NOUS OUBLI B PAS
De tous les amis de Philippe Faure (ils étaient nombreux)^; aucun mieux que moi n'a jtu apprécier les qualités de son
cœur, et n'en a plus ressenti les bienfaits. Lors de la longue maladie dont vous voulez bien vous souvenir, il fut celui d'entre mes amis d'exil qui tenta d'égaler le dévouement de mon excellente épouse, en me prodiguant jours et nuits les soins les plus délicats sans lesquels j'eusse infaibliblement succombé. Aussi, je ne pense iamais à ces jours passés sans reporter sur celui qui n est plus la part de reconnaissance que je lui dois. ^
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•* Chère Madame Faute, si quelque chose pouvait adoucir TOtre douleur maternelle, ce serait la part qu'y prennent tous etnx qui ont eonnu votre fils, et ausd cette sympathie qui fait cortège à sa mémoire. Une fois par semaine j e vais me letremper à cette réunion maçonnique dont il fat l'un des fondateurs.
**fin général la situation de noe amis de Londres est
devenue plus supportable ; tous ou presque tous ont fini par se créer une industrie qui les fait vivre ; le nombre de ceux qui sont obligés d'aller demander la sécuiité du travail au sol Amérioan est presque nul depuis un an.
** Donnez-nous quelquefois de vos nouYelles, et iMurles-notM de ce qui peut encore vous intéresser.
'*Ma femme se joint à moi poux vous adresser nos plus a^ctueux scmyenire.
*< Yotre bien déroné,
•«B. GbVTVBAT."
[On ne lira pas sans intérêt l'article suivant, écrit par Philippe à l'occasion de la reprise du Diogène de Félix Pyat. Cet artide a paru dans la Voi» du Pêuplê du 17 Avril 1860.]
SBVUB DBS XHBATBBS.
TBiAiBS DB is'wioïi : momwm, pas wChO. ftav.
à M. de Kerdrel.
" Vous avez dit hier à l'assemblée législative, Monsieur : * Au Théâtre Italien, je trouve véritablement l'art qui est de totis les pays. Au lîiefttre de l'Odéon, je ne trouve la plupart du temps, que d^s paroles à peuprès fra7iça isrs, ot presque jamais Fart. Je demande qu'on prenne 60,000 francs de la subvention de l'Odôon et qu'on les reporte sur le Théâtre Italien, Ce serait acte de justice, et j'ajoute acte de bon goût et de moralité !*
" Si vous aviez demandé le rejet de toute subvention théâtrale, je ne me serais pas permis de vous répondre, la rédaction économique et politique de ce Journal ayant pris sur ce point une înititatiTe devant laquelle je dois m' incliner.
" Si vous vous étiez contenté de chanter en votre prose les louanges des fauvettes et des rossignols des Italiens, j'auiaitt applaudi tout comme si c'eût été leur éhaut qui dkarm&t mes oreilles.
Mais vous avez attaqué l'Odéon ; vous Tavei accusé au nom de la moralité, de l'art ; vous ave* prétendu q.u'on y entendait des paroles à peine &an^aiaes.
▲YFEVDIOS.
"Ah! Monsieur, vous n'aves donc entenda ni Fraiiçois U Cfumpy^ ni Diogènê,
** M. Baroche tous a rappelé le glorieux passé de TOdéon : Casimir Delavigne, Ponsard, E. Augier ; mais il n'est besoin de retourner atix carrières de la restauration et de la quasilégitimité pour trouver les titres d'honneur décernés àl'Odéon par l'art et la morale.
" Sa Moralité ? où la trouverez-vous plus pure, plus naïve, plus primitive, plus française aussi de langage, que dans cette idylle de George Sand, où l'énergie gauloise rêvet une forme ai neuve et si poétique.
** Vous n'avez donc assisté à aucune des cent et quelques représentations de François Le Champy^ que vous vous croyez obligé d'anatbématiser pudiquement rOdéon, voué depuis qnatone mois à la pastorale !
" L'Art. La chute de la VMa de votre ami Bebonl, et le triomphe de Diogène devraient vous apprendre à mieux juger le théâtre où se rassemble un public éclairé, intelligent et des plus aptes à discuter et à appliquer l'esthétique.
