I) VN EX ILE
rcs du soir, comme la nuit était très obscure et pluvieuse nous vinmes presqu’en collision' avec un navire qui venait a notre rencontre à pleine voile. Le choc eût été terrible et aurait produit la ruine de l’un ou l’autre vaisseau. Heureusement que l’autre navire nous découvrit et hissa une lanterne. Un officier de l’équipage lût déchu de sa place pour ne pas avoir placé un homme de garde sur l’avant tel qu’il avait un ordre de le faire.
le IG le temos changea ; le ciel s’éclaircit et
le vent se rapprocha du Sud de quelques points. Latitude 48 ° 3o’ Longitude 13° 30’ Ouest.
le 17 le ciel fut couvert de gros nuages ; et le vent soufflant du Sud-Est, se trouvait un peu opposé à notre route. Le temps était frais ; nous vîmes beaucoup d’oiseaux, ce que nous n’avions pas vu depuis longtems. Cela nous fit croire que nous n’étions pas éloignés de terre ; nous nous pensions même dans le chenal de la manche.
le 18 temps couvert ; vent Sud-Ouest soufflant avec violence, Nous apprîmes à notre grande satisfaction que nous étions entrés dans l’embouchure de la manche. Nous nous réjouissions tous de pouvoir dans quatre à cinq jours, mettre le pied sur le rivage. Nous vîmes plusieurs vaisseaux et un grand nombre de canards plongeur autour de nous. La première pointe de terre Anglaise qui s’oftVit à nos regards, fut Lézard Point à l’extrémité méridionale de l’Angleterre. Nous nous avançâmes rapidement pendant ta oui h
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le 19 vers neuf heures nous fûmes tout à coup frappés par le cri de terre ! terre ! ! Nous découvrîmes en effet la terre à bâbord; c’était Start Poivt que nous passâmes à une petite distance. Le jour lut bien joyeux pour nous, et tout contribuait à exciter notre joie. Le temps était beau, une brise légère et favorable nous poussait rapidement vers notre destination. Nous eûmes ce jour là pour diner du porc-frais que l’équipage avait fait la veille ; il va sans dire que nous trouvâmes cette nourriture délicieuse, n’ayant goûté à aucune viande fraîche depuis cent trente trois jours, et privés même depuis un mois de lard salé. Nous vîmes beaucoup de vaisseaux allant et venant de tous côtés , et principalement beaucoup de chaloupes qui faisaient le cabotage de la côte d’Angleterre en France. L’une d’elle vint à notre bord nous offrir du poisson. J’en remarquai entr’autres, une sorte qu’ils appellent Game t Ces poissons étaient rouges de singulière forme, et excellents à manger. Notre capitaine fit marché avec eux pour débarquer la malle. Il lui en coûta trente sheliings* somme qu’il paya avec du tabac, du bœuf salé, du thé et du rum. Un des passagers de la Cabine débarqua par la même chaloupe.
Le 20 nous eûmes un temps superbe quoique couvert. Le vent était frais et favorable. Nous eûmes le plaisir de voir i’Isle Wight qui nous parut être fort élevée, nous vîmes aussi beaucoup de vaisseaux. Une chaloupe vint â bot re bord avec un pilote, mais qui n’avait rien à faire avec nous ; vu qu’ils n’était pas licencié pour
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piloter lès vaisseaux allant à d'autres ports que ceux de llsle Wight à laquelle il appartenait. Dans le courant de là nuit, nous passâmes Eeachy-Head, où il avait un Phare.
le 21 il fit un temps superbe, frais et serein. Cependant le vent se trouvait contraire à notre route : nous ne vîmes la terre (pie vers onze heures du matin. C’était Dungenéss qui est une longue pointe de sable plane, sur laquelle était érigé un Phare de brique. Nous distinguâmes aussi Hastingsqui est une petite ville au Sud de Dungeness. Nous vîmes une quantité immense de vaisseaux louvoyant de côté et d’autre. Aujourd’hui nous revîmes le pilote qui devait nous conduire à Dover. Dans le courant de la soirée nous apperçumes à l’Est de nous un Phare superbe que l’on nous dit être un Phare Français construit depuis peu. Nous apprîmes par le pilote que la bai que Jane Goudie était passé ici justement dix jours avant nous ; ce qui est frappant après une si longue route. 11 fallut bien que la marche des vaisseaux fût la meme pour ne passe dévancer même d’un jour. Nous remarquâmes que l’eau de la Manche était verte. Je ne sais à quoi cela tient ; soit que ce soit là la couleur naturelle de l’eau, où qu’elle soit produite parle lit du fleuve ou autres causes. Quelques chaloupes Hollandaises ] lassèrent près de notre bord ; nous mouillâmes un peu au dessous de Dungeness.
