LETTEE DE FELIX PYAT
"Super Flamina Babjlonis, 20 Â.TTii 1860.
" Mon oher confrère,
** Vous m'avez comblé, vous m'avez accable. Je ne sait comment vous remercier de votre trop gracieux article sur Dioffène. Vous avez vu la pièce à travers votre sympathie pour Fauteur.
'* Pauvre auteur ! la prenûère fois qu'on a donné sa pièce, il était en prison ; à la seconde, il est en exil ; que lui arrivera-t-ii ù la troisième .... mais vous m'avez donné un baume qui adoucit toute peine. Merci mille fois ! avec vous les absents n'ont pas tort. J'ai lu et relu votre feulUeton, qui n'a que le défaut d'ôtre bienveillant à outrance. Je serre la main partiale qui Ta écrit ; je la seire de tout mou cœur, de toute ma reconnaissance, de toute mon amitié.
** Mm Pyat.
** Mille compliments ù tous nos amis du Journal.*'
LEITBES DE ^^ILTIIID DE FONTIELLE.
"Paris, 29 Juillet 1604.
*• Mon cher Philippe,
*' Edouard a dû te prévenir du malheur qui nous a frappés je te préviens à la liftte ; on a déjà dû le fidre en mon nom. Vraiment je ne sais ce que je te dis, mon pauvre vieux ; la mort s'acharne après nous. Cependant j'ai bon espoir.
*'Ne perds pas courage, les choses changeront. iJes compliments à Desmottlins et aux Leroux ; mes frères se joignent à moi.
"6, Bue du dierèhe-Midi,
Janvier 186e.
Madame,
** Je ne sais comment exprimer la part que je prends a votre douleur. Quel coup pouvait vous être plus funeste et combien TOUS devea aToir bescnn de eouraee surhumain pour •upporter une épreuve auasi déchirante. Si je ne craignais de
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féixe oouler de nouyeau vos lannes, je tous pnrleraitde tontes
les qualités qui font regretter amèrement Philippe par tons ses compagnons et par moi en particulier.
** Madame, Pluliroe est mort en exil, c'eat-à-dire au champ d'honneur» comme il convient à un soldat de la Démocratie. Que cette pensée voua soutienne, Madame, car il est beau de mourir à son poste pour la Liberté ! Oserai-je vous parler de jours meilleurs que l'avenir nous réserve peut-être. Hélas, Madame ! tous vos jours sont youés à la douleur puis« que Philippe n*est plus. Cependant vous devez à sa mémoire de trouver quelques soulaf^ements à vos maux en gardant l'espérance que sa mort funeste aura contribué au succès de la cause pour laquelle il avait combattu «depuis ses plus tendras anne^. Le Ciel vous doit la consolation bien amère sans doute, de vous faire assister au triomphe des idées de Ju?tice et de Liberté auxquelles votre fils s'est immolé. Pardonnez, Madame, à mon émotion, et xeceves Vassaranee de mon dévouement tout filial.
LEIIEE P'JSBXBSX LEBLOYS.
** Mon bien cher Philippe,
** Je TOUS aime .... et d'aboid, ami, vous dirai-je la douleur
que j'ai éprouvée en apprenant la perte irréparable que vous avez faite dans votre famille ? Une seule chose m'adoucissait cette peine, c'est l'idée de lui avoir causé quelques heures de bonheur à lui parler de vous. Avant mon départ je lui ai oflbrt un bouquet de violettes ; ces fleurs firent plaisir à cette pauvre enfant. Je ne croyais pas que nous n'aurions à lui en apporter que sur une tombe. Je ne chercherai pas à vous consoler, ami. Si un msUheur semblslile me frappait, je ne permettrais pas à mes amis l'essat de vaines oonsoUitions. Parler d'elle et la regretter avec vous, voilà ce que me dit mon cœur.
Ebnest Lebloys." LEXTBBS DE JULES BBIT.
«"âMaiim.
