Le Patriote français, 16 mars
8. Les demoiselles de Sainl-Cyr furent congédiées le 30 mars 1793 et les jours suivants. Au mois de janvier 1794, la table de marbre noir qui recouvrait le caveau où reposait le corps de M'"" de Maintenon fut brisée; son cercueil fut ouvert; son corps, parfaitement conservé et encore couvert de ses vêtements, fut traîné dans la grande cour par les patriotes, qui allèrent ensuite le jeter, dépouillé et nu, dans un trou creusé au milieu du cimetière.
l'AHis EX 1793 151
Dimanche 17 mars. — Un rassemblement considérable s'est formé sur la place du Carrousel. Les députés brissotins se sont inquiétés de ce mouvement, et l'un d'eux, Izarn-Valady\ est allé dans plusieurs corps-degarde, afin d'avertir la force armée. Au corps-de-garde de l'Oratoire, on l'a retenu prisonnier, et il a écrit à la Convention pour qu'elle le fit réclamer. Maribon- Montaut, député du Gers, a pris la défense des auteurs du rassemblement, déclarant qu'il était formé par les plus honnêtes gens du monde, et les plus inoffensifs, par les membres de la Société des Jacobins et du club des Cordeliers, qui, réunis aux Défenseurs de la République et a. d'autres bons patriotes, se donnaient le baiser fraternel. « Comme ces prétendus Défenseurs de la République, dit le journal de Brissot, sont les mêmes qui brisaient les presses la semaine dernière, et qui avaient tramé, avec les Cordeliers et une partie des Jacobins, la conspiration des 9, 10 et 11, on conçoit ce qui avait pu inspirer des inquiétudes à Valady ^. » Le président de la Convention fut chargé de le réclamer.
Lundi 18 mars. — Il est donné lecture à la Convention, par un des secrétaires, de dépêches, envoyées par les administrateurs des Deux- Sèvres et de la Vendée. Elles annoncent que des contre-révolution-
1. Izarn de Valady, député de l'Aveyroii, mis hors la loi le 23 juillet 1793, fut arrêté à Périgueux, condamné par le tribunal criminel de la Dordogne et exéculé le 15 frimaire an II (5 décembre 1793).
2. Le Patriote français, 19 mars 1793. Le Moniteur, dans son (:t)mpte rendu de la séance de la Convention du 17 mars, ne fait pas mention de cet incident.
iô? p.vnis EN 1793
naires se sont rassemblés en grand nombre, se sont emparés des armes et des canons d'une inBnilé de communes, ont pris la ville de Cholet et l'ont incendiée. Le citoyen Gallet, l'un des administrateurs du directoire de la Vendée, s'est porté contre eux et les a mis en fuite. Les rebelles se sont retirés à Saint-Fulgent, en ont coupé le pont, ont fait sonner le tocsin. Ils ont à leur tête des émigrés portant le bonnet blanc et criant : Vive le roi! no^i.s agissons an nom du Régent de France!
Lasource, au nom du Comité de sûreté générale, signale les mouvements contre-révolutionnaires dont le département d'Ille-et-Yilaine est également le théâtre. Les rebelles ont arboré la cocarde blanche et possèdent plus de 10 lieues de terrain; à Redon, un curé constitutionnel, trois gendarmes, ont été massacrés; à Bains, on ne veut pas faire de recrues; à Rennes, la tranquillité est menacée. Sur la proposition de Lasource, la Convention décrète que « les prisonniers prévenus d'avoir trempé dans la conspiration c^ui a éclaté dans la ci-devant Bretagne seront transférés à Paris sous bonne et sûre garde, avec leurs papiers et effets, pour être jugés par le tribunal révolutionnaire ' ».
