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Journal d'un exilé politique aux terres australes [microforme]

Peut être le public s’est il formé d'avance une idée beaucoup trop favorable de l’ouvrage qu’on lui soumet dans ce moment ; s’il s'attend à lire un Journal palpitant d’intérêt, semé d’incidents extraordinaires narrés avec toutes les grâces du style, avec toute la facilité que peut donner une éducation soignée, l’auteur doit commencer par lui demander excuse s’il est trompé dans ses espérances. Les événements il est vrai y sont exposés avec la plus stricte exactitude, les plus petits incidents y sont fidèlement rapportés; mais celui qui a fait un voyage de long cours sur mer peut seul comprendre l’accablante uniformité de la vie qu’on y mène ;—d’un autre côté, l’auteur n’ayant pas eu comme tant d’uutres le bonheur de recevoir une éducation classique, sollicite l’indulgence pour le style do cette production. Il sent tout ce qui ui manquait sous ce rapport pour rendre son journal äoublement intéressant. Cependant il a cru que le public lui saurait gré d’un récit quelconque des souffrances qu'ont éprouvées leurs malheureux compatriotes oxilës—et c’est dans cette conviction qu’il a ôsé publier le fruit de ses remarques journalières, persuadé qu’on lui passcrait beaucoup en faveur de la bonne volonté.

L'auteur saisit en même temps l’occasion de renouveller.ses remerciments à Son Excellence et à toutes les personnes qui se sont intéressées à son sort ainsi qu’à celui de tous ses frères de ma'heur ; il ne croit pas trop prendre sür lui en disant qu’ils sont tous dans les mêmes sentiments, et qu’ils ont appris avec douleur qu’on ait pu les soupçonner d’ingratitude. Ce soupçon devra nécessairement s’évanouir en voyant dans le cours de cet ouvrage qu’en mettant le pied sur le contirient américain leur première pensée fut pour leurs bienfaiteurs, ct que c’est par une circonstance inexplicable pour eux que ce témoignage de leur reconnaissance ne fut pas publié,

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En Novembre 1838, je fus arrêté avec un grand nombre d'insurgés Canadiens, et logé dans la prison de Montréal. Je n’entreprendrai pas de vous donner les détails de linsurrection, car les particularités vous en sont assez connues. Je me bornerai à ‘vous faire ie récit exact de nos sruffrances, depuis le moment de notre incarcération jusqu’à notre retour d’exil dans notre patrie.

Le 24 Novembre, je reçus notification conjointement avec onze autres, de me préparer à subir mon procès quidevait commencer le 28 du même mois, devant une Cour Martiale.

Nous fûmes de suite séparés des autres prisonniers, et logés seuls dans l’un des quartiers (wards) de la prison:; comme nous deviuns com-

araître devant un tribunal tout à fait extraorlinaire dans le pays, nous obtinmes la permission de voir deux avocats pour les consulter sur ce que nous avions à faire, et leur confier notre défense. J'étais du nombre de ceux qui les pre-

miers subirent leur procès devant cette Cour Martiale.

Nos avocats firent application pour avoir une liste des Juges du tribunal qui devait nous juger, aussi bien que des témoins à charge qui devaient déposer contre nous ; tout cela fut refusé. Nous n'avions jusqu'alors pu communiquer ni avec nos parens ni avec nos amis.

Le 21 au matin nousfûmes tous enchainés deux à deux et conduits devant la Cour, où, enviroas une heure après notre arrivée, l’on nous déchaïina lorsqu’on nous eut bien minutieusement visités, On nous lut notre accusation, et la procédure commença: |

Le soir vers cinq heures la cour s’ajournait et nous étions conduits à la Pointe à Callières sous une forte escorte de Cavalerie. Là nous n’étions déchargés des fers qui nous enchaïnaient qu’au milieu de lanuit. Les menotes de quelques uns d’entre nous étaient si petites que le poignet leur cnfla de manière à cacher le fer qui lenveloppait Le procès fut enfin terniiné le 14 Décembre. Pendant tout le temps qu’il dura, nous fûmes forcés de nous tenir toujours debout devant la Cour, car nous n’avions pas de siéges, ayant à supporter non seulement le poids de notre corps mais encore celui des dépôsitions des témoins de la Couronne. Alors on nous ramena dans la prison de Montréal où nous demeurâmes séquestrés des autres comme auparavant, dans lattente du résultat de notre procès.

