LA CROISIÈRE DU MANCHOC MAROU
lie siiil coiiiiiiciil [)ass('r Je temps, on répaïKl li- [»iiiil quels Varyag di, bougé. Mais, le lendemain, il faut déchanter, et l'émule d'Isabelle voit encore s'éloigner l'heure de la délivrance. On commence à rire de ces atermoiements continuels ; un correspondant militaire, facétieux autant que désappointé par sa longue incarcération à Tokio, a prédit que le Varyag se dresserait sur les flots le jour où les journalistes étrangers seraient envoyés à l'armée.
Du mouillage au quai de Tchémoulpo, il y a une heure de navigation à la godille dans un sampan infect, cahoté par les gestes indolents de trois grands diables coréens, paresseux et sales. Le trajet conduit le voyageur entre la cheminée noire et blanche du Soungari et le tuyau jaune du Koreets ; l'embarcation échoue plusieurs fois sur les bancs de boue, se fraye difficilement un passage à travers les flottilles de bateaux de pêche ; puis, après avoir sauté d'une barque à l'autre pendant quelques minutes, le voyageur met enfnVpied à terre. Ici du moins, le parcours n'est pas long, car à quelques mètres seulement de la jetée se dressent les solives mal équarries qui constituent la gare de Tchémoulpo. Personnel japonais, matériel américain. Le train roule à travers un paysage bien différent de la nature fragmentée dont nous avions pris l'habitude au Japon. Au lieu des petits vallons, séparés comme autant de compartiments par les
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(•(tiiliclorls (les collinos lointaines, nous liavoisons (l(^ i^iandcs plaines, limitées à Thoiizoïi par dv, vrritahles nionlai;iies. Les rochers mis ont rem[)lacé les pins verls ; l'air sec n'est plus chargé d'iiumichté laliganle, le ciel paraît [)lus haut et la chaleur plus légère. On sent enfin l'espace autour de soi, comme si on élail lians|)orté soudain sur une planète d'un plus petit diamètre.
Le [)ont de la Rivière Salée traversé, le train nous dépose à la porle de l'Ouest. Le soleil est couché, et, dans le crépuscule, les kouroumas paraissent glisser à travers une population de fantômes. Les Coréens, généralement vêtus de blanc, sont plus blancs encore que de coutume. Ils ont remplacé, en effet, leurs cha[)eaux de crin noir par des couvre-chefs couleur divoire, pour célébrer le deuil de madame Oui, une des compagnes de Sa Majesté Coréenne.
Séoul, 26 juin.
C'est en face du palais oii trépassa l'impératrice (|ue se trouve l'hôtel européen. J'y dormis cette lunt-là ou plutôt une [)artie de cette nuit-là, car, un peu avant le jour, je fus réveillé en sursaut par des appels de clairon. La grande place, sous ma fenêtre, était noire de soldats, les sonneries et les comman-
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déments se croisaient en tous sens. Je descendis à la hâte pour voir si quelque émeute troublait le refX)s de la caj>itale, mais le propriétaire me rassura bientôt en souriant (juelque peu de mon inexpérience. Tous les matins, paraît-il, c'est le même déploiement de forces avec accompagnement de hurlements et de fanfares.
L'empereur qui, sur les injonctions de ses amis étrangers, dépense pour son armée beaucoup i)lus qu'il ne désirerait, veut au moins en avoir pour son argent ; en faisant sans cesse défiler ses troupes dans les rues de la capitale, il a la satisfaction de constater qu'elles existent réellement et se donne l'illusion qu'elles pourraient combattre au besoin. Jamais ces bruyantes démonstrations n'ont été plus fréquentes que depuis le commencement de la guerre. Ce brouhaha ne semble pourtant guère impressionner les deux ou trois compagnies de territoriaux qui forment à elles seules la garnison japonaise et suffiraient certainement à faire disparaître tous les réguliers coréens connue une volée de moineaux.
Quoi qu'il en soit, je n'ai jamais vu autant de soldats dans les rues d'une ville. La qualité, par exemple, est loin de valoir la iiuantité. et je ne vois guère (|ue les troupes marocaines auxquelles on puisse comparer rarmée coréenne. Débraillés et malpropres, les soldats montent la garde près des innom-
Bataillon coréen détilant dans une nie à Séoul.