‹ Journal d'un combattant de Février Précédé d'un fragment sur l'auteurChapitre 15 sur 63 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

25 Ay£il 1 847. — Préambule. — Coup-â^ceïl sur la Situation de la France ei de VEmrc^^ (l)

A ItaXSLÉ LEBOtJX, It^ACrBUB BN CHSF BB

i^JBeiaireur du OeMte.

Vous me^demandez, mon ami, de détacher, pour TOUS, de iBoa Joomal particulier les nouTelIee qui ont rapport à la politique : les grands jonnuraz ne

vous suffisent pas. Cependant, vous en avez pu juger vous-même, qiiand je vous ai montré ce Journal dont tous avw la bonté de tous sonvenii^, les &its que je m'amuse à y rass^bler, venant après les récits des recueils périodiques, seraient la plupart sans intérêt pour le commun des lecteui»» Mxol Jooxnal était priiieipalfimttit

SOVBNAL j/xrS OOMBATTAHT

pour moi, quand je le commençai il y a deux an» 4 peu près, une sorte de résumé de mes études dijêrA et des pensées qiie le speetaole de rhistoize ou de la yie ooptemporaine iiusaît naître en moi.

Depuis, j'y remarque une tendance singulière : d'une part» Tétude a développé et fixé en moi des idées, des principes qui se trouvent aotuellement mêlés à mes impressions les plus intimes ; et, d'un autre côté, les notes que je prenais en courant, sur la politique du jour, sont devenues de plus en plus étendues, et ont presque aujourd'hui les dimensions d'articles de journaux. HaUieureusement, ces arw ticles ne se distinguent pas assez complètement des appréciations, des souvenirs purement personnels qui les précèdent et les suivent jour par jour dans mon cahier, pour pouvoir intéresser d'autres que moi.

Ces résumés» d'ailleurs, ou ces articles pourraientils ajouter, pour vos lecteurs, aux continuelles indiscrétions des feuilles périodiques qui mettent À jour

les plus secrets incidents des luttes parlementaires, et dénoncent les projets à peine conçus de la diplomatîeF

Vous insistes, néanmoins; vous me dites que

c'est ce caractère à la fois général et intime qui vous a frappé dans mon Journal ; que cela donne à mes observations une allure indépendante qui vous pkit, précisément parce qu'éUe est peu commune de nos jours dans la presse ; enfin vous «joutez qu'il vous âtut aussi connaître Topinion dea

Parisiens et les détails qui peuvent circuler dans ■ les conversations.

Je cède à de si oUigeanteB inaigtancee. Jc^y«ii| m'eflbfoer de aaisîr à la vol^ tons les oommérages politiques colportés par des homnm sérieux, et je vous en ferai part : heureux lorsque je tomberai flar une de eee zévélatioiiB înftttendnefl ëoihapper eortains petits hommes d'état désireux de prouver qu'ils savent ce que le vulgaire ne devrait pas savoir. J'essaierai ainsi de compléter les récits que vous deiment les feuilles quotidiennes; et tandis que eelles-fli ne rapportent que les &it6, je tâcherai de vous en faire saisir la physionomie vivante, si je puis ainsi parler, et de vous en signaler les causes petites souvent» très petites; mais souvent aussi profondes et plus grandes qu'on ne eral

Pour aujourd'hui, je vous conterai les confidences d'un pauvre député qui se dédommage, dans l'intimité» de la contrainte de la chambre. Ce député, conservateur par tempérament» trop doux et trop légiste pour aimer l'arbitraire, trop faible pour combattre le pouvoir, se trouve pressé par les exigences de ses électeurs» chatouillé par les flatteries gouranennentales ; il tremble devant le feuitôme révolutionnaire agité par les ministres, et juge pourtant le système avec clairvoyance, mais toujours en hésitant, de conservateur impmiialf car il • est du Bomlire des fimdroyé» de la àmeuse réprimande des Débats, ce conservateur impartial riait ^. de mes diatribes» lors des élections générales, il ya