" Cher ami, j'apprends que tu es à Londres avec ta mère. Je n'ai pas* bon n'est-ce pas, cher ami, de te dire qu^e part j'ai prise du mnlhenr qui t'a frappé et des douleureuses émotions que tu as dû traverser. Je n'ai point la prétention de te consoler, on ne se conscde pas de la mort de oetuz qu'on aime. J'estime que os serait un grand f n^Vew et une-
Digitizeu Ly Cju^-'^aitc
TÊICOIGNAGES
grande honte s'il en pouvait être ainsi. Le temps sèche lei larmes au protit des souvenirs, voilà tout
•* ....Bruxelles en Brabant est une grande ville d'aspect asees Tulgaire et qui ne se révèle pas, d'abord, comme le Paradis annoncé par nos amis. Ce n'est pas que la Belgique n'ait d'excellentes qualités ; ainsi, elle est du continent, on y parle français, on y mange, on y boit, on y dort français, et ce n'est pas peu due. Nos camarades ont eu wnn de me préparer une chambre où je suis à peu près à Vabri de tout danger. INous faisons, à un franc par tête, des festins à regretter que vous ne soyez point avec nous. Nous jouissons d'un tempe svparbe qui nous permet de snperbeB promenadee. ... .il y a pourtant un revers a cette agréable médaille; des nuées de gens de police nous causent, de temps en temps, les plus drôles d'émotions! un peuple bête, mais bête! une nature détestable, pas un paysage, pas un hnrÎEon. La Belgique, c'est un perpétuel Teniers. Hais j'ai vu deux monuments qui valent à eux seuls, le voyage do Belgique. Ste. Gudule et l'Hôtel de Ville! J'ai visité le musée le moins renommé qui possède quatre Kubens et deux Jordaëns sans pareils ! Demain je pars pour Anvers avec le Vrai, . . .
** Quelles merveilles rocMent cotte petite ville ! on ne connaît point les splendovirs monumontales du moycn-îlge et l'on est i^orant de l'œuvre de Kubens, quand on n'a pas VU les galènes d'Anvers et les chefs-d'esuvre de l'art gothique semés a chaque pas sur le sol de ce petit pays aussi bêtement constitutionnel aujourd'hui, qu'il a été royalement catholique
et féodal autrefois! Nous vivons entre nous, nous vous
r^jettons (ecÂà est horiblement monotone). Pour ce qui ett de la politique, si à Londres on s'agite dans le vide, ici on a le malheur ou le bonheur do ne pas s'agiter du tout... La proscription n'est pas plus réunie ici qu'ailleurs ; le silence qu'elle est obligée de garder sous peine d'être jetée à la porte, donne le change sur sa véritable situation. . . .Que ceux qui peuvent penser, pensent. Ce travail de recueillement et de méditation ne sera pas perdu pour l'avenir.. . .Nous n'avons plus la foi atmufiê au peuple. Kone ne sommes pas assez forts pour disposer de notre bras, tâchons de faire dans nous individuellement, avec le concours de ce que nous savons, de notre esprit chercheur, un fonds d'idée que nous puissions répandre. . . ., à l'occasion.
15 Juîn 1853.
" J'ai fait un charmant voyage. Depuis que je suis
à Genève, je me sens revivre et je ne suis pas bien sûr dC n'avoir pas changé de planète ; quand je pense à vous, eeprlta inférieurs que vous êtes, qui persistez à ramper sur cet amas de boue ■ublnnaire qu'on appelle» je crois, Londre» ; (est-ce
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▲FFENDICB.
bien ça ?) je me prends à vous contempler avec pitié. J'»i quitté Bruxelles, j'ai traversé l' Allemagne avec la rapidité d'une balle élastique, en trois bonds auxquels je laisserai leurs noms Tulgaires : Cologne^ Mayence, Francfort, Tu ne t'attends pas (et en cela tu fais preuve de haute prudence) à une description détaillée du Khin et de ses alentours } Qu'il te suffise de savoir, simple mortel, que tout ce que tu as pu ouïr, ou lire, sur le Rhin, est à la réalité ce que toi^ habitant de Tvondrcs, tu m'es à moi, habitant de Genève ! . . . . Tu comprends que lorsqu'on a pu s'arrêter deux heures deyant la Cathédrale de Cologne ! Courir tcmte une journée sur le dos de ce puissant et fougueux serpent qu'on appelle le Hhin ! s'éblouir la vue et 1' imagination au contact de ces nobles et vieux châteaux qui rappellent tant de nobles et d'antiques souvenirâ ; Quand on a pu saluer en passant la Maûsc^urm, Toir les ddmes de la eathédrale de Mayence resplendir au soleil couchant, traverser la rue des Juifs à Francfort dans le Rœmer, et entrer dans la salle des Empereurs et dans celle des Electeurs ! quand eniin, après avoir donné un regard à une mauTaise statue neuve de Gœthe, on a pu s'asseoir non loin de la vieille et superbe maison du docteur Faust ! . . . . tu comprends, si abruti que tu sois par ta vie de v^étal, qu'on vous considère, vous autres, avec certaine pitié ! Et que ne dirais-je pas de la Suisse, si je ne
craignais de vous accabler ? Lausanne est peut être
la plus charmante position du Léman. J'y ai vu Champseix. Il a gardé le meilleur souvenir de toi^ et il a été heureux de parler de la grande fiuniUe Pierre Leroux. Je suis arrivé à ^nève sans encombre, mais non dans un moment facile. Le temps était aux expulsions .... ceci est le revers de la médaille : le monde que nous habitons, si aromal qu'il soit, n'est pas à l'abri des agents de police. Ces insectes malfaisants se
H>Ufrent partout
** Je re(,'()is ton excellente lettre. Merci, cher ami, de
ton souvenir, merci à tous ceux qui n'ont pas craint de t' imiter. Plaisanterie à part, je ne suis pas aussi heureux que je voudrais en avoir l'air. D'abord, si je jouis d'une nature splendide, je ne vous ai plus, vous, pour partager ces biens avec moi et l'avenir ne me paraît pas sous de brillantes couleurs .... Si d'ici à un mois, je ne vois pas jour à mes affidres, je quitte Genève et je vais planter ma tente au pied des Âlpes, au bord du lac, dans quelque coin bien isolé et bien vert. J'ai un étrange besoin de solittide et de silence.
