D'UN BAIL
officiers nous dr-nandèrent si nous craignions ; nous répondimes que non: quoique plusieurs de nous tremblassent d’effroi. La tempête cessa bientôt.
Le 7 il fit une chaleur excessive. Durant la nuit dernière il soufflait une légère brise. La mer était calme, vers huit heures du matin ; nous passâmes sous la ligne Eqinoxiale ; et nous nous trouvâmes dans l’autre hémisphère, Ce jour fut un jour de fête pour notre équipage comme c’est l’ordinaire sur tous les vaisseaux lorsqu'ils font ce passage. Nous cotoyions ainsi ls côtes de l'Amérique du Sud, La chaleur était toujours grande.—Nous ne pûmes nous tenir sur le pont pendant nos deux heures de dé: lassement ; car nous n’avions aucune ombre pour nous garantir d’un soleil brûlant, Le brai coulait de tout côté. Nous eûmes de forts orages accompagnés de tonnerre et d’éclairs.
La brise n’était que momentanée et le calme plat succédait. Sur le pont du vaisseau se trouvaient des chaloupes où étaient renfermés des porcs et des moutons tout couverts de fumier.—Après les ‘orages où la pluie tombait ordinairement par torrents, ils’amassait souvent jusqu’à huit à dix pouces d’eau dans ces chaloupes. Eh bien, les matelots s’'empressaient de remplir des bouteilles de cette eau si imprégnéé du fumier qu’elle en était rousse, et nous les vendaient, quelques fois nous donnions une chemise ou un pantalon pour une de ces bouteilles ; et telle était la violence de notre soif que l’eau nous en paraissait comme du miel,—Dans l’entrepont nous nous eoHions le
long des grilles des écoutilles pen pres op»
rer unpeu de bon air. :
Le 15pendant quej'étais sur le pont. .3sa près de nous, unemâture de bâtiment, quinous annoncait probablement le malheur de, quelques naufragés dans les environs. Mais comme la brise était bonne, lonne crut pas devoir faire aucuné recherche.
Le 16 la brise était forte. Nousiapperçumes, à une moyenne distance, lIsle Firnandez. Elle est d’un singulier aspect, :De hauts pics:s’élèvent jusqu'aux nues en forme de colonnes. Ce fut un objet frappant pour noûs qui n’avions pas vu la terre depuis notre sortie du Golfe St. Laurent : au reste ilen estaimsi pour tous deux qui sont sur mer: Nous ne püûmes nous empêcher de faire quelques réflexions sur. notre: sort; Nous nous éloignions avec rapidité de notre pays natal,sans espoir de :le revoir ‘jamais, et sur le vaste océan nous subissions les décrêts de ‘la Providence. Des milliers de milles nous! séparaient de notre beau Canada, de nos familles, de nos-amis. de tout ce qui nous était cher. |
PDu17aw20 le vent futimodéré, noùs dirigions toujoursnotre course sur les-côtes du - Brézil. Nousfaisions trois! millesà l'heure. 21H00
Le22 la nuit futorageuse.: La brisé passable: ment forte et favorable. Lesmatelots prirent un requin de 8p. de long. Ces poissons voraces sont souvent vus en mer auprès des vaisseaux pour se saisir de tous les objets qui sont jetés à la mer. Els hritrouvèrent dans leventre jusqu’à des bouts de fer, usoulieret'umios d'épaule dé bœuf
D'UN EXILL’ 21
Le 23 nouseûmes une forte brise Nord-Ouest qui dura jusqu’au vingt-six. Le ciel était couvert de gros nuages. Nousétions sous les 20 ©. Ja: titude Sud.
Le 27 fut calme toute la journée. Comme il était dééidé que nous devions arrêter à Rio-Janiero, nous fimes demander au Capitaine la permission d’acheter du sucre et des fruits à même l'argent qu’on nous avait enlevé par son ordre.— Car dans la situation où nous étions nous soupirions beaucoup après desfruits ainsi qu'après toute chose raffraichissante. Le capitaine nous fit annoncer que nous. pouvions acheter ces choses ;que nous wavions qu’à faire un mémoire de tout ce que nous voulions et qu’il nous le procurerait ; cette nouvelle nous causa une grande Joie.
