‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 29 sur 230 · Chronique de Paris, n" du 5 février · texte numérisé non relu

Chronique de Paris, n" du 5 février

lions de Paris, qui plaisante bien un peu ce « brave Sanlerre », et qui fait observer que, pour dix sacs de farine, on n'a jamais fait tant de bruit au moulin, a son plan, lui aussi, et voici le remède qu'il propose pour couper court à la disette :

Chaque dimanche encore, sans y manquer, il y a au moins un pain bénit dans chaque paroisse dans toute l'étendue des quatre-vingt-cinq ou quatre-vingt-six départements. Ce pain bénit, qu'on faisait autrefois avec de la fine fleur de farine, et qui était une brioche, n'est plus aujourd'hui, il est vrai, que du pain de ménage; mais c'est toujours du pain, et il y en a bien chaque fois 4 livres pesant. Or, nous comptons à présent au moins 50,000 municipalités en France; à deux paroisses, l'une dans l'autre, c'est 100,000 pains de 4 livres par semaine, ou 1,600,000 livres de pain par mois de gaspillé, de perdu; car on sait que ces pains sont coupés dans la sacristie par petits morceaux, que le bedeau distribue pendant le reste de la messe. Les fidèles mâchent à peine, en chantant, cette demi-bouchée, et la rejettent le plus souvent sans l'avaler. Par conséquent, c'est par année 35,200,000 livres de pain qui ne profitent à personne. Ne mettons que 30,000,000. Le Dieu de la nature peut-il se fâcher si on retranche de dessus ses autels une offrande dont il n'a que faire, et qui est en pure perte, non seulement pour nous autres fidèles, mais encore pour nos curés ou vicaires qui n'en sont plus si friauds? Supprimer le pain bénit pour économiser trente millions de livres de pain, c'est donc une œuvre méritoire et une œuvre très civique '.

C'est un grand journaliste que Prudhomme, mais un pauvre calculateur. Un enfant lui apprendrait que

Page 1