‹ Journal d'un étudiant (Edmond Géraud) pendant la révolution, 1789-1793Chapitre 17 sur 51 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

SoMMAiBB : Les Invalides. — L'École militaire. — Le Champ de Mars. - La Sorbonne. — ^'otre-Dame. — Sainte-Geneviève. — Les Champs- Élysëes. — Le Bois de Boulogne. — Bagatelle. — Le Mont Calvaire — Longchamps. — .Saint-Cloud. — Sceaux. — Vincennes. — Les Gobelins.

A mesure que la saison devenait meilleure, Terrier et son élève avaient repris leurs courses dans Paris : ils visitaient successivement les monuments les plus célèbres et ils mettaient même à profil les premiers beaux jours pour faire quelquefois des excursions dans les environs. Edmond ne manquait pas de décrire fidèlement à ses parents toutes les merveilles qui passaient devant ses yeux.

L'hôtel des Invalides l'avait particulièrement frappé. Ce superbe monument avec son dôme majestueux, chef-d'œuvre de Mansard, était en effet un objet d'admiration pour tous les étrangers ; ses dimensions grandioses, son église, son magnifique autel aux colonnes torses, saisissaient d'étonnement tous les visiteurs. Les réfectoires étaient ornés de fresques

représentant les principales villes fortes du royaume; dans les cuisines Ton s'extasiait devant ces marmites colossales où, chaque jour, se préparait la nourriture de plus de quatre mille hommes. Dans la salle da Conseil se trouvaient les portraits de tous les ministres de la guerre depuis Louis XIV jusqu'à Louis XVI. Mais laissons notre étudiant nous dépeindre lui-même ses impressions :

« Papa,

ce Ceux qui par des blessures reçues pour la Patrie, se sont mis hors d'état de pouvoir la servir plus longtemps, ont obtenu chez toutes les nations un droit à sa reconnaissance et à ses bienfaits. Louis XIV a cherché à rendre cet acte de reconnaissance aussi glorieux qu'il était possible pour le militaire invalide, en élevant près de la capitale ce vaste et superbe hôtel, dernière mais honorable retraite des victimes de Mars. C'est là que le soldat accablé ou d'années, ou d'infirmités, dénué de tout autre secours, est toujours sûr de trouver un asile agréable et commode. L'hôtel des Invalides, voilà ce qui m'a le plus frappé dans Paris. D'abord cette place immense bordée de belles promenades, qui s'étendent sur les deux ailes, m'a paru superbe, quoiqu'elle soit maintenant couverte de pierres et de bois employés à la construction du pont de Louis XVI.

u La façade, vue du côté de la rivière, est des plus

iQignifiques et des plus imposantes, Mars et Minerve dupent les deux côtés de la porte; Ton dirait que 3 Invalides reposent sous la garde de ces deux divins. Le dôme, vu depuis dehors, parait assez peu evé, à cause de Timmensité des bâtiments qui lui wvent de base, mais dans l'intérieur, quelle merîille de perfection ! quelle richesse I quelle splenfe ur ! quelle hardiesse dans Télévation des colonnes ^i le soutiennent ! L*église ne lui cède en rien pour

magnificence, les dorures du maître-autel sont . t compiles.

(( Des statues qui sont au haut du clocher ne pâtissent hautes que de 5 pieds tandis qu'elles sont 3 17 à 18 pieds. L'on peut juger par là de la haui\xr du dôme.

« J'ai parcouru toutes les galeries, j'ai vu la chambre u Conseil qui répond parfaitement bien à tout le sste. U y a des peintures qui sont aussi très belles, ai remarqué entre autres choses des drapeaux pris ur les Anglais et un vaisseau de carton fait par un a valide aveugle. »

Le même jour nos deux jeunes gens visitent l'Ecole nilitaire, sa chapelle, siège de l'ordre de Saint-Lazare, la salle d'armes, les écuries, le manège, etc. ; ils idmirent le vaste escalier qui conduit aux appartements du gouverneur et qui est orné des statues de Condé, de Turenne, des maréchaux de Luxembourg et de Saxe. Sur la façade qui donne du côté du Champ

de Mars, s'élève une statue colossale d'Hercule : «Ci un monument digne de la grandeur de Louis XITii s'écrie Edmond.

Le Champ de Mars avec ses dimensions immi frappe nos visiteurs d'étonnement ; ils croient celui de Rome !

Pour terminer dignement cette journée ils vont au Gros-Caillou et se régalent de ces exquises fri dont la renommée est célèbre parmi les Parisiens.