Le 28 à dix heuresdu matin on apercut les lescôtes du Brézil qui ‘sont fort élevées. La vue dela terre nous fit éprouver une vive sensation de plaisir ; bien que nous ne pussions rien espérer pour nôtre liberté. Mais ce mot de L'erre changé depuis si longtempsien celui de mer, nous rappela de doux souvenirs du pays. La joie que Pon ressent dans ces circonstances est inexprimable. : Le lendemam a six heures du soir nous arrivämes à l’entrée de la Baiede Rio mais comme le vent était contraire, nous fûmes obligés de-tenir'le large jusqu’au lendemain ; et le 30 à dix heures du matir; à l’aide d’une faible: brise, nous entrâmes et mouillimes devant la: ville-auprès de quélques: frégates: Anglaises qui setrouvaient dans le Port. Plusieurs ‘officiers
anglais vinrent à notre bord faire visite au Onpitaine, ils vinrent aussi nous voir. Un grand nombre de chaloupes chargées de fruits de toute espèce, se rendirent le long du bord. Nous en achetâmes nous mêmes à grand marché. Tout le temps que nous fümes dans le Port, on nous servit au lieu de viande salée, des viandes fraîches et des végétaux, cette nourriture nous parut excellente, mais elle eut encore été meilleure si la quantité en eut été plus grande. Durant le temps que nous fûmes à Rio, hous pâmes, de dessus le pont du vaisseau, contempler la ville et les environs ainsi que la vaste Baie au fond de laquelle est bâtie la ville. Deux superbes forteresses commandent rentrée de cette Baie qui est à perte de vue et presque toujours remplie de vaisseaux,
La ville est bâtie au pied de hautes montagnes qui l’environnent. Elle porte un caractère d’antiquité. Nous pûmes découvrir de superbes Edifices, entr’autres des Eglises Catholiques car le Catholicisme domine dans cet Empire, où la population est Portugaise,
Les maisons n’ont point de cheminées, car le climat sous les tropiques dispense d’entretenir du feu dans les maisons. La cuisine se fait en plein air dans les fourneaux.
Durant le temps que nous fâmes à Rio il fit une chaleur excessive, mais le plaisir de voir tant d’objets nouveaux nous fit trouver nos peines supportables. |
Le 2 Décembre, fut célébré l'anniversaire du Couronnement de l'Empereur de Brézil: il était.
âgé de quatorze ans. Le Canon des forteresses
d et de tous les vaisseaux de Guerre, qui se trou- 6 vaient dans le Port, ne cessa de retentir tout le n jour. Les vaisseaux étaient tout pavoisés. Le it soir il eut illumination dans la ville et grand 18 nombre de Feux d’Artifice.
3 Enfin le 5 Décembre à six heures du matin <- nous levâmes l'ancre et mimes en mer dans la dila rection du Cap de Bonne Espé, ance. Nous 19 étions favorisés par une bonne brise de l’Ouest le qui nous faisait faire sept à huit milles à l'heure n- Ja chaleur qui était si grande à Rio commençait le à diminuer à mesure que nous nous éloignions 24 de l’Equateur. Cette même brise nous conà duisit jusqu’au 16 ; pendant ce temps on nous le servit le sucre et les fruits qu’on nous avait achetés à Rio, ce qui servit beaucoup a rétablir notre es santé qui était considérablement alter“e tant par n- le mal de mer que par la mauvaise nourriture >s que nous recevions, ar Le 17 il faisait un vent violent Sd Quart la Est. Le ciel était couvert de grosnuuges, La fraicheur commençait à se faire sentir, plusieurs { le même furent contraints de mettre des Habits ir d'Hiver | n Dans le courant de la journée il faillit arriver un accident grave. Une des sentinelles qui it montait la garde dans notre appartement avec ir un pistolet à la main, soit par hasard ou autrel- ment l’accrocha, en se tournant à l’un des barreaux de la Grille de lEcoutille. Le coup par- À u tit au milieu de nous et la balle passant entre it: les jambes d’un des prisonniers du Haut Canada,
s’alla loger dans une croisée qui setrouvait derrière nous. La-sentinelle en fui quitte pour quelques questions de,ises supérieurs...
Du i8.au 27 temps calme. Parmi ces jours derniers nous,eûmes à passer le jour de, No, qui nous causa autant de tristesse ét de mélancolie qu’il nous causait de plaisir lorsque nous étions au mileu de nos parents et. amis—-Nous n'avions pas encore perdu le souvenir de cebeau temps passé.,
… Le: 23 ,nous arrivämes en parallélle avec le Cap de, Bonne Espérance par un vent d'Ouest qui soufllait avec une force terrible. La mer était tellement agitée le vaisseau si balloté: qu’il nous était impossible de rester debout ou assis sans nous cramponner à quelqu’objet. Jamais nous n'avions vu la mer si furieuse. L'on aurait juré qu’à chaque instant. la vaisseau aurait eoulé à fond ; les flots le battaient si fort qu’il semblait se heurter contre un rocher, la mer était toute blanche et faisait un mugissement affreux, élle soulevait ses vagues à une hauteur effrayante. Ce vent dura jusqu’au 31 Décembre. Pendant ces derniers jours nous doublâmes le Cap où nous devions arrêter, si le vent leut permis. Mais comme l’endroit est de difficile accès, on résolut de passer outre ; pour nous, nous n’en étions pas fâchés ; nous avions tant hâte d’être délivrés des fatigues et de tous les autres inconvénients que nous endurions à bord que nous désirions ardemment d’être dans la terre de notre Exil, pensant qu’il était Opera d'être plus malheureux là qu'à bord,
: derquel-
jours NOEL, \élannous Nous beau
“ec le Juest
mer
qu’il ASSIS amais aurait coulé ablait toute êlle ante!
ndant ap où ris.
s, on n’en ’être 4 ]nnous e no-
> plus
ler. Janvier 1840. Grâce au vent d'Ouest qui nous poussait nous étions déjà bien avancés dans la mer des Indes depuis que nous avions doublé le Cap de Bonrie Espérance. Ce fut encore un Jour de tristesse pour nous. Que de réflexions ne fait-on pas dans ces moments! Vos parents, vos amis, Vos plaisirs, tout se retrace à votre imagination et vous plonge dans un ennui, une tris- .tesse qu’il faut éprouver pour les comprendre : ce qui ne contribuait pas peu à nous désespérer c'était de songer que tout était perdu pour tou- Jours...