le 22 à six heures du matin nous levâmes l’ancre ; ils soufflait une violente brise contraire à notre route ; ce ne fut qu’en louvoyant que
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nous pûmes gagner un peu de chemin. Vers neuf heures du matin nous apperçâmes les côtes de Dover qui sont coupés perpendiculairement à la mer et blanche comme de la neige ; elles sont en effet composées de craie ou de plâtre blanc. Nous nous en approchâmes, et vîmes Dover dans le fond d’une petite baie. Elle nous parût être une petite ville élégamment bâtie entourée par les collines blanches dont je viens de parler. Il y a aussi sur l’une des collines auprès de la ville, un superbe chateau, et un peu plus loin un Phare ; et de larges plaines qui s’étendent au Nord-Ouest et qui nous parurent bien cultivées tout le monde connait l’antiquité^de cette ville et combien s’y rattachent de souvenirs. C’est là que débarqua la nombreuse armée qui apportait des chaînes aux bretons jusqu’alors libres et fiers: ce qui traça le chemin à ces hordes de barbares féroces qui inondèrent successivement le Soi Britannique et le rougirent de sang. Nous pouvions faciilement d’où nous étions découvrir Cad lais sur la Cite de France et située précisément en face de Dover. Nous éprouvâmes tous une vive émotion en appercevant la patrie de nos ancêtres. En peu de temps nous nous rendîmes vis à vis Deal autre petite ville à sept ou huit milles de Dover et située sur un terrein plat et sablonneux. Comme le vent était contraire à notre route et la marée contre nous ; nous mouillâmes devant la ville que nous pûmes contempler à notre aise. Elle ne contient que huit mille âmes dont la principale occupation est la pêche. Cette place est célèbre comme étant
d’un extiie’
le lieu où Jules-César effectua, sa descente en Angleterre lors de sa première expédition en ce pays. Nous étions maintenant entrés dans les Dunes places dangéreuses par le nombre des bancs de sable qui obstruent de tous côtés le passage des vaisseaux ; aussi y voit-on fréquemment des naufrages. . Le fond est composé de sable mouvant et par conséquent d’un jour à l’autre la marée y forme des bancs infranchissables et à différents lieux : aussi-y-a-t-il un vais seau à vapeur gagé par le gouvernement pour croiser et .sonder journellement dans cet endroit afin de découvrir les bancs de sable et les indiquer. Nous vîmes ce vaisseau croiser en différents sens et une multitude de bouées placées çà et là ainsi que des Phares flottants. Des chaloupes vinrent a bord aveé des poissons du pain, des pommes etc. Les bords de la mer de cette partie de l’Angleterre sont assez planches et u fis. Je remarquai que les rapports que l’on nous faisait au sujet de l’atmosphère de fumée qui obscurcit le ciel de l’Angleterre étaient bien véritables et que la cause en était la quantité immense de charbon de terre qui se consumait dans les manufactures innombrables qu’il y a ; aussi tous les villages et toutes les villes que nous vîmes étaient ils couverts de fumée.
Le 23 à neuf heures du matin nous jetâmes l’ancre à l’embouchure de la Tamise. Nous ne pàni3S avancer plus loin à cause de la marée qui ; baissait, et qui formait des courrants assez forts pour nous entraîner sur quelques bancs de sable qui comme je l’ai dit sont très communs ieL*
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Plusieurs bâtcaux-à-vapeur pas sèrent auprès de nous, allant en France, en Hollande et à différentes autres places ; plusieurs vaisseaux vinrent mouiller auprès de nous, pour là attendre la marrée du lendemain. Nous encrâmes à une profondeur de 22 pieds d’eau à marrée basse, sur lin fond de sable. Nous nous trouvâmes vis-à-vis Mar gâte et Ramsgate.