Un autre jour ils visitent la Sorbonne avec dôme d'une structure si hardie et le tombeau Richelieu, chef-d'œuvre de Girardon; le Val-de-Gi avec son église pavée de marbre et ses magnifl jardins; Notre-Dame avec son portail grandiose, tableaux des peintres les plus illustres, son autel porphyre, le superbe mausolée du maréchal d*Hi court, son trésor qui contient d'incalculables chesses, etc.

L'église Sainte-Geneviève leur paraît égal digne d'admiration : « J'ai assisté, écrit Terrier, une revue faite par M. de La Fayette sur la monta Sainte-Geneviève. Cela m'a donné occasion de le dehors magnifique de l'église du même no:

après Saint-Pierre de Rome, c'est tout ce qu'il y ai de plus beau en Europe, quand elle sera finie. façade est d'une richesse étonnante; le dôme dispute à celui des Invalides. »

Une des choses qui frappent le plus nos deux pro-

meneurs, c'est Topulence de la capitale; dans tous les quartiers s'offrent à leurs yeux de superbes boutiques avec de riches assortiments dans tous les genres : « .11 n'y a pas un rez-de-chaussée, dit Edmond, qui ne soit occupé par un bijoutier, par un orfèvre ou par un café. » Mais une réflexion assez amère se joint à cet enthousiasme : « Ici l'on paye tout, jusqu'à l'air qu*on respire, c'est un usage établi plus que partout ailleurs. L'argent fait ouvrir de grands yeux et est le grand mobile. » Cette observation est partagée par l'Allemand Schulz lorsqu'il écrit : « Tout s'achète à Paris; tout est achat ou vente, gain ou perle; aucune main ne se meut sans argent, aucun déplacement n'a lieu sans but, aucune mine gracieuse sans dessein... partout Tégoïsme domine. )>

Au premier dimanche de beau temps Edmond se rend aux Champs-Elysées qu'il n'a pas encore eu le temps de visiter. Il y trouve un monde prodigieux se promenant sous les longues allées d'arbres; des enfants en grand nombre y prennent leurs joyeux ébats. Le seul inconvénient de cette belle promenade est le voisinage de la grande route de Versailles, qui y répand une poussière insupportable.

Sur la gauche se trouve le Cours-la-Reine, fermé par des grilles aux deux extrémités; il est séparé des Champs-Elysées par un fossé profond et c'est dans ce fossé que l'on peut voir les joueurs de balle et de cochonnet déployer leurs talents.

5t LE JOURNAL D'UN ÉTUDUNT

Enfîn les beaux jours arrivant, nos amis élargisse uu peu le cercle de leurs promenades et désorms ils vont consacrer tous leurs dimanches à d*agréabl pérégrinations hors de la capitale. La première < leurs excursions extra-muros est consacrée au bois ( Boulogne.

Le Bois, avec ses beaux ombrages, où Ton vient i partie de plaisir les jours de fête, leur parait un séjoi ravissant. Ils admirent le château de Madrid, constru par François 1«' à son retour d'Espagne, et percé d'ai tant de croisées qu'il y a de jours dans Tannée; i visitent Bagatelle, maison de plaisance du com d'Artois, avec ses rochers, ses grottes, ses eaux jai lissantes, ses prairies, son désert, sa montagne, se lac, etc. ; le pavillon est petit mais meublé avec goiil la chambre du prince, en forme de tente, a poi tout ornement des armes et des drapeaux.

De là ils gravissent le mont Calvaire ou mont Val^ rien ; au sommet se trouve un couvent tenu par quel ques ermites et où les âmes pieuses, amoureuses d la belle nature, vont quelquefois faire des retraiteî La vue des terrasses est unique : de là l'on découvr non seulement la capitale entière, mais encore tou ses environs; Ion peut suivre la Seine et ses gracieu détours, l'œil charmé aperçoit tous les riants village qui en décorent les rives. Edmond se croit transport sur les collines du Périgord!

Un grand crucifix est placé sur le point le plu

élevé de la colline; sept chapelles Tenvironnent et dans chacune d'elles est représentée une des scènes de la Passion. Pendant la semaine sainte il y a sur le mont Calvaire un concours étonnant de peuple et de boargeois; beaucoup croient auTem^it que ce Calvaire est le Golgotha et qu'ils sont sur la montagne même où les Juifs crucifièrent Jésus. Après avoir accompli leurs dévotions, pèlerins et pèlerines redescendent gaiement vers Suresnes où, pour se remettre de leurs austérités, ils se livrent à de joyeuses agapes dans les guinguettes si nombreuses sur les rives du fleuve.