uiyiii^ca L/y GoOglc

40 490UBKAL ocmÈAttJon

huit mois. Il voyait tout en beau, alors. — *'La France eut-elle jamais plus forte position depuis rétablis* fleméikt delà monardûeecHiatittftioim^UeP' medi- Milt-flè oe^ ëpoqne. ^ ûyes: PalmerftIoD, qui âons hait, n*ose nous contrecarrer ; TEspagne suit nos Oioiseils ; rinsurrection Portugaise obéit complaisamment & Dosa Maria et à notre anii ié Ihto àd Paknélla. A Borne, notoe ambassadoor dirige le choix des cardinaux : le roi disait, en 1832, à Odilon-Barrot, qu'un Pape laisoimable lui semblait diffieile À oUeoir, wm araia a«jo«d'hiii vu Pape libéral qaî e^appuie ectr la Firanoe. Daas Athènes, qui, sinon la France, soutient Coletti, ce politique habile qui prépare THellénie aux grandes deatînées qm Tattendentr loiequ^il liMidra raoai^er l'Orient P Aiûdî nm alUéi^ tons prudents, tensféa* lisant les améliorations matérielles si nécessaires aux états du midi, nos alliés gouvernent sur la lléditemaée* Quant aux possanoea du nocd^ elles ne nous aiment pas, mais elles nous respeetent; et sans l'entente cordiale, trop calomniée, Cracovie ne serait plus> le Gzar régnerait à Constantinople. Et pour la Franoe^ que ne flora pas M. Guiaot^ sûr de la majorité f H Pa dit ft LMwk^ il aeeomplint des réformes sages et modérées, il réduira, par exemple, Im impôts sur le sel, les postes, le timbre dea jounuMOL; il edaaîawra l'Algérie; paot^tim esMdera^tjl bientôt à'j appliquer notrtf eoâit* Nous allons résoudre les difficidtés de la question de l'enseignioment (oe député venait de prendre dea

rtnoBs.— -20 Av&iL 1847. 41

engagemauts fomi^ aTeo ses électeurs) . Eh ! mon Dm, je De y/m pas œ qui nous empèohetBit d'ae* oepter Padjonotîoft des capacités, et à'ettret Imte*ment dans la voie de la réforme parlementaire."

Yoilà ce qu'il me disait, œt honnête conservaiettf 9 il y a huit mm. Yovi wfete, mm sm, oe qoL'û «Bt adTtSKiu èe tout ce beau programme. Wi&t, je l'ai revu, ce naïf député ; il esquivait la conversation politique. Enûn^ trop pressé, il s'est écrié : " La situation eat him grave. ï)epa» 1815» TEurope

Hé s'était pas trouvée id ptôa de la crise défiai-» "tive." (Textuel).

Vous pouvez juger de mon étonnement, à cet aveu de sa part. Vous pensez aossi que j'ai en la maHoe de lui rappelai ses espéranoeB. Mais rom auriez eu pitié de lui, comme moi, si vous l'aviez entendu parler avec ei&oi de la position de TËurope. «LeGzar/* disait-il^ '^s'èBntiie de tempoziser» il sent la vieîDesse qui s'approche^ Hv^dut agir, il vent prendre Constantinople au risque de mettre l'Europe en combustion ; et la destruotion de Cracovie, TanéantisseOMut de la Poiogti% les notes méprisantes au hospodars du Danube ne scmt qu'un défi à la France et à l'Angleterre. D'un autre côté, Palmerston est plus que jamais irrité contre nous, l'Angleterre est blessée d'avoir vu son alliance méprisée pour un intérêt dynastique; eUenouscherahe te emiendB. D'aiUeursi elle n'a soud que pour son commerce, et, si elle ne redoutait pas la concurrence future de la lUissiei eUe lui penuettrait tout pour