le 24 à six heures du matin, nous levâmes l’ancre, et favorisés d’une légère brise ainsi que par le montant delà marée, nous fûmes bientôt parvenus à l’embouchure de la Tamise du côté Sud. N ous vîmes beaucoup de gros vaisseaux de guerre en désordre. Nous prîmes un bateau à vapeur qui nous toua jusqu’à Gravesend où nous mouillâmes de nouveau pour attendre la marée. Car Le flux et reflux est si fort dans la Tamise qu’il est difficile d’aller contre le courant. Gravesend est une assez jolie petite ville bien située. Un officier vint prendre son poste à notre bord pour voir à ce qu’il ne se fit point de contrebande pendant la route vers Londres. Nous changeâmes aussi de pilote ; le capitaine de notre vaisseau débarqua avec plusieurs passagers. A huit heures du soir nous levâmes l’ancre encore une fois, et un bateau à vapeur nous toua jusqu’à Londres. Les bords de la Tamise sont généralement parlant assez bas et d’un bel aspect, nous amarrâmes dans le bassin de Londres à minuit. Nous fûmes cinq jours dans Londres à nous promener et à chercher un passage pour quelques uns des Ports des Efats-Ünis.
u'ux exile’
mourais la saison était trop avancée pour passer par le Golfe* St. Laurent.
Je ne donnerai aucun détail sur Londres car elle est trop bien connue, je me bornerai seulement à dire qu’il est difficile de se faire une idée de l’étendue du commerce des Anglais. — Pour le concevoir il faut voir ces magasins immenses encombrés de marchandises tant étrangères qu’indigènes ; cette marine dont les vaisseaux détentes dimensions, remplissent les deux rives de la Tamise depuis son embouchure jusqu’à Londres distance d’environ trente milles ; ainsi que les vastes bassins qui ont été fait dans Londres et les environs. Enfin c’est une chose presqu’in-croyable que l’importation et l’exportation qui ont lieu chaque jour à Londres. Quoique je connusse déjà Londres de renommée j’avoue pourtant que j’en avais une idée bien imparfaite, et que je fus étonné en la voyant. Je ne pouvais me persuader qu’il existât une ville aussi grande et aussi commerçante. Celui qui n’a pas vu Londres ne peut pas croire ce qu’elle est. Comme nous ne devions demeurer que peu de jours à Londres, nous employâmes le temps que nous avions, à voiries lieux et les édifices les plus intéressants, tels que Covent Garden qui est une place de promenade superbe, l’Eglise St. Paul, si célèbre par sa grandeur et son antiquité ; la Bourse ou. Royal Excitante. La Tour et les nombreux édifices publics ;le Palais et plusieurs bâtisses magnift jucs appartenant au gouvernement et à quelques Lords; enfin les monuments les places publi pies, les ponts et ce que nous
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'trouvâmes plus étonnant de tout, lut le Tannin comme les Anglais rappellent ; c’est un chemin souterrain comme il est à la connaissance de tout le monde, creusé sous la Tamise, de la longueur de douze cents pieds au-dessus duquel passent les bâtiments et les bâteaux à vapeur. Lorsque 'nous fûmes dedans, nous entendîmes à notre grande surprise, le bruit que taisaient res vaisseaux. Ce chemin souterrain est éclairé jour et nuit par le gaz. L’on y vend des fruits et autres objets de ratfraichissement. Il faut payer un Penny pour y être admis. Avant d’arriver à la plate-forme sur laquelle se trouve le chemin il 'faut descendre soixante et quelques pieds par une escalier tournant. Je crois devoir ici dire un mot de notre situation à Londres. Le lecteur connaissant combien elle était "critique appréciera mieux le bienfait qui nous en a tirés, et donnera à son auteur le tribut de reconnaissance qu’il mérite.
Lorsque nous partîmes de Sydney, après un calcul du prix de notre retour dans nos foyers, nous savions bien que nos moyens pécuniaires étaient insuffisants pour s’y rendre, et que nous ne pouvions aller plus loin que Londres. Cette difficulté ne nous arrêta pas; car nous espérions que rendus en cette ville, soit par notre travail ou par les secours que l’on pourrait recevoir de nos Compatriotes, ou quelque heureux hazard, nous terminerions notre voyage. Nous nous trouvions donc sans ressource â Londres, étrangers, inconnus: et nous ne savions comment sortir de- cet embarras,
d'ü'N EXIEE.’