Il existe un autre couvent, situé non loin du mont „ Calvaire et qui est également l'objet, pendant la - semaine sainte, d'un pèlerinage des plus fréquentés; c'est celui de Longchamps, élevé sur le bord de la Seine, à quelque distance du village de ce nom.

L'abbaye de Longchamps datait du xni« siècle et avait été fondée par Isabelle de France, sœur de saint Louis : les religieuses appartenaient à l'ordre de Saint-François. Après avoir pendant de longues années donné l'exemple de toutes les vertus, les sœurs de Longchamps se relâchèrent singulièrement de leur austérité première. On raconte qu'Henri IV devint éperdument épris d'une jeune religieuse de ce couvent, Catherine de Verdun, et qu'il la remercia de ses faveurs en lui donnant l'abbaye de Saint-Louis de Vernon.

Saint Vincent de Paul écrivait avec douleur au cardinal Mazarin le 25 octobre 1652 : c 11 est certain déjà que depuis 200 ans ce monastère a marché vers la ruine totale de la discipline et la dépravation des mœurs. Les parloirs sont ouverts aux premiers qui se présentent, môme aux jeunes gens non parents : là, les religieuses accourent quand il leur plaît» seules et sans témoins, le plus souvent malgré les ordres de l'abbesse ; on a même remarqué qu'il y avait dans ce lieu de petites fenêtres, au péril de certaines vierges. Ijîs frères mineurs, recteurs du monastère, n'arrêtent point le mal ; bien plus, ils l'aggravent eux-mêmes, car ils avouent hautement qu'ils s'y introduisent pendant la nuit à des heures indues, pour s'y entretenir avec les sœurs. L'un d'entre ces frères a été trouvé la nuit dans une cellule, où il avait été introduit par l'une des plus jeunes religieuses. Plusieurs autres introduisirent aussi de la même manière des jeunes gens dans le couvent. »

Enfin, pour achever ce tableau désolant, les religieuses portaient des vêtements immodestes ! elles se montraient au parloir brillantes de couleurs empruntées, avec des montres d'or! etc., etc.

Plus tard, l'abbaye acquit un autre genre de célébrité: en J727, Mlle Le Maure, de l'Opéra, quitte le monde pour chercher aux pieds des autels le pardon de ses fautes: elle se retire à Longchamps. Non seulement elle déploie aux cérémonies toutes les ressources

dç sa voix splendide, mais elle forme encore ses compagnes, et, sous sa direction, les chants de l'église deviennent admirables ; c'est particulièrement aux offices de la semaine sainte que les religieuses font entendre leurs voix séraphiques. Aussitôt le bruit s'en répand et tout Paris lance ses carrosses dorés à travers les routes du bois pour assister aux Ténèbres de Longchamps. 11 n'en faut pas davantage, la mode est créée, et chaque année, le mercredi, le jeudi et le vendredi saints, l'on voit défiler une suite interminable de carrosses qui se rendent à l'abbaye.

Tout le monde élégant veut faire partie de cette réunion, les courtisanes s'en mêlent et on les voit bientôt en carrosses à ^ix chevaux, couvertes de pierreries, étalant audacieusement un luxe avec lequel les dames de la cour s'efforcent en vain de rivaliser. C'est à qui fera admirer la plus magnifique voiture, les chevaux les plus fringants, la livrée la plus belle. Cette pieuse promenade n'est plus qu'une indécente exhibition. L'archevêque croit faire cesser le scandale en interdisant aux religieuses le chant et la musique. Il n'en est rien. La mode est établie et persiste. La promenade s'accomplit aux mêmes jours et dans les mêmes conditions que par le passé, seulement l'on ne va plus que jusqu'à la porte du couvent et l'on se garde d'y entrer. L'église est déserte, mais les cabarets sont pleins et le peuple, qui vient en foule assister à cette parade, boit et s'enivre de son mieux : « Et

c'est ainsi qu'on pleure la Passion de Jésus-Chris L'usage se perpétue, immuable jusqu'à la Révolul Pour la première fois, en 4790, l'on s*avise qi temps n'est plus aux plaisanteries, ni aux exhibil scandaleuses.

