I-A BATAMJJ-, ni: LIAOYANG
serve, mais nu prix crcfroris paiioiils el (rime longue (éducation. On avait à cet effet créé une usine à Kobé, qui fabriquait des boîtes d'endaubage «à la gelée légèrement sucré, qu'on mit en consommation dans tous los régiments. Les soldats ont fini par pouvoir le supporter, mais ils continuent à éprouver une invincible répugnance ])our toute autre viande, notamment pour la viande rraîcli(\ Ils ont égalejiient besoin de condiments spéciaux pour préparer leur cuisine ; on leur expédie du choyou (sauce japonaise) dans dos cylindres de fer-blanc.
Cette nostalgie gastronomique empêche l'armée
d'utiliser les ressources du pays. Pour les correspon-
I dants de guerre, c'est là un état de choses très satis-
I faisant ; il leur permet de trouver toujours dans les
• villages chinois des poulets et des œufs respectés par
les conquérants. Pour l'intendance, la situation est
plus gênante, car elle l'oblige à importer du Japon
tous les vivres consommés par l'armée.
La flotte japonaise étant virtuellement maîtresse de la mer, les difficultés commencent seulement au port de débarquement. Mais de là, il faut amener par voie de terre jusqu'à l'armée, sans compter le matériel de guerre, trois cent mille rations quotidiennes. On se représente quel nombre colossal de convois nécessitent tous ces bagages. L'intendance s'est montrée à la hauteur de cette tâche gigantesque.
Depuis le début de la guerre, et malgré l'allongement considérable de la ligne de communications, à mesure qu'on s'éloignait de la côte, ses services ont toujours fonctionné sans le moindre accroc. Pour obtenir un pareil résultai, il a fallu faire flèche de tout bois.
Pendant la guerre sino-japonaise de 1894, l'armée avait employé, pour tous ses transports, des hordes de coolies japonais portant sur l'épaule des charges balancées aux deux extrémités d'un long bambou. Cette expérience ne réussit pas : les porteurs constituaient une seconde armée qu'il fallait nourrir, loger, habiller, et faire mouvoir comme les combattants. On y a, pour la présente campagne, complètement renoncé.
Les procédés de transport actuellement employés sont :
1» Le chemin de fer, dont j'ai déjà parlé, et qui sert surtout pour le matériel le plus précieux : artillerie de siège, munitions, équipement, etc. ; 2" Le charroi. Il comporte :
a) Les attelages de l'artillerie et des sections de munitions d'artillerie, semblables à ceux des armées européennes;
h) Les voitures régimentaires à deux chevaux; l'un entre les brancards, l'autre en flèche; elles sont munies d'un siège très élevé et représentent une capacité de transport assez faible ;
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c) Des ciuiiTottes ù deux roues suppurlant une plate-forme et traînées à bras par une équipe de quatre hommes;
ci) Le mode principal de transport est certainement le chariot chinois décrit précédemment; il est conduit par son propriétaire et réquisitionné par le service des étapes. Ces réquisitions sont faites pour une étape seulement et les voitures reviennent le lendemain à leur point de départ, faisant ainsi toujours la navette entre les deux mômes stations; 3« Les animaux de bat, chevaux ou mulets pris sur place ou importés du Japon. Ils constituent tous les trains de combat, les trains régimcntaires et les sections (le munitions d'infanterie. Ils servent également à former des convois auxiliaires pour l'intendance;
i" Le portage. La première armée, au commencement de la campagne, a utilisé les porteurs indigènes en Corée où les routes sont mauvaises et où les voitures n'exislent pas. Ce système, auquel on a été réduit faute de mieux, a été abandonné dès que les troupes du général Kouroki eurent pénétré en Mandchou rie.
A mon retour au cantonnement, j'appris qu'on allait partir pendant la nuit de manière à rejoindre les troupes de première ligne au lever du soleil. Décidé à voir de près la grande bataille qui allait se livrer, je préparai soigneusement mon équipement afin de pouvoir subsister quelque temps sans être obligé de I reprendre contact avec notre colonne de bagages.
Je m'étais fait faire à Yokohama une copie de la sellerie d'ordonnance française, la plus pratique assurément de toutes celles que j'ai vues.
Dans la fonte de droite, le kodak et trois bobines de pellicules; dans celle de gauche, la trousse de toilette. Une des sacoches de derrière contenait un étui de crayons, du papier et les vivres limités, hélas î à quelques biscuits ; le chariot portant mes conserves ne nous avait pas encore rejoints, et je ne pus emporter que le reste de ma ration journalière. Enfin la dernière sacoche renfermait un échange complet de linge. Cette précaution indispensable m'avait été enseignée pendant la campagne sud-africaine, le jour où la cavalerie anglaise mit la main sur mes bagages pendant que je tiraillais sur un kopje.
Liaoyang, 5 septembre.
La grande bataille s'achève en ce moment. Par la fenêtre de la villa russe où je me trouve, j'entends les derniers coups de canon du côté de Yentaï. Pendant cinq jours, on s'est battu sans relâche et j'ai eu la satisfaction de pouvoir suivre à ma convenance quelques-unes des phases principales de cette lutte de géants, l'événement militaire le plus important que l'histoire puisse enregistrer depuis 1870.
