‹ Journal d'un correspondant de guerre en Extrême-OrientChapitre 7 sur 21 · LA CROISIKRK OU M A M' H (H- M A II 0 C · texte numérisé non relu

LA CROISIKRK OU M A M' H (H- M A II 0 C

hrablcs guérites qui encombronl In vill(\ rlnns des .'illilii(l(»s aussi diverses (\ue fanlaisisles ; leur posilioii favorite consiste à se coucher sur le ventre en l'iunant une longue pipe. ]a^ fusil repose à quelques pas (1(^ son pro|)riétaire. La baïonnette^ ne quille jamais le hout du canon. J'alti'ibuai naïvement celte coulmne aux instructeurs russes qui les premiers oui tenlé de transforiner quelques Coréens en soldais; mais celle dernière illusion devait s'évanouir comme les autres. On me fît remarquer, en effet, qu'aucun des fantassins n'avait de fourreau au ceinturon; c'est une économie qu'a réalisée l'entrepreneur chargé des fournitures d'armes et qui oblige l'infanterie de Séoul à arborer un air martial dont elle se ])asserait volontiers.

L'armée coréenne compte peu de soldats, beaucoup d'officiers et énormément de généraux. Ce personnel est rarement payé ; il en résulte qu(^ la discipline ne répond guère aux idées occidentales. Dernièrement, à la suite d'un raid de cosaques dans le district d'Andjou, le Gouvernement de Séoul, obéissant aux conseils (c'est le terme officiel) du ministre du Japon, fit donner l'ordre à un bataillon de se rendre dans la province envahie. On comprend aisément l'indignation qui s'empara des soldats lorsqu'ils apprirent qu'on les envoyait à un endroit où peut-être s'échangeraient des coups de feu ; néanmoins, le bataillon

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partit, mais il fondit si bien en route que le général (jiii le commandait ne se vit accompagné que de quatre hommes en arrivant à destination. Vous croyez sans doute que l'empereur, furieux à l'annonce de cette défection en masse, fit couper la tête aux coupables. Il n'en fut rien. Le paternel monarque, saisi de commisération à l'égard des pauvres déserteurs qui se trouvaient du jour au lendemain privés de nioyens d'existence, leur fit distribuer une gratification.

Vers midi, deux rangées de ces valeureux militaires formaient la haie sous la porte du palais de l'Est, 011 nous nous rendions à l'invitation des ministres et des hauts dignitaires de la Cour. Le voyage de notre hôtel à la résidence impériale n'avait pas été exempt de tribulations : nous avions dû traverser tous les bas quartiers de la ville et descendre vingt fois de nos kouroumas pour enjamber les égouts nauséabonds qui barraient notre route. Le palais lui-même n'est guère mieux tenu que les faubourgs qui l'entourent; il n'a de remarquable que ses dimensions. Un jardin absolument inculte, de plusieurs hectares d'étendue, occupe tout l'intérieur de l'enceinte murée. Au milieu des arbres sont dissimulés une foule de petits kiosques en bois colorié et des marias stagnantes couvertes de lotus dont les larges feuilles cachent mal les eaux fétides et croupies.

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Au boni (]'uno do ces pièces d'eau, dans un bâtiment nn\'j;o à doux rtages, les invités s(^ réunissent autoni* (l(^ longues lal)l(s où un déjeuner européen est servi. Nos liôles, les uns revêtus de la même rob(; blanche que les gens du peuf)le, les autres affublés d'uniformes noirs et rouges dorés à chaque couture, dévorent silencieusement. Faute d'interprètes, la conversation languit; l(^s blancs et les jaunes se bornent à échanger des grimaces qui veulent élre des sourires. Le repas achevé, on nous entraîne rapidement à travers les bois, sans doute pour nous empêcher de voir une armée de fonctionnaires de moindre importance se ruer sur les tables que nous venons de quitter et s'arracher les restes du banquet. Une grosse dame européenne, que nous n'avions j)as encore aperçue, sort en courant d'une espèce de pagode qui sert d'ofïïce et tente vainement de s'opposer à la curée. Cette imposante matrone est un des personnages les plus considérables de la Cour coréenne. Ancien cordon bleu d'origine allemande, mademoiselle S... a dû à ses talents culinaires un avancement rapide (elle est aujourd'hui intendante de Sa Majesté), des honoraires élevés et une influence politique incontestable. Comme il n'y a pas de petits bénéfices, même à Séoul, mademoiselle S... ajoute à ces revenus officiels des émoluments importants en tenant dans l'enceinte impériale une pension de