1. La Cfiispiration de Bretagne, plus connue sous le nom de Conspiration de la Rouarie. avait été découverte dans les premiers jours de mars 1793. Elle n'avait pas reçu de commencement d'exécution, son clief. le marquis Armand Tuflin de la Rouarie étant mort au château de la Guyomarais, dans la foret de la Hunaudaie, le 30 janvier 1793. Vinst-sept prévenus comparurent, le 4 juin 1793, devant le Tribunal révolutionnaire, accusés d'avoir pris part à la conspiration. Neuf furent condamnés à mort et guillotinés le 18 juin. " V.n sortant de la Conciersrerie. dit le Bulletin du Tribunal rth-nlu-
Dans la même séance, on a lu une lettre du représentant Léonard Bourdon, envoyé en mission dans le Doubs et le Jnra, et qui, le 16 mars, de passage à Orléans, a été, prétend-il, victime du plus odieux attentat. Voici un passage de sa lettre :
... De nouveaux Paris, au nombre de trente, armés de baïonnettes et de pistolets, m'ont frappé sur tout le corps dans l'antichambre de la maison commune, en criant : « Va rejoindre Lepeletier! » Aucune de mes blessures n'est dangereuse; ma redingote boutonnée sur mon habit et mon chapeau enfoncé sur ma tête n'ont pas permis aux baïonnettes de s'enfoncer de plus de trois lignes...
Il est doux d'être le confesseur de la liberté ; je ne rendrais [recéderais] à personne les blessures que j'ai reçues.
Ce prétendu attentat se réduit, paraît-il, à fort peu de chose. On assure que Léonard Bourdon, à la suite d'un dîner fraternel que lui avaient donné les membres du directoire du déparlement et du district et des officiers de la garde nationale, repas où les têtes s'étaient fort échauffées, rentrait chez lui, escorté de ses amis, lorsqu'en passant devant la maison commune, un de ceux qui l'accompagnaient attaqua le factionnaire; une rixe s'ensuivit, au milieu de laquelle il reçut un coup de baïonnette qui lui a fait une légère blessure au bras.
Quoi qu'il en soit, sur le rapport de Barère, la Convention a décrété que la municipalité d'Orléans serait suspendue; que le ministre de la justice ferait une
tioiinaire, n" ô9, la dame de Laguyomai-ais el plusieurs autres ont erié : Vive le roi! Le long de la route ils ont montré beaucoup de fermeté. Arrivés au pied de Téchafaud, ils se sont tous embrassés. »
enquête et renverrait les coupables au tribunal révolutionnaire ; que le minisire de la guerre enverrait à Orléans des forces pour assurer l'exécution du décret. La ville est déclarée en étal de rébellion jusqu'à ce que les citoyens aient livré les coupables '.
Duhem, député du Nord, et Charlier, député de la Marne, font adopter le décret suivant :
Tout citoyen est tenu de dénoncer, arrêter ou faire . arrêter les émigrés et les prêtres dans le cas de déportation qu'il saura être sur le territoire de la République. — Les émigrés et les prêtres dans le cas de déportation qui auront été arrêtés seront conduits dans les prisons du district, jugés par un jury militaire et punis de mort dans les vingt' quatre heures '-.
Aux yeux d'un membre du côté gauche, Garnier (de Saintes), ce décret est entaché de modérantisme. Il aurait voulu que tout citoyen qui rencontrerait un émigré, — c'est-à-dire un homme suspect d'avoir émigré, — ou un prêlre suspect de déportation, fut autorisé à leur courir sus : au lieu de l'assassinat juridique, l'assassinat en pleine rue!
1. NeiU' habitants d'Orléans, tous né-rociants et o;ardes nationaux, traduits devant le Tribunal révolutionnaire, le 12 juillet 1793, comme auteurs ou complices de l'assassinaJ commis sur Léonard Bourdon, furent condamnés à mort. L'exécution eut lieu le 13 juillet, les neuf condamnés étaient vêtus de la cliemise rouge. — D'après Prudhonimc [Histoire yénéralp et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française}, Léonard Bourdon aurait dit au chirurgien, chargé de panser la légère blessure qu'il avait rci-ue au bras : « Tu vois cette petite saignée, elle ne peut être guérie que par une grande; je veux que vingt-cinq têtes orléanaiscs roulent sur l'échafaud, ou je perds mon nom. foi dé Léonard Bourdon 1 » Il y perdit son nom, en effet, car dépuis cetfe époque on ne l'appela plus que Léopard Bourdon.