42 JOTJBNAL D'UN OOMBASTAMT

nous nuire. Rien n'arrêtera donc le Czar, et qui sait ce qui résuUeia de son premier pas ? L'équilibre européen sera bientôt brisé. La société est ininée par les Socialistes. La disette donne beau jeu aux détracteurs de la libre concurrence. Les partis sont tranquilles, mais ils ne font qu'ajourner une lutte inévitable. Le peuple s'inquiète pour sa subsÊstanoe, et tous saves bien que c'est éhes " le boulanger que commencent les Révolutions." — [Alfred de Vigny.] La rupture de l'alliance anglaise nous laisse ssns alliés, la cherté du pain propage les doctrines les plus wabmmeB, le gouvernement recule devant les réformes promises, et la majorité hésite. Au dehors, au dedans, chacun se prépare comme à la veille d'un grand événement, et la politique* des cabinets retarde à peine cette crise, plus menaçante que celles de 1S20, 1830 et 1840. La situation est bien grave I "

Yoili» mon ami, les paroles mêmes de ce pauvre député, qui vote pour le ministère, par peur, pour retarder cette crise qu'il croit imminente ; et, puisque je n'ai rien de nouveau à vous annoncer, permettezmoi de causer avec vous de Tétat de l'Europe avec les détails qu'il me donnait.

Le ministère croyait consolider son influence en Espagne par l'habile rapidité de M. Bresson à condure le double mariage. Mais las Ovxrtès ont renversé Isturita ; et voici que la reine Isabelle, cette mutine et capricieuse enfant, boude parce qu'on menace le paladin qui l'avait déolarée

majeure avant treize ans. EUo se jette dans les fana des Progreerirtee^ pour sauver le jeune et beau Senramo; elle obaase le miniatère Soto-Mayar, lonqu'il Tient de recevoir un vote de oenfianœ dans les Cortès ; elle rappelle Olozaga, ce partisan déclaré des Anglaig; elle chasse Egana, Tami de la leine Ohlirtine ; die confie la garde de sa personne an^icox ChstanoSy dont le titre noUliaire rappelle aux Français le désastre de Baylen, çui détenchanta les peuples sur Pinvincilnlité de nos onués. L'Angleterre triomphe et soit tonjoim le plan dont me parlait nn homme d'état de la Péninsule ; elle se fait plus libérale que nous, et se ferait Canmunisfe, si nous étions BépubUùoiim. En Ysin les amis de Pastor Dias, dans la presse parisienne vealent-ils nons persaader que Palmerston n'est pour rien dans ce revirement : le Courrier Français avoue lui-même que Bulwer a participé à ravénement dn ministère Paoheoo. U se peat qne Pàlmerston protège le prétendant devenu presque aussi radical que M. de Genoude ; il se peut que Pacheco aime la France ; mais il est certain qu'il s'appuie en ce moment sur le gouvernement Anglais. On assure qu'il a offbrt à Dona Maria son intervention, si elle veut renvoyer Dietz, le conseiller Autrichien appuyé par lea Toileries. A Madrid, M. Guisot n'a plus d'influence; aussi parle-t-on d'amnistie, etlafilfede Ferdinand VII a fait grâce à cinq condamnés à ' mort. Mais le comte de Montemolin ne parait

pas disposé à laisser jouer tranquillement aux coups d'état libéraux. Des guérillas sillonnent les provinces, dévastent les campagnes, et le pays des tktm mokaouB a peur de la disette qui détok FEorope.

A Lisbonne, Dona Maria ne veut pas nous aban> donner, elle ; elle a répondu à ses amis : J'aime " mietiK jouer ma couzoane q«e de rhwiiili«r." Voos ponres répéta, mon dmi, cette parole de

votre poète favori : . . •

Dieu Jfiita ! «MON im itd qm tM toiAte

Dona Maria se tittit prête à chercher asile à bord des bâtiments Anglais, lorsque tout semblait conipireir pour cdle. Le outf échal Saldanha, cette îépatatioii enropéeime, ce peMl^fOs du maïqnis de Pombal, lui a dévoué son épée jadis républicaine, aujourd'hui liberticide. Bomfim» dont le faible corps renfSstinait tant d'audace nûlitairè^ eât pfi» eonnkr, et déporté inhuinainement sur les plages mortifères d'Afrique. A la tête des fifnrces insurrectionnelles se trouve le comte Das Antas, qui dénonçait, il y a trois ans, la conspiratioiL de Bamfim et de José Estevfto. Bas Antas, aprèn ime lenteur calculée, a laissé accabler Bomfim, il s'est retiré dans Porto, abandonnant les provinces insurgées aux lérooes champions de la reine, et cependant, par un sveaglement inconcevable, la Junte lui conserve son commandement. D'aiOeurs cette Junte craint la Démocratie, eUe ne veut pas mécontenter Victoria, qui Mt de la royauté de