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famille où vivent la plupart de ses compatriotes habitant la capitale. Le soir, après le souper, lorsqu'on est fatigué de boire de la bière et de chanter la « Loreley », on fait de la politique. Les convives se partagent les concessions de mines et de chemins de fer, décident la nomination des fonctionnaires et orientent la politique coréenne, suivant leur humeur, vers le Japon ou la Russie. Aujourd'hui, ce beau temps est passé, les Japonais sont maîtres absolus de la situation. Ils ont porté au pouvoir des ministres de leur choix, et nommé au portefeuille de la guerre un général coréen, dont la femme a eu des bontés pour le secrétaire du marquis Ito ; certaines personnes irrévérencieuses prétendent que ce fut pour le marquis Ito lui-même. Cet éminent soldat a réussi à éclipser la fortune, naguère si brillante, de l'excuisinière.

Le Gouvernement du Mikado, dont le manque de prévoyance est le moindre défaut, s'est même assuré un prétendant au trône, tout prêt à prendre la place de l'empereur actuel au cas où il lui arriverait malheur. L'infortuné souverain défend pied à pied ses prérogatives, mais est toujours forcé d'en passer par où le veulent ses exigeants protecteurs. L'exemple de l'impératrice, sa femme, assassinée il y a neuf ans pour avoir trop ouvertement favorisé le parti russophile, est toujours présent à sa mémoire, et le rap-

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pelle à la prudence dans ses rnpporls avec le lepréscntant du Mikado.

Toutes ces précautions ont f;j.illi être inutiles, et l'empereur n'a échappé que par miracle à l'incendie qui éclata à la fois sur quatre points de son palais, il y a quelques semaines. A la suite de la catastrophe, le ministre du Japon conseilla paternellement au souverain de fixer sa résidence dans le palais de l'Est, qui se trouve isolé de tout secours à l'autre extrémité de la capitale. L'empereur remercia de l'intérêt si vif qu'on lui témoignait, mais refusa énergiquement de quitter l'enceinte du palais brûlé. Il prit refuge dans la bibliothèque où la proximité des légations européennes et une garde de soldats américains lui assurent une sécurité relative.

27 juin.

Notre réception officielle par l'empereur eut lieu dans un des pavillons épargnés par l'incendie. Cette bâtisse, destinée aux audiences accordées à des Européens de marque, a été construite sous la direction de mademoiselle S..., dont le goût néo-bavarois a sévi sans pitié. On fit attendre les passagers du Manchou-Marou dans un large vestibule, garni de meubles surchargés de dorures. Je crois que rarement on

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a vu à une Cour impériale des étrangers paraître dans dos costumes aussi baroques. Seuls les attachés navals en uniforme font bonne figure; les malheureux civils, à qui on avait ])romis, avant U' départ du Japon, des combats et non des réceptions, ont eu toutes les peines du monde à découvrir au fond de leurs malles de quoi composer des costumes de gala : il y a quelques habits noirs, mais surtout des smokings, et même des tuniques khaki environnées par les redingotes crasseuses des reporters japonais. Un des correspondants américains, pour ne pas mettre des bottines jaunes en même temps qu'un frac, a dû emprunter de gros souliers de marche au soldat qui montait la garde à la porte de la légation des Etats- Unis.