Je comprends très bien maintenant, que tu n'aies pas
même songé à la Suisse. Tu as bien fait de fuir au plus vite ce piège toujours tendu, cette souricière permanente qui a vemplacé Paris
" Je t'écris de Montreux, où je suis eu compagnie, de
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TÉUOIOVAOSS.
qui? devine? de Sabas et de T., qui après avoir couru les ETentures les plus parsemées de gendannes, sont enfin arrivés sains et sauft ! Nous sommes à mi-cote, au pied de la Dent de Jaman, dans la plus belle partie du Lac dont noua ne sommes séparés que par une verdure dont les plus belles savanes de ton pays peuvent à peine te donner une idée. En &ce, les Alpes, a droite, dans de superbes lointains, le lac avec le Jura pour limites ; à gauche, la vallée du Rhône que surmonte la Dent du midi couverte de neiges, bleues le matin, blanchcâ et or à midi, roses et pourpres au soleil couchant, mais à quoi bon Tons parler de ees naiewies, à tous, tous êtes à Londres.
** Il y a longtemps que je n'ai ouvert un journal ; j 'ignore
ce qui se passe et je m'e-n trouve bien, le mondo s'arrangera oomme il poura de ma retraite de la politique, je veux croire, modestement, qu'il n'en ira ni mieux, ni plus mal. . . . Victor m'a enfin écrit, toujours le même. Bon, serviable, dévoué, téméraire autant que d'autres sont prudents et r^ser%'és. Il croyait que je lui tenais riguenr. Hélas, si tons cens à qui je n'écris pas plus souvent le prenaient sur ce ton, je serais réduit àchanterde ma voix la plus lamentable : l'Exilé partout est seul.
" Nos plus chaudes amitiés à Louis Blanc dont nous relisons cliaqne soir, eu coin dn feu, les admirables o u vrages. A Berjeau, aux amis de la L.*., à Greppo et sa famille ; à Félix Pyat, à Boichot, Pardi, Wasb, Guill, Rou. . et à Madame Hou. ., Veil, Malar, Wilfrid, Albert, Chevassus, Talandier, etc., etc. A tous enfin pour n'en pas oublier, à ta mère, bien «ntôkdu. Si tu vas àJersejr, embrasse pour nous tous Auguste, Louis, Roumilhac, etc.,ctno9 plus chaadss poignées de main ù Pierre Leroux et à Victor Hugo, . . .
" Kai>âure-toi. Je ne suis ni /ou, ni merf, ni eibruii, iasolont ! Je ne finirai pas sans te dire mon profond mé* contentement pour les nouvelles formes que tu affectes avec celui qui fut toujours pour toi un maître doux, bienveillant et
goli. De quels livres te noiuris-tu, insensé^ De quels ommes fais-tu ta société, mallienrenx } Tu lis SdicBlclier et tu fréquentes Mme. Beecher Stowe } arrête, enel» 2bm, il en est temps encore ! . . . .
*' La terreur qui a un instant plané sur notre ville s'est dissipée. Nos amis btmrçeoiê arrêtes sont maintenant relâchés et tnmquilles. Nos amis ouvriêtê sont encore en prison, au secret, ou traqués. Heureux temps, bienheureuse Egalité.
