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En Novembre 1838, je fus arrêté avec un grand nombre d’Insurgés Canadiens, et logé dans la prison de Montréal. Je n’entreprendrai pas de vous donner les détails de l’insurrection, car les particularités vous en sont assez connues. Je me bornerai à vous faire le récit exact de nos souffrances, depuis le moment de notre incarcération jusqu’à notre retour d’exil dans notre patrie.
Le 24 Novembre, je reçus notification conjointement avec onze autres, de me préparer à subir mon procès qui devait commencer le 28 du même mois, devant une Cour Martiale.
Nous fûmes de suite séparés des autres prisonniers, et logés seuls dans l’un des quartiers (wards) de la prison ; comme nous devions comparaître devant un tribunal tout à fait extraordinaire dans le pays, nous obtînmes la permission de voir deux avocats pour les consulter sur ce que nous avions à faire, et leur confier notre défense. J’étais du nombre de ceux qui les pre-
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miers subirent leur procès devant cette Cour Martiale.
Nos avocats firent application pour avoir une liste des Juges du tribunal qui devait nous juger, aussi bien que des témoins à charge qui devaient déposer contre nous ; tout cela fut refusé. Nous n’avions jusqu’alors pu communiquer ni avec nos parens ni avec nos amis.
Le 21 au matin nous fûmes tous enchaînés deux à deux et conduits devant la Cour, où, environs une heure après notre arrivée, l’on nous déchaîna lorsqu’on nous eut bien minutieusement visités. On nous lut notre accusation, et la procédure commença.
Le soir vers cinq heures la cour s’ajournait et nous étions conduits à la Pointe à Callières sous une forte escorte de Cavalerie. Là nous n’étions déchargés des fers qui nous enchaînaient qu’au milieu de la nuit. Les menotes de quelques uns d’entre nous étaient si petites que le poignet leur enfla de manière à cacher le fer qui l’enveloppait. Le procès fut enfin terminé le 14 Décembre. Pendant tout le temps qu’il dura, nous fûmes forcés de nous tenir toujours debout devant la Cour, car nous n’avions pas de sièges, ayant à supporter non seulement le poids de notre corps mais encore celui des dépositions des témoins de la Couronne. Alors on nous ramena dans la prison de Montréal où nous demeurâmes séquestrés des autres comme auparavant, dans l’attente du résultat de notre procès.
Enfin au bout de quelques jours vers sept heures du soir, les portes s’ouvrirent, on fit un appel
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nominal, et notre sentence nous fut lue. A l’exception de deux sur douze nous étions tous CONDAMNEES A ÊTRE PENDUS. Nous fûmes immédiatement renfermés séparément dans les cachots. Nous attendions d’un instant à l’autre l’ordre de nous préparer à monter sur l’échaffaud. En effet deux jours après Cardinal etDuquet deux de notre nombre reçurent l’ordre de se disposer à mourir le vendredi suivant, ce qui était de mauvais augure pour nous, car nous pensions que, pour quelque raison, il avait été décidé de nous faire mourir en petit nombre. Je laisse à Juger dans quelle situation nous nous trouvâmes : cependant le courage ne nous manqua pas. Deux jours après nous fûmes témoins de la scène déchirante à la quelle nous devions pourtant nous attendre. Nos deux malheureux compagnons Cardinal et Duquet liés en notre présence, furent trainés hors de la prison, la corde au cou, conduits par le bourreau....
Nous demeurâmes trente trois jours dans les cachots sans sortir ni jour ni nuit ; nous couchions sur le plancher n’ayant qu’une simple couverte pour lit et couverture, dans cette saison où le frimât tapissait tout l’intérieur de nos cellules.
Au bout de trente trois jours, après beaucoup d’instance de notre part, l’on nous permit d’ouvrir les portes de nos cellules six heures par jour, c’est-à-dire de dix à quatre ; plus tard, nous obtînmes quelques heures de plus. Tel est le traitement que nous éprouvâmes pendant nos dixmois de prison, Dans cet interval, l’affreuse
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