Le chargé d'affaires du Japon, remplaçant le ministre Hayachi en congé à Tokio, fait les honneurs comme s'il était chez lui. Il nous présente en deux lots : d'abord les attachés, puis les députés et les journalistes. Sur une petite estrade dressée au fond de la salle se tiennent l'empereur et le prince impérial. Tous deux portent la robe blanche de deuil, au lieu des costumes couleur safran dont ils s'ha billent ordinairement. Ils sont coiffés du chapeau bizarre de la dynastie chinoise des Min, dont descend la maison régnante de Corée. L'empereur est un petit homme à l'aspect jovial et débonnaire; il sourit

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lai^oiaonl, et, Irop liinidc pour nous regarder, s'absoi'be dans la contemplation des cartes de visite que notre guide lui a remises. Son fds présente une bien piteuse apparence, malgré sa haute taille; sa j)hysionomie reproduit le type traditionnel du crétin des Alpes. Ses longues incisives grignotent une gousse d'ail, tandis que, d'un geste maladif de la main gauche, il indique à quel point notre présence le fatigue. Tel est le futur champion national, chargé de défendre son pays contre l'envahissement japonais. Pauvre Corée !

L'audience, trop longue au gré de l'héritier présomptif, ne dura pourtant que quelques minutes. Elle consista pour chacun de nous à marcher droit à lestrade, s'incliner deux fois devant les princes, faire demi-tour et se retirer.

Il nous restait, avant notre départ, à subir une dernière réception. Le chargé d'affaires du Mikado nous conviait à visiter ses jardins, situés au delà du quartier japonais, au sommet d'une colline escarpée. Il faut une véritable ascension pour y parvenir, mais le large panorama qui se déroule aux yeux du visiteur le dédommage de ses peines. Le maître du lieu nous détaillait avec complaisance les monuments de la ville étendue à nos pieds, comme s'il s'agissait d'un fief lui appartenant déjà.

Un séjour de quarante-huit heures à Séoul avait

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siifïi |)our nous laisser à tous un sentiment de pitié IJi'ofonde et presque de sympathie pour ce malheureux ])euple, opprimé aujourd'hui par son propre gouvernement et (|ui le sera demain par les vainqueurs de cette guerre dont son pays est l'enjeu. Depuis de longues années, les fonctionnaires coréens dépouillent les habitants par un système d'impôts ai'bitraires de tout ce qui n'est pas absolument indispensable à leur existence. Les paysans, qui ne trouvent plus aucun intérêt à travailler, — le produit de leur labeur prenant directement le chemin du palais préfectoral, — se sont peu à peu laissés aller à une inertie complète. Cette paresse et cette misère séculaires les ont conduits à une apathie qu'ils sont incapables de secouer et qui fera de ces fellahs d'Extrême- Orient une proie facile pour un voisin entreprenant.

Mouillage d'Haïdjou, 28 juin.

Nous avons quitté Tchémoulpo ce juatin pour Haïdjou. Cette destination nous a vivement étonnés car le mouillage où nous nous rendons est un des points que les Japonais ont entourés jusqu'à ce jour d'un mystère impénétrable. Cette rade aservi d'abord de point de débarquement à une partie de la division de la garde et aux colonnes de ravitaillement, puis

i.A CHOIS] i:i5 !•; du m.wciioi -mmiou 12.*)

(le I>;is(mI(^ lorlimo nii\ osr;i(lros coiiibinéos rlo l'nmiral T<»|;(). La lopograpliir «le la fcMc <i rir l.iissi'c iîi((Mitionnellenient tn'S indéciso sur les caries. saiiC sur celles (\v la nuiriiK^japouaise (|ui n'ont pas été livrées à la circula lion.

Pans rn]>rès-nii(li. nous jetons l'ancre (hnant un |telil t;rou|)e (Tiles: le |)i'einier coup d'd'il suflit à lions (lénionhNM' que le connnandant Takarabé n"a lail priMive d'aucune indiscrétion dangereuse en nous amenant ici. Quelrpies. bonées, l'épave d'un transport dont les inâls sortent de l'eau, sont les seuls v(»sliges qui subsistent de la grandeur passée de Ha'idjou.

On nous débarque dans l'ilot principal que les Japonais appellent Keïiodjinia. La garnison tout entière esl sur la plage ])our nous recevoir: elle se compose de dix soldats et d'une demi-douzaine de télégraphistes. A la joie dél)ordanle qu'ils manifestent à l'arrivée des visiteurs, on les prendrait pour des naufragés perdus sur leur île depuis de longues années. Leur sort n'est guère enviable; quelques rares transports s'arrêtent à de longs intervalles pour leur laisser de r(\au et des vivres. Ces exilés nous conduisent à la station télégraphique et aux deux misérables gourbis oii ils végètent dans la vermine. Là-dessus, on nous rembarque. L'intérêt de cette excursion a été ])lus que médiocre; elle ne ])eut

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s'expliquer que jjar linlenlion de nous faire perdre du temps. Le soir même nous rej)arlons dans la direction du nord.