'* Si je reste en Suisse, ce qui n'est pas sûr, je ne veux pas rentrer dans les villes. Je dioisirai le coin le plus recule, le idos solitaire. Ami, n'envie pas mon bonheur. Suis-je neureux ? je n'en sais rien ; mais ce qui est vrai, c'est que je suis, en face des magnificences de la nature, ce que j'étais sur le pavé bourbeux de Londres ; triste, brisé, las«
▲FFXITDICS*
** Mon pauvre jour de Tau ! cette vieille fête de famille, le voilà tristement passé. Je ne sais vraiment à quoi je l'ai employé } Hier, il pleuvait ; j'ai parcouru les boutiques, le soir, paurATOOrter Ti Jenny un petit Ladj/s' Companion, modeste souvenir qu elle a joyeusement accepté comme ses seules étrennes. Etrennes d'exilé ! J'ai passé la soirée avec elle et ■8 mèrè à causer de nos amis de Franoe, de tous eeux que nous voudrions yfàr, de ceux que nous ne venons plus ! Ma pauvre more, pendant ce temps, est triste, sans animation, »ans gaîtéi sans distraction ; elle qui avait mis son existence en moi ! dont tout *le plaisir était de penser tout haut avee moi ; de m'instruire, de m' améliorer, de m'inspirer quand elle pouvait ... .combien In maison doit lui sembler triste, vide, ennuyeuse .... Cette pauvre Isaure malade, se plaignant moins
douloureuse. . . .Elle aussi doit me re^etter, l& petite dtoyenM (comme l'appelait Ellen Mac Farlanc) elle, toujours vive, irritée, ne ménageant à aucune hypocrisie, à aucune lâcheté son coup d'épingle piquant et bien dirigé. Mme. B., je suis B^re qu elle me regrette aussi. Elle m'appelait Tâme de la maison, elle me croyait raisonnable ! elle avait confiance en moi. La voilà privée de son fils Auguste, qu'elle aime... ne pouvant compter que sur Eugène, trop jeune encore ; s*ennuyant de n'être pas obea elle : a^Ugée, irritée de tout .... Tous ces chagrins doivent se heurter et rendre l'existence de famille peu agréable. ...Si j'y étais» j'y mettrais le calme» au défaut de la gaité.
" Ha tante anssi me regrette. Elle pense aux absents dans les réani<ms de la iamille, elle s'occupe de ma mère et d'Isanre ; ellé me remplace. Elle-même est affligée par les morts qui chaque jour creusent l'existence. Eliza, Hyacinthe Ch., deux morts si proches. Mon onele a dft être aceaUé par la perte de sa sœur . . .Heureusement Edouard leur reste ; mais à lui, aussi, je dois manquer et ses inquiétudes pour moi doivent l'empôclier d'être heureux comme il devrait l'être. Ces âmes honnêtes, d'ailleurs, souffrent en leur conscience de l'abaissement de la mor^ité nationale. Jules aussi pense aux absents, l'excellent Jules ! cœur aimant, honnête, droit; déplacé dans cette existence militaire, de discipline impitoyable et arbi* traire. Emile, Amédée, Léopold y pensent aussi.*
* I^poUU toé au siège de Sébastopol. Et oomlnen de oe« noms évoqués par lamité le 1er Janvier 1S58 manquaient à son appel aflteeteux an 1er Janvier 1856, et combien depuis sont marquas par la mort dans le souvenir de ceux qui survivent encore t Fuiaeent tous le» amis de Philippe puiser qtiel4,iiM ooaaolstlans tel la ign^athia et Ifls regrets qull leur adreaso^