Enfin au bout de quelques jours vers sept heures du soir, les portess’ouvrirent, on fit un appel

nominal, et notre sentence nous fut lue. A l’exception de deux sur douze nous étions tous CONDAMNE’S A ETRE PENDTS. Nous fûmes immédiatement renfermés séparément dans les cachots. Nous attendions d’un instant à l’autre l’ordre de nous préparer à monter sur l’écuaffaud. En effet deux jours après Cardinal et Duquet deux de notre nombre reçurent lordre de se disposer à mourir le vendredi suivant, ce qui était de mauvais augure pour nous, car nous pensions que, pour quelque raison, il avait été décidé de nous faire mourir en petit nombre. Je laisse à Juger dans quelle situation nous nous trouvâmes : cependant le courage ne nous manqua pas. Deux jours après nous fûmes témoins de la scène déchirante à la quelle nous devions pourtant nous attendre. Nos deux malheureux compagnons Cardinal et Duquet liés en notre présénce, furent trainés hors de la prison, la corde au cou, conduits par le bourreau...

Nous demeurâmes trente trois jours dans les cachots sans sortir ni jour ni nuit; nous couchions sur le plancher p’ayant qu’une simple couverte pour ft et couverture, dans cette saison où le frimat tapissait tout l’intérieur de nos cellules. |

Au bout detrente trois jours, après beaucoup d'instance de notre part, l’on nous permit d’euvrir les portes de nos cellules six heures par jour, c’est-à-dire de dix à quatre ; plus tard, nous obtinmes quelques heures de plus. Tel est le traitement que nous éprouvâmes pendant nos dixmois de prison, Dans cetinterval, Paffreuse

scène de Pexécution de plusieurs d’entre nous fut répétée à diverses reprises. Ceux qui subirent leur procès après nous, furent aussi traités de la même manière.

Enfin le 25 Septembre, on nous avertit au nombre de cinquante huit, de nous tenir prêts à embarquer le lendemain à bord d’un bateau à vapeur pour descendre à Québec, et de là embarquer sur un bâtiment qui devait nous conduire à notre destination, sans nous dire pour combien de temps nous étions Exilés. Le 26 à quatre heures après-midi, nous fûmes enchainés deux à deux, au Fied du Courant, à bord du Bateau à Vapeur le British America, sous une forte escorte de cavalerie et d'infanterie. Dès que nous fûmes au large, on ôta nos chaînes. Nous arrivâmes à Québec vers onze heures du matin. L'on nous remit nos fers pour débarquer du Bateau à Vapeur, et monter sur le vaisseau de Sa Majesté le Buffalo.

Aussitôt que nous fûmes à bord, l’on nous déchaîna ; nous fûmes descendus sous le deuxième Pont du vaisseau, et là renfermés sous clef.

Vers sept heures du soir les prisonniers du Haut-Canada, au nombre de quatre vingt trois, nous rejoignirent et furent logés avec nous. Nous étions alors cent quarante et un, confinés dans un appartement long de quarante cinq pieds environs, sur à peu près vingt cinq de large. Tout le centre était occupé par les Ecoutilles, les mats et les chaînes ; les côtés l’étaient par nos lits qui faisaient tout le tour de l’appartement sur une double rangéc, ne laissant ainsi

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qu’une petite allée bien étroite par laquelle nous passions pour aller sur le Pont, et dans l’Entre- Pont chercher nos rations La lumière ne pénétrant dans ce cachot que par deux Ecoutiiles encore étaient elles toutes grillées,