Haïdjou, 2 juillet.

Le lendemain de iiolre départ de Haïdjou, nous fûmes rrveillrs de grand matin. Le bateau venait de stopper brus(iuement ; nous nous croyions tous arrivés à Tchinnampo. En montant sur le pont, je constatai que nous avions mouillé en pleine mer. Une brume impénétrable nous environnait, rendant toute navigation impossible. Un avis affiché quelques instants j)lus tard annonçait que le Manchou-Marou se ti'ouvail à lancre par 124° 40' de longitude est de Greenwich et 37" 44' de latitude nord...

Nous sommes restés quatre jours immobiles, roulant bord sur bord ; les hurlements de la sirène alternaient avec le tintement périodique de la cloche. Cette inaction prolongée mettait tout le monde de fort mauvaise humeur. Les deux camps, européen et japonais, se tenaierit chacun à l'écart.

L'attitude des Nippons était bien changée depuis le début du voyage. Tant (pie nous étions restés dans les eaux japonaises ils se montrèrent corrects et polis. Depuis noti'o arrivée en Corée, un revirement brus-

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(|ii(' sT'Inil piodiiil. A Séoul, nos guides avaient voulu conlinucr les promenades Cook a(in de nous faire .ipiuveifM' les hienlails de l'occupation japonaise. Mais l;i plupart des |)assag(M's eurof)éens avaient trouvé une liospilalilé plus aj^réable chez leurs conipatrioUvs de la ville» et sVHaient vus obligés de décliner une partie d(»s invilations de la colonie nipponne.

On ne nous pardonna t)as ce })rétendu manque d'égards, et deiniis lors les jaunes ne cherchèrent plus à dissimuler leur antipathie [)our les blancs. ils paraissaient pour la forme aux repas et s'enfuyaient aussitôt que possible au fumoir où on leur apportait des mets de hnn' })ays. A table, les députés et les joui'ualistes japonais affectaient d'ignorer la présence de leurs voisins européens ; nos boys de cabine euxmêmes ne faisaient phis leur service qu'en rechignant. La ])résence d'un agent de la police secrète (le Tokio, qu'on avait jugé bon d'embarquer avec nous et qui épiait nos moindres paroles, acheva de HMidre l'existence intolérable.

Les officiers du bord, au lieu de se montrer conciliants, nous faisaient sentir leur autorité par les procédés les plus mesquins. Les nouvelles reçues par le télégraphe sans fd n'étaient i)lus affichées qu'en caractères chinois. On avait supprimé la traduction anglaise — et on arrachait les placards dès que le seul d'entre nous qui pût lire ces hiéroglyphes

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s'approchait pour les déchiffrer. On avait établi une censure ridicule qui alla jusqu'à nous empêcher de mentionner dans notre correspondance le temps qu'il faisait.

Une altercation se produisit même entre le capitaine de frégate japonais et un officier anglais. C.elui-ci, gêné par les ronflements d'un compagnon de cabine, était allé se reposer au « salon des dames » resté inoccupé. Le lendemain, il fut admonesté en termes très vifs ; il répondit qu'il ne savait pas que l'accès de celt(^ pièc(* fût défendu.

— C'est pourtant le salon des daiiies, dit le Japonais ; vous savez bien que sur les bateaux d'aucune nationalité les hommes ne sont autorisés à y pénétrer.

— Mais il n'y a pas une seule femme à bord.

— Je vous ré|)Me que c'est interdit; et j'ajouterai (|ue dans cette circonstance vous ne vous êtes pas conduit en gentleman.

— Permettez, répondit l'Anglais, je suis officier dans l'armée de Sa Majesté Britannique et ancien aide de camp du prince de Galles. Je connais les convenances, et ne souffrirai de leçon de personne même pas d'un petit Japonais mal élevé comme vous.

