scène de l’exécution de plusieurs d’entre nous
fut répété** à diverses reprises. Ceux qui subirent leur procès après nous, furent aussi traités de la même manière.
Enfin le 25 Septembre, on nous avertit au nombre de cinquante huit, de nous tenir prêts à embarquer le lendemain à bord d’un bateau à vapeur pour descendre à Québec, et de là embarquer sur un bâtiment qui devait nous conduire à notre destination, sans nous dire pour combien de temps nous étions Exilés. Le 26 à quatre heures après-midi, nous fumes enchainés deux à deux, au Pied du Courant , à bord du Bateau à Vapeur le British America, sous une forte escorte de cavalerie et d’infanterie. Dès que nous fûmes au large, on ôta nos chaînes. Nous arrivâmes à Québec vers onze heures du matin. L’on nous remit nos fers pour débarquer du Bateau à Vapeur, et monter sur le vaisseau de Sa Majesté le Buffalo.
Aussitôt que nous fûmes à bord, l’on nous déchaîna ; nous fûmes descendus sous le deuxième Pont du vaisseau, et là renfermés sous clef. Vers sept heures du soir les prisonniers du Haut-Canada, au nombre de quatre vingt trois, nous rejoignirent et furent logés avec nous. Nous étions alors cent quarante et un, confinés dans un appartement long de quarante cinq pieds environs, sur à peu près vingt cinq de large. Tout le centre était occupé par les Ecoutilles, les mats et les chaînes ; les côtés l’étaient par nos lits qui faisaient tout le tour de l’appartement sur une double rangée, ne laissant ainsi
d’un exile’
qu’une petite allée bien étroite par laquelle nous passions pour aller sur le Pont, et dans l’Entre- Pont chercher nos ration s La lumière ne pénétrant dans ce cachot que par deux Ecoutilles encore étaient elles toutes grillées,
Le vingt huit à six heures du matin, nous levâmes l’ancre, et fûmes toués par un Bateau-à- Vapeurjusqu’àquelques lieues en bas de Québec. Le vent était favorable, on déferla les voiles, et nous descendîmes le Golfe à la faveur d’une brise Sud-Ouest . On nous avait divisés par compagnies de douze, et le règlement que nous devions observer pendant la traversée nous fut proclamé.
1er. Pour déjeuner l’on nous servait environ un demiard de bouillie d’avoine que l’on nous apportait dans un seau qui contenait la ration de douze ; le midi nous avions, un jour, un demiard de soupe aux pois, un quarteron de lard et environ quatre onces de biscuit; l’autre jour la même quantité de biscuit, trois quarterons de bœuf salé, et à peu près six onces de Pouding , faite avec de la farine et un peu de suif ; le soir on nous servait un jour un demiard de thé seulement, et le lendemain un demiard de Chocolat. Telle fut notre ration tout le long du voyage ; ces rations nous étaient servies dans des séaux et nous n’avions qu’un plat de Fer Blanc, un couteau, une fourchette et une cuillère pour douze, plusieurs d’entre nous ne s’étaient pas munies de ces ustensiles, pensant en trouver à bord, furent alors contraints de déchirer avec leurs dents, leur viande qu’ils tenaient
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d’une main et leur biscuit de l’autre, ou attendre les uns après les autres, pour se servir du couteau et de la fourchette. Quant aux cuillières nous réussîmes à coller des petits bouts de bois avec lesquels nous fîmes des cuillères ou palettes qui nous servirent à manger notre sovpane (bouillie d’avoine). Nous n’avions par jour qu’une pinte d’eau chacun ; ration bien insuffisante pour étancher la soif brûlante que nous causaient nos vivres salés. On ne nous accordait la jouissance de demeurer sur le pont supérieur, que deux heures par jour : nous nous y rendions par sections de trente six à la fois pour éviter la confusion ; c’était le seul temps où nous pouvions respirer l’air pur et frais. Un tiers du Pont nous était accordé pour y prendre de l’exercice.