1 Jaayier 1869.
eonsolais la vie
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Ï£MOIONAG£S
Ce matin 1er Jantler, Ifalardier» Lebloys, Bru, Leblanc, etc. Je reçois une lettee d'Edouard ; bonnes nouvelles de tous el
paroles du cœur pour moi. Mlle. Amélie, cette blonde jeune personne si distinguée, si pieuse, ."«i attractive, se marie à un homme de banque, mais qui sait apprécier sa fiancée, lui plaisant beaucoup et aimant la musique. Puisse-t-ello être
heureuse. L épuisé de travail, a oblitéré ses facultés
intellectuelles en les surchargeant d'études mathématiques, un travail physiologique très curieux s'est produit chez lui. Il sentait, diaait-O, le dmièrê de la Utê Btpreuêr^ »* enfoncer, et en effet les penchants sont affaissés. Il a trop vécu claustralement, la nature n'a pu supporter les privations d'un côte, l'excès de l'autre ; et le voilà se déclarant incapable de continuer ses . traTanx d'ingémeor ! Ini le nreinier A l'JBcole Polytechnique t ' Il cherche un emploi où il n aura plus d'initiative, de responsabilité, d'efforts intellectuels, et il est content, tranquille
Quel exemple frappant de la nécessité de maintenir l'harmonie duis noe fiMmltés et notre existence I
Et moi-même! ai-je donc harmoiûsé mon existence ^ La Nature physique ne souffre-t-elle pas de tout ce que je lui refuse ? . . . . Mon intelligence n'est-elle pas fatiguée à son tour } ... Mais que fiEdre ^ Je n'ai ni métier, ni fortune, ni avenir. Je ne peux songer à me créer une fiunille quand m» position est si précaire et ma vie i\ la merci des événements. Une maîtresse ? Je suis trop timide, trop défiant pour la chercher ; et d'ailleurs, la femme dont j'obtiendrais un caprice, obtiioidraità son tour, peut-être, plus qu'elle et moi n'aurions cherèhé dans une union passagère ; je lui donnerais peut-être un amour passionné dont elle se jouerait. .. .Et si le contraire arrivait, si pour satisfaire une passion momentanée, je perdais l'existence d'une jeune fille, ne serais^e pas indigne de porter haut le front et en avant le drapeau Démocratique ? Ce que ie blâme dans les autres, je ne le ferai pas. Je suis donc réduit
a souffrir, à attendre Mes rêves m'entraînent, il est yrai,
Ters l'amour; je m'imagine parfois aimer. ... line blonde figure, gracieuse, souriante, modeste etfamilière tout ensemble, confiante et réservée ; douce, maligne, timide, volontaire ; . . . . Voilà ma charmante apparition qui vient aussi me souhaiter
la bonne année, et derrière elle, cet esedm de jeunes
filles 'et de jeunes gens que j'ai vus enfants. . ..La bonne et blonde Elise ; la prudente et maligne Hermine ; la triste Louise aux yeux noirs, à la contenance pensionnaire, r^rettant son frère cbéri, et fiusant sur lui des ré^es dont nul ne se réalisera. .. Eugène, bon garçon et d'excellente conduite ; le rapin Ulric ; le ferme et vaillant; Arthur, Hélie.Emile, Araédée, Sœur Sophie .... et tous, et toutes . . . .Ah 1 combien je voudrais revenir parmi eux. . « .
*' Mais je me laisse trop aller à met «owrenirs. J'ai peni
APPENDICE
aux vivaats en les désirant, aux morts en les regrettant, en les évoquant. Eglantine ! dont je n'écris jamais le nom qn'en tremblant et en pleurant, et dont l'image sévère, sérieuse,
sans cesse me rappelle à'mon devoir Jules Bouline, par qui
je suis entré dans la politique, et qui a succombé à son activité sans Toir la RépuUiqne qu'il désirait si ardemment.... Césanne ! cette intelligente et 83rmpathique jeune fille, mofta victime de tous ceux qu'elle aimait ... Edmond Frossard ! . . . . et depuis, tant de parents, tant d'amis ! Ninous, les £liza, Jules Bascans, Lina, Ernest, Y von, Lucie ! Antoinette et la mère de Haaaëlle dont j'ai appris, par hazard, la mort l'autre jour, et tant d'autres encore î ... .Madame Roland, victime courageuse du coup d'Etat. Aristide-Ollivier, Dussoubs entrevu un instant en 48, et dont j'ai failli partager le sort en 1851 .... D^à, déjà, (j'ai 29 ana a peine), et je compte plut d'affwtions parmi les morts que parmi lea vivants. . . .
«« PHILIPPE FATTBS.
EXTRAITS DE JOUENAUX.
" ESXAVJBXTB, FévTMT 1860.
** Nous apprenons la mort de M. Philippe Faure^ décédé à
Jersey à l'âge de trente-doux ans, après deux jours seulement de maladie. Quoique jeune encore, ce publiciste avait déjà collaboré à la rédaction d'un grand nombre de journaux appartenant tous à VopimoTi la plus avancée. Avant la révolution de Février, il avait déjà publié de nombreux articles dans V Eclaireur^ journal tondé sous la direction de Pierre Leroux, et imprimé dans la typographie que ce philosophe avait établie dans la ferme sociétaire de Boussac. Philippe Fanre prit une part active à l'organisation du banquet du 12e, à la manifcstiition des écoles et à la liévolution de Février.
** Din^s les premiers jours qui suivirent la proclamation de la République, il entra dans la rédaction du journal U Répr4»mttmf du Peuple, et tut charf^é de la partie des affaires étrangères, que ses études spéc iales lui permirent de traiter avec autant de profondeur que de sagacité et de véritable modératio:î. Fidèle à la cause qu'il avait embrassée, il suivit cette feuille dans ses diflSrentes transformations. Puis, lorsqu'elle dut définitivement disparaître, il abandonna Paris pour continuer sa polémique en province. Le Bonhomme Manceau le choisit
Sour son rédacteur en chef, et il exerça cea fonctions avec istinotion jusqu'aux événements de Décembre 1861.