Le vingt huit à six heures du matin, nous levames l’ancre, et fûmes toués par un Bateau-à- Vapeur jusqu’à quelques lieues en bas deQuébec. Le vent était favorable, on déferla les voiles, et nous descendîimes le Golfe à la faveur d’une brise Sud-Ouest. On nous avait divisés par compagnies de douze, et le règlement que nous devions observer pendant la traversée nous fut proclamé.

ler. Pour déjeuner l’on nous servait environ un demiard de bouillie d’avoine que l’on nous apportait dans un seau qui contenait la ration de douze ; le midi nous avions, un jour, un demiard de soupe aux pois, un quarteron de lard et environ quatre onces d'ebiscuit; l’autre jour la même quantité de biscuit, trois quarterons de bœuf salé, et à peu près six onces de Pouding, faite avec de la farme et un peu de suif ; le soir on nous servait un jour un demiard de thé seulement, et le lendemain un demiard de Ghocolat. Telle fut notre ration tout le long du voyage ; ces rations nous étaient servies dans des séaux et nous n’avions qu’un plat de Fer Blanc, un couteau, une fourchette et une cuillère pour douze, plusieurs d’entre nous ne s’étaient pas munies de ces ustensiles, pensant en trouver à bord, furent alors contraints de déchirer avec leurs dents, leur viande qu'ils tenaient

d’une main et leur biscuit de l’autre, ou attendra les uns après les aütres, pour se servir du couteau et de la fourchette. Quant aux Cuiliières nous réussimes à coller des petits bouts de boïs avec lesquels nous fimes des cuillères ou palettes qui nous servirent à manger notre suupüane (bouillie d'avoine). Nous n’avions par jour qu’une pinte d’eau chacun ; ration bien insuffisante pour étanchér la soif brûlante que nous causaient nos vivres salés. On ne nous accordaïit la jouissance de demeurer sur le pont supérieur, que deux heures par Joùr : nous nous y renulons par sections detrente six à la fois pour éviter la confusion ; c'était le seul temps où nous pouvions réspier l'air pur etfrais. Un tiers du Pcrt nous tait accordé pour y prerdre de l'exercice. Ne Le 80 Septembre, le vent continuait toujours à soufller avec violence du Sud Ousst ; nous filions grand train ; nous eumes en vue le Cap Gaspé, nous nous divertimes pendant nos deux heures de récréation à regarder une quantité innombrable de Poursils qui entouraient le bâtiment. Ce sont de gros poissons de cinq à six pieds qui sautent hors de l’eau. Nous vimes aussi deux bâtiments, à une petite distance de mous. Nous filâmes ainsi avec la même brise jusqu’au 2 Octobre que le vent souffla avec'une impétuosité extraordinaire ; la mer était en courroux ; les flots s’élevaient à une hauteur prodigieuse. Bien que j’eusse souvent entendu parler de la mer, lu des relations de navigateurs, j'avoue que je fus étonné dé voir les vagues si grosses, le vaisseau se balançait d’une

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manière horrible: Nous qui n’étions pas ‘attachés, nous ne pouvions nous tenir r debout, ni assis ; nous nous heurtions sans cesse les’uns les autres ; dans notre chambre noire ou nous étions ballottés de tribord à babord, sans pouvoir nous arrêter, . Le mal de mer commença à se faire sentir. Lesitrois quarts d’entre nous tombèrent malades, et le nombre augmentait à chaque instant, tellement qu’il n’en resta que cinq à six qui ne furent point malades. Rien de plus pénible à voir que notre état dans cette circonstance : des viandes salées et du biscuit formèrent toutes nos douceurs : plusieurs d’entre nous furent jusqu’à quatre à cinq heures sans pouvoir souffrir sur leur estomac la plus minime quantité de cette nourriture, et tous tellement affaiblis, qu’à peine pouvions-nous nous tenir sur nos jambes. Pourtant il nous était défendu de nous coucher sous peine de sévère punition, car l’exercicé est nécessaire à cette maladie ; mais comment pouvoir noustenir. debout lorsque le vaisseau était soulevé par les flots et couché sur un côté ou sur Pautre®?. : " :

Nous rencontrâmes un Brick Anglais appelé Queen Victoria sur lequel notre pilote embarqua pour remonter à Québec. Le vent continua à souffler avec la même impétuosité jusqu’au neuf Octobre : durant ce terns nous fûmes tous bien malades. Le vent commença donc à diminuer et nous dirigeâmes notre route Sud-Est.

