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orateurs, Isnard, qui a proposé et fait adopter la rédaction du premier article, le plus important de tous; rédaction plus compréhensive, plus dangereuse que celle présentée par Robespierre, et faite à souhait pour permettre d'envoyer à l'échafaud tous ceux qui seront suspects à la faction dominante.
Une dernière remarque. Le décret sur l'organisation du tribunal extraordinaire a donné lieu à plusieurs votes; la discussion a occupé plusieurs séances, celles des 9, 10 et H mars. Il n'a donc point été enlevé par surprise, et il est bien réellement l'œuvre de la majorité de la Convention. Or, l'appel nominal, qui a eu lieu le 7 mars pour l'élection du président, est là pour montrer que la majorité appartient aux Girondlstes. C'est un de leurs ctiefs, Gensonné, qui a réuni la pluralité des suffrages. Le même jour, un second appel nominal a élevé aux fonctions de secrétaires deux autres membres de la Gironde, Isnard et Grangeneuve^
Il paraît, du reste, que la création du nouveau tribunal les a remplis de joie. Ils comptent sur lui pour les débarrasser des royalistes; en même temps, grâce à la majorité dont ils disposent à l'Assemblée, grâce aussi à l'influence qu'ils se croient en mesure d'exercer sur les jurés de départements, ils se flattent de pouvoir envoyer au tribunal et du tribunal à l'écbafaud leurs plus redoutables adversaires, les chefs de la Montagne, les meneurs de la Commune. M. d'AllonviJle- m'a conté, à ce
1. Moniteur du 9 mars 1793. Séance du jeudi au soir. 7 mar^♦.
2. Armand-François, comte d'Allonville, né en 1764, est l'un des auteur des Mi'nnoires tirés dos papiers d'uu homme d'Etat. On lui
sujet, une anecdote assez curieuse. Le soir de la séance du 11, il est allé chez M""" Olivier, belle-sœur du général Monlesquiou, dont le salon est fréquenté par quelques-uns des principaux membres de la Gironde. A l'époque du procès du Roi, M. d'AUonvillo avait dit un jour à Barbaroux : « Prenez garde ! Si vous faites tomber la tête de Louis XVI, votre propre Icte pourrait bien tomber à son tour^ » Au moment où il entrait dans le salon de M'"* Olivier, Barbaroux est venu à sa rencontre, lui a tendu la main, et lui a dit en riant : « Eh bien! elle est encore sur mes épaules. — Oui, encore ! — Eh ! elle y restera, a repris Barbaroux; jamais puissance n'a été plus solide que la nôtre. Ce tribunal, que la Montagne a eu la bêtise de demander, et que Lanjuinais voulait sottement nous empêcher de créer, nous le tenons, et c'est lui qui nous fera justice des Danton, des Robespierre et des Marat. » Barbaroux parlait très baut; un groupe s'était formé autour des deux interlocuteurs; ceux qui le composaient, Vergniaud, Rebecqui, et huit ou dix de leurs collègues, applaudissaient aux paroles du député des Bouches-du-Rhône, et manifestaient, comme lui, leur confiance dans le nouveau tribunal*.
II ne m'élonnerait pas que, à la même heure ofi celte scène se passait dans le salon de M""^ Olivier, à quelques pas de là, au numéro 366 de la rue Saint-
doit de plus de très curieux souvenirs publiés en 1839 sous ce titre : Mémoires secrets de illO à 1830.
1. Mémoirps secrets de 1110 A 1S30, par le comte d'AUonville, t. III.