Edmond, qui en est resté aux souvenirs du p court à Longchamps pendant la semaine sainte jouir du spectacle accoutumé, mais il éprouve vive désillusion. La promenade est déserte, et c' peine si l'on y voit deux cents voitures, dont la m n'est composée que de misérables fiacres. « Les tocrates et les courtisanes qui faisaient le bea cette parade n'ont point osé y paraître. » Pour co! de malheur, il règne un vent terrible qui soulèvf nuages de poussière; piétons et cavaliers sonts glés et ne savent où se réfugier.

« Les carrosses étaient fort rares, écrit notre rateur; les cabriolets et phaétons qui auraien paraître assez brillants, étaient pour le moment saupoudrés de poussière. Transis, gelés de froid, sortîmes bientôt du bois de Boulogne et repiim route de Paris. Nous eûmes le plaisir, en revei de voir arriver vers le bois d'assez belles voit d'autres qui faisaient triste figure, d'autres qui taient des éclats de rire immodérés. L'on avait j de distance en distance des piquets de gardes n nales. Ils avaient eu soin de choisir pour poste; différentes guinguettes qui fourmillent sur la r(

!t c'est là que ces messieurs, s'empiffrant de maints ftmbons et autres victuailles, bravaient tranquillement 3 vent et ses efforls. »

Le jour de la Pentecôte, nos deux amis font la partie 'aller visiter Saint-Cloud et d'y voir jouer les eaux OQt on leur a fait des descriptions enthousiastes. Ils 2 rendent à pied par la barrière de l'Étoile et arrivent Neuilly^ où ils visitent les célèbres jardins de M. de eint- James; on leur fait admirer les grottes, les Duterrains, les cascades, les ponts, les pavillons hinois, pour lesquels on a prodigué Tor à pleines lains; ils parcourent des serres immenses, remlies de plantes merveilleuses et de fruits inconnus ans nos climats ; ils restent stupéfaits devant de vériables champs d'ananas, etc. Ces jardins surpassent de >eaucoup Bagatelle et tout ce qu'ils ont encore vu lans ce genre.

Ils traversent le pont de Neuilly, qui passe pour le )lus beau de l'Europe, et arrivent à Suresnes, où ils prennent un repas bien gagné. Après leur déjeuner, Bt malgré une chaleur extrême, ils se dirigent vers Saint-Gloud, où ils arrivent péniblement; là les attend une cruelle déception : les eaux ne jouent pas !

Le dimanche suivant, Edmond et Terrier renouvellent leur tentative, mais cette fois après avoir pris soin de se renseigner et s'être assurés que leur déplacement ne sera pas infructueux.

Au lieu de prendre la route de terre, ils imaginent,

pour varier leurs plaisirs, de voyager par ea vont donc, dès 8 heures du matin, au Pont-Ro montent sur la galiote qui fait rëgulièrennent le s< de Saint-Cloud et qui, les dimanches et jours de transporte les Parisiens à la campagne poui somme des plus modiques. Cette galiote, ap aussi coche d'eau, est un grand bateau couvei contient, tant dans l'intérieur qu<î sur le pont, en 400 personnes. Après deux heures de navigatio plus heureuses, nos deux voyageurs arrivent au de Sèvres, où ils débarquent.

(( Nous fûmes par eau à Saint-Cloud dimanche nier, écrit Edmond; la Seine, à certains endroit des plus périlleuses à traverser à gué; ici ell qu'un pied de profondeur, à deux pas de là elle soixante. Nous comptions y trouver le Roi, mi Restaurateur de la liberté française était retoun le matin à Paris, afin d'apaiser les injustes sou qui s'élevaient déjà dans le cœur de ses enfants, vaient-ils à craindre? Quand même le roi des Fn eût formé Tinsensé projet de les abandonner, con l'aurait-il fait? L'infatigable M. de Lafayette était côtés, il était entouré d'ailleurs d'une petite trou ses concitoyens; non, l'idée de les abandonner n jamais dans le cœur de Louis XVI.

« Nous vîmes jouer les eaux du parc. Dèi j'aperçus la cascade, mon premier cri fut celui plus vive admiration; cependant, peu après, el

sembla un peu confuse, je crus m'apercevoir que les nappes et les jets d*eau étaient trop entremêlés ; Tart ne me parut pas assez fondu avec la nature. Les statues, les groupes, les eaux, sont disposés avec le plus grand goût, avec la plus grande élégance. En dehors de la cascade, il y a deux cents gerbes d'eau, . cinquante jets sans bassin et enfin une trombe de " quatre-vingts pieds de haut, dont l'effet est merveilleux . -" « Ces ruisseaux, ces torrents qui s'élancent impé- - rieusement du sein d'une terre parsemée de fleurs et d'herbes toujours fraîches, ces fontaines qui semblent sortir du corps des sphinx, des lions, des dauphins, e- des grenouilles, etc., tout cela me parut admirable. » L Les arbres touffus et élevés donnaient une fraî- D cheur délicieuse. Des terrasses Ton dominait les cascades et les allées d'arbres, le coup d'œil était k ravissant. Une superbe orangerie, magnifiquement : entretenue, complétait ce séduisant séjour.