Nous étions alors sous les 550 15’ latitudé nord: Nous vimes en ce jour pour la première fois beaueoup de poissons vo/ante s'envoler d’auprès du

vaisseau. Ce fait attira l’attention de plusieurs d’entre nous qui, jusqu'alors, avaient été incrédules sur l’existence de ces poissons. Ils ont de huit à douze pouces de long, et ne s’envolent que lorsqu’il vente, dirigeant toujours leur vol sur le vent; leur nombre augmentait à mesure que nous approchions de l’équateur car ils n’habitent que les régions tropicales. Depuis que nous étions embarqués, l’on nous faisait laver le pont de notre apppartement tous les jours et aussi blanchir pendant tout le’ temps que nous mimes à passer d’untropique à lautre. C'était

our conserver la salubrité de l’air parmi nous. LA 11ilfit beau temps. La chaleur des tropiques commençait à se faire sentir et nous incommodait déjà. Nous courrions toujours au Sud- Est. Nous aperçumes un vaisseau Espagnol à l'Est, faisant route de ce côté.

Le 12 nous ne montâmes nas sur le pont. On nous occupa tout le jour à nous faire blanchir et laver notre appartement. Sur les cinq heures de l’après midi nous fûmes étonnés d’un bruit d’armes qui se faisait sur le pont etle va-et-vient des soldats et de l’équipage qui en un instant furent armés de fusils, de sabres et de pistolets. Nous ne pouvions nous expliquer cette manœuvre. Ensuite quelques officiers descendant avec des soldats armés nous font monter dans l’entrepont dans un espace d’environ vingt-cinq pieds quarrés, au nombre de cent quarante-un que nous étions. Là sans nous donner un mot d’explication, ils nous renfermèrent sous clef, et se faisant donner les clefs de nos coffres et valises,

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ils allèrent dans notre appartement, ouvrirent nos coffres en partie avec nos clefs, en partie avec des instruments de fer qui en forcaient le couvercle ; ils fouillèrent toutes nos hardes, enlevèrent nos rasoirs, nos couteaux de poches, nos ciseaux et notre argent, chose dont nous nous étions un peu munis en partant: ils visitèrent nos lits, tous les coins et recoins qui pouvaient renfermer quelques instruments meurtriers. Enfin après des recherches aussi minutieuses qu’inutiles ils remontèrent vers nous; et l’un des cffciers, appelé Niblett, secondé par plusieurs autres s’adressa à nous de la manière la plus grossière, et nous dit qu’ils avaient découvert le noir projet que nous avions formé de nous rendre maîtres de léquipage et de nous diriger vers les côtes de lAmérique : qu'ils avaient étouflé la conspiration à sa naissance et pris les mesures suffisantes pour prévenir nos mauvais desseins. Nous voulûmes nous justifier : nous voulûmes dire que jamais l’idée d’une révolte contre l’équipage n’avait occupé notre pensée ; que leurs sentiments ne pouvaient être fondés que sur de faux rapports : qu’ils en devaient être convaincus par leurs recherches dans notre appartement : on nous imposa silence en nous traitant de chiens, etc., ils nous firent descendre en bas et nous prescrivirent de nouveaux règlemens qui étaient sévères et dures. De ce jour il fallut se mettre au lit à huit heures précises et ne pas se lever avant six heures du matin : excepté en cas de besoin urgent ; et encore fallait il donner son nom à la sentinelle qui était à nos pieds de

