ne pas oser faire le procès à Louis XVI et à sa femme'-'....
Aujourd'hui Roland est proscrit; sa femme attend, dans un cachot de l'Abbaye, le jour où on lui fera son procès. Je m'arrête... Mais n'ai-je pas le droit de redire, en terminant ces pages, ce que j'écrivais en les commençant : LAISSONS PASSER LA JUSTICE ■DE DIEU!