Du 2 au 5 le vent souffla avec moins de violence ; pendant deux jours nous eûmes en vue un bâtiment qui faisait même route que nous.
Le 6 il plut toute lajournée. À deux heures P. M. ilsouffla une bourasque qui nous faisait faire dix milles à heure en bonne direction.
Du 7 au 11, le vent fut toujours favorable à l'exception d’une journée. Nous eûmes tous un rhume fatiguant causé par l'humidité, et le froid qui se faisait déjà sentir.
Le 12 fut calme toute la journée. C’était la première journée de calme que nous eussions éprouvée dans la mer des Indes.
Du 13 au 14 le vent fut modéré. J’ai oublié plus haut de marquer que depuis notre embarquement, il nous était distribué, tous les quinze jours du Tabac et des Pipes, dont on nous permettait de faire usage durant nos deux heures de récréation sur le Pont. On nous dit que ce T'abac et ces Pipes avaient été mis à bord par des citoyens de Montréal, pour l'usage des Prison-
nicrs. Les autorités du vaisseau avec notre conséntement en distribuèrent aussi à nos co-prisonniers du Haut-Canada.
Le 15 par un beau temps et une brise fraîche nous passâmes en vue de l'Isle St. Paul située au milieu de Ja mer des Indes. Elle ne nous parut être qu’une montagne. Elle n’est que d’une bien pétite étendué et n est pas habitée. On nous dit qu’elle possède deux sources ; lune dont Peau est froide et saine—Pautre dont l'eau est houil- Jante. Nous reconnûmes que nous approchions de quelque terre par une multitude d’oiseaux aquatiques de toute grandeur qui vinrent voltiger autour du vaisseau.
Le 16 le vent toujours favorable était bien diminué—le 17'iltomba presqu’entièrement.
Le 18 le temps était beau, nous eûmes le plaisir de voir les matelots et les soldats prendre à la ligne de gros oiseaux appelés Ælbâtros, bien nombreux dans la mer des Indes et cans la Pacifique. Ils en prirent qui avaient de dix à dix sept pieds d'envergure, c'est-à-dire d’une pointe de l'aile à l'autre lorsqu'elles sont déployées. Voicila manière dont ils les prennent. IIS jet-
tent une ligne de grosseur ordinaire avec un: \
hamecon appâté de viande. L’appât traine derrière le vaisseau en flottant à la surface ; quélquefois ils y mettent un morceau de liége pour l'empêcher de caler. Aussitôt que les oiseaux appercoivent Pappât, il se précipitent dessus par douzaines et le saisissent, mais se trouvent pris par le bec. Ils se laissent tirer sans faire de résistance, au contraire ils s’aident de leurs ailes,
pout obéir à la main qui les. tire ; car plus ils op-
poseraient de résistance plus ils souffriraient : et chose assez singulière, c'est, qu’aussitôt qu ils sont sur le vaisseau, on peut les laisser se promener libres sur le pont du vaisseau sans qu'ils fassent aucune tentative pour s’envoler. La chair n’est pas bien bonne à manger ; ellegoûte un peu le poisson.
Du 19 au 31 nous eûmes des vents variables, et de la pluie de temps en temps. Nous vimes aussi beaucoup de baleines autour, du vaisseau. Notre courage se ranimait à mesure que nous approchions de notre destination.
Le ler. Février jusqu'au 5 nous eûmes de gros vents Sud-Ouest. La mer tombait par énormes volumes sur le bâtiment. Nous renconträmes uh Baleinier- Américain qui faisait la pêche à la baleine. Nous vimes aussi des, légions de Poursils autour du vaisseau. :
Le 6 et 7, ilfit un fort vent d'Ouest accompagné de pluie. Nous nous attendions de voir les Côtes de Van Diémen, bien prochainement,
Le 8, gros ventet temps, couvert. Dans Paprès-midi, nous découvrimes la terre désirée de Van Diémen, qui était la place ou nous devions débarquer nos compagnons d’'infortune du Haut- Canada. Nous longeâm.. les Côtes Sud de cette Ile,afin de rentrer dans la Rivière, Derwent, au fond de laquelle est bâtie Hobart-Town où nous devions arrêter.