m vtviBiSB.-— 25 AVBiL 1857. 45

Dena If aiia vue question penoimelle. La Jimte

manque d'élan révolutionnaire, de science adminifttratiye^ de confiance dans le peuple. Qu'importe êoDo qui triomphera ? Le Portugal manque de KmteSy de ports, de finaiiowi, d'mstroolioii fni« maire, d'arsenaux, de culture, surtout de population. Mais la dispute entre Dona Maria et la Junte ne fiait qne désoler le pays. Hé bien ! la x^e a ■a te rendre telkment odieuse en protégeant le rénégat pillard Costa Oabral, en s'identifiant avec sa cause, que les Portugais lui préfèrent encore les ambitieux de Porto. Le YÎeax et mutilé Sada Bandrira a*ert transporté par mer à quelques lieuee de Lisbonne; José EstevAo et les volontaires de TAlemtéjo marchent pour le joindre. Mais ces deux hommes, tous deux loyaux et dévoués au pays» diasseront la reine au profit d'intrigants ; l'argent anglais abonde à Porto ; et nous Terrons encore à Lisbonne s'agrandir à nos dépens l'influence anglaise. Décidément, nous ne pesons gudre dans la Péytinsnle.

En Italie, nous n'osons soutenir le Pape, qui a dû rétablir la censure, et qui pourtant contient à peine Timpatience des patriotes, lesquels se forment spontanément en bataillons, pour le soutenir,. dSsent-ils, et pour intimider 1* Autriche. D'autre part, les peuples ont peur de la disette, et les marchés sont troublés par des émeutes. Qui peut dire où s'anêteca ce mouTsment ? Certes, ce n'est pas M. Gnixot.

JOUBHAL D'UH OOMBAXKANT

En Grèce, l'influence russe et anglaise vient de renverser Coletti, parce qu'il n'a pas voulu abaisser Athènes aux pieds de Stamboul; et la pauvre HeQénie s'agite en Tain, elle a perdu le chef qui lui promettait la réunion du Panhellenium. Encore un allié que perd la France^ et c'était le dernier.

.La Turquie, pressée entre l'Angleterre et la Russie, voudrait s'appuyer sur nous; mais qui peut se fier aux hommes qui ont abandonné Ancône, et dont la protestation n'a pu sauver Cracovie ? Beschid Pacha est malgré lui sous le joug de nos epnemis, et tous ses efforts retardent vainement la décomposition de l'Empire turc. Là, les populations s'inquiètent aussi pour les subsistances, et les agents du Csar répandent des craintes de fionine. Méhémet sait ce que lui a coûté notre alliance, et les populations chrétiennes du Liban désarmées, incendiées, massacrées, témoignent hautement de notre impuissanceen Orient. Néanmoins lesPrindpautés du Danube confiaient leur jeunesse à nos écoles, comme pour éveiller nos sympathies. Voici que le Czar les contraint à se faire slaves par l'éducation, en attendant qu'elles le soient par la conquête. Le Ozar met le pied sur le Danube ; il touche aux Balkans ; il s'impatiente d'une trop longue inaction, il concentre des masses de troupes, et, sans les convulsions de la Pologne, il aurait déjoué depuis longtemps la méticuleuse diplomatie des royautés constitutionnelles ; la Eomelie serait sa proie.

