PARIS EX IT'.KI
suffisantes pour permettre que l'on continuât de représenter la pièce ^ Les journaux de ce matin nous apprennent que nos gens se sont déclarés satisfaits ^. La Harpe, qui était lui aussi dans la salle et que la vue des quatre commissaires avait fort égayé, me dit en sortant : « Hein! quels gaillards! et comme nous marchons! Sous le tyran, on choisissait les Censeurs parmi les Académiciens ; sous la République, on va les prendre au club des Jacobins! » Et passant son bras sous le mien, il se mit à fredonner à mi-voix, sur l'air du Vaudeville final de la Chaste Suzanne, ce couplet improvisé :
Méchants auteurs, public obscène, Et pour Censeur, à l'avant-scène,
1. La Harpe, cité par M. E. Jauffrct, le Théâtre révolutionnaire, p. 217.
2. L'empressement de Barré, Radct et Desfontaines à se soumettre aux injonctions des Défenseurs de la République une et indivisible ne les empêcha pas d'être arrêtés quelques semaines plus tard. Ils restèrent plusieurs mois sous les verrous. Pour racheter leur liberté, leur vie peut-être, ils composèrent un vaudeville intitulé : Au retour, tout brûlant de patriotisme, et ils accompagnèrent l'envoi de leur pièce à la Commune de Paris d'un certain nombre de couplets, dont je citerai ici les deux premiers :
AIR : On doit soixante mille francs.
L'aristocrate incarcéré Par le remords est déchiré ;
C'est ce qui le désole ; Mais le patriote arrêté De l'âme a la sérénité,
C'est ce qui le console.
Des mesures de sûreté Nous ont ravi la liberté,
C'est ce qui nous désole ; Mais dans nos fers nous l'adorons, Dans nos chants nous la célébrons,
C'est ce qui nous console.
i-Aitis K\ i:'.i;J
IJa Jacobin couvert de sang,
Ydilà le théâtre à présent (bis).
Mais, par fortune singulière,
Avoir et Corneille et Molière,
Et Jean Racine mèmement,
Oh! c'est de l'Ancien Testament! ibis)
YIII
Guerre aux chats et aux moineaux.
Vendredi 22 Téviier 1793.
Le général Santerre, — le général Houblon, comme l'appelle la Feuille du matin \ — vient de partir en guerre. — Contre les Autrichiens et les Prussiens? — Point. Laissant à d'autres le soin de combattre les ennemis du dehors, il s'est chargé, pour sa part, de détruire les ennemis du dedans : ne sont-ce pas les plus redoutables? — Je vous entends, il s'agit de ces aristocrates incorrigibles, de ces enragés de modérés qui conspirent sourdement contre la République. —
1. Ou sait que Sanlei're, coiiiniauflant de la garde nationale parisienne dc)>uis le 10 août 1792, était brasseur au fauljourg Saint- Antoine. De là les surnoms qui lui avaient été donnés de çjênéral mousseux et de général houblon. « On assure, dit la Feuille du niitiui in" 43. 6 février 1793), (jue le yénéral Houblon va incessamment élre élu iirésidcnt perpétuel de la Convention nationale, à cause du talent qu'il jiosséde et dont il a récemment fait preuve, de couper la, parole à ceux à (jui il ne convient pas de la laisser, pour les intérêts de la République. » J'ai établi, dans le Journal d'un Bourgeois de Paris pendant la Terreur, que c'est bien Santerre, — et non le comédien Dugazon, comme le prétend M. Louis Blanc, — qui ordonna le roulement de tambours par lequel fut étouffée la voix de Louis XVI, le 21 janvier. Aux preuves nombreuses et, je le crois, décisives, que j'ai fournies, il convient d'ajouter celle qui ressort de Tcxlrait, cité plus haut, de la Feuille d.u matin.
5^ PARIS KN 1793
Vous n'y êtes pas. Faut-il donc vous apprendre que les vrais ennemis du dedans, d'autant plus dangereux qu'ils trouvent un refuge jusque dans la maison des patriotes, ce sont... les chiens et les chats? Heureusement, Santerre veillait. A lui reviendra l'honneur d'avoir déjoué leurs complots liberticides et d'avoir donné le signal de la croisade contre ces ennemis domestiques.
Voici l'ordre du jour qu'il vient de faire afficher sur les murs de la capitale :
La République a beaucoup gagné d'amis depuis la mort de Louis : mais la cherté des vivres peut servir les ennemis publics. Nos armées des froutières, la persuasion où sont les fermiers que Paris est toujours à feu et à sang, le discrédit des assignats occasionné par les manœuvres de l'aristocratie : telles sont les causes de cette cherté. Pour ma part, je propose deux moyens : le premier est que les citoyens aisés et qui aiment le bien général remplacent le pain, deux jours chaque semaine, par du riz et des pommes de terre, ce qu'ils peuvent faire, et non pas les pauvi'es, les ouvriers et les enfants. Cela fera une économie, je suppose, de la moitié de la consommation de Paris et produira en deux jours quinze cents sacs de farine. Le deuxième est que, dès aujourd'hui, chaque citoyen se défasse de son chien inutile. Paris contient, en chiens et en chats inutiles, de quoi absorber la nourriture de quinze cents hommes, lesquels, à 2 sous par jour, forment trois mille pesant et font dix sacs de farine perdus.
Santerre < .
Le général Santerre avait ouvert la voie; d'autres s'y sont engagés à sa suite. Le rédacteur des Révolu-