Le 30 Septembre, le vent continuait toujours à souffler avec violence du Sud Ousst ; nous filions grand train ; nous eûmes en vue le Cap Gaspé, nous nous divertîmes pendant nos deux heures de récréation à regarder une quantité innombrable de Poursils qui entouraient le bâtiment. Ce sont de gros poissons de cinq à six pieds qui sautent hors de l’eau. Nous vîmes aussi deux bâtiments, à une petite distance de nous. Nous filâmes ainsi avec la même brise jusqu’au 2 Octobre que le vent soufila avec une impétuosité extraordinaire ; la mer était en courroux ; les flots s’élevaient à une hauteur prodigieuse. Bien que j’eusse souvent entendu parler de la mer, lu des relations de navigateurs, j’avoue que je fus étonné de voiries values si grosses, le vaisseau se balançait d’uR*
t>’ux exile’
manière horrible. Nous qui n’étions pas attachés, nous ne pouvions nous tenir ni debout, ni assis ; nous nous heurtions sans cesse les uns les autres ; dans notre chambre noire ou nous étions ballottés de tribord à bâbord, sans pouvoir nous arrêter. Le mal de mer commença à se faire sentir. Les trois quarts d’entre nous tombèrent malades, et le nombre augmentait à chaque instant, tellement qu’il n’en resta que cinq à six qui ne furent point malades. Ilien de plus pénible à voir que notre état dans cette circonstance : des viandes salées et du biscuit formèrent toutes nos douceurs : plusieurs d’entre nous furent jusqü’à quatre à cinq heures sans pouvoir souffrir sur leur estomac la plus minime quantité de cette nourriture, et tous tellement affaiblis, qu’à peine pouvions-nous nous tenir sur nos jambes. Pourtant il nous était défendu de nous coucher sous peine de sévère punition, car l’exercice est nécessaire à cette maladie ; mais comment pouvoir nous tenir debout lorsque le vaisseau était soulevé par les flots et couché sur un côté ou sur l’autre 1
Nous rencontrâmes un Brick Anglais appelé Queen Victoria sur lequel notre pilote embarqua pour remonter à Québec. Le vent continua à souffler avec la même impétuosité jusqu’au neuf Octobre : durant ce tems nous fûmes tous bien malades. Le vent commença donc à diminuer et nous dirigeâmes notre route Sud-Est. Nous étions alors sous les 55o 15’ latitude nord. Nous vîmes en ce jour pou/ la première fois beaucoup de poisson» volant? s’envoler d’auprè» dn
JOURNAL
vaisseau. Ce fait attira l’attention de plusieurs d’entre nous qui, jusqu’alors, avaient été incrédules sur l’existence de ces poissons. Ils ont de huit à douze pouces de long, et ne s’envolent que lorsqu’il vente, dirigeant toujours leur vol sur le vent ; leur nombre augmentait à mesure que nous approchions de l’équateur car ils n’habitent que les régions tropicales. Depuis que nous étions embarqués, l’on nous faisait laver le pont de notre apppartement tous les jours et aussi blanchir pendant tout le - temps que nous mîmes à passer d’untropique à l’autre. C’était pour conserver la salubrité de l’air parmi nous. Le 1 1 il fit beau temps. La chaleur des tropique commençait à se faire sentir et nous incommodait déjà. Nous courrions toujours au Sud- Est. Nous aperçûmes un vaisseau Espagnol à l’Est, faisant route de ce côté.
Le 12 nous ne montâmes pas sur le pont. On nous occupa tout le jour à nous faire blanchir et laver notre appartement. Sur les cinq heures de laprès midi nous fûmes étonnés d’un bruit d’armes qui se faisait sur le pont et le va-et-vient des soldats et de l’équipage qui en un instant furent armés de fusils, de sabres et de pistolets. Nous ne pouvions nous expliquer cette manœuvre. Ensuite quelques officiers descendant avec des soldats aimés nous font monter dans l’entrepont dans un espace, d’environ vingt-cinq pieds quarrés, au nombre de cent quarante -un que nous étions. Là saus nous donner un mot d’explication, ils nous renfermèrent sous clef, et se faisant donner les clefs de nos coffres et valises.