A cette époque, il dut quitter la France. Il se réfugia en ^njçleterre et habita, alternativement, Londres et Jersey, et rédigea de nombreux articles dans le Journal de» Réfugiés,
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TÉK0IQNA6£8.
C'est à Jersey qu'il passa les derniers mois de sa vie aupzès» de «a mère qui était Tenue partager son ezQ.
'* Comme il connaissait à fond plusieurs langues étraiîgèree, il s'était fait maître de lanfruos, et travaillait en rnvmo temps comme typographe dans L'imprimerie démocratique de Jersey.
"La mort trancha trop tôt cette carrière si activement semplie. Philippe Faure était un prand cœur et un véritable homme de bien. Sea amia sentiront doulouzeusement sa perte.
•* A. Blanchard."
Thb Hbasoheb, Sunday, F^uruary 3, 1856.
DEATH OF A FliE.XCii PEOSCEIT.
"SeoMj, Januaiy 18^ 186^
'* Dea^ is bringing désolation to the beartlts and bearts of tbe few exiles still remaining in this island. Tbis week two
maie children, grandsons of Pierre Leroux, sons of citizeni Desagea and Frézières — married to daughters of the exile just named— bave been reaped down by tnat mysterious Power» wbose scytbe too often Icvels budding cbildbood with ripened âge. This ^vas not the bcginiiing of mourning in l?ierre Leroux's household — for sonie wecks past ovcrshadowed by the grim destroyer. It must be nearly a month ago tbat a fine boy, five years old, son of citisen Desages — now a second time bereaved— died. Accidentally I met the funeral procession. As is customary with me, I lifted my cap as the mournera passed. In my Uasty glance, I did not, at the moment, recog* Bîxe ftiees known to me ; thougb ihe thougbt struck me — > • thèse, from thcir bcards, should be Frcnchmen.' I iras proceeding onward, when. some yards in the rear of the procession, I met my friend Philippe Faure, accompanying his motber. He bastily told me the deceased was a grûidaon of Pierre Leroux's. I immediately tumed and walked by the side of my friend, follcwin? the procession. Arrived at the ceraetery, the coffin was lowered into the yawning grave; an afiécting addresa by Pieire Leroux ; a wild buxst of grirf from the fatber of the oluld, and ail was over. Tbe eemetery Ijtag high and exposed, was swept by a keen and searching blast. I was unwell, and on my return home did not feel at ail benefitted by baving stooa bsre-heaàed during the last cérémonies. I bad marked tbat amongst tbe last, perlmps tbe very last, to remain iincovered, was ray poor friend Philippe Faure. Little thought I, at that moment, that in another threc or four weeks, my pour dear friend would bimseii bo
APPENDICE
consigned-to the flU-devoaring graye. Leaving the cemeterv, we saook iiands and parted ; I punoing my soUtary widk. Presently, finding I could not lettore a proper natural
warmth, I returned home.
Next day, I called upon Philippe Faure. Subsequently, he twice called upon me. He was to bave given me certaia
lessons, interrupted by my illness. I heard of him alberwaidfl inquiring about me ; but I never saw him again.
•* Last Sunday evening (Jaauaxy 13th), a Jersey friend
though he had seen him on the préviens Wednesday evening apparently -woU. I was sorry to hcar this, but not alarmed, and intended to have sent the next day to inquire as to hia etate, and to request him, when better, to fàTour me with a call. BeCbre I conld send a messenger, my friend, who had called the previous evening, again visited me. Never was I more snrprised, shocked, and grieved, than when he said — and his words were as a thunderbolt falling at my feetp» • Philippê Faure is dead ! '
"He was already dead when my friend spoke of him as being sick, merely. He had been scized with scarlet fovcr on the lOth of Jauuary, and died on the l^th, Sunday, about twelve o'élodL.
" * And who was Philippe Faure ? * the reader may ask.
*'He was not known to the English public generally; but to the French exiles he was well known, and b^ them was respeeted and loved. ▲ few Englisbmen knew lum. I loved liim as a brother. To me he was more than a brother by blood ; he was a brother of the heart. Never shall I forget hiB gênerons dévotion, tested and provedin a moment of periL Never shall I forget bow gallantly be atood by me wben my boaouT was assailed, and my li& tbreatened, by unaonipuloiu, cowardly, and brutal focs.