Le 9 le vent venait de l’Ouest et soufflait avec impétuosité. Il se trouvait contraire â notre
route pour entrer dans la rivière. Vers midi le vent tourna un peu ; de manière que nous longeâmes la côte avec assez d’aisance. A huit heures du soir nous nous trouvions assez près de terré pour pouvoir distinguer la lumière des chandelles, et les feux des habitans de la Côte. Le vent tomba tout à coup, et dans le courant de la nuit, s’éleva du côté de terre avec violence. Nous fûmes poussés au large et tellement que le lendemain nous ne voyions plus la terre.-Nous fâmes tant contrariés par les vents que nous fümes à louvoyer jusqu’au douze, sans pouvoir parwenir à l'embouchure de la rivière. Ce ne fut qué dans l'après-midi de ce jour,que le vent ayant un peu changé, nous entrâmes avec aisance dans la rivière ; et vers les quatre heures de laprèsmidi nous mouillions devant Hobart-Town, principale ville de Van-Diémen. Nous fûmes ainsi jusqu’au quinze sans avoir de nouvelles.—Durant ce temps, du Port où nous étions, nous pûmes contempler la ville et les environs. Enfin le quinze, les prisonniers du Haut-Canada, reçurent notice de se tenir prêts à débarquer le lendemain. Et “en effet le jour suivant à cinq heures du matin, ils débarquèrent pour s’en aller à terre sans autre escorte que les hommes qui avaient été envoyés pour conduire les berges. Nous apprîmes qu’ils avaient été à deux milles dela ville. Ils partirent tous bien courageux pour se rendre à leur établissement pénal.— Le 16 et 17 nous montâmes sur le pont comme à l'ordinaire. Nous contemplâmes la ville du mieux que nous pûmes.—Elle nous parut un
peu champêtre : une haute montagne en borne toute l’arrière partie. Ses édifices nous parurent assez beaux et la campagne sur les bords de la Rivière Derwent belle et planche.- L'on remarquait des champs fort bien cultivés. Le Port est très spacieux, et il y vient beaucoup de vaisseaux étrangers, principalement des Baleiniers- Américains et Français qui arrètent pour faire des provisions.
Le 18, nous apprimes que les prisonniers du Haut-Canada étaient condamnés pour la vie :
qu'ils ne devaient travailler pour le gouvernement que pendant un certain temps et après cela être libres dans lIsle : que chacun d’eux, durant le temps de leur esclavage, était obligé d'exercer son métier au bénéfice du gouvernement.
Le 19 à six heures du matin on lève l’ancre et à la faveur d’une faible brise nous sortons de la Paie. Vers onze heures, lorsque nous étions en mer un fort vent sud s’éleva, accompagné d’une grosse pluie. Nous courrions en bonne direction pour Sydney.—On fit force de voile et une bonne route cette journée là.
Du 20 au 24 le vent souffla avec la même violence.—L'on eut dit que la Providence avait à cœur de hâter notre arrivée. Nous parlions déjà en effet d'arriver sous peu de ] Jours. Nous vimes un bâtiment qui faisait voile à lPOuest. Le 24 nous découvrîimes assez clairement, les côtes de la Nouvelle Hollande, toujours favorisés par un bon vent Sud ; car nous avions à nous diriger vers le nord depuis notre sortie de la rivière
Derwent. A cinq heures nous vimes un bâti-
ment Anglais venant de Londres et dont le Ca- n pitaine et le Second était morts durant la traver- à sée. Le ruisinier avait été soupçonné de les be avoir empoisonnés ; et avait eu son procès à el Hobart-Town où ils avaient relâché. Un bosse- Ci man avait été contraint de prendre le comman- Il
dement du vaisseau qui était chargé d’émi- dé
grés jour la Nouvelle-Galles.
Le 25 au matin nous vimes encore la Côte qui nous parut être bordée de hautes montagnes. Mais nous ne la vimes pas longtemps : le temps s’obscurcit et il tomba comme une brûme épaisse qui empêchait de voir. L’équipage craignait même pour le vaisseau. Car :.ous étions près de terre, nous pouvions rencontrer quelques écueils ; ils gagnèrent le large. Vers dix heures le tems s’éclaircit et nous découvrimes de nouveau laterre. La côte nous parut encore très escarpée ; et la mer venant s’y briser, l’eau re- Jaillissait à plus de cinquante pieds en Pair. Vers midi nous apperçûmes un Phare sur un point dominant du rivage—en même temps il vint un pilote à bord, et nous entrâmes ‘heureusement dans le Port Jackson et allâmes mouiller devant Sydney. Ainsi nous arrivâmes tous sains et saufs à notre lieu d’exilaprès une traversée de cinq mois. Il est étonnant de voir qu’un aussi long et dangereux voyage se soit fait sans accident, ni même sans que nous ayons éprouvé de mauvais temps qui auraient pu nous mettre en danger. L’équipage lui-même ne put s’empécher d'exprimer son étonnement.—Bien que
ae ee numemrnermnenemens meme Es
nous sachions que notre nouvelle situation ne devait pas être agréable, nous éprouvions pourtant beaucoup de joie en songeant que nous étions enfin rendus à notre destination. El faut passer cinq longs mois en mer pour connaitre combien il est doux de mettre le pied à terre et d’être dé:ivré de la gêne du vaisseau !
