Collection du Louvre, t. XIII. p
Sur le rapport de Barère, et à l'unanimité, toujours dans la même séance, la Convention adopte le principe de l'impôt progressif.
Une autre mesure est également adoptée à l'unanimité. L'honneur en revient encore à Barère, qui l'a motivée en ces termes : « Il est une dernière mesure qui tient à la destraction de tout vestige féodal. Il y a une infinité de châteaux d'émigrés, vieux repaires de la féodalité, qui resteront nécessairement invendus... Ces masures, qui souillent encore le sol de la liberté, peuvent, par leur démolition, servir à favoriser les pauvres et laborieux agriculteurs et à créer des villages en même temps que vous fertiliserez les campagnes. Je demande que les directoires soient chargés de vérifier le nombre de châteaux d'émigrés qui, par leur antiquité et leur tournure féodale, ne sont propres à d'autre usage qu'à fournir des matériaux pour construire des demeures aux agriculteurs. »
Cet acte de vandalisme a dignement couronné cette séance du 18 mars, toute pleine de décrets de proscription et de lois de mort.
Mardi 19 mars. — Une lettre des administrateurs du département de Mayenne-et-Loire annonce à la Convention les progrès des rebelles de la Vendée, maîtres aujourd'hui de Saint-Florent, de Cholet, de Chemillé et de Vilhiers. Les révoltés ont arboré la cocarde blanche; ils demandent un roi et le rappel de leurs prêtres.
Quelques instants après, Cambacérès, rapporteur du Comité de législation, fait adopter une loi, aux termes
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de laquelle les personnes prévenues d'avoir pris part aux révoltes ou émeutes contre-révolutionnaires qui ont éclaté ou éclateraient à l'époque du recrutement dans les différents départements de la République, et celles qui auraient pris ou prendraient la cocarde blanche ou tout autre signe de rébellion, sont mises hors la loi et par suite privées de toutes les garanties de la procédure criminelle et de l'institution du jury. Elles devront, dans les 24 heures, être livrées à Texécuteur des jugements criminels et mises à mort. — Peine de mort également, avec exécution dans les 24 heures, contre ceux qui, ayant porté les armes ou ayant pris part à la révolte et aux attroupements, seront arrêtés sans armes ou après avoir posé les armes.
Mercredi 20 mars. — Lepage, député du Loiret, entretient la Convention de l'émeute qui a eu lieu à Montargis, le 14, à l'occasion du recrutement, et dans laquelle a failli périr Manuel, l'ancien procureur de la Commune. Le rôle de Manuel pendant les premières années de la Révolution, et surtout sa participation aux massacres de Septembre, ont attaché à son nom une flétrissure ineffaçable. Les honnêtes gens se souviendront cependant qu'il s'est repenti et que son attitude pendant le procès du roi a été pleine de courage. C'est lui qui, croyant que la mort n'allait être prononcée qu'à la majorité d'une voix, est sorti et a ramené Duchastel pour voter contre. Le 19 janvier, il a donné sa démission en déclarant qu'il était impossible à la Convention, telle qu'elle était composée, de sauver la
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France, et que l'homme de bien n'av/iit plus qu'à s'envelopper dans son manteau. Il s'étaii retiré à Monlargis, sa ville natale. Il aurait pu y vivre en paix, s'il n'avait eu à se reprocher que le crime de Septembre; mais ce crime, il avait essayé de le racheter; il était revenu à des sentiments d'humanité et de justice; et cela aujourd'hui ne se pardonne pas. Les i^atriotes de Montargis le lui ont bien fait voir. Ils l'ont accablé de coups et de blessures, et la municipalité n'a pu préserver sa vie qu'en lui donnant la prison pour asile. Il n'a sans doute échappé au poignard que pour être livré au bourreau. Soyez septembriseur : vous n'aurez rien à craindre. Ne vous avisez pas d'être honnête homme : la prison vous attend, et, au sortir de la prison, la guillotine ^
C'est ce que viennent d'apprendre à leurs dépens les administrateurs de la ville d'Arles qui, au mois de février 1792, ont défendu contre les patriotes la constitution et la loi. A l'Assemblée législative, les Girondins n'avaient pu obtenir leur arrestation; ils sont revenus à la charge, après un an passé, et, sur le rapport de Grangeneuve, la Convention a décrété d'accusation Dufour, Jobert et Debourge, ci-devant commissaires civils à Arles; Lois, ci-devant maire; Estrangen, ci-devant procureur de la Commune, et Guibert. cidevant procureur-syndic du district.
1. Appelé comme témoin clans le procès de la reine, Manuel ne l'accusa pas, il exalta son courage et plaignit ses malheurs. Traduit devant le Tribunal révolutionnaire, il fut condamné à mort le 24 brumaire an II (2t novembre 1793i.
Jeudi 1\ ma.rs. — Une lettre du général Dumouriez, datée de Tirlemont le 19, apprend à la Convention que notre armée de Belgique vient d'être battue à Nervvinde, petit village situé à 9 lieues de Lifege ' . Nous avons perdu quatre mille hommes. Les Autrichiens étaient commandés par le prince de Cobourg. Il y a juste un siècle, le 28 juillet 1793, Nerwinde avait été le théâtre d'une bataille meurtrière, où le maréchal de Luxembourg était resté vainqueur des Hollandais et des Anglais, commandés par Guillaume IH.
Jean Debry, député de l'Aisne, présente, au nom du Comité diplomatique, un rapport, à la suite duquel la Convention, « voulant enfin donner aux magistrats du peuple tous les moyens d'éclairer le mal et d'en arrêter tous les progrès, décrète qu'il sera formé, dans chaque commune et dans chaque section des communes divisées en sections, un Comité de surveillance composé de douze citoyens. Les membres de ces comités ne pourront être choisis ni parmi les ecclésiastiques, ni parmi les ci-devant nobles, ni parmi les ci-devant seigneurs de l'endroit et leurs agents; ils seront nommés au scrutin et à la pluralité relative des suffrages ^.
Vendredi 22 mars. — Quinette et Isnard font décréter l'établissement d'un Comité de salut public. Les membres du Comité de défense générale sont