*' Philippe Faure was a native of Champagne ; born in the month of November, 1823. He had, therefore, at bis deaih, jttst completed bis thirty-second year — that period vbich is the glory of a man's life ; when his physical strength is matured but undecayed ; when his youthful eutUusiasm still lives, inspires, and animâtes, but is tempered by tKat modération vbicA time aad expérience natturally brin g. Tet at aucb an âge, or within a few years of that period, now niany men perish, eut down in the fulness of their bodily and mental strength. Perhaps it is well for them ; but certainly it is a misfortune, a due misfortune, for fhose vbo ba^e beea assocîatedwitb tbem in the battle of life.
*• The cause to which Philippe Faure was devotcd cannot afEord to lose a single elhcient soldier ; and he was one of the beat, becanse aUe^ nodeet, and tmtbÂil ; not bungezing and
informed me be bad beard
Digitizco by Ljo^j^ii.
TÉMOIGNAGES
thirsting after the gratification of a pitiful personal ambition ; but deToted atwolutely— head, hand» and heart, to the eauae
of liberty and justice.
Ile had been educated for the profession of an Advocate. I know not if he ever practised as such. Probablj net, for at an early âge he commenced his career as a Journalist. In thia Iwief sketch, or notice, I can but enumerate the names of the journals, &c., to which he coutributed. He bogaii to write in VEclaireur du Centre in the year 1845. He wrote " iSouvenira d'un Voyage en Algérie/' In the Ewuê Sociale, edited by Pierre Leroux. After the mmorable and glorious 24th of February, 1848, he became a contrihutor to Proudhon's Représentant du Peuple ; Lamennais' Peuple Constituant ; another journal named the Peuple ; aiso the Voix du Peuple ; tlie Pétale de ISôO ; the Courrier de la Sarthe ; le Botthotnme Monceau, 1851, &c., &c.
'* Pliilippe Fauie's glorious» participation in the Tlevolution of Pebruary, will be found recorded in the " Journal d'un Combattant," published in L'Eelaireur du Centre of Marck 4,
** The dark days of Deccmbcr came, and the man of blood triumphant, those patriots who had escaped death, Cayenne, and the choked-up dungeons of France, sought refuge in England and elsewhere. Philippe Faure came to London in March, 1852. In Soptember of that year he went to Jersey, At that tiœe the ghastly mockery of Bonaparte's * élection * as Emperor waa in progrcss. On the question of whether the R^niUican party still Icft in France should vote against the tyrant, or abstain altogcther from participating in the élection iarce, the exiles in Jersey recommended the latter, in an - address to the French people, dated October 81, 1852. To that address the signature of Philip Fature was appended, in conjunctîon with those of Victor Hugo and Fombertaux — representing the body of the exiles in J ersey. The address, save tbe last two or tnree Unes, was written by Yictor Hnco.
Those laattwo or three significant Unes I will qnotepresenuyt were suggcsted by Philippe Faure.
** Subsequently, Philippe Faure retumed to London. He came back tu Jersey in Oct., 1854, and became one of the * staff' of V Homme, until that journal was proacribed and expellcd by tho Jersey instruments of M. Bonaparte.
" Pliilippe Faure was not married. He lived withhis mother, a highly intelligent woman, who shared his sentiments and aspirations, and was content, I might almost say happy, to share his exile. Alas ! for her.
" He was short of stature and small of limb, but did not appear at ail weak or ailing. Though very short- sightcd, his eyea hiad a Tery pleasing expression; and altogether his counteaanca
▲PPBKDICX.
indicated the 8oun4neM of lût Imadt and the goodneiB of hb
heart.
** Louis Blanc knew my poor friend well, and his able pen, or that of Charles BibeyroUes, will, doiibtless, do justice to his memory. For myself, the physical weakness wliich bas made the writin*:^ cven of this oricf notice a labour of some diihculty, has, of course, forbade the seeking of those fact» and recollections the eames bere eould bave supplied me witb, and 80 bave enabled me to bave materially lengtbened tbîs sketch.
*'It is one of the saddest afflictions of life to know tliat a friend is on his death-bed, and to be one's self incapacitated by scvcre illness from tending to, or even seeing, bim. Tbii affliction I was spared at the tiine, for I knew not of the illness of my friend until ail was over. But I "was not spared the subséquent regret — regret in vain. Nor could 1 attend the ^nerai — ^to me a bitter pain. A féw words — tbe first I bad "written for three weeks — Citizen Desmoulina kindly read for me. Ile, too, delivered an affectintî; address ; and was followed by Citizen Blanchi, who also delivered a suitable discourse over ail tbat remained of Pbilippe Faure. Tbe Republie never bad a more faithful son ; for the Republic he lived, laboured, and sulfered; and in exile for the Republic hc died. Perhaps the concluding words oftheaddress of October 31, 1852 — Philippe Fauiers own words — constitute botb bis beat epitapb .and wgacy to bis surviving comrades : —
* In présence of M. Bonaparte and of his ç^ovcrnment, every citizen — worthy of the name — does only one thing, and ha» only one thing to do : load his musket^ and toaitfor the hour /.
