DERNIER SPECTACLE
Péfa.
Lu troupe se composait de : M'"'' lleiclieniberg, Bartet, Pierson, FayoUe, Kalb, Du Miuil, Cécile Daubray ;
De MM. Got, Febvre, Prud'hou, Boucher, Leloir, A. Lambert, Jolliet, Falconoier.
Il restait à Paris les artistes dont les noms suivent :
MM. Mounet-Sully, La Roche, Worms, Coquelin, Coquelin cadet, Silvain, Baillet, Le Bargy, de Féraudy, Paul Mounet, Garraud, Samary, Martel, Dupont- Vernon, Roger, Villaiu, Clerh, Hamel, Gravollet, Laugier, Béer, Leitner, Dehelly, Royer ;
M""^' Rarretta, Rroisat, P. Granger, Dudlay, Muller, Marsy, Llyod, Frémaux, Amel, Persoons, Hadamard, Ludwig, R. Royer, Nancy Martel, Rertiny, Lynnès, Malk, Moreno, Rrunzer.
Soit 4:2 artistes.
On voit que le répertoire pouvait encore offrir des chances d'intérêt au point de vue de l'interprétation.
Quel théâtre, eu effet, pourrait jamais, eu permettant le déplacement de 1(3 artistes, offrir un tel tableau de troupe.
Les feuilletons de Sarcey ont tenu le public assez au courant de notre séjour à Vienne, pour que je risque uue appréciation quelconque.
Mais, en dehors du domaine de la crili(|uc, je puis raconter, ici, quelques particularités de celle campagne, qui assura au lliéàtre de l'E.xpositiou, des recettes qui le firent rentrer dans les pertes
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causées par les représentations du théâtre allemand.
Sur ma requête pressante, appuyée par Son Excellence Monseigneur le Prince de Hohenlohe, grand-maréchal de la cour, j'obtins de S. M. l'Empereur François-Joseph, la promesse qu'il voudrait bien honorer de sa présence l'une de nos représentations.
Je devais avoir la réponse à ma supplique, au Garden Party. qui était donné en l'honneur de la Comédie-Française, le 30 mai, sous la présidence de M"" la princesse de Metternich, fête à laquelle avait été conviés la presse et les principaux artistes des théâtres impériaux de Vienne. Un peu avant la fin de cette belle journée, la princesse fit photographier artistes autrichiens et français, réunis deux par deux, Got et Sonneuthal, Lewinski et moi, etc., etc.. puis, comme bouquet, la princesse prit place au milieu il'un groupe composé de Got, de moi, deM"''*Reichemberg, Bartet, Pierson, nous disant ce mot charmant :
« Sociétaire de la Comédie-Française ! i)Uis heureuse que Michoniicl, mon rêve est satisfait. »
Ici, se place le souvenir d'un incident, ([ui fournit encore à la princesse un mot bien typique.
Notre camarade Falconnier, qui est un très
habile tireur, avait apporté sa carabine, avec laquelle il proposait à la princesse de décou- ])n-, sous ses yeux, un as do trèfle, placé au-dessus de la tète de celui qui voudrait bien se prêter à cette réédition de la scène de Guillaume Tell.
Albert Lambert s'olïrit de très bonne grâce. Alors, la princesse, me tirant à l'écart, me dit ce mot exquis :
— « Dites donc, mon cher monsieur Febvre, si on choisissait plutôt un artiste qui ne joue pas ce soir. »
Le coup partit, l'as était découpé ; et, Albert Lambert joua, le soir, avec un très grand succès, Denise, devant l'Empereur: car, on venait de m'apporter l'heureuse nouvelle : Sa Majesté consentait.
Je dus donc me trouver en grande tenue, à huit heures moins dix, pour recevoir François-Joseph et lui faire les honneurs de la soirée.
A 8 heures, moins quelques minutes, l'Empereur descendait, ou plutôt, sautait de sa voiture comme un jeune homme. Après avoir jeté sa capote sur les coussins, il gravit rapidement les marches qui conduisaient, par un escalier particulier, à sa loge.