'Dans les circonstances ordinaires, un 'té moi - ' gnage d’intérêt ne lait souvent qu’une laible impression sur l’esprit, et le souvenir s’en échappe bientôt ; mais si l’infortune vous frappe, alors il revient et avec une vivacité toute nouvelle. Nous profitâmes de cette bienveillante attention de la Providence* Dans nos tristes réflexions le souvenir de Mr. llœbuck se présenta tout à coup à notre mémoire. Nous nous rappelâmes avec attendrissement que dans plus d’une occasion, il avait manifesté de la bienveillance envers nos compatriotes et nous pensâmes que son âme généreuse s’intéresserait à nos malheurs. — Nous
• décidâmes de nous adresser à lui par voie de lettre ; et, voici ce que lui écrivit l’un de nous, M.
* Lanctôt.
- co -
Lon drcs , 2 8 Décembre , 1844.
“A John Roebuck, Ecr.)
Monsieur,
“ Arrivé depuis peu en cette Capitale, •un étranger sans nom, sans crédit, sans autres recommandations que ses malheurs, pourrait-il aspirer à la faveur do communiquer avec vous? Victime des commotions politiques dont son pays le Canada, fut naguère- affligé, c’est à la faveur du patriotisme qu'il se familiarisa de bonne heure avec votre nom, et que dans ce moment il ôse se permettre de soumettre à votre considération le court exposé de sa situation.
“ Banni de sa patrie, retenu dans la sujétion depuis plus de six ans, il est enlin rendu à la liberté, ainsi que ceux de ces compatriotes qui partagaient avec lui le même sort. C’est en Juin dernier qu’il reçoit l’intelligence de son rappel. Cette libération, quoique tardive, il l’apprécie, il s’en félicite ; il a •désormais 1« doux espoir de revoir ce. qui l’attacha le plus
J O l' Il X A i.
chèrement au moud *, son pays, son épouse, «es parons, sca amis. M iis il ne peut encore jouir do sop bonheur ; ce n'est qu’une perspective ; il lui r.'ste des mers sans limites à franchir ; un voyage dispendieux à entreprendre, et il est sans ressources, sans moyens, et ie plus grand nombre de ses compatriotes aussi. Sydney ne put oib ir qu’une existence difficile a ces étrangers ; lorsqu’ils reçurent leur pardon, ce n’était que depuis 1-2 qu'il leur était permis de s’habiter ; jusqu alors ils avaient été détenus dans un établissement pénal. Leur anxiété est e-trêmo ; fatigués, harassés jusqu’à l’épuisement par les nvsères et privations d’une longue captivité ; toujours, j .résente à leur esprit l’image de leurs épouses, de leurs' onfirns dans les angoisses de 1 ’ absence ; lis sont impatients de sortir des lieux où ils n’éprouvèrent jamais que vexations et vicissitudes. Heureusement ce pénible état d’indécision ne devait pas è re de longue durée. 5 neîet'redu Canada arrivée à un des exilés ; elle nous apprend que nos amis ont prévu notre situation, nos besoins, qu’ils uns souscrit à la formation de quelque fonds pour aider à notre retour dans nos foyer-. Ladessus nous nous voyons, nous nous consultons sur nos moyens respectifs : ceux qui ont le plus tendent la main à ceux qui ont moins, et voilà enfin que nous nous comptons au nombre de 38 en état de prendre nos passages jusqu’en Angleterre, et nous quittons effectivement Sydney 1e 10 juillet dernier, et au bout de quatre mois et demi de navigation nous touchons à cette terre ; toujours sous l’impression que les fonds et deniers en question y seront parvenus avant nous, el qu’ils auront été adressés à celui qui fut toujours i’ami dévoué des canadiens, 1e défenseur déclaré de leur cause. Voilà, Monsieur, ie faible et imparfait détail des circonstances qui m’emmènènt aujourd’hui devant vous.
Il n- ino reste pi s qu’à vous demander pardon pour mon extrême hardiesse, et vous supplier de croire que de quelque renseignement que ce soit qu’il vous plaise m’honorer, je les apprécierai comme je le dois ainsi que mes autres compagnons.”
J’ai l’honneur d’être &c.