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distanee en distance.—Il nous était tellement défendu de causer entre nous que la sentinelle avait ordre de tuer celui qui aurait ditune parole. Dès ce moment les officiers descendaient tous les soirs à huit heùres et quartavec des lanternes, pour voir si nous étions bien tous à nos places et couchés. Tous les officiers me parurent extrêmement prévenus contre nous et manifestèrent beaucoup de crainte. L’on nous rétré-

cit beaucoup l’espace dont nous avions jusqu’alors

joui sur le pont supérieur durant nos. deux heures de récréation. On nous défendit d’aller sur le tillac à l'avenir, nous laissant à peu près vingt cinq pieds de long sur la moitié de la largeur du vaisseau pour nous délasser les jambes. Ils r’avaient pourtant aucun sujet de craindre puisqu'ils étaient aussi nombreux que nous tant soldats que matelots, et tous armés jusqu’au cuisinier qui portait sabre et pistolet, et nous étions toujours sous clef. Par la suite nous apprimes qu’un nommée T'ywell lun des prisonniers du Haut-Canada avait répandu cette calomnie contre ses compagnons d’infortune, dans l’espoir d’en être récompensé par quelque faveur, ou le recouvrement même de sa liberté, Mais lorsqu’il vint à être connu de l'équipage comme un vil imposteur et un fourbe il n’en fut que plusdétesté et maltraité par lui et par nous. Cependant on continua à user de la même sévérité envers nous jusqu’à ce que nous fussions débarqués.

Le 13 et 14, le vent soufflant avec violence .

nous faisait filer neufnœux à l’heure et en bonne direction, car nous gouvernions pour doubler le

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Cap de Bonne-Espérance.

Le 15 la briseétait un peu diminuée et soufflait du Sua-Est contraire à notre direction. Le soleil était brûlant, et nous souffrions beaucoup de la chaleur dans lentrepont où nous’ étions confinés.

Du 16 au 20, nous éprouvâmes un calme presque continuel. Dans cet nterval un de nos com- En prisonniers du Haut-Canada, appelé

riest, qui s'était embarqué malade mourut en

artie du mauvais traitement qu’il avait reçu à bord et par le manque de douceurs si nécessaires à un malade. Il fut, ccmme d'usage, enveloppé dans un drap de toile auquel on attacha quatre boulets de canon, etjeté à la mer, en présence de trente 61x d’entre nous : durant cette opération tout l’équipage fut tenu sous les armes.

Du 21 au 23, nous passämes le Tropique. Dans le cours de ces jours, j'eus la douleur de ‘voir quelques uns de mes compagnons maltraité par un ponimé Black qui, pour quelques méfaits avait été contraint de fuir du Canada et de prendre du service à bord pour ses frais de passage. On en avait fait notre surveillant et comme c’est l’ordmaire, il abusait de son autorité pour nous tourmenter, aussi bien que célui qne l'ai eu occasion de mentionner plus haut—Niblett, Bien que nous nous plaignimes souvent, au Capitaine Wood qui commandait le vaisseau, des mauvais traitements que les subalternes, sans son ordre peut-être, nous faisaient éprouver, il fut toujours sourd a nos plantes. Jamais même ilne venait nous voir, comme tout capitaine aurait dû faire, afin de

voir à ce qu’on nous rendit justice autant que des prisonniers ©, * droit d’en avoir: jugez maintenant quelle devait être notre position. Malgré tant de privations, j’eus le plaisir de voir tous mes compagnons se montrer supérieurs à toutcela, se conformer à toutes les circonstances avec courage en espérant des jours plus heureux.

Les 24,25 et 26 nous eûmes un temps calme, sauf quelques légères brises qui venaient de temps en temps de l'Est. Nous longions alors les côtes de l'Afrique ; la mer était couverte de sauterelles et l’air en était rempli. La présence de ces insectes dont nous saisimes un grand nombre à bord nous indiquait que nous n’étions pas bien éloignés deterre. Le soleil était brûlant : aucun aire A a dans l’entrepont où nous étions ; la cha-

eur y était étouffante, et devorés de soif nous n’avions qu’une pinte d’eau chacun pour léteindre. Que pouvait faire ce'faible remède contre un feu qu’alimentait sans cesse nos vivres salées ? On nous distrib a ces jours-ci des chemises de coton et des pantalons de toile que le gouvernement nous donnait. Mais comme nous n’étions pas forcés d’accepter ces habits, nous les rejetàmes en parti lorsque nous nous aperçümes qu’ils étaient étampés ; c'était un mauvais augure pour nous. Il n’y eut que ceux qui étaient le Moins fourni d’entre nous quien conservèrent.