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ils allèrent dans notre appartement, ouvrirent nos coffres en partie avec nos clefs, en partie avec des instruments de fer qui en forçaient le couvercle ; ils fouillèrent toutes nos hardes, enlevèrent nos rasoirs, nos couteaux de poches, nos ciseaux et notre argent, chose dont nous nous étions un peu munis en partant: ils visitèrent nos lits, tous les coins et recoins qui pouvaient renfermer quelques instruments meurtriers. Enfin après des recherches aussi minutieuses qu’inutiles ils remontèrent vers nous ; et l’un des officiers ’appelé Niblett, secondé par plusieurs autres s’adressa à nous de la manière la plus grossière, et nous dit qu’ils avaient découvert le noir projet que nous avions formé de nous rendre maîtres de l’équipage et de nous diriger vers les côtes de l’Amérique : qu’ils avaient étouffé la conspiration à sa naissance et pris les mesures suffisantes pour prévenir nos mauvais desseins. Nous voulûmes nous justifier : nous voulûmes dire que jamais l’idée d’une révolte contre l’équipage n’avait occupé notre pensée ; que leurs sentiments ne pouvaient être fondés que sur de faux rapports : qu’ils en devaient être convaincus par leurs recherches dans notre appartement: on nous imposa silence en nous traitant de chiens, etc., iis nous firent descendre en bas et nous prescrivirent de nouveaux règlemens qui étaient sévères et dures. De ce jour il fallut se mettre au lit à huit heures précises et ne pas se lever avant six heures du matin : excepté en cas de besoin urgent ; et encore fallait il donner son nom à la sentinelle qui était à nos pieds de
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distance en distance. — Il nous était tellement défendu de causer entre nous que la sentinelle avait ordre de tuer celui qui aurait dit une parole. Dès ce moment les officiers descendaient tous les soirs à huit heures et quart avec des lanternes, pour voir si nous étions bien tous à nos places et couchés. Tous les officiers me parurent extrêmement prévenus contre nous et manifestèrent beaucoup de crainte. L’on nous rétrécit beaucoup l’espace dont nous avions jusqu’alors joui sur le pont supérieur durant nos deux heures de récréation. On nous défendit d’aller sur Je tillac à l’avenir, nous laissant à peu près vingt cinq pieds de long sur la moitié de la largeur du vaisseau pour nous délasser les jambes. Ils n’avaient pourtant aucun sujet de craindre puisqu’ils étaient aussi nombreux que nous tant soldats que matelots, et tous armés jusqu’au cuisinier qui portait sabre et pistolet, et nous étions toujours sous clef. Par la suite nous apprîmes qu’un nommée Ty well l’un des prisonniers du Haut-Canada avait répandu cette calomnie contre ses compagnons d’infortune, dans l’espoir d’en être récompensé par quelque faveur, ou le recouvrement même de sa liberté. Mais lorsqu’il vint à être connu de l’équipage comme un vil imposteur et un fourbe il n’en fut que plus détesté et maltraité par lui et par nous. Cependant on continua à user de la même sévérité envers nous jusqu’à ce que nous fussions débarqués.
Le 13 et 14, le vent soufflant avec violence nous faisait filer neufnœux à l’heure et en bonne direction, car nous gouvernions pour doubler le
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lé
Cap de Bonne-Espérance.
Le 15 la brise était un peu diminuée et soufflait du Sud-Est contraire à notre direction. Le soleil était brûlant, et nous souffrions beaucoup de la chaleur dans l’entrepont où nous étions confinés.
Du 16 au 29, nous éprouvâmes un calme presque continuel. Dans cet interval un de ncs compagnons prisonniers du Haut-Canada, appelé Friest, qui s’était embarqué malade mourut en partie du mauvais traitement qu’il avait reçu à bord et par le manque de douceurs si nécessaires à un malade. Il fut, comme d’usage, enveloppé dans un drap de toile auquel on attacha quatre boulets de canon, et jeté à la mer, en présence de trente six d’entre nous : durant cette opération tout l’équipage fut tenu sous les armes.
Du 21 au 23, nous passâmes le Tropique. Dans le cours de ces jours, j’eus la douleur de voir quelques uns de mes compagnons maltraité par un nommé Black qui, pour quelques méfaits avait été contraint de fuir du Canada et de prendre d u service à bord pour ses frais de passage. On en avait fait notre surveillant et comme c’est l’ordinaire, il abusait de son autorité pour nous tourmenter, aussi bien que celui que j’ai eu occasion de mentionner plus haut — Nibïett. Bien que nous nous plaignîmes souvent, au Capitaine Wood qui commandait le vaisseau, des mauvais traitements que les subalternes, sans son ordre peut-être, nous faisaient éprouver, il fut toujours sourd a nos plaintes. Jamais même il ne venait nous voir* eomme tout capitaine aurait dû faire, afin de.
JOURJM.iL
voir à cc qu’on nous rendit justice autant que des prisonniers ont droit d’en avoir: jugez maintenant quelle devait être notre position. Malgré tant de privations, j’eus le plaisir de voir tous mes compagnons se montrer supérieurs à touteela, se conformer à toutes les circonstances avec courage en espérant des jours plus heureux.
Les 24, 25 et 26 nous eûmes un temps calme, sauf quelques légères brises qui venaient de temps en temps de l’Est. Nous longions alors les côtes de P Afrique ; la mer était couverte de sauterelles et l’air en était rempli. La présence de ces insectes dont nous saisîmes un grand nombre à bord nous indiquait que nous n’étions pas bien éloignés de terre. Le soleil était brûlant : aucun air ne pénétrait dans l’entrepont où nous étions ; la chaleur y était étouffante, et dévorés de soif nous n’avions qu’une pinte d’eau chacun pour l’éteindre. Que pourrait faire ce faible remède contre un feu qu’alimentait sans cesse nos vivres salées ? On nous distribua ces jours-ci des chemises de coton et des pantalons de toile que le gouvernement nous donnait. Mais comme nous n’étions pas forces d’accepter ces habits, nous les rejetâmes en parti lorsque nous nous aperçûmes qu’ils étaient étampés ; c’était un mauvais augure pour nous. ïl n’y eut que ceux qui étaient le moins fourni d’entre nous qui en conser virent.