DB FÉVBIBB.— â5 ATBIL 1M7. 47

Pauvre Pologne ! Elle a succombé plutôt que de marcher à Tayant-garde des barbares du nord, et son cadaTte arrête encore les Coeaqnes. Mais est-elle morte vraiment ? Voyez luire ses baïonnettes dans les rues de Lemberg ; voyez camper ses soldats près des canons, mèche allumée ; on arrête une comtesse polonaise. Dites, mon ami, la Pologne est-elle morte? Les patrouilles drcalent dans Prague, parce que la propagande slave enflamme la Bohême, Les diètes esclaves de T autocrate autrichien réclament la liberté de la Presse, la Hongrie se conyre d'associations. Partent, d'ailleurs, les paysans refusent la corvée ; et Vienne, épuisée par une crise monétaire, Vienne est troublée par des émeutes ; les grains sont rares. Quelle position ponr F Autriche stationnaire ! Hettemich en perd le sommeil. Pois le caprice d'une danseuse expulse les Jésuites de la Bavière, et met le roi aux prises avec les théologiens réactionnaires. Le Wurtemberg li*pplaudit ; les Etats prussiens sont emportés par le mouvement philosophique. Berlin signe des pétitions. L'industrie a ses troubles aussi, et les ouvriers demandent des réformes sodales. Que &ut-il pour €ûre éclater PAllemagneP Bien qu'on pas du Czar^ écrit-on de Leipsick.

Pendant ce temps, on souâre en Angleterre, en France, en Belgique,- on meurt defam en Ecosse, en Irlande ! Le blé est rare^ la pomme de terre a

manqué !

JOU&NAL d'un GOMBAXTAliT

L'Amtocratie anglaise est effirayée; elle craint de se trouYer entre une guerre étrangère et une population affiunée^ elle a Totë des rainions pour

l'Irlande. Victoria, le pape anglican, a fait un acte religieux qui me semble bien remarquable : elle a imposé un jeûne extraordinaire comme aux temps de grandes calamités ; et de Québec & Calcutta, à Paris comme à Londres, les Anglais ont partout jeûné pour sauver de la famine la Grande* Bretagne aux abois. Mais qu'importe? Les Irlandais, fatigués de leurs souffrances, meurent de £um sans combattre la famine. Les terres restent incultes^ les populations abandonnent le travail ingrat qui ne peut les nourrir. Il fiRut mourir^ hé bien! pourquoi s'épuiser P HAve et décharné^ sans aliments pour réparer ses forces, l'enfant d'Erin laisse en Mche le champ de ses oppresseurs. Oh ! n'est-ce pas» c'est un affreux spectade que ce peuple agricole, délaissant la charrue, et s'asseyant pour mourir ? Vous qui vivez dans nos campagnes, dites, la France n'en viendra jamais à ce point de découragement P

La Banque de Londres élève encore le taux de ses escomptes, l'argent est rare, les forges du pays de Galles éteignent leurs feux, les salaires ne s'élèvent pas> la misère croit toujours, le Parleraent est inquiet. En France, la Banque ne peut raffermir le crédit, le Ministère rassemble avec peine les fonds nécessaires au paiement de la rente Ô p. cent; les Chambres votent presque sans discuter

BX FtVBIEB<— S5 AVBIL 1847. 49

Iota les crédits demandés ponir soulager les ouvriers ; les Tilles s'imposent de grands sacrifices ; mais rien n'apaise l'agitation, rien ne peut l'apaiser, que la baisse sur les grains ; et l'étranger ne nous fooinit pas assez pour empêcher la hausse constante. Bt yoyez comme le monde est singulièrement organisé ! J'ai sous les yeux une lettre de la Nouvelle- Orléans. Les Etats-Unis ne savent plus où déposer lemrs récoltes ; les magasins re» gorgent de céréales pour l'exportation : en Europe, le sang coule, les populations languissent ou s'insurgent faute de blé l Mais on manque de moyens de tran^rt. Oui le croiraîtj lorsqu'on étale dans des statistiques le nombre de nos raîsseaux, lorsqu'on s'enorgueillit de nos rapides steamers ? Hé bien ! non, la France ne manque pas de navires, c'est le commerce qui en manque. Si le Gouvernement Toulait employer la marine de l'état, des bâtiments résoudraient bientôt toutes les difiicultés relatives au transport des subsistances. Mais l'économie de nos hommes d'état est basée sur un principe commode: ils abandonnent à la libre concurrence le soin de nourrir le pays. L'état devenir commerçant, l'état faire concurrence aux Capitalistes F Jamais. A peine si quelques voix dédaigneusement écoutées, ont osé hasarder timide* ment cette proposition. Des remorqueurs attendent les vaisseaux dans les parages difficiles, c'est tout ce qu'on a pu obtenir. En attendant, le prix du pain augmente, le peiqde s'inquiète. On a parlé

