‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 68 sur 230 · PARIS EN IT'JS · texte numérisé non relu

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sailles ce jour-là, tout exprès, pour assister à la représentation de l'Académie; les nouvelles mariées étaient présentées au public de l'Opéra le premier vendredi après la noce; ainsi le voulait l'étiquette. Mais nous avons changé tout cela. Le vendredi est maintenant un jour comme un autre; il n'est pas plus que le dimanche et le mardi : ainsi le veut l'égalité. »

La physionomie de M. Suard s'était assombrie, et il parcourait maintenant d'un regard mélancolique les entre-colonnes, les timbales, les chaises de poste, les crachoirs ' et les logos de balcon, il me montrait la loge de la Reine, la chaise de poste louée à la princesse de Lamballe et dont le prix élait de 3600 livres par an; la timbale louée au duc d'Orléans, au duc de Choiseul et à M. Necker pour 3200 livres, et l'entrecolonnes de 7000 livres qui avait le duc d'Orléans pour unique locataire. Tout à coup, me prenant le bras, « regardez, me dit-il, voilà Beaumarchais ^. » C'était bien lui, en effet; je pus le contempler tout à mon aise. C'est un homme d'environ soixante ans ; ses cheveux sont rares, mais grisonnent à peine ; sa bouche est grande, sa figure est pleine, et il a double menton ^.

tliniancho, et, pendant l'iiiver seulement, le jeudi. Cet ordre, ;!-lal>li en 1671, fut changé en 181", époque à laquelle rOpéia s'ouvrit le lundi, le mercredi et le vendredi. (Castil-Blazc, t. II, p. 150.)

1. Castil-Blaze, t. I, p. 517. — Les rraclioirs ne tardèrent pas à changer leur nom contre celui de baignoires.

2. Beaumarchais assistait, en effet, à la seconde représentation des Nocps de Figaro. Voyez, dans Draumarchais et son temps, par Louis de Loménie, t. II, p. 585, sa lettre aux acteurs de l'Opéra assemblés, en date du 3 avril 1793 : « ... J'ai été voir à muche-pot la deuxième représentation du Mariage... »

3. Voici le signalement de Beaumarchais, tel que le donne le passeport qui lui fut délivré le 18 septembre 1792 :

Il est gros et gras ' ; Figaro a pris du ventre. « Allons, je vois avec plaisir, dit M. Siiard, que ses malheurs ne l'ont pas fait maigrir. Et pourtant, qui plus que lui a perdu à la Révolution? Que le voilà loin du 27 avril 1784 de la première représentation du Mariage de Figaro! Ah ! ce fut vraiment une folle journée ! Les cordons bleus confondus dans la foule avec les savoyards, la garde dispersée, les portes enfoncées, les grilles de fer brisées sous les efforts des assaillants ^, trois personnes étouffées^! Quel triomphe! Parti de rien, Beaumarchais était arrivé à tout : aussi célèbre que riche, il était fort du grand monde, très recherché par les plus grands seigneurs et les plus grandes dames de France. Mais, tout en faisant la cour au fils

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