Le 26 et 27 nous montâmes sur le Pont comme à l’ordinaire, nous regardâämes avec horreur cette terre que nous désirions avec tant d’ardeur quelques jours avant. De dessus le Pont nous voyions des misérables attelés sur des charrettes occupés à traîner de la pierre pour quelques Edifices Publiques ; d'autres en arrachaient ; cette vue nous fit five de tristes réflexions, car nous pensions que sous peu de jours, nous serions employés comme eux. On nous dit que le 29 nous débarquerions. Le 27 nous reçümes la visite de PEvêque Catholique et d’un Prêtre.
Ces révérends messieurs avaient : appris qu’un tel vaisseau venant du Canada, avait à son bord, un certain nombre de prisonniers Canadiens Fr imçais, tous Catholiques ; et pensant que leur visite nous serait agréable, ils vinrent nous voir. L’Evêque était Anglais et son Secrétaire Ir- Jlandais, taus deux parlaient le français. Ils nous firent plusieurs questions: s informèrent de l’état de notre santé, et des particularités de notre voyage etc. —nous entretinrent durant ‘ne heure et demie environ, nous parlant toujours avec le plus grand respect,nous dirent qu'ils verraient à ce qu’on ne mit aucun obstacle à Pexercice de notre religion etterminèrent leur bien-
32 JourNarz
veillante visite par une prière qu’ils firent parmi nous. L’Evêque nous donna sa bénédiction ct se retira en nous disant qu’il reviendrait le leudemain. Cette visite inattendue nous causa beaucoup de joie et nous consola un peu.
Le 28, Monseigneur revint nous voir avec son Secrétaire et un autre Prêtre. Nous fümes sensiblement étonnés de l'intérêt de ces Révérends Messrs. à notre infortune, de voir qu’ils ne comptaient pour rien la difficulté et le désagrément de monter et de descendre au moyen des échelles du bord et de venir nous trouver sous le deuxième Pont, lieu obscur et mal-commode, pour nous donner des consolations. Messire Brady (c'était le nom du Secrétaire) nous fit un petit sermon sur le malheur de notre sort: après quoi Monseigneur Poldmg (ainsi se nommait l'Evêque) fit la prière; et demanda si quelqu’un désirait se confesser. Nous répondimes qu’oui. Ils en confessèrent une partie, et ayant des occupations qui les appelaient ailleurs,ils nous quittèrent ennous disant qu’ils reviendraient le lendemain confesser le reste, et donner à communier à ceux qui seraient disposés, que nous n’avions qu’a dresser une place convenable pour dire la Messe. Ils nous apprirent aussi ce jour là que le gouverneur Sir George Gipp était sur lmdécis de savoir s’il nous laisserait débarquer à Sidney, ou s’il ne nous assignerait pas un autre lieu. Rendus si loin et fatigués d’un si long voyage, nous fûmes fort contristés de cette norvelle.
Le 29 à huit heures du matin, Monseigneur et
CP pont Vs
Ben.
BD LEO 4 Cu ©
D'UN EXLL£” 83
son Secrétaire conformément à leur promesse, vinrent confesser ceux qu’ils n’avaient pu entendre la veille ; et à dix heures, Monseigneur dit, dans le fond de cale, ‘ou nous étions logés, une mess2-basse,sur un autel construit avec nos coffres, par ceux d’entre nous qui s’entendaient le mieux à cet-objet : un certain nombre d'images que nous avions jointes à des articles apportés par ‘les Révérends Messieurs, rendaient cet autel décent ; Dieu l’a sans doute aussi trouvé tel, car c'était là l'ouvrage de la ferveur la plus ardente. A la fin de la messe, monseigneur fit de longues prières ;et son secrétaire finit cette simple et bien touchante cérémonie par un sermon de circonstance. Nous fûmes tous édifiés et émus de voir ces respectables messieurs pousser leur zèle pour la religion, et leur charité aussi loin : principalement de voir PEvêque venir se trainer pendant trois jours de suite dans le fond de ‘cale d’un bâtiment pour nous rappeler à Jésus Christ et pour nous consoler dans nos peines, Le ler. Mars, en conséquence des nouvelles que nous avions apprises que Son Excellence était sur l’indécis savoir s’il nous ferait débarquer à Sydney, où s’ilne nous expédierait pas dans une autre colonie, nous rédigeâmes une adresse à Messire Brady, signée par nous tous, afin qu’il priât Monseigneur d’intercéder pour nous auprès de Son Excellence, et lui manifester le désir que nousavions de passer le temps de notre exil dans cette Colonie ; que les fatigues d’un long voyage jointes à celle d’un long empri-
sonnement à Montréal, nous avaient extrêmement: harassés ;' qué beaucoup d’entre nous étaient âgés et malades ét que notre vœu le plus ardent était de nous fixer en ce lieu. Cette adresse fut mise entre les mains du Médecin du vaisseau qui la fit parvenir à sa destination. Nous reçûmes ce jour là, la visite de plusieurs gentils hommes, qui trouvèrent que nous nous tenions bien proprement : et que nous avions tousde bonnes physionomies ; chose assez remarquable chez des rebelles.