Nous étions sous les 18° 15, latitude Nord. Lu 27 au 30 le vent souffla avec violence. Nous vîm3s des légions de poissons volants. Durant ^es jours du 30 et du 31 nous éprouvâmes plusieurs ouragans accompagnés de pluie d’éclairs
d’un EXILE*
et de tonnerre, choses forts fréquentes sous les tropiques et aussi très dangereuses. Il arrive souvent dans ces parages que des vaisseaux sont démâtés. Car les tempêtes y sont si subites et si violentes que quelquefois ils n’ont pas le temps de les prévenir. Les mâts sont alors emportés ou les voiles mises en lambeaux, et en dépit de toutes vos précautions, le vaisseau ne laisse pas d’être jeté sur le côté par la violence du vent. Mais heureusement que ces mauvais temps ne sont que de très courte durée.
La chaleur augmentait à mesure que nous approchions de l’Equateur et avec elle nos souffrances ; tellement qu’au matin, nos matelas qui étaient de l’épaisseur de trois doigts à peu près, étaient entièrement imbibés de notre sueur. Il nous fallait, pour comble de souffrances, nous mettre au lit à huit heures, et ne pas nous lever avant six heures du matin. Pendant le jour, la plupart de nous ne pouvait pas garder leur chemise, et nos pantalons étaient tout mouillés. Nous ne pouvions nous arrêter à aucune chose tant nous étions incommodés — car à la chaleur extrême de l’air de notre appartement, augmentée, encore par celle de nos corps et de notre haleine, se joignait la soif la plus ardente.
Du 31 Octobre au 5 Novembre nous éprouvâmes des calmes et des tempêtes passagères. Trois de mes compagnons furent bien malades pendant ces jours derniers au point que nous pensions qu’ils allaient mourir. Mais ils furent rétablis par du riz bouilli et du thé que leur procura le médecin du vaisseau. Nous rencontrô-
JOURNAL
mes une couple de vaisseaux qui faisaient route vers P Angleterre. — Notre capitaine confia des lettres à P un d’eux. Dans la nuit du 4 courant, il y eut une alarme à bord, causée par l’une des sentinelles qui prétendait avoir vu de la lumière dans le fond de notre chambre. Alors ils descendirent tout de suite, armés : et en visitant, ils s’apperçurent que c’était la lumière d’une lampe d’une des écoutilles qui répandait cette lueur. Ils remontèrent honteux.
Léo Novembre, vu que le vent d’Est, Sud- Est continuait toujours à souffler contraire à notre direction, le Capitaine résolut de repasser l’Atlantique, et de longer les côtes de l’Amérique du Sud jusqu’à Rio Janeiro. Là il devait reprendre les vents Ouest et Sud-Ouest appelés vulgairement vents de commerce et en terme de science, vents alizés ou moussons — Ce sont des^ents qui soufflent régulièrement entre les tropiques et à quelques dégrés au delà durant six mois d’un côté, et six mois de l’autre : c’est à dire de l’Ouest depuis Novembre jusqu’en Avril : et de l’Est depuis Avril jusqu’en Novembre. Nous eûmes deux vaisseaux en vue, un Portugais qui cinglait vers le Brézil, et auquel notre Capitaine parla, et l’autre Anglais. Nous nous trouvions sous le 2 ° . latitude Nord.
Le 6 à neuf heures du matin le ciel se couvre de gros nuages. Un instant après une tempête affreuse éclate tout à coup qui dura environ deux heures. Nos matelots avaient eu le temps d’abattre les voiles ; mais cela n’empêcha pas le vaisseau d’être tourmenté. Quelques uns des
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officiers nous demandèrent si nous craignions * nous répondîmes que non : quoique plusieurs de* nous tremblassent d’effroi. La tempête cessa bientôt.