uiyiii^ca L/y GoOglc

ÏOUBNAIi D'UN OOMBAITANT

d'un déficit dans la récolte de dix millions d'hectolitres au moins, on a importé trois ou quatre millions; on craint de ne pouTcnr apporter le reste à temps. Qae fera le Gouyememeat, si le blé

manque en Juin ? A supposer que le commerce apporte la quantité nécessaire pour éviter la famine^ les prix trop élevés ne peuvent-ils pas fsàie souffrir au peuple des maux inoalenlaUes ?

Ainsi donc, pour me résumer : En Espagne, jévolution de palais contre notre gouvernement et mouvement contre nos idées ; en Portugal, une lutte déplorable où notre politique est représentée par une femme fnvole et altière ; en Italie, Tinflucnce autrichienne arrêtant le Pape dans ses efforts d'amélioration modérée, et la nation teut entière prête à précipiter la marche des événements ; en Grèce, l'Angleterre aidant la Russie à renverser un ministère organisateur, parce qu'il est notre ami ; l'Orient livré à Tanarchie, le Czar pesant sur les états gréco-slaves, et mesurant l'espace qui le sépare encore des Dardanelles ; la Pologne, écrasée, galvanisant encore ses lambeaux dispersés ; l'Autriche en désaiTOÎ ; T Allemagne prête à marcher ; partout la France à l'index, partout l'attente d'une crise, partout la question des subsistances remuant dans leurs bases les vieilles sociétés ; enfin la disette en France et en Angleterre ; Taristocratie faisant de louables efforts pour atténuer ce fléau de l'autre côté du détroit ; et cliez nous, le Gouvernement refusant d'intervenir. Yoilà ce que répète

chaque matin la presse ; voilà ce que tout le monde peut voir I

Que n'est-il donné de poixvmr obeervâir lee piogrès du Socialisme dacns les esprits, l'élan qui pousse

de toutes parts vers une régénération sociale? En proscrivant les associations, le Gouvernement a désorganisé see advenaires» mais ils sont plus dangereux agissant dans Fombre et sans qu'il puisse constater leur influence. La question Sociale préoccupe chacun aujourd'hui : les livres d'histoire s'en inspirent; les journaux la traitent chaque jour,, les romans la portent dans les boudoirs, les salons la voient surgir avec effroi dans les conversations. Voyez comme on dévore les histoires de la Eiévolutîon, voyez le succès de Louis Blanc, de Lamartine, de Michelet ! On étudie dans la chute de la féodalité militaire, les symptômes de la chute de la féodalité financière.

Et pendant ce temps les Ministres achètent des. collections de fossiles ; puis ils nomment une commission générale des chemins de fer, supérieure au Conseil des Ponts et Chaussées dont l'indépendance gênait parfois le Gouvememient. La Ghambre, réunie depuis trois mais, a voté la réduction momentanée des droits sur les céréales, l'Adresse au roi, et rejeté la très modeste proposition de M. Duvergier de Hauranne. Aujourd'hui, elle laisse au Gouvernement la faculté de rembourser par dixièmes le cautionnement des compagnies de chemins de fer. Prime d'agiotage pour les banquiers I

70U1INAL D*CN COMBATTANT

Aussi nul intérêt rédlement sérktix ne s'attache^

plus aux travaux des Chambres, ni aux actes du Gouvernement; le peuple regarde vers Tavenir, tout en lisant rhistoire de la Bévolution Française I • • • •

CHAPITBE II.