Nous étions sous les 13© 15, latitude Nord.

Du 27 au 30 je vent souffla avec violence. Nous ViMes des légions de poissons volants. Durant les jours du 30 et du 31 nous éprouvâmes plusieurs ouragans accompagnés de pluie d’éclairs

et de tonner*e, choses’ forts fréquentes sorts les

stropiques et'aussi très déngereuses. ‘Il arrive

souvent dans:ces parages que dès vaisseaux isont

-démâtés.”" Car les tempêtes y'sont s1''subites et

sb vioténtes que quelquefois ils n’ont pas le temps de les prévénir. . Les mâts sont alors emportés ou iles ‘voiles mises en lambeaux, et en dépit de toutes vos précautions, le vaisseau ne lisse pas d’être jeté sur le côté par la violence du vérnit. Mais heureusement que cés mauvais! temps ‘he sont qué de très courte durée. :

‘La ‘chaleur ‘augmentait à mesure que nous approchions dé PEquateur et avec' elle nos souffrances ; tellement qu’au matin, nos matelas qui étaient de l'épaisseur de trois doigts à peu près, étaient entièrement imbibés de notre sueur. 1H nous-fallait, pour comble dé souffrances, nous mettre hu lit à huit heures, et ne pas nous lever avant six heures du matin. Pendant le jour, la plupart de nous ne pouvait pas garder leur chemise, ‘et nos ‘pantalons étaient tout mouillés. Nousine'poavions nous arrêtef à aucune chose tant’nous étions incommodés:car à la chaleur extrême de Pair denotre appartement, augmentée, encore par celle de nos corps ‘et de notre haleine, 'se joignâit la‘soif la plus ardente.

Du 31 Octobre au 5 Novembre nous Epréuva:

mes des calmes et'des ‘tempêtes passagères.

Trois de mes compagnons furent bien malades pendant ces jours derniers au point que nous pensions qu'ils allaient mourir. Mais ils furent rétablis:par duriz bouilli et'du thé que leuf procura le médecin du vaisseau." Nous rencontré- B

mes uno couple de vaisseaux qui faisaient route vers l’Angleterre.—Notre capitaine confia des jettres à l’un d’eux. Dans la nuit du 4 courant, il y eut une alarme à bord, causée par l’une des sentinelles qui prétendait avoir vu de la lumière dans le fond de notre chambre. Alors ils des- <endirent tout de suite, armés: et en visitant, ils s’appercurent que c’était la lumiére d’une lampe d’une des écoutilles qui répandait cette lueur. Ils remontèrent honteux.

Le 5 Novembre, vû que ie vent d’Est, Sud- Est continuait toujours à souffler contraire à notre direction, le Capitaine résolut de repasser l'Atlantique, et de longer les côtes de Amérique du Sud jusqu’à Rio Janeiro. Là il devait reprendre les vents Ouest et Sud-Ouest appelés vulgairement vents de commerce et en terme de science, vents alizés ou moussons—Ce sont des vents qui soufflent régulièrement entre les tropiques et à quelques dégrés au delà durant six mois d’un côté, et six mois de l’autre : c’est à dire de l'Ouest depuis Novembre jusqu’en Avril: et de l'Est depuis Avril jusqu’en Novembre. Nous eûmes deux vaisseaux en vue, un Portugais qui cinglait versle Brézil, et auquel notre Capitaine parla, et l’autre Anglais Nous nous trouvions sous le 2 ©. latitude Nord.

Le 6 à neuf heures du matin le ciel se couvre de gros nuages. Un instant après une tempête affreuse éclate tout à coup qui dura environ deux heures. Nos matelots avaient eu le temps d’abattre les voiles ; mais cela n’empêcha pas le vaisseau d’être tourmenté. Quelques uns des

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