\a^ soir de cette conversation, quelques minutes après le dhier, un grand bruit retentit à travers

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le bateau. CoininaïKleinciils cl coups (Icsinicls ,i|)|)cllent lc>s lioinines à leurs postes. iMalgrc Fcpais brouillard ou part à toute vapeur; les luinirrcs sont éteintes, et nous voilà Ibi'ccs de retrouver nos couchettes à tâtons.

On n'a })as dait;ric nous doinicr d'explications au sujet de cette fuite étrange, mais le matin nous nous sommes trouvés arrêtés de nouveau en lace des misérables îles de Haïdjou. On nous aj)prend alors que l'oflicier de quart avait cru apercevoir la lueur d'un coup de canon ; de là il conclut qu'une flotte russe nous attac^uait.

Cette comédie et, plus encore, la satislaction évidente que notre nouveau retard inspirait aux officiers du bord démontraient que la cai)ilulation de Port- Arthur se faisait attendre trop longtemps au gré de nos guides, et qu'on ne nous conduirait certainement pas à proximité du théâtre des combats éventuels. Notre croisière s'achèverait comme elle avait commencé, par des réceptions et des banquels. Un de nos collègues s'est amusé à établir le relevé slatistique suivant :

Distance parcourue : 1345 milles.

Nombre de journées de voyage : 21.

Journées employées à des i)romena(les ou tles visites : 6.

Journées d'inaction : 15.

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Banquets : 10.

Opérations de guerre : néant.

A la suite des événements des derniers jours, mon parti a été vite pris et, au moment où nous reparlions d'Haïdjou pour la deuxième et dernière fois, j'ai exprimé au commandant ïakarabé ma résolution de le quitter ainsi que son bateau à la première occasion qui s'offrirait.

Tchinnarnpo, 5 juillet.

ïchinnampo était, il y a peu de temps encore, un pauvre port de pêcheurs. Un décret de l'empereur de Corée le rendit accessible au commerce euroix-en ; il servit alors de débouché à Ping-Yang, la principale ville de l'empire après Séoul. Malgré la découverte de mines de charhjon dans ses environs, Tchinnainpo est resté un ])ort à l'état embryonnaire et il a fa 1 1 u la guerre actuelle pour lui donner un peu do vie et de mouvement. Une interminable rangée de hangars en paille témoigne du passage des troupes de Kouroki au printemps dernier. Actuellement encore les transports y relâchent en allant aux îles Elliot et en en revenant. C'est ici que je dois quitter le Mauchou-Marou avec mon collègue anglais du « salon des dames » aussi rebuté que moi. A dix

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heures du malin, nous nous trouvions seuls à boni ; lous les passagers étaient partis sur des remorqueurs pour aller visiter à Ping-Yang l'école de danseuses de la Cour coréenne. Le caj)itaine ïakarabé vint nous annoncer que notre passage était retenu sur un transport poslal relournant à Modji. Le MancJiou-Marou (levait nous pourvoir d'aliments pendant la traversée; un « boy » se tenait derrière l'officier et brandissait trois boîtes de « corned beef » et deux poulols agonisants pour justifier cette promesse.

Je remerciai le capitaine et déclinai son offre; nous venions, en effet, de nous entendre avec le commandant d'un cargo allemand, affrété i)ar 1' « Osaka Cliosen Kaïcha » qui |)artait le soir même. Le trajet était plus long que ])ar le transport, mais nous avions hâte de nous soustraire à l'autorité de la marine du Mikado. A quatre heures, nous prenions congé du personnel du Manchoti-Maroii, auquel nos remercienienls durent paraître ironiiiues et nous gravissions peu après l'échelle de VAini(jo qui allait nous ramener au Japon.

Modji, 10 juillel.

La traversée^ de ïchinnampo à Modji, une des plus agréables que j'aie jamais laites, me consola facile-

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irient d'avoir abrégé ma croisière sur le yacht japonais. Le capitaine nous avait œdé sa cabine et le salon oij nous prenions nos repas avec lui. Nous étions les seuls passagers à bord et restions pendant toute la journée sur la passerelle avec l'officier de quart. La mer était unie comme une glace et lé temps radieux.