22 DÉCEMBRE 1847. — SUuaHan des ^Partis,

J'ai toutes sortes de belles nouvelles à vous donner^ mon ami. On prétend que Firritation

produite par les banquets réfomiistes effraie le ministère. U serait question d'ôter à l'opposition dynastique la popularité dont elle s'affuble en prodiguant les mots de réformes et de progrès. Que diraient, en effet, les tribuns si violents dans leurs discours, mais si modestes dans leurs prétentions, le jour où M. Guizot présenterait, à ses conservateurs disciplinés par M. Duclifttel, une réduction des taxes sur les lettres et de l'impôt sur le sel, l'adjonction de la deuxième liste du jury à la liste électorale, et Texclusion de quelques fonotionnairesdelaOIiambreP On ajoute à ces réformes le projet de loi sur l'enseignement. On prépare ime loi sur le régime hypothécaire. Puis on montre la dipbmatie française chassant du cabinet de Madrid les ministres dévoués à la politique anglaise, et arrachant le cœur d'Isabelle aux influences progressistes. On se vante des progrès accomplis en Italie; en se bâte d'ajouter qu'on encourage

DE FÉV&IEB. — 22 BÉCBMBIU: 1847. 53

'les souTeiaiiis ft ne pa» se laisser entraîner par Fexaltation des peuples an point de mettre en

danger la paix et les traités de 1815 ; on se félicite d'avoir consolidé l'ordre^ la reine et les Cabrai à lÂsbonne, sans qn'il en ait coûté que les astueîenses propositions au cabinet anglais de féire intervenir l'Espagne seule. Et le système, écrasant ses ennemis, triomphe des taqiiineries de l'opposition, et raille les frais d'éloquence et d'enthousiasme inutîleBient dépensés dans les banquets réformistes I

Yoilà, dit-on, le programme du ministère. S'il le suit un peu hardiment, MM. Dufaure, BUlault, Dupin» Emile de Girardin, Thiers, voire même Léon de MaUeville et Duyergier de Haumnne, seront bien attrapés, forcés qu'ils seront ou d'être inconséquents et de se jeter dans une opposition plus décidée pour pouvoir attaquer le ministère, ou de soutenir de leurs votes ces hommes' dont ils désirent, dit-on, prendre les places, ceâ hommes, leurs ennemis personnels !

La Gauche de MM. Odilon Barrot» Pages (de l'Ariège), Orémieuz, Lherbette, ne peut, elle, se montrer satisfaite do ce programme, qui ne ramènerait le système qu'à la politique de Casimir Périer. La Gauche veut une modification plus complète de ia loi électorale, un remaniment du budget» de l'administration, de l'armée ; une loi sur la responsabilité ministérielle, et une politique plus décidée à l'extérieur. Après tout, ce serait un cabinet Dupont (de TEvre) ou Laffîtte que nous

uiyiii^ca L/y GoOglc

donneraieiit ces mesaears ; calnnet bien préf éiabJe en temps ordmaÎTey il est yrai, maïs insaffiflant

pour résoudre les problèmes posés au siècle sur la Propriété» k Famille, l'Etat.

Mais troayeroQfl-neas un parti» qnelqu'il exàt, capable de résoudre ces problèmes P Molé, Thiers, Guizot, Odilon Barrot, à des degrés divers, représentent le système suivi depuis 1830. Ils n'ont su et ne sauraient rien réaondre. Le iVa^«ofia^ et les zadicanz de la coalition» des BastOles» et des Banquets, sauraient diriger une administration avec des vues d'amélioration» de probité minutieuse» de responsabilité» plus démocratique peut-être que la gauche ; ils ne pourraient» ils le savent bien» présider à une rénovation de Tétat social. L'union monarcliique et ses loyaux royalistes» un moment surpris et entraînés par M. de Genoude» laissent tous les jours percer leur aigreur» leurs raneunes» et leur ignorance. Ils soutiennent les Jésuites, non pour le principe de la liberté, mais parce qu'ils sont ultramontains. Ils défendent le duc de Modène et le sanguinaire Ferdinand de Naplei^ admirent le réformateur Charles- Albert, exhortent le Saint-Père à s'arrêter» et blessent à tout moment le sentiment d'égalité qui caractérise la France, en exaltant maladroitement la noblesse» et en palliant» avec plus de maladresse encore, les fautes de la Restauration, hardiment reniées par M. de Genoude.

Quant à la Mé/orme^ à son parti plus socialiste» plus radical que Tancien parti républicain désor-»

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