Une fois arrivé... eu m'aperccvant, François Josepli s'arrêta — et le chambellan, M. le comte Boosde Waldeck, me présenta :
— M. Frédéric Febvre, Vice-doyen, Directeur, à
Vienne, de la troupe des artistes de la Comédie- Française.
Si j'ai bonne mémoire, vous m'avez déjà été présenté. Monsieur, me dit l'Empereur, dans le plus parfait français, en 1867, aux Tuileries, par Napoléon III ; vous jouiez, ce soirlà, un petit proverbe de M. Legouvé, je crois, et vous aviez pour partenaire une admirable comédienne. M'"" Plessy.
Je m'inclinai, et, tout en admirant la fidélité des souvenirs de Sa Majesté, je me souvins du mot du général Fleury.
« C'est le métier des souverains d'avoir de la mémoire. »
— Je me promets une très bonne soirée, ajouta l'Empereur; est-ce commencé?
— Non, sire; on attend Votre Majesté.
— En ce cas, veuillez donner les ordres nécessaires; j'ai l'habitude de ne jamais me faire attendre... à bientôt, monsieur. Tout cela fut dit avec un ton et une allure de grand seigneur, dont Sa Majesté est le plus parfait modèle.
Druisp, que l'Empereur avait fait jouer au théâtre de la Burg (car, la Censure avait mis le veto sur l'œuvre de Dumas), Denise, dis-je, eut un succès de larmes.
L'Empereur, qui a l'habitude de se reposer de bonne heure, ét;uit le plus matinal de sou royaume,
resta jusqu'à la fin du troisième acte. Quand je le reconduisis à sa voiture :
— Quelle belle langue que cette langue française, me dit Sa Majesté, et quel merveilleux ensemble! J'avais espéré une belle représentation, et vos camarades, monsieur, ont fait qu'elle a été audessus de mes espérances. Quelle superbe pièce... quel style simple, concis ! Je suis très content de ma soirée.
— Votre Majesté me permet-elle de reporter à mes camarades les paroles flatteuses qu'elle vient de prononcer ?
— Je ne vous le permets pas, monsieur ; je vous en prie ! Mais, il est tard, et je retourne à Schœnbrunn. Bonsoir, monsieur... et encore tous mes compliments, répéta l'Empereur en remontant dans sa voiture, qui disparut emportée par ses magnifiques trotteurs.
Après le dernier acte, j'eus l'honneur de reconduire également à sa voiture la princesse Stéphanie qui, me montrant ses yeux rougis de larmes, me dit:
— Voyez dans quel état m'a mis M. Dumas... tous mes compliments à vos camarades.
Après Son Altesse, l'archiduc Louis-Victor et celui qu'on nomuie le Priucc Héritier, voulurent
bien me tenir le même langage. Belle et glorieuse soirée pour Dumas et la Comédie-Française.
La présence de Sa Majesté au théâtre de l'Exposition, m'a fait reléguer au second plan une fête, qui, cependant, revêtit la forme d'une sorte de démonstration des plus flatteuses pour la France, et dont la Comédie-Française, assistant à la Bataille des Fleurs (qui fut donnée le 28 mai 1892) ne fut que le prélude.
Dix voitures aux couleurs de France, étaient venues nous prendre au Continental Hôtel, pour nous conduire au Prater. Sur notre parcours, nous n'entendîmes que les cris répétés de : Vive la France ! Vive la Comédie-Française !
Première roiture : M"'^' Reiciiemberg et Bartet.
Deuxième voiture : MM. Got et Febvre.
Troisième voiture : M'"-' Piersoa et Fayolle.
Quatrième voiture : MM. Prud'hon et Boucher.
Cinquième toiture : M""Mvalb, Du Miuil.
Sixième voiture : MM. Leloir, Truffier.
Septième voiture : M"" Daubray et M. Alb. Lambert.
Huitième voiture : MM. Joliet et Falcounier.
Neuvième voiture : M"" Febvre et la lille de M"" Reiciiemberg.
Dixième roiture: M. Gaillard et la mère de M''" Du Minil.