‹ Journal d'un correspondant de guerre en Extrême-OrientChapitre 11 sur 21 · I.A IJATAir.LK DK LIAOYANG · texte numérisé non relu

I.A IJATAir.LK DK LIAOYANG

heures du malin. Personne n'a dormi. A la lueur des lanternes, tenues à bout de bras par les boys, nous sanglons les selles et, avant de passer la bride, jetons à nos montures une brassée d'herbe fraîche. Mais la voix de M. Tanaka nous crie qu'il Iniit partir, et on monte à cheval,

La rue indienne se met en marche comme une procession de fantômes sous la lumière incertaine de la lune ouatée de légers nuages.

Grâce à mon excursion de la veille, je connais le chemin et me porte en tête à côté du lieutenant Sataké pour lui servir de guide. Rien n'est fatigant pour le cavalier comme une marche de nuit. L'attention est perpétuellement en éveil, car les chevaux, las, s'assoupissent à moitié et il faut sans cesse scruter les ténèbres pour éviter les trous et les obstacles. Le bercement régulier du pas endort insensiblement l'homme comme la bête et l'oblige à se raidir contre le sommeil qui l'envahit.

Après deux heures de ce pénible exercice, nous a[)erccvons enfin à l'horizon une faible lueur, le froid devient plus pénétrant et fait frissonner les membres engourdis par l'immobilité. Les silhouettes se dessinent en contours plus nets, la blancheur de la route s'estompe , le ciel s'éclaire doucement de rose pâle, puis, à l'est, les rayons flamboyants illuminent l'espace. C'est enfin le jour qui

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se lève, les ténèbres qui se dissipent, la vie qui renaît dans la plaine. Mais déjà la guerre vient troubler la sérénité de ce radieux matin. A quelques kilomètres en avant, une batterie japonaise salue le soleil d'une première salve, et la canonnade commence. Autour de nous, les cadavres raidis des chevaux éventrés il y a deux jours par les obus nous forcent à prendre le galop pour éviter la pestilence que dégagent leurs entrailles putréfiées.

Un peu avant d'atteindre le cours du Tchaho, le sous-lieutenant Salaké nous fait quitter la grande route et tourner à droite. Nous passons derrière une colline où se tient l'état-major du général Okou ; le sentier que nous suivons se perd dans un chemin perpendiculaire à lui. A gauche, c'est l'ennemi ; à droite, Anchantien. C'est à droite que se dirige M. Sataké.

Toute notre colonne s'arrête ; je refuse de suivre l'officier qui me fait des signaux désespérés. Plusieurs correspondants ont mis pied à terre et s'asseyent sur un talus en déclarant qu'ils ne feront pas un centimètre en arrière. Les trois Japonais vont vers eux, descendent aussi de cheval et entament des pourparlers qui absorbent toute leur attention.

L'occasion est bonne, je crie « Sayonara » (au revoir) aux Nippons ébahis et pars à fond de train du côté du « front ». Plusieurs de mes collègues galo-

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peut sur mes talons. Les (''[)erons poiissf'^s dans le flanc des bêtes leur font donner toute leur vitesse. Nos poneys mandchous fatigueraientvite les haridelles japonaises de nos gecMiers s'ils tentaient de nous poursuivre. Aussi nous jugeons bientôt que nous sommes hors d'atteinte. Le sentier se rétrécit, puis cesse brusquement, et nous voilà errants dans la forêt touffue du gaolian ; bien malin qui pourra nous y retrouver.

Je ralentis l'allure et me retourne : la plupart des correspondants n'ont pas persévéré, il n'y en a plus que deux derrière moi.

Bientôt le sorgho s'éclaircit et nous met en présence de la rivière Tchaho.Les berges sont boueuses, difficiles à aborder ; il faut tâtonner longtemps avant de trouver un banc de sable où les traces récentes de roues indiquent un gué propice.

Un peu au delà du cours d'eau, je monte à mes compagnons un monticule couronné de pins qui nous servira de premier observatoire et nous permettra de reconnaître notre position exacte.

Nous mettons pied à terre pour escalader la pente le long du mur d'un temple bouddhiste. Au sommet, une vingtaine de paysans chinois, confortablement assis sur de grosses pierres, regardent la bataille sans s'émouvoir.

Un premier coup d'œil me convainc que nous

sommes encore bien loin de l'action. A nos pieds, s'étend un village ; au delà, à un kilomètre environ, devant un second groupe de fandzas, une batterie japonaise tire des salves périodiques. Les Russes lui répondent, et leurs obus fusants éclatent au-dessus des maisons.

— C'est là qu'il faut aller, dis-je à mes camarades ; nous traverserons le village et irons nous établir sur la colline qui se trouve de l'autre côté. IVous serons à la fois plus près et plus haut qu'ici.

Ma proposition ne sourit guère aux deux journalistes; ils veulent rester et allèguent la fatigue des chevaux auxquels les bons Chinois viennent de donner une botte de fourrage. Je finis pourtant par les persuader, et nous nous portons de nouveau en avant.

Entre les deux villages, il n'y a d'autre chemin qu'une brèche étroite dans le sorgho, encore devonsnous la partager avec une colonne d'infirmiers marchant sur deux rangs dans la boue. A moitié route, mon cheval glisse, s'abat; la sangle casse, et la selle passe avec moi par-dessus la tête de l'animal pour atteindre les reins d'un malheureux médecin. Il se relève en même temps que moi, rit de notre commune mésaventure, m'aide à resseller avec la sangle de rechange et court rejoindre ses hommes. Je trotte derrière lui pour trouver à quelques pas de là mes

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camarades arrêtés: nous approchons rlu feu et le sini<MiuMil (les obus so perçoit distinctement. Je dé[)asse à nouveau mes collr^iies, et me replonge dans le sori^ho. Près de Fenlrée du village, le gaolian fait place A des cidhires moins hautes. Je me retourne, il n'y a personne» derrière moi. Les shrapnells éclatent tout autour de mon cheval, j'attends vainement les retardataires et au bout de deux mimites, ne voyant rien venir. j(^ continue ma route. Sœur Anne sous le l'eu dune batterie à recul sur afl'ùt n'eût pas agi autienient.

Le village traversé, je me trouve à côté des canons japonais; le commandant s'approche de moi et attire mon attention sur un grouillement de petites taches khaki au revers de la hauteur où je veux aller.

— C'est la 5^ division de l'armée de Nodzou qui entre en ligne.

Il n'a pas terminé fjue je suis de nouveau en selle et marche derrière la longue tile des bataillons, avançant d'un pas allègre dans le vallon encaissé où ils se trouvent abrités du feu de l'ennemi. Je les quitte pour faire l'ascension de la hauteur ^ après avoir attaché ma monture à un arbre isolé que le hasard providentiel a fait pousser là.

Tout en haut, un groupe d'officiers entoure une

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