Du 2 au3 nousn’apprîimes rien de positif sur notre sort, seulement, que la question de savoir sinous devions nous fixer à Sydney ou aller plus loin, avait excité beaucoup de division dans le conseil. Nous sûmes encore que le pays était riche que les fruits y poussaient en abondance.
Le 4 ilne se passa rien de remarquable. : Le temps était bien chaud ; les pieds nous brûlaient sur le pont du vaisseau. Les cousins ou maringouins nous tourmentaient beaucoup ; ils pénétraient même jusque dans M où nous étions.
Le 5 un sergent vint nous avertir que nous devions être, passés en revue : à deux: heures après-midi, et de, nous préparer en conséquence. Effectivement vers trois heures, trois personnes vinrent à bord, et aussitôt nous fûmes tous appelés sur le pont étant successivement désignés par nos noms. Il nous demandèrent notre âge, le lieu de notre naissance, notre état, si
nous étions mariés, si nous sayions dire et f
écrire, ete.
D'UN EXULE” 36
Le 6 à dix-heures l’onnous fit tous monter sur le pont ; et nous fûmes toisés de la :tête aux pieds. . L’on prit de nous la: description la plus détaillée. Nos traits, la couleur de nos cheveux, de nos yeux, les dents qui nqus manquaient, toutes les marques que nous avions dans la figure sur les mains et sur les jambes, rien ne fut omis. Nous ne sûmes pas quand nous devions débarquer.
Le 7 nous reçûmes la réponse de l'adresse que nous avions faite à Messire Brady pour être transmise à l’Evêque ; en voici une copie.
Windsor, 6 Mars 1840.
& Messieurs et bien aimés en N.S.J.C.
M « ‘ Je m’empresse de répondre à votre
“ lettre : je crains qu’elle soit arrivée un peu “ tard. Je viens de ia recevoir aujourd’hui le ‘€ six, je. vais la communiquer à Monseigneur, “ avec prière d’exercer son influence auprès ‘. du Gouverneur pourqu’il puisse prendre en ‘ considération votre position malheureuse. Je ‘ prie toujours le Seigneur. de vous accorder ‘de: la patience et du courage et un lieu de re- ‘pos après votre long et pénible voyage etsur- “tout un endroit où il vous sera facile. de rem- “ plir les devoirs de notre sainte religion : quela “ grâce de notre Seigneur soit avec vous tous, “ croyez-moi pour la vie. ” . Votre bien affect. serviteur, (Signé). | L’Agsr BRADY.
Lt #3 MEIssIONNAIRE.
Le 8 et 9 se passèrent ainsi sans que nous aprimes rien au sujet de notre débarquement.
Nous étions dans une ignorance complète sur ce qu’on allait faire de nous, e’était un sujet de conjectures pour nous. 0]
Le 10 à quatre heures du soir unsergent vint nous avertir de nous préparer à débarquer le lendemain. Cette nouvelle nous causa beaucoup de joie. La longue anxiété dont nous avions été tourmentés au sujet de notre sort, était enfin dissipée. ; (
ha 11 après nous avoir fait ployer nos lits qui devaient nous servir dans l'établissement où nous allions, l’on nous fit embarquer avec nos coffres et nos valises, à bord d’un grand bâteau et nous fûmes conduits à huit milles de Sydney à un établissement pénal appelé Longbottom.
Vers onze heures du matin, nous mîmes pied à terre. Des soldats qui avaient en charge cet établissement, vinrent nous recevoir, et nous conduisirent à une distance d’environ un mille du rivage où nous arrivâmes, à une espèce de caserne ou prison, qui formaitun' quarré : il y avait plusieurs petits bâtiments détachés, ‘tel qu’une cuisine, hangard etc. De suite après notre arrivée, un sergent qui avait le commandement du peloton de soldats qu: étaient stationnés là, ainsi que de ceux qui nous avaient amenés, nous fit tous mettre en rang et commença à nous prescrire les limites de cet établissement de la manière la plus grossière ainsi que les règlemens que nous avions à suivre. Îl nous dit que si nous franchissions les bornes prescrites,
D'UNEXILE” 37
nous serions sujets à cinquante coups de fouet, et qu’il nous était défendu, sous peine depunition sévère, de parcourir l’intérieur de l'établissement sans permission, que pour négligéence de nos travaux, nous serions aussi puni du fouet ; pour désobéissance où manque de respect à nos supérieur ou encore pour diverses autres infractions de peu de conséquence, nous serions punis avec rigueur. Si le lecteur arrête uninstant son attention sur lestermes de cette
harangue, et s’il considère surtout la véhémence
arrogante avec laquelle elle fut prononcée, il se fera une idée de la perspective que nous offrait notreavenir. Le soir vers cinq heures, nous fûmes tous appelés et après avoirété contés, nous fûmes conduits dans des espèces de prison et là renfermés sous clef jusqu’au lendemain. Nous avions à nous coucher de bonne heure et sur nos canapés qui n'avaient plus que la couverture. Le silence durant la veillée comme pendaut la nuit était de rigueur. Le matin à six heures on nous ouvrit les portes et nous sortimes pour aller prendre notre déjeuné. Il consistait en un potage épais fait avec une demie livre de farine de maîs ou blé d'Inde et d’un once de sucre, Le midi nous avions une livre de pain faite avec la dernière qualité de farine, et une livre de viande, soit bœuf où mouton et voilà tout ; excepté pourtant les charretiers, les mécanicièns et les conducteurs qui recevaient une petite addition de thé et de sucre. Jamais nous n’avions rien pour souper. Aprèsavoir travaillé toutle'jour, on nous renfermait épuisés dé
faim et de fatigues vers: cinq heures et demie ou six heures du soir.