Allez ! un théâtreoCi George Sand et Félix Pyat sont si bien appréciés console un peu la poésie des échecs que Messieurt les académiciens lui font subir et la morale des trahisons dont les hommes d'état se rendent diaque joiir coupables.
*< Au nom de l'art et de la morale, Monsieur de Xerdrélf allez voir Dioçène, et retirez votre amendement.
" Pauvre Diogène ! cette dernière misère lui manquait.
« Il en a pourtant subi de toute sorte, et ce n'est pas sans motif que ce pajsan, attiré dans Athènes par l'amour de l'humanité, le dévouement à la République, l'enthousiasme de l'Idéal, du vrai, du juste ; ce n est pas sans avoir bien souffert qu'il a nié l'Idéal, le vrai, le juste, qu'il a refusé son bras à la patrie, et rompu tout lien avec rhumanité.
** 'Tu t'es fait cAtVn, tu t'es enfermé dans ton tonneau, non, comme le rat dans son fromage, pour y vivre en égoïste, mais comme les saints du christianisme, pour purifier ton âme des souillures soeiales.
'* Tu t'es fait cynique, parce que tu as vu les hypocrites parer leurs vils égoïsmes, leurs lâches passions des beaux noms de Religion, d'Idéal, de morale, de justice. Tu .4a TU le soldat, héros des grsndes luttes patriotiques mendiant son pain : tu as vu l'ouvrier, créateur des merveilles de la capitale, laisser on mourant sur le champ de bataille du travail, sa veuve et ses enfants à la discrétion de la charité publique, tu as vu Phidias en prison, Sophode accusé de folie .... tu as ^ u Soorate buvant la cigiie et poursuivi par les huées d'une foule superstitieuse, criant : Mort à V Athée.
'* Va, Diogène, fais-toi chien, tu es trop consciencieux pour être homme T
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TÉMOIGNAGES
** Va, Dîo^ène, allume ta lanterne et chercha un homme, tu
n'en trouveras certes pas
Voilà que la misanthropie me gagne, et j'ai tort. Non, ce n'est pas Thumanité que Je dois repousser, c'est la société qui transforme, énerve et démoralise les hommes. Diogène, tu as renié l'humanité en assistant au martyre des grands hommes. 8i tu acceptais rinvitation que t'adresse la belle Aspasie ; si tu venais t' asseoir au festin de cette illustre courtisane, tu la verrais méprisant les hommages de l'élite des Athéniens, et s'écriant : ' Je ne peux choisir un homme
farmi tous. Tu es heau, Aloibiade ; tu es un philosophe, laton ; tu es un riche, Gorgias ; tu es un ovmteur, Démosthènes ; tu es un sculpteur, Lysippe ; tu es un poctc, Euripide ; tu es un athlète, Miion ; mais nul parmi vous n'est un hammê. Etres iSMitices, si^is spontanéité, sans cons<!toice et sans cœur, vous n*êtes tons que des masques, et je ne peux aimer qu'un homme.
** Et Aspasie aime Diogène, parce que lui, il arrache leurs masques a tous ces prétendus grands hommes.
" Ah ! monsieur de Ker£^, rayes-vous tu ca cbibm, déchirer dans ses dents vigoureuses le manteau traînant SOUS lequel se cache l'hypocrisie sociale.
*• Tu convoques le Peuple au champ d'honneur, Démothènes le rhéteur ; et lorsque ce peuple accourt au rendez- vous, tu te caches lâchement, tu laisses les soudards du roi de Macédoine égorger tes frères armés à ta voix. I^e parle plus d'honneur et de patrie !
** Et toi, Alcibiade, que fids-tn parmi ces courtisanes ? Toi
jeune, vaillant, influent, tu énerves ton âme et tu corromps par ton exemple l'élite de la jeunesse ; tu fais descendre la corruption au sein du peuple, et tu trahis la patrie.
" Uui, tu la trahis ! Ton luxe et tes jouissances insultent à la mi?crc du travailleur ; mais tes harangues pacifiques livrent la patrie à l'Etranger, et c'est là qu'est surtout ton crime !