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Avant (l'enlrcr dans le Mm\ de mes aventures et (le raeoriter ce qu'il m'a rlr doimn devoir, il convient de dire quelques mots sur l'ensemble de cette bataille de FJaoyani; et des événements qui l'ont amenée.
■ Liaoyang était le point de concentration, prévu dès le début de la campagne, pour les trois armées japonaises qui devaient opérer en Mandcliourie (première, deuxième et quatrième; la troisième armée opérant sous Port- Arthur). La première armée (général Kouroki) entrait par la Corée au commencement de mai, à la suite du combat du Yalou ; la deuxième armée (général Okou) débarquait dans le Liaotoung au même moment, et, après avoir isolé la garnison I de Port- Arthur, se dirigeait à son tour au nord, vers la plaine mandchourienne, le long delà voie ferrée; I le noyau de la quatrième armée (général Nodzou) ! formé par la 10® division, prenait terre à Takouchan, à peu près au milieu de l'espace qui séparait les deux premières colonnes, et commençait immédiatement un mouvement analogue vers le nord. La marche de ces armées se continua lentement, les trois colonnes se maintenant à la même hauteur et resserrant peu à peu leurs intervalles à mesure qu'elles se rapprochaient de leur objectif.
Les forces russes s'étaient retirées devant les Japonais, en essayant de retarder leur marche le plus
possible; elles complaieiit, elles aussi, livrer bataille devant Liaoyang, où arrivaient journellement des renforls. La place avait été mise en état de siège dès le début de la guerre. Deux lignes successives avaient été fortifiées. La première, la plus avancée, s'étendait à cinq kilomètres environ au sud de la ville et utilisait les hauteurs parallèles au cours du Taïtsého, notamment les fortes positions de Chiouchanpou. La seconde, qui comportait une série de retranchements et de redoutes, formait un demi-cercle au sud et à l'ouest de la ville, à un kilomètre environ de l'enceinte chinoise, et se prolongeait sur la gauche russe par les collines qui masquent les mines de charbon de Yentaï : on les appela pour cette raison les lignes de Yentaï. Au-devant de la première ligne, do ibrls détachements se maintenaient en contact des avant-gardes japonaises et occupaient les villages d'Anping et d'Anchantien. Les armées japonaises, placées sous le commandement général du maréchal Oyama, comptaient huit divisions, disposées comme suit, de la droite à la gauche : J2^, 2^, garde impériale, formant la première armée; 10^, 5°, formant la deuxième armée ; 3 ', 6^ et 4^, formant la quatrième armée. A cet effectif, il faut ajouter deux brigades d'artillerie et une de cavalerie non endivisionnées. La quatrième et la deuxième armées se touchaient ; la première, par contre, était séparée de la deuxième
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par un vide de plusieurs kilomètres. Le plan du maréchal Oyama consistait à attaquer vigoureusement sur tout le Iront pour maintenir l'ennemi, ensuite à agir par la droite afin lUî le déborder et de rejeter la gauche russe sur son centre, puis de prolonger cette marche sur les derrières des Russes et de couper leurs communications avec Moukden.
Le mouvement commença dans la nuit du 25 août. Vnping fut pris le lendemain, sans grandes difficultés. Le général Okou rencontra une résistance plus énergique à Anchantien, qui ne fut occupé que le 28. Le 29, les forces japonaises arrivaient en face de la première ligne défensive des Russes : elles commencèrent leur marche d'approche dans la soirée.
Avec la première armée, dès le lendemain, le général Kouroki occupait la portion de la ligne qui se trouvait devant lui, mais il hésitait à continuer son mouvement en avant, qui l'éloignait du reste de l'armée. Aussi, pour appuyer l'offensive de Kouroki, le général Okou reçut-il l'ordre, le 31 au matin, d'enlever coûte que coûte les lignes de Ghiouchanpou.
A midi, la 3® et la 5^ division prenaient d'assaut la plupart des tranchées et, dans la nuit, les Russes devaient se replier, autour de Liaoyang, sur leur deuxième position de défense.
Cette évacuation des ligues de Chiouchaupou permit à la première armée japonaise de reprendre sa marche vers le nord. Le 1^'' septembre, elle franchissait le ïaïtsého et se portait immédiatement contre les positions de Yentaï pour déborder la gauche russe. Mais le général Kouropatkine, se rendant compte du danger qui le menaçait, porta vers sa gauche toutes ses réserves, et réussit à faire échouer le mouvement tournant des Japonais.
Pourtant la défense russe était compromise par la perte d'une partie des positions dont les Japonais de la division de Sendaï avaient chassé, le 2 septembre, la brigade Orloff et que les Russes ne purent re* prendre le lendemain, malgré des contre-attaques désespérées. Aussi le général Kouropatkine se décida à se retirer vers iMoukden en abandonnant Liaoyang dans la nuit du 3 au 4, quoique les Japonais eussent échoué dans tous leurs assauts contre les redoutes qui entouraient celte ville. Ce mouvement s'opéra en ordre parlait, sans laisser ni prisonniers ni canons aux mains de l'ennemi; les Japonais vainqueurs, exténués par neuf jours de combats, furent incapables d'inquiéter la marche des Russes.
Après ce rapide compte rendu des événements, revenons au quartier des correspondants militaires, près de la gare d'Anchantieu, le 30 août, à trois