La seconde journée après notre arrivée, nous. avons obtenu la permission de laver l’appartement qu nous devions coucher, Jusqu'à notre arrivée, il avait été occupé par quelques centaines de, prisonniers qui avaient été PAYER ailleurs pour, nous faire place. Mais ma
gite devenu le notre, était d’une dégoütante mal propreté. . Dans.le courant de là même. journée, ils nous firent tous assembler, et nous dirent
ue les hardes que nous avions sur nous, allaient être étampés, et qu'il nous. serait permis de porter ces mêmes hardes jusqu'au ler Mai,
Jour auquel le gouvernement distribuerait des.
hardes aux prisonniers, hardes qui consistent en un gilet et pantalon de gros drap gris, une chemise de coton, une paire. de souliers et un cap gris, le tout étampé avecde: grosses lettres, cet habillement est pour six mois et la saison de l’hiver. En Novembre nous en reçumes une autre de toile qui était pour l'été... Car c’est en ce mois que commencent les grandes chaleurs de l’année. Il nous fallut se soumettre à cette opération humiliante ; et toute nos valises
et nos coffres avec leur contenu furent déposés.
dans l:s magasins du gouvernement pour nous
être remis quand nous obtiendrions notre liberté...
La troisième Journée, ils nous conduisirent tous
à l’ouvrage. Les, uns cassaient de la pierre.
d’autres Ja chariaient dans les chemins avec des
eureu-
sement, pour nous, 1ls n’avaient pas emporté avec. eux toutes leurs saletés et leur vermine, et leur
és
ta
Ld +
et mA
OS ï 4 )
bœufs attelés sur des charrettés, üné’ partie de. nous était enfin employée à réparer les routes publiques. : Chaque division d'homme était conduit par un soldat. Cette Surintendance-Militaire dura environ un mois, espace de temps où nousttravaillâämes très fort, étant mal nourris, mal couchés, sous clef tous les soirs et privés de toute communication avec qui que ce fut. |
Au bout d’un mcis a peu près, ilsurvint un changement dans notre établissement. Le gouverneur retira les soldats qui nous surveillaient, ét les remplaça par un individu seul chargé de notre conduite. Ce particulier choisit entre nous ceux qu’ils croyaient les plus propres à remplir la charge de conducteurs pärmi nos compatriotes, et assigna à chacun son ouvrage respectif; ainsi nous fûmes conduits par nous: mêmes, mais il nous était encore difficile de nous procurer du bon temps ; car tous les joursil venait des inspecteurs visiter notre ouvrage,et.ils savaient bien en faire la remarque s'ils croyaient que nous n’avions pas beaucoup travaillé, ils auraient pu faire quelques rapports contre nous dont nous aurions souffert par la suite : tellement qu'il fallut être assidu à notre ouvrage durant toutle temps que nous avons été ten au travaux forcés.’ |
J’eus l'avantage d’être un des conducteurs et J'ai été heureux de pouvoir procurer, autant que les circonstances pouvaient le permettre, quelqu’adoucissements aux fatigues des personnes dont là conduite m'était confiée ; et tous’ cèux qui partageaient mes fonctions en firent autant.