Après un court arrêt à Tchémoulpo, on reprit la route sur Fousan, où nous devions faire escale avant de traverser la mer du Japon. Notre navire s'engagea bientôt dans rarchii)el de Corée, dédale d'iles et de rochers aux formes bizarres, escarpés et verdoyants, possédant à la fois plus de charme et de grandeur que les paysages les plus réputés de la Mer Intérieure. Il est })ourtant inconnu des touristes à cause de son éloignement et des nombreux courants qui rendent la navigation difficile, quelquefois même dangereuse.

Le lendemain, je fus réveillé en sursaut par le capitaine, qui me tirait férocement par le bras.

— Venez vite là-haut, une escadre de six navire» arrive sur nous.

Sur la passerelle, nous trouvâmes l'officier de quart i)Longé dans l'annuaire naval de Brassey, où sont reproduits les profils de tous les bâtiments de guerre contemporains. Il nous fut facile de reconnaître que les navires en vue étaient japonais ; bieo^

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loi, ils l'iiroiit assez pivs |)()iir nous permollrc dn constaUT que nous avions aiïairo à l'escadre de l'an lilal Kaininioni'a.

I.e vnissoau-aniif'al. du lypc TokioHa, élait à deux cents niMi'es de dislancc: les drisses (U) si^nanx se inirenl à IOun iai;v. Les (|n(»slions liabilnelles : « Qui (Mes-vous? Où ali(V.-V()Us ? Qu'avez-vous vu ? » Iraduiles dans un langage de flaunnes bariolées, nous relinriMd un ([uart d'heure sur place. ¥a\ voyanl lloller à noire grand mât le |)avill()n de T « Osaka ('hos(Mi Kaïclia », le croiseur nous signala de niellre le cap sur la station navah' de Tsoucliinia. Là, le dialogue o|)ti([ue reconnnença, et nous reçûmes l'ordre de rallier directement Modji en brûlant l'escale de Fousan. Le soir même, nous débarquions sans encombre au Japon. Nous y apprenions que les croiseurs fantômes de Vladivostok avaient encore fait leur apparition dans les parages que nous venions de quitter après avoir bombardé le port de Guensan. Ainsi cette courte traversée sur un simple bateau marchand nous avait amenés plus près des opérations actives que notre voyage d'un mois sur le Manchou-Marou dont la destination officielle élait le théâtre de la guerre.

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Nagasaki, 12 juillet.

A Moclji, j"(*us à supporlci' loiites sortes de vexalions. Filé sans relâche par la police, je fus poursuivi par nn agent jusque flans le train qui m'emportait vers Nagasaki. Pendant le trajet, cet individu pénéliu dans mon compartiment, sortit un calepin de sa poche et se mit en devoir de m'interroger sur mon état civil. Jo me refusai énergiquement à satisfaire sa curiosité ; sur quoi il me signifia qu'il me ferait arrêter à Nagasaki . Je lui répondis que j'étais sujet français et que, d'a})rès les traités signés entre la ', France et le Japon, j'avais le droit de voyager dans tout le pays au même titre que les indigènes. Puisqu'il ne demandait rien aux autres voyageurs, il n'avait aucun droit de faire une exception ])ourmoi. Cette réponse calma l'ardeur de l'argousin et jo ne fus plus molesté jusqu'à mon arrivée.

Mais la police japonaise est rancunière. J'avais complètement (uiblié ma discussion de la veille lorsqu'un agent en uniforme se présenta au bureau de rhôtc] et demanda à me parler. Tl m'annonça que j'allais être poursuivi pour avoir photographié les fortifications de Nagasaki. « Un de nos espions (textuel), ajouta-t-il. vous a vu hier, nn appareil à la

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nlain. » Poiii' loiiie ivponsc, je lui tondis mon kodak dont j(* n'avais pas encore enicvr la dernière bobine. Elle ne conlcnail (pic des vnos prises on pleine inei".

Ce malin, le sortent de ville a rapporté l'instruinent d'un air assez penaud; non seulement il no ptnit m'arréler, mais il a dû ])ayer de sa poche le (>hotographe qui a développé les clichés. Cette leçon a |)orté ses fruits et on m'a laissé en paix jusqu'au moment où je me suis embarqué sur le })aqnebot du « Llovd )) à destination de Yokohama.

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