Emerveillé de tout ce qu'il voit, Edmond ne peut s'empêcher de faire cet aveu, qui coûte cependant à son amour-propre provincial : « Les environs de Paris sont infiniment plus beaux que ceux de Bordeaux I » Et il ajoute ingénument: « Que dirai-je quand j'aurai été sur la butte Montmartre ! »

Saint-Cloud a tellement enthousiasmé nos voyageurs qu'ils y retournent encore le jour de la fête. « Il y avait un monde innombrable, on ne voyait de tous côtés que danses, baladins, marchands, voi-

d'2 LE JOURNAL D'UN ÉTUDIANT

tures» etc. Les eaux allèrent plusieurs fois. On pouvait pas en approcher à cause de la quantitt monde dont elles étaient entourées.

(( Nous avons vu dans le parc la Reine qui sep menait en une espèce de calèche avec le Dauphin^ sœur, et Monsieur, frère du Roi. Ils avaient un 4 lage fort modeste.

(( Toute la foule se précipitait dans le château |i voir le Roi qui, dit-on, mangeait conune quatre.

(( Nous revînmes le soir par le bois de Boulogne; était éclairé par la quantité de torches que les j^ gens portaient et retentissait des chants et dessifl des Parisiens qui en avaient presque tous, n

Un autre dimanche, Edmond et Terrier se rend au château de Sceaux, demeure du duc de Penthièi Le parc et les eaux sont presque aussi beaux q Saint-Cloud, mais le château est bien inférieur.

Les prés Saint-Gervais et le bois de Romaim sont le but d'une autre excursion : a C*est en fait bois ce que j'ai vu de plus beau, dit Edmond; il situé sur une hauteur, et Ton a une vue magnill sur les villages de Saint-Denis et de Pantin, p

Ils visitent le cabinet vétérinaire de Chareo le château de Vincennes, « vieille forteresse i quelle on peut appliquer ces vers de Voltaire :

Près de Paris était un vieux château A pont-levis, mâchicoulis, tourelles, Un long canal transparent à fleur d'eau.

En serpentant, tournait autour d'icelles.

Pour augmenter encore l'agrément de ces courses dominicales nos jeunes gens ont emprunté un fusil à un de leurs amis et, tout en parcourant les routes des environs, ils usent de ce droit de chasse si ardemment souhaité et que possèdent désormais tous les Français; leur chasse n'est pas miraculeuse, mais ils tuent de petits oiseaux qu'ils font rôtir pour leur déjeuner et qu'ils vont ensuite manger gaiement assis le long de quelque ruisseau.

Souvent ils profitent de leurs promenades pour visiter des monuments, des musées ou des manufactures; c'est ainsi qu'ils se rendent aux Gobelins, dont les merveilleuses tapisseries excitent leur ravissement. Edmond mande à son père :

« J'ai été voir dernièrement les Gobelins. Je t'avoue que ce genre de peinture m'a fort surpris; je ne conçois pas comment des ouvriers sans aucune règle de dessin, sans aucun principe, peuvent faire des ensembles si corrects, ayant d'ailleurs le modèle derrière eux, qu'ils ne regardent jamais, des teintes si bien ménagées, si bien fondues, un coloris si frais, un moelleux qui ne le cède en rien au coloris de nos meilleurs peintres. Le jeune homme qui nous conduisait m'a dit qu'on restait sept ans pour le moins à faire une tapisserie, assez vaste à la vérité : quelle patience! J'ai parcouru les galeries; outre des tapisseries, j'ai vu des tableaux des premiers maîtres du monde : Thésée domptant le taureau de Marathon,

par Vanloo, Héliodore fouetté de verges, par R Pœtus et Aria, par Bouchardon, etc. »

C'est à ces amusantes excursions qu'ils con tous les dimanches de leur été; elles font le b et la joie des jeunes gens, qui y trouvent un aj délassement aux travaux plus sérieux de la se

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