LIBRAIRIE HACHETTE ET C
79, BOULEVARD SAIKT-GEhMAIN, 79
Drmto d« tnèMj«a et àê reproduction réMrrét.
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Boulogne-8ur-Seinei 1*' mai 1875.
Le livré qui parait aujourd'hui, Journal d^un diplo* mate en Allemagne et en Grèce^ clôt la série des souvenirs diplomatiques publiés en 1872 et 1873.
Après un long séjour à Turin et à Rome, durant lequel il m'a été donné d'assister à la transformation de l'Italie et aux événements les plus intéressants peut-être de ce siècle (1859-1866), je fus envoyé en Orient. — Les hasards de ma carrière, plutôt que mes goûts, me conduisirent vers les ruines d'Athènes, la ville morte. Ce séjour en Grèce, au milieu d'un peuple en décadence, devint pour moi le plus profitable des enseignements, en me prouvant que ce n'est point dans les Gelions du parlementarisme, ce régime par excellence des civilisations extrêmes, qu'une nationalité éparse, affaiblie, presque cor.
rompue, doit chercher la régénération et le salut. La vue d'un peuple impuissant à se relever lui-même, malgré les efforts et les tentatives d*autrui, est un spectacle pénible; aussi les impressions que j'ai rapportées de ce voyage sont-elles empreintes d'un sentiment de profonde tristesse.
Nous quitlâmes Athènes à la fm de l'été 1867, pour terminer à Dresde cette même année. — La Frince impériale était alors à l'apogée de la prospérité et de la puissance (Exposition universelle). A peine, cependant, arrivions-nous en Allemagne que, sans posséder un don surnaturel de perspicacité, il nous fut permis, à l'aide du simple bon sens et de l'instinct français, de comprendre où était le danger et d'apercevoir déjà au loin de sombres nuages. Dans ce petit royaume de Saxe, jadis autonome et indépendant, n'avions-nous pas la douleur d'assister, jour par joqr, aux envahissements les plus perfides, et à l'œuvre latente d'absorption d'une politique implacable et sans ïneici.
Dans ce dernier volume, comme dans les deux précédents, j'ai racontéavec sincérité et ce que j'ai vu et ce que j*ai pensé. Peut-être l'auteur de ce livre sera-t-il encore accusé d'avoir jugé avec passion ceirtains événements et certains hommes? Sa bonne foi du moins ne saurait être suspectée. — Si cette liberté de langage et d'appréciation lui a attiré nombre d'ennemis, elle ne lui a enlevé aucune des amitiés dont seule l'estime lui importe. De nouvelles et de hautes sympathies ont fortifié son courage ; ce sont
elles qui l'ont décidé à poursuivre une œuvre modeste, mais qui ne sera point sans utilité.
Parmi les témoignages les plus flatteurs et les mieux faits pour nous donner confiance et raffermir nos convie-tions, qu'il nous soit permis d'en citer un seul : des circonstances récentes nous autorisent à l'invoquer. Lorsque parut le premier voltime du Journal d'un diplomate, riiomme d'état le plus illustre du siècle, le génie le mieux pondéré, M. Guizot, voulut bien nous adresser, à la d:ite du 8 mars 1872, une lettre dont nous croyons pouvoir détacher ces lignes : « — Je regrette que déjà vous ne fassiez m plus qu'écrire vos souvenirs. Vous êtes bien jeune et notre a pauvre pays aura grand besoin, pendant longtemps, de (( services aussi intelligents et aussi indépendants que tt les vôti'es. »
Tel ne fut point l'avis de nos gouvernants d'il y a quinze mois. Il ne me sied point de parler, ici, de la mesure soudaine et inattendue dont je fus l'objet, lors de mon rappel de la Préfecture d'Alger, mesure demeurée, pour mes amis et pour moi, d'autant plus inexplicable qu'elle fut accompagnée des encouragements les plus précis et des éloges les plus significatifs de la part de ceux-là même qui détenaient le pouvoir. Ce fut, sans doute, le résultat d'une politique pleine de finesse et d'habileté; cette politique toutefois, il m'est bien permis de le constater, ne fut point tellement heureuse, que, peu de temps après, seS principaux artisans n'aient été mis en possession de loisirs semblables à ceux qu'ils m'avaient faits.
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Ces loisirs m*ont permis d'achever œ livre. En ces temps de combats, de périls et d'instabilité, le récit des souvenirs d'une carrière sitôt interrompue m'étant interdit, j'ai songé à revenir sur le passé.
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POUVANT SERTIR A l'hISTOIRE DU SECOND EMPIRE