H PT. LANCTOT.
d’l.n lXILE'
I a réponse lut, ce que tous ie monde eonnaiL les services que nous rendit Mr. Roebuck, en
nous procurant ce qui nous était nécessaire pour continuer notre voyage. En conséquence :
Le 29 novembre, nous embarquâmes à boni du navire Américain le Switzerlaïul du port de six^ tonneaux, taisant voile pour New- York, centcommandé par ie capitaine Knight. — A deux heures P. M. nous sortîmes du bassin S te. Catherine et nous lûmes toués par un bateau à vapeur qui devait nous conduire hors de la tamise. Connue la nuit commençait nous jetâmes l’ancre un peu en deçà de Gra\esend ; cette circonstance nous procura l’avantage de voir cette partie de la Tamise qui se trouve entre Londres et son embouchure, car ; nous avions fait ce trajet durant la nuit en montant ; Nous eûmes le
le Mérinerie militaire sur les bords de la Tamise. On peut compter que Londres commence de cet endroit,
— car jusqu’à Londres les bâtisses tant manie facturières^que maisons de particuliers ne forment qu’une chaîne non interrompue.
le 30, Nous mouillâmes vis-à-vis Mar gâte , le vent étant contraire et ie passage difficile par la quantité de bancs de sable qui obstruent l’entrée de la Tamise, nous ne pûmes aller plus loin.
le 1er décembre, nous levâmes V ancre de grand matin, et nous louvoyâmes toute la journée pour éviter les bancs de sable, lc soir de bonne heure, nous mouillâmes l’ancre, car nous
plaisir de voir Greenwich par où passe dieu, et qui possède une superbe infir:
mvnyAi;
avions à lu lier "contre le vent et la marrée, net temps fut pluvieux et froid.
le 2, nous louvoyâmes encore toute la journée sans pouvoir faire beaucoup de chemin, ne soir nous étions vis-à-vis Rumsgate, Nous étions passez proche de la côte. La place située sur l’extrémité d’une pointe qui s’avance dans la Manche nous paraît d’un assez bel aspect.
le 3, le vent se trouva favorable, nous sortîmes des Dunes et nous arrivâmes à Porlsmouth vers quatre heures de l’après-midi. Nous ne jetâmes pas l’ancre. Le capitaine et quelques passagers vinrent à bord en chaloupe. Nous pûmes voir le port qui est très vaste, — et qui contient beaucoup dè bâtiment de guerre. Nous n’eûmes qu’une faible vue dé la ville ; mais d’après le rapport que nous en fit Lanctôt la ville est divisée en trois parties, — élégamment construite, et contient quatre-vingt mille âmes. M. nanctôt s’était rendu à Portsmouth par terre en chemin à lisses, ayant été détenu à Londres pour quelqir affaire qui nous concernait tous.
le 4, nous eûmes un vent favorable, nous vîmes Sturt Point en passant, le vent tomba sur le soir, nous eûmes encore la terre en vue, à une grande distance.
le 5, nous avions perdu la terre de vue ; le* Vent était favorable, nous voguions rapidement vers l’Amérique, le temps était frais et couvert.
le 6, la brise continua bonne toute la journée le temps était couvert et froid.
le 7, la brise était augmentée et soufflait tou=~
d’un exile’
jours du Nord-Est, nous filions de neuf à dix nœuds à l’heure.
le 8, le vent était très violent et un peu près la mer très agitée, et la vague embarquait à chaque instant bien que le vaisseau fut gros et lort haut, — beaucoup d’entre nous furent malades, tant du mal de mer que du rhume, — le vent tomba dans le courant de la nuit.
le 9, le temps fut calme toute la journée ; la mer très houleuse, nous eûmes le plaisir d’observer une baleine à notre loisir, elle tourna autour du vaisseau au moins deux heures apparaissant tout auprès de nous à chaque instant.
le 10, le vent était violent et soufflait du Nord-Ouest et se trouvait contraire à notre route.
le II, même vent, mais beaucoup modéré, temps couvert et orageux ; nous courûmes la bordée toute la journée.
■ le 12, pendant la nuit, le vent s’éleva d’une manière furieuse ; la mer s’agita à tel point que clans le vaisseau tout se dérangea, coffres, quarts, meubles, etc. La vague frappait le vaisseau comme s’il se fut choqué contre un roc, — l’eau descendait par torrents dans l’entrepont par l’écoutille, le vent et la mer faisaient un mugissement horrible ; il faisait froid, il grêla, — le jour parut enfin, nous montrant la mer en furie telle que nous ne l’avions pas vu depuis le Cap Horn; pour comble de malheur, le vent était Sud-Ouest et contraire à notre route, ce qui nous força de serrer le vent le plus près possible.