"Amen !
L'Homn, 31 Mai 1866.
NÉCBOLOGIE.
PRII.IVPB VAtTBB.
"Nous n'étions plus à Jersey quand Philippe Faure est mort, et ce journal, radeau aes naufragés, avait sombré momentanément. Voilà pourquoi nous n'aTons pu mêler notre adieu fraternel nux dernières paroles qui ont honore sa tombe. Mais nous n'avons jamais oublié la dette, et nous venons, quoiqu'iui peu tard, la payer, bien certains que rbeure n'est jamais passée pour les Âmes, et que ceux qui ont bien vécu ne saursient mourir.
Digitizeu Ly Cju^-'^aiiL
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TEMOIGNAGES
** Philippe Faure, enfant, aivait eu 1* pin* grande chance de ^
la yhè i l'amour puissant, intelligent et doux d'une mère, femme skieuse et forte qui sentait profondément la responaa- ^ bilité de sa tâche, en cette tutelle des premières années.
** La culttire de l'enfiuit fut libre, spontanée, mais t^nijouta conduite et guidée par nne expérience habile, attendrie, dévouée. Les horizons s'ouvraient presque d'eux-mêmes : la mère avait l'air de suivre et n'imposait pas : ainsi point de ^ discipline fiiroucbe, point d'études sèches et forcées : la Tie s'ouvrait et se développait en plein essor. Mais les curiosités n'alimentaient jamais l'esprit sans laisser un enseignement ; r intelligence et le cœur se formaient ensemble. Madame Faure préparait un homme.
** Elle ayait réussi, cette mère si cruellement frappée dana son amour, et dans cette génération qui a tant produit et tant souffert, nous avons rencontré peu d'esprits plus droits, peu d'études plus profondes, peu d'urnes plus libres, plus actives, plus élevées, que celle de Philippe.
" Son mode d'action était double comme celui de toute pensée bien faite et qui cherche les lois après les choses.
*' Il expo.sait les faits ; il cherchait, il étudiait de près la Tie, ses relations, ses incidents, ses formes ; il était de sa nature observateur, instructeur, nomenclateur, et commeT tel il a fait sa preuve, soit dans ses études sur l'Afrique, insérées JMj dans la lievue Sociale de Pierre Leroux, soit dans sa pO{ji|ique^W
** Il avait, en même temps, la passion encyclopédique : il s'inquiétait en toutes matières de la tendance générale, de l'organisation, de la loi. bon esprit n'était jamais satisfait, tant qu'il n'avait pas pMétré la raison, la logique des choses. •* C'était un penseur.
" Il s'est trompé souvent, comme nous tous, dans l'ordre de la science qui n'en est encore qu'à la libre recherche, et dans la série des généralités : mais il n'avait pas l'orgueil foronche, absolu de la conception personnelle, et quand il voyait mieux que son horizon, il ne s'eneaissait pas, il ne se pétriAait pas dans le système.
*• C'était un libre et franc penseur.
** Du reste, il avait en lui le grand caractère humain, la
probité, le dévoûment. 11 savait pratiquer le devoir, même contre ses idées, et dans sa dernière eolhiboration, au journal L'Homme^ quoique ses opinions ne fussent pas en tous points les nôttes, îi nous a prête concours jusqu'au dernier sacrifice.
*• C'était un grand esprit et un noble cœur.
" Philippe Faure s'était trouvé dans le milieu le plus actif de notre dernière llévolution. Il y avait rempli sa tâche ^ combat, et plus tard, au Mans, il avait défendu Tidée socV liste, par une polémique habUe et voivie» dans le Bonhommê
AFPENDirE.
^ L pxil le prit comme tant d'autres, et l'exil l'a tué : c'est la^patrie des morts. Hélas ! quand le souvenir de son aeonie ^ nous revient, notre cœur se déchire ; car ce frère dUe noua avons perdu, la République aussi l'a perdu.
Mais U y a une douleur plus poif^nante, c'est le désespoir «le la mere. Puisse-t-elle être ôonsolée, dans son supplice de la vie. par le souvenir fraternel que nous gardons tous de ^ cette belle ame qu'elle avait formée.
"Charles Ribeyrolles."