*' Athéniens, ne distinguez- vous pas, dans les brouillards du nord l'aigle de Macédoine aiguisant ses serres pour vous déchirer. N'entendez-vous pas les rois armer leurs esclaves pour envahir et conquérir la République ? (klui qui parle de paix et de bien-être quand la patrie et la Képublique sont en danger n'est-ce pas un traître ?
<«£t TOUS tout artistes sans idéal, philosophes sans croyances, prêtres sans foi, soldats sans intelligence ; vous surtout usuriers, sangsues dévorantes qui pompez incessamment les sueurs du travail, énervant ainsi le Peuple Hépublicain, fuyez devant Diogène. Le chibk hurle sur vous les imprécations de la eonacience humaine uahie et trompée par TOUi.
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APPENDICE
" M. de Eerdrel, tous qui êtes pieux, moral et patriote comme doit l'être tout Breton, dites, cette peintiire de la société actuelle, bien qu'habillée à l'athénienne, ne tous a-t-elle pas 8em.blé tristement vraie, pleine d'une amère moralité?
** Puis quaadDiogène, séduit par la divine beauté d'Aapanet redevient homme, mais un homme purifié par 1* amour. Quand Aspasie est rendue à la pudeur par l'austère fureur du cynique, n'ayez- vous pas répété les yersets évangéliquea : Aimeg'-vou» le» tau ieê autres, il sera bêaueoup pardonné à ceux gui auront beaucoup ai/nt ! Enfin l'accusation de sacrilège portée faussement contre Aspasie par le voleur Hyperboles, devenu l'avocat richement payé des dieux, de la morale et de la société, ne TOUS a-t*elle pas rappelé les réquisitoires hypocrites sous lesquels succombèrent tant d'innocents depuis Socrate jusqu'à Jean Huss, depuis Eschyle jusqu'à Béranger, I»amennais et..., Kt tant d'autres I £n voyant les stalles de l'Odéon occupées par les débris de la Montagne, et en entendant les échos de la scène nous renvoyer le mot d'ostracisme, nous pensions à toutes ces victimes de nos luttes politiques, nous redisions plus d'un nom cher à nos cœurs, malgré les proscriptions. Car cette reprise du Diogène de F. Pyat avait réuni à rOdéon les dIus illustres têtes de la démocratie, pèle-mêle avec lea étudiants. Car la Marseillaise et tous nos chants patriotiques demandés avec exaltation, joués avec ardeur, applaudis avec frénésie» saluaient au nom de notre République, la République d* Athènes, et versaient sur les blewurea de nos amis le baume d'une enthousiaste sympathie.
" Le style incisif, la verve inépuisable, Tentrain, la gaité du drame étaient admirablement rendus par tous les acteurs, la mordante raillerie du cynique si poétiquement relevée par un fervent patriotisme et par l'amour rivalisait dans la faveur du parterre avec la grâce mélancolique, rêveuse et la spirituelle élégance d' Aspasie. ... M. Deshayes, Mme. Laurent ont manqué d'étreenscTelis sous une pluie de bouquets trieolorês ;
Mme. De«hayes Mais nous devrions les nommer tous*
nous devrions aussi reproduire textuellement le drame, si nous voulions défendre l'art et les artistes contre vos injustes accusations. Allea Toir Diogène, M. de Kerdrél ; ne juges pas rOdéon par ouï-dire, m Diogène par cet article inconérent, traînant, ennuyeux ; allez entendre l'œuvre de Félix Pyat, et vous reconnaîtrez que l'art a rarement un si digne organe que le poëte exilé et d'aussi habiles interprètes que les acteurs de l'Odéon.
'* Allez, si pourtant vos oreilles ne sont pas blessées par les cris de * Vive la République,' car ces cris accueillent les allusions directes et bien involontairement poturtant semées dans ce drame écrit sous Louis Pliîlippe. AUeB» ai tous TOules admirez la morale pâtée de toutes les merreillei de l'art, et
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rendez juetice à l'Odéon, car il sait fiSie aimer la RépnUkaiM
dont voiis êtes un des législateurs ! Après cela peut^tre let chants patriotiques et les acclamations républlCitiîiea TOUS «embleat-ils un outrage à l'art et à la morale.
** PUILIPPB PaUBB/*