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le 13, le même vent régna, la mer toiïjourfe" aussi grosse, — le vaisseau berça horriblement, plusieurs furent incommodés du mal de mer, le ciel annônç'ait le vent.
le 14, le même vent exista avec la même furie, — Nous rencontrâmes un petit brick gouvernant à l’Est. C’était vraiment une curiosité de voir ce petit vaisseau ainsi agité par la mer ; quoiqu’il né fut qu’à une petite distance de nous, nous le perdions de vue à chaque instant, et aus- ' sitôt il paraissait comme sur une Montagne, tantôt sur le côté, tantôt soit la proue ou la pompe en l’air, on aurait dit un morceau de liège sur l’eau.
Le 15, le vent soufflait toujours avec violence du Nord-Ouest. Nous passâmes en vue des Iles Açores ; à une petite distance. C’est un groupe d’Isles très élevées, habitées par des Portugais. Elles produisent une grande abondance de fruits et jouissent d’un climat délicieux quoiqu’elles soient sujettes à éprouver des tremblement de terre. Fayol est le Port principal et Agra la Capitale de ces Iles. Le port est parfaitement sûr. Elles sont situées sous le 40e }®tt. Nord et 30e long Ouest à peu près à michemin de New- York en Europe.
Le 16, le temps fut calme et couvert toute la journée. Le temps s’était bien adouci, et annonçait du vent.
Le 17, la brise s’était un peu élevée soufflant du Sud-Ouest, c’est-à-dire contraire à notre route de sorte qu’il nous fallut, louvoyer toute la-
journée.
D’üff EXILE’
Le 18, même vent qu’hier, nous vîmes un navire gouvernant Nord-Est. Sur le soir la brisé devint violente ; la mer fut très agitée toute ke nuit. Le ciel était clair et Pair tempéré.
Le 19, le vent soufflait toujours Sud-Ouest avec violence, la mer très grosse, à chaque instant la vague couvrait le vaisseau, plusieurs d’entre nous .furent incommodés du mal de mer; <moi surtout. Sur le soir le vent tomba totalement et le temps se couvrit, nous, étions tous chagrins de voir le vent toujours contraire à n,o- (tre route, nous qui désirions si ardemment d’arriver au sein de nos familles et qui étions si fatigués de li nivigation. Tout nous fesait trouver le temps long et ennuyeux ; cependant il nous fallait encore une quinzaine de jours de navigation.
Les, 20, 21, 22, le vent soufflait toujours Sud- Ouest avec violence, l’atmosphère, et le temps froid. (
Le 23, le temps fut calme excepté une légère brise, du Sud-Ouest, nous passâmes quantité d’herbes marines qui sortaient du Golfe de la Floride ; uousf£tions en parallèle avec l’extrémité Sud-Ést des Bancs de Terre-Neuve. Nous vîmes une espèce de petits oiseaux de la gros-* ,seur d’un Rossignol voltiger autour du vaisseau se jeter à l’eau et plonger. Nous rencontrâmes un vaisseau Danois qui faisait voile au Nord -Ëst ; il échangea des signaux avec nous.
Le 24, vers minuit le vent s’éleva graduellement de l’Es£ Sud-Est se trouvant favorable â noire route. A huit heures du matin le vent sou P
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fiait avec violence ; nous filions onze nœuds à l’heure en bonne direction, ce qui nous réjouit tous, ayant été si contrariés par les vents d’Ouest depuis notre sortie de la Manche nous espérions être bientôt à JV ew- York .
Mais le 25, le vent soufflait de l’Ouest, pour nous faire expier la petite satisfaction de la veil- <3t, le temps était froid et le ciel couvert.
Les 26 et 27 le vent varia du Sud - Ouest au Nord- Ouest , temps clair et froid, la mer très agitée.
Le 28, le vent tomba entièrement, il plut durant la nuit, vers dix heures du matin, la brise s’éleva de l’Est se trouvant favorable et nous donnant encore l’espoir de voir prochainement la terre, nous étions à l’extrémité Méridionale des Bancs de Tèrre Neuve.
Le 29 le vent tomba vers minuit, nous eûmes aussi de la pluie. Tout le jour fut calme, nous jetâmes les lignes à l’eau, car étant suries Bancs de Terre Neuve, nous pensions prendre de la Morue. Nous vîmes quantité de Canards et plusieurs Baleines.
Le 30, le vent soufflait du Nord avec violence, le temps froid et couvert.
Le 31, vent variable et temps couvert.