40 Journaz
Nous avions quelqu'avantage là-dessus pat la circonstance que voici. C’est que nous etions seuls dans cet établissement et surtout que notre surintendaut qui avait toujours été lieu-tenant dans l’armée, n’était pas bon. juge en fait d’ouvrage; et nous pouvions quelquelois lui en faire passer. Que l’on ne croit pas que cet avantage provenait plutôt de sa bonne foi ou de son humanité, que de son ignorance. Car, il faut le dire, c'était un vraityran,.un homme sans caractère, et abusant de son pouvoir pour nous maltraiter toutes les fois qu’ilen trouvait l’occasion ; il
ne venait nous voir que pour le plaisir de nous
quereller : et voilà tout et nous pouvons déclarer que sinous n’avons pasété punis, cela est dû à notre bon comportement, à notre patience et à notre constance à supporter avec énergie beaucoup de mauvais traitements que nous souffrions
Journellement, etnon pas à l’humanité de notre
despotique surintendant dont le nom était Fenry Clinton Badly. Encore plusieurs d’entre nous, malgré toutes les précautions prises pour mériter son ressentiment, furent punis du cachot et journellement tourmentés, chicanés de la ma: nière la plus pénible et de la manière la plus gressière, sans aucun égard à l’âge qui était insulté par d’indignes menaces. Cet homme si heureusement nommé Baddly, avait été revêtu d’un pouvoir illimité sur nous par le gouverneur, En vain nous exhalèrent nos plaïates : eiiesne furent pas entendues. Nous fimes aussi application pour avoir un surplus dans nos rations ;. exposant qu’il nous était impossible de résister à nn tra-
vaibaussi dur que le nôtre sans une amélioratien dans notre chétive nourriture etc.—La réponse des autorités fut que c'était la ration allouée aux -prisonmiers et que nous avions à nous en contenter. Enfin nous fûmes tenus tels que les forçats les plus criminels, à faire les mêmes. travaux ‘qu'eux, porter le même costume qu'eux, enfin
‘sujetsaux mêmes punitions. Après huit à neuf
imois ‘d’une vie si misérable, Son Excellence, Sir George :Gipp, arrêta pour s'informer de noûs. Par un heureux hazard notre surintendant était bien disposé et fit de nous un rapport: favorable. Nous en profitâmes pour le prier de demander à Son Excellence la permission de différer un peu le moment de notre réclusion après les: travaux de la journée. Jl nous accorda une heure de plus. Peu de tempsaprès cêt événement, nôtre surintendant peusa à tourner. nos: sérvices à son profit plutôt qu’à celui du gouvernement ; eten conséquence il nous employa.le plus souvent
à travailler pour lui-même au préjudice du gou-
vernement et-retirait tout le fruit de nos travaux.
Mais, comme on le prévoit bien, nous n’y per-
dimes pas ; il fallut nous porter au silence: sur cette fraude par de petits privilèges. Quant:à nous, il nous importait peu de travailler pour le gouvernement ou qui que ce fut, n'étant respon-
sables que de lobéissance à notre surintendant et ne pouvant apporter quelqu’adoucissement à
notre situation qu’à force d’entrer dans ses intérêts et de flatter ses inclinations. Rien n'est plus naturel, qu'un prisonnier cherche à améhorer son sort ; surtout quand le : gouvernement
seul doiten soufirir. En récompense donc de nos travaux pour notre surintendant et de notre discrétion, 1} prolongea encore l'heure de notre réclusion. - IInous permitencore d’employer à otre profit les heures à part de nos travaux ordinaires. Nous nous occupions alors à arracher ‘des coquillages le long du rivage de la Baie qui nous environnait—nous les vendions ensuite à des batéliers . qui les menaient à Sydney. ou à -Parramata et les revendaient pour faire de: la chaux. Dansce pays, c’est là la seule ressour- .ce pour se procurer cet objet nécessaire ; car il n’y a pas de pierre calcaire. Tout cela était du ‘travail de nuit ; car le secret nous était essen- -tielle.—-Ce que nous retirions de ce négoce jomt ‘au produit de la vente de bois que nous faisions -&Pimitation denotre surimtendant, nous {our- -nissait assez d'argent pour nous procurer les -objets dont on sentait le plus le besoin ;et notre isurintendant était obligé à son tour de fermer les yeux la dessus. ‘Plus tard, il tomba malade æt fut contraint de garder le lit. Néanmoins -cette mésaventure ne lui empêcha pas de con- ‘inuer:son commerce et conséquemment à nous ‘de continuer le nôtre, sans pourtant négliger mos travaux du jour. : Dans ce même temps, ,je -tus chargé avec: deux de mes compatrictes ‘de ‘faire le guet la nuit dans l'établissement, coutume ‘qui avait toujours existé depuis que nous y éticrs et quiexiste dans tous les établissements pénals, ‘tant pour pourvoir à la sûreté de l'établissement que pour veiller àce qu'il ne s échappe aucun ‘prisonnier. Il n’y avait rien à craindre pour nous
C7 + il st sr DR Le
de ce côté là, mais il fallait absenver une règle établie. De manière que profitant-de la maladie de notre surintendant nous fermions les portes à Pheure ordinaire : et aussitôt que notre supérieur s’était retiré pour: s'’abandonner aux souffrances qui l’accablaient, nous ouvrions les portes et ‘tous : sortaient : pour aller à sespropres travaux. Ïl y avait même confusion quelquefois. Mais à une heure marquée, ::e grand matin, tous-rentraiént dans Pordre et * ;eur place et l’on aurait dit que rica n'avait eu lieu: De sorte que toutes les nuits nous étions en:iliberté, et les jours dans la sujétion. Durant notrè sé: jour à cet établissement nous eûmes l douleur de voir mourir, à l’Hopital, deux de nos compagnon, Louis Dumouchel qui mourut d'Hydropi.
sie et Gabriel Cheyrefils qui mourut à peu près de la même maladie. Durant notre séjour à cet: te place, nous allâmes plusieurs fois à la messe)à Paramatta, petite ville à sept milles de distance d’où nous étions et souvent des prêtres catholiques venaient dire la messe au milieu de: nous dans un oratoire que nous avions