Le 7 il fit une chaleur excessive. Durant la nuit dernière il soufflait une légère brise. La mer était calme, vers huit heures du matin ; nous passâmes sous la ligne Equinoxiale ; et nous nous trouvâmes dans l’autre hémisphère. Ce jour fut un jour de fête pour notre équipage comme c’est l’ordinaire sur tous les vaisseaux lorsqu’ils font ce passage. Nous cotoyions ainsi les côtes de l’Amérique du Sud. La chaleur était toujours grande. — Nous ne pûmes nous tenir sur le pont pendant nos deux heures de délassement ; car nous n’avions aucune ombre pour nous garantir d’un soleil brûlant. Le brai coulait de tout côté. Nous eûmes de forts orages accompagnés de tonnerre et d’éclairs. La brise n’était que momentanée et le calme plat succédait. Sur le pont du vaisseau se trouvaient des chaloupes où étaient renfermés des porcs et des moutons tout couverts de fumier. — Après les orages où la pluie tombait ordinairement par torrents, il s’amassait souvent jusqu’à huit à dix pouces d’eau dans ces chaloupes. Eh bien, les matelots s’empressaient de remplir des bouteilles de cette eau si imprégnée du fumier qu’elle en était rousse, et nous les vendaient, quelques fois nous donnions une chemise ou un pantalon pour une de ces bouteilles ; et telle était la violence de notre soif que l’eau nous en paraissait comme du miel. — Dan* l’entrepont nous nous eoîlions le
JOCÇR&AL
long des grilles des écoutilles pour pouvoir respirer un peu de bon air.
Le 15 pendant que j’étais sur le pont ils passa près de nous, unesmâture de bâtiment, qui nous annonçait probablement le malheur de quelques naufragés dans les environs. Mais comme la brise était bonne, l’on ne crut pas devoir faire aucune recherche.
Le 16 la brise était forte. Nous apperçumes, à une moyenne distance, i’Isle Fernandez. Elle est d’un singulier aspect, De hauts pics s’élèvent jusqu’aux nues en forme de colonnes. Ce fut un objet frappant pour nous qui n’avions pas vu la terre depuis notre sortie du Golfe St. Laurent : au reste il en est ainsi pour tous ceux qui sont sur mer. Nous ne pûmes nous empêcher de faire quelques réflexions sur notre sort. Nous nous éloignions avec rapidité de notre pays natal, sans espoir de le revoir jamais, ;et ,j ur le
vaste océan: nous subissions les décrets de la Pr.oyiJenct . Des nnllk vs de milles nous- sépa-
n, Je nos familles, de ik amis, de tout eu qui nous était cher.
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20 le vent fut modéré, nous dirigions toujours notre course sur les côtes du Brézib Nous faisions trois milles à l’heure.
Le 2*2 la nuit fut orageuse. La brise passablement forte et favorable. Les matelots prirent un requin de 8p. de long. Ces poissons voraces sont souvent vus en mer auprès des vaisseaux pour se saisir de tous les objets qui sont jetés à la mer. Ils lui trouvèrent dans le ventre jusqu’à des bouts de fer, un soulier et un os d’épaule de boeuf.
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Le 23 nous eûmes une forte brise Nord-Ouest qui dura jusqu’au vingt-six. Le ciel était couvert de gros nuages. Nous étions sous les 20 ° . latitude Sud.
Le 27 fut calme toute la journée. Comme ij était décidé que nous devions arrêter à Jlio-Janiero, nous finies demander au Capitaine la permission d’acheter du sucre et des fruits à même l’argent qu’on nous avait enlevé par son ordre. — Car dans la situation où nous étions nous soupirions beaucoup après des fruits ainsi qu’après toute chose r atT rqi e h i s s an te. Le capitaine nous fit annoncer que nous pouvions acheter ees choses ;que nous n’avions qu’à faire un mémoire de tout ce que nous voulions et qu’il nous le procurerait ; cette nouvelle nous causa une grande joie.
Le 28 à dix heures du matin on aperçut les les côtes du Brézil qui sont fort élevées. La vue de la terre nous ht éprouver une vive sensation de plaisir ; bien que nous ne pussions rien espérer pour notre liberté. Mais ce mot de Terre changé depuis si longtemps en celui de mer, nous rappela de doux souvenirs du pays. La joie que l’on ressent dans ces circonstances est inexprimable. Le lendemain a six heures du soir nous arrivâmes à l’entrée de la Baie de Rio mais comme le vent était contraire, nous fûmes obligés de tenir le large jusqu’au lendemain ; et le 30 à dix heures du matin, à l’aide d’une faible brise, nous entrâmes et mouillâmes devant la ville auprès de quelques frégates Anglaises qui ss trouvaient dans le Port. Plusieurs officier#
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anglais vinrent à notre bord faire visite an Capitaine, ils vinrent aussi nous voir. Un grand nombre de chaloupes chargées de fruits débouté espèce, se rendirent le long du bord. Nous en achetâmes nous mêmes à grand marché. Tout le temps que nous fûmes dans le Port, on nous servit au lieu de viande salée, des viandes fraîches et des végétaux, cette nourriture nous parut excellente, mais elle eut encore été meilleure si la quantité en eut été plus grande. Durant le temps que nous fûmes à Rio , nous pûmes, de dessus le pont du vaisseau, contempler la ville et les environs ainsi que la vaste Baie au fond de laquelle est bâtie la ville. Deux superbes forteresses commandent l’entrée de cette Baie qui est à perte de vue et presque toujours remplie de vaisseaux,
La ville est bâtie au pied de hautes montagnes qui l’environnent. Elle porte un caractère d’antiquité. Nous pûmes découvrir de superbes Edifices, entr’autres des Eglises Catholiques car le Catholicisme domine dans cet Empire, où la population est Portugaise.
Les maisons n’ont point de cheminées, car le climat sous les tropiques dispense d’entretenir du feu dans les maisons. La cuisine se fait en plein air dans les fourneaux.
Durant le temps que nous fûmes à Rio il fit une chaleur excessive, mais le plaisir de voir tant d’objets nouveaux nous fit trouver nos peines supportables.
Le 2 Décembre, fut célébré l’anniversaire du Couronnement de l’Empereur de Brézil : il était
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âgé de quatorze ans. Le Canon des forteresses et de tous les vaisseaux de Guerre, qui se trouvaient dans le Port, ne cessa de retentir tout le jour. Les vaisseaux étaient tout pavoises. Le scir il eut illumination dans la ville et grand nombre de Feux d’ Artifice.
Enfin le 5 Décembre à six heures du matin nous levâmes V ancre et mîmes en msr dans la direction du Cap de Bonne Espé.ancc. Nous étions favorisés par une bonne brise de l'Ouest qui nous faisait faire sept à huit milles à l’heure la chaleur qui était si grande à Rio commençait à diminuer à mesure que nous nous éloignions de l’Equateur. Cette même brise nous conduisit jusqu’au 16 ; pendant ce temps on nous servit le sucre et les fruits qu’on nous avait achetés à Rio, ce qui servit beaucoup a rétablir notre santé qui était considérablement altérée tant par le mal de mer que par la mauvaise nourriture que nous recevions.
Le 17 il faisait un vent violent Sud Quart Est . Le ciel était couvert de gros nuages. La fraicheur commençait à se faire sentir, plusieurs même furent contraints de mettre des Habits d’Hiver
Dans le courant de la journée il faillit arriver un accident grave. Une des sentinelles qui montait la garde dans notre appartement avec un pistolet à la main, soit par hasard ou autrement l’accrocha, en se tournant à l’un des barreaux de la Grille de l’Ecoutille. Le coup partit au milieu de nous et la balle passant entre les jambes d’un des prisonniers du Haut Canada,
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.s’alla loger dans une croisée qui se trouvait derrière nous. La sentinelle en fut quitte pour quelques questions de ses supérieurs .
Du 18 au 27 temps calme. Parmi ces jours derniers nous eûmes à passer le jour de Noël, qui nous causa autant de tristesse et de mélancolie qu’il nous causait de plaisir lorsque nous étions au milieu de nos parents et amis — Nous n’avions pas encore perdu le souvenir de ce beau
Le 28 nous arrivâmes en paraîlelle avec le Cap de Bonne Espérance par un vent d’Ouest qui soufflait avec une force terrible. La mer était tellement agitée le vaisseau si baîloté qu’il nous était impossible de rester debout ou assis sans nous cramponner à' quelqu’objet. Jamais nous n’avions vu la mer si furieuse. L’on aurait juré qu’à chaque instant la vaisseau aurait coulé à fond ; les flots le battaient si fort qu’il semblait se heurter contre un rocher, la mer était toute blanche et faisait un mugissement affreux, elle soulevait ses vagues à une hauteur effrayante. Ce vent dura jusqu’au 31 Décembre. Pendant ces derniers jours nous doublâmes le Cap .où nous devions arrêter, si le vent l’eut permis. Mais comme l’endroit est de difficile accès, on résolut de passer outre ; pour nous, nous n’eu étions pas fâchés ; nous avions tant hâte d’être délivrés des fatigues et de tous les autres inconvénients que nous endurions à bord que nous désirions ardemment d’être dans la terre de notre Exil, pensant qu’il était impossible d’être plus malheureux là qu’à bord,
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1er. Janvier 1840. Grâce au vent d’ Ouest qui nous poussait nous étions déjà bien avancés dans la mif des Indes depuis que nous avions doublé le Cap de Bonne Espérance. Ce fut encore un jour de tristesse pour nous. Que de réflexions ne fait-on pas dans ces moments! Vos parents, vos amis, vos plaisirs, tout se retrace à votre imagination et vous plonge dans un ennui, une tristesse qu’il faut éprouver pour les comprendre : ce qui ne contribuait pas peu à nous désespérer c’était de songer que tout était perdu pour toujours .
Du 2 au 5 le vent souffla avec moins de violence ; pendant deux jours nous eûmes en vue un bâtiment qui faisait même route que nous.
Le 6 il plut toute la journée. A deux heures P. M. il souffla une bourasque qui nous faisait faire dix milles à l’heure en bonne direction.
Du 7 au 11, le vent fut toujours favorable à l’exception d’une journée. Nous eûmes tous un rhume fatiguant causé par l’humidité, et le froid qui se faisait déjà sentir.
Le 12 fut calme toute la journée. C’était la première journée de calme que nous eussions éprouvée dans la mer des Indes.
Du 13 au 14 le vent fut modéré. J’ai oublié plus haut de marquer que depuis notre embarquement, il nous était distribué, tous les quinze jours du 'l'cibac et des Pipes , dont on nous permettait de faire usage durant nos deux heures de récréation sur le Pont. On nous dit que ce Tabac et ces Pipes avaient été mis à bord par des citoyens de Montréal, pour l’usage des Prison-
niers. Les autorités du vaisseau avec notre consentement en distribuèrent aussi à nos co-prisonniers du Haut-Canada.
Le 15 par un beau temps et une brise fraîche nous passâmes en vue de l’Isle St. Paul située au milieu de la mer des Indes. Elle ne nous parut être qu’une montagnç. Elle n’est que d’une bien petite étendue et n’est pas habitée. On nous dit qu’elle possède deux sources ; l’une dont l’eau est froide et saine — l’autre dont l’eau est bouillante. Nous reconnûmes que nous approchions de quelque terre par une multitude d’oiseaux aquatiques de toute grandeur qui vinrent voltiger autour du vaisseau.
Le 16 le vent toujours favorable était bien diminué — le 17 il tomba presqu’enlièrement.
Le 18 le temps était beau, nous eûmes le plaisir de voir les matelots et les soldats prendre à la ligne de gros oiseaux appelés Mbâlros , bien nombreux dans la mer des Indes et dans la Pacifique. Ils en prirent qui avaient de dix à dix sept pieds d’envergure, c’est-à-dire d’une pointe de Paile à l’autre lorsqu’elles sont déployées. Voici la manière dent ils les prennent. Ils jettent une ligne de grosseur ordinaire avec un hameçon appâté de viande. L’appât traine derrière le vaisseau en flottant à îa surface ; quelquefois ils y mettent un morceau de liège pour l’empêcher de caler. Aussitôt que les oiseaux appercoivent l’appât, il se précipitent dessus par douzaines et le saisissent, mais se trouvent pris par le bec. Ils se laissent tirer sans faire de résistance, au contraire ils s’aident de leurs ailes, ,
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pour obéir à la main qui les tire ; car plus ils opposeraient de résistance plus ils souffriraient ; et; chose assez singulière, c’est qu’aussitôt qu’ils sont sur le vaisseau, on peut les laisser se promener libres sur le pont du vaisseau sans qu’ils fassent aucune tentative pour s’envoler. La chair n’est pas bien bonne à manger; elle goûte un peu le poisson.
Du 19 au 31 nous eûmes des vents variables,, et de la pluie de temps en temps. Nous vîmes aussi beaucoup de baleines autour du vaisseau. Notre courage se ranimait à mesure que nous approchions de notre destination.
Lé 1er. Février jusqu’au 5 nous eûmes de gros vents Sud-Ouest. La mer tombait par énormes volumes sur le bâtiment. Nous rencontrâmes un Baleinier- Américain qui faisait la pêche à la baleine. Nous vîmes aussi des légions de Pour s'ils autour du vaisseau.
Le 6 et 7, il fit un fort vent d’Ouest accompagné de pluie. Nous nous attendions de voir les Côtes de Van Diémen bien prochainement.
Le 8, gros vent et temps couvert. Dans l’après-midi, nous découvrîmes la terre désirée de Van Diémen, qui était la place ou nous devions débarquer nos compagnons d’infortune du Haut- Canada. Nous longeâmes les\ Côtes Sud de cette Ile, afin de rentrer dans la Rivière Derwent, au fond de laquelle est bâtie IIobart-Town où nous devions arrêter.
Le 9 lé vent venait de l’Ouest et soufflait avec impétuosité. Il se trouvait contraire à notre
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JOimNAL
route pour entrer dans la rivière. Vers midi le vent tourna un peu ; de manière que nous longeâmes la côte avec assez d’aisance. A huit heures du soir nous nous trouvions assez près de terre pour pouvoir distinguer la lumière des chandelles, et les feux des habitans de la Côte. Le vent tomba tout à coup, et dans le courant de la nuit, s’éleva du côté de terre avec violence. Nous fûmes poussés au large et tellement que le lendemain nous ne voyions plus la terre. -Nous fûmes tant contrariés par les vents que nous fûmes à louvoyer jusqu’au douze, sans pouvoir parvenir à l’embouchure de la rivière. Ce ne fut que dans l’après-midi de ce jour, que le vent ayant un peu changé, nous entrâmes avec aisance dans la rivière ; et vers les quatre heures de l’aprèsmidi nous mouillions devant HobarCTown, principale ville de Van-Biémen. Nous fûmes ainsi jusqu'au quinze sans avoir de nouvelles. — Durant ce temps, du Port où nous étions, nous pûmes contempler la ville et les environs. Enfin le quinze, les prisonniers du Haut-Canada, reçurent notice de se tenir prêts à débarquer le lendemain. Et en effet le jour suivant à cinq heures du matin, ils débarquèrent pour s’en aller à terre sans autre escorte que les hommes qui avaient été envoyés pour conduire les berges. Nous apprîmes qu’ils avaient été à deux milles de la ville, ils partirent tous bien courageux pour se rendre à leur établissement pénal. —
Le 1 6 et 17 nous montâmes sur le pont comme à l’ordinaire. Nous contemplâmes la ville du mieux que nous pûmes. — Elle nous parut un
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peu champêtre : une haute montagne en borne toute l’arrière partie. Ses édifices nous parurent assez beaux et la campagne sur les bords de .la Rivière Derwent belle et planche.— L’on remarquait des champs fart bien cultivés. Le Port est très spacieux, et il y vient beaucoup de vaisseaux étrangers, principalement des Baleiniers- Américains et Français qui arrêtent pour faire des provisions.
Le 18, nous apprîmes que les prisonniers du Haut-Canada étaient condamnés pour la vie : qu’ils ne devaient travailler pour le gouvernement que pendant un certain temps et après cela être libres dans l’Isle : que chacun d’eux, durant le temps de leur esclavage, était obligé d’exercer son métier au bénéfice du gouvernement.
Le 19 à six heures du matin on lève l’ancre et à la faveur d’une faible brise nous sortons de la Baie. Vers onze heures, lorsque nous étions en mer un fort vent sud s’éleva, accompagné d’une grosse pluie. Nous courrions en bonne direction pour Sydney. — On fit force de voile et une bonne route cette journée là.
Du 20 au 24 le vent souffla avec la même violence. — L’on eut dit que la Providence avait à cœur de hâter notre arrivée. Nous parlions déjà en effet d’arriver sous peu de jours. Nous vîmes un bâtiment qui faisait voile à l’Ouest. Le 24 nous découvrîmes assez clairement, les côtes de la Nouvelle Hollande, toujours favorisés par un bon vent Sud ; car nous avions à nous diriger vers le nord depuis notre sortie de la rivière
JOURNAL
Derwent. A cinq heures nous vimés un bâti* ment Anglais venant de Londres et dont le Capitaine et le Second était morts durant la traversée. Le cuisinier avait été soupçonné de les avoir empoisonnés ; et avait eu son procès à Hobart-Tovvn où ils avaient relâché. Un bosseman avait été contraint de prendre le commandement du vaisseau qui était chargé d’émigrés pour la Nouvelle-Galles.
Le 25 au matin nous vîmes encore la Côte qui nous parut êtré bordée de hautes montagnes. Mais nous ne la vîmes pas longtemps : le temps s’obscurcit et il tomba comme une brume épaisse qui empêchait de voir. L’équipage craignait même pour le vaisseau. Car nous étions près de terre, nous pouvions rencontrer quelques écueils ; ils gagnèrent le large. Vers dix heures le tems s’éclaircit et nous découvrîmes de nouveau la terre» La côte nous parut encore très escarpée ; et la mer venant s’y briser, l’eau rejaillissait à plus de cinquante pieds en l’air. Vers midi nous apperçûmes un Phare sur un point dominant du rivage — en même temps il vint un pilote à bord, et nous entrâmes heureusement dans le Port Jackson et allâmes mouiller devant Sydney. Ainsi nous arrivâmes tous sains et saufs à notre lieu d’exil après une traversée de cinq mois. ïl est étonnant de voir qu’un aussi long et dangereux voyage se soit fait sans accident, ni même sans que nous ayons éprouvé de mauvais temps qui auraient pu nous mettre en danger. L’équipage lui-même ne put s’empêcher d’exprimer son étonnement. — Bien que