Le 1er Janvier 1845. Ce jour de bonheur au Canada fut pour nous bitn triste, ayant été trompés par le temps. Nous avions calculé qi e nous serions arrivés au jour de l’an pour le plus tard, et nous nous étions fait une si grande fê le d’arriver. D’ailleurs nos parents devaient nous attendre avec inquiétude, car ils avaient dû rcce-
d'un .exile’ ■ 10. 1
.voir des nouvelles de notre départ de Londres par le bateau à vapeur qui devait partir de Li~ verpool quatre jours après nous ; et devait arriver douze ou quinze jours avant nous à New- York. Cependant nous employâmes le jour le mieux qu’il nous fut possible. Nous nous procurâmes de l’eau de vie du Capt. du vaisseau et ' nous renouvelâmes notre bon temps passé du Canada, encouragé par la perspective que nous avions de bientôt toucher au terme de nos niisèjj res et fatigues, et de mettre encore une fois le pied sur notre sol natal. Le temps fut calme toute la journée, sur le soir la brise s’éleva Sud- Ouest comme d’ordinaire.
le 2, le vent souffla toujours Sud - Ouest temps froid et couvert, nous rencontrâmes deux bâtiments.
le 3, le vent souffla avec violence, la mer fut terriblement agitée ; il grêla et neigea toute la journée, et fit bien froid. Nous nous apperçumes que nous étions devenus bien sensibles au froid, chose peu surprenante ; après avoir habité des climats, chauds depuis cinq ans ; nous eûmes une nuit affreuse.
Rien n’est plus effroyable que de voirune nuit tempétueuse ; vent violent accompagné de grêle et de neige, sifflant dans les cordages ; les vagues soulevées et rouge comme du feu embarquant à chaque instant, sur le vaisseau. Sur le j nir, le vent tomba.
le 4, temps calme jusqu’à midi, tout-à-coup le ciel se couvre de gros nuages et un instant après éclatte une affreuse tempête. Les flots lavent
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le pont. Le gahd hunier vole en lambeaux ainsi qu’une autre voile, les cordages cèdent de toutes parts. Des chocs violents ébranlent toute la charpente du vaisseau, même vent que la précédente. Jamais traverse de Londres à New-York ne fut plus laborieuse. Depuis notre sortie de la Manche, nous n’avions eu que deux jours de bon vent, cependant en dépit des vents Sud-Ouest et ./V or d- Ouest qui régnent en général dans cette saison, nous comptions arriver à New- York cette semaine même.
le 5, léger vent Sud-Ouest, temps couvert, fort orage accompagné de neige durant la nuit, au jour, temps calme. Depuis quinze jours le vent est contraire, ou il fait du calme. ,
le 6, calme jusqu’à midi, à midi vent contraire JYord- Ouest, temps couvert.
le 7 durant la nuit le vent s’éleva de l’Est d’une violence furieuse, et par conséquent nous poussait en bonne direction vers les côtes de l’Amérique, à huit heures du matin, le vent se trouvait si violent que force nous fut d’abattre les voiles, excepté le grand hunier , la misaine et le hunier d’artimon, encore y avait-il des ris de pris dans ces dernières, autrement il s’en serait suivi qu’accident. Le vent dura ainsi jusqu’à midi où il changea subitement au Sud Ouest ce qui fit que la mer fut horriblement tourmentée.
11 plut, et toute la journée le temps fut brumeux.
le 8, vent Aord- Ouest assez violent, absolument contraire à notre route. Temps froid et couvert, nous jetâmes la sonde, il y avait vingt cinq brasses d’eau. Vers quatre heures ar ’
d’un exile’
midi, nous rencontrâmes trois vaisseaux qui taisaient voile au A or d -Est.
le 9, le temps fut calme jusqu’à neuf heures, alors une légère brise s’éleva du Sud-Ouest , le temps fut froid, mais beau ; nous nous attendions à voir la terre le lendemain
le 10, vent J\ord- Ouest, temps clair et froid ; vers neuf heures à notre grand contentement nous entendîmes crier Terre, Terre ; en effet nousapperçûmes à l’avant une terre sur laquelle nous pûmes distinguer des bâtisses ; c-était Black Island située à l’Est de Long Island. Mais le vent contraire nous empêcha de nous en approcher de près et nous fûmes obligés de louvoyer au Sud-Ouest. Nous ne revîmes plus la terre de la journée. Toute la nuit fut calme et pluvieuse. Nous éprouvions tous une grande joie de voir la terre, après une traversée si longue |et si laborieuse que celle que nous avions faite depuis Londres, et de cette douce espérance que
nous avions de bientôt toucher au terme de no-
fre pénible voyage, et de rentrer au sein de nos familles.
Le 13, nous louvoyâmes encore toute la journée, sans voir la terre. Le vent Nord Ouest nous combattant toujours, car je crois qu’il était écrit là haut que nous serions contrariés par les vents jusqu’au bout.
Le 12 de grand matin, l’on nous annonça que l’on voyait un Phare à l’avant, et dès que le jour parut, nous découvrîmes la côte qui était celle de New-Jersey, et que nous longeâmes jusqu’à Sandy Hook où nous mouillâmes, en attendant
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un Bâteau à Vapeur, qui devait venir nous toùer jusqu’à » W10- York. En effet le Bâteau nous remorqua à trois heures P. M. Mais le vent s’éleva fort et -contraire, et la marée se trouvant contre nous, nous fûmes contraints de mouiller à l’ext rémité de Sandy hook et de lâcher le Bâteau à Vapeur qui devait venir nous reprendre le lendemain matin. Sandy Hook est une plage charmante et sablonneuse, sur laquelle il y a plusieurs Phares superbes. De cette place la vue des rivages d’alentour est enchanteresse tant par la beauté même des sites que par la splendeur des édifices. Nous apperçûmes quelques petites taches de neige le long des clôtures.
le 13, de grand matin, le bateau-à-vapeur revint et nous toua jusque dans le port où nous débarquâmes vers dix heures. Nous eûmes le plaisir de voir plusieurs Canadiens de nos amis, qui vinrent nous recevoir sur le Quai, C’étgit la première fois que nous voyions des Canadiens depuis notre départ du Canada, et pour la première fois aûssi, que nous mettions le pied sur la terre Américaine. Nous pensions déjà toucher au Canada. En mettant le pied à terre, notre première pensée fut pour nos bienfaiteurs et Mr. Lanctôt en notre nom, adressa à M r. Faÿre la lettre suivante, pour remercier toutes les âmes généreuses qui avaient contribué à notre retour, sut le soldé notre patrie.
D’uJ* £XÏLÊ 105
A M. E, P*. Fabre,
Monsieur,
New- York, 1 5 Janvier. 1845,
Souffririez- vous que je prisse la liberté de vous adresser un mot ? ce à quoi rna position actuelle à quelqu’égard semble m’autoriser, mais je veux vous détourner de occupations le moins longtems possible. No»s arrivons ici tout à l’instant, moi et trente sept autres des exilés politiques, U copie d’une lettre que nous avons adressée à monsieur Roebuck, lors de notre court séjour à Londres, que je me donne l’honneur de joindre ici, vous dira assez: de notre situation, et vous mettra assez bien au lait de ce que nous avons fait auprès de ce monsieur, et des causes et motifs qui nous engagèrent à cette démarche ; je ne doute pas non plus que Mr. Roebuck ne vous ait écrit sur le sujet, avant moi, et que vous lie sachiez déjà ce que, ce noble ami a daigné faire pour nou-t dans cette occasion. Mais cependant, je n’aurais pu me refuser sans éprouver beaucoup de regrêt l’occasion d’en dire un mot moi-mème. Et je n’aurais cru non plus apporter trop d’empressement à donner expression au sentiment de reconnaissance dont ma pénétré ainsi que mes compatriotes, l’assistance effective que vous et grand nombre d’autres vrais amis, avez si généreusement apportée à l’accomplissement de notre retour d’exil.
Veuillez donc, monsieur, agréer nos humbles remercîmenket en faire part à tous ces messieurs.
Je suis avec tout le respect possible,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
MET. LANCTOT
JOURNAL
-Quelques affaires nous retinrent deux jours à New- York. Cette ville est assez connue,
pour m’épargner d’en faire.* une description le 15 au matin nous embarquâmes sur un bateau à vapeur qui nous débarqua à Bridge Port ; delà nous nous' rendîmes à AlbanyNni nous couchâmes. Le lendemain matin à six heures nous montâmes en ‘ Stage’ passant par Castle Toicn , Middleberjry, Virgin, Burlington, &c.' Nous arrivâmes le 18 à St. Jean, et le lendemain nous nous divisâmes pour aller rejoindre nos familles après une absence de cinq ans et demi. Nous avions mis six mois et neuf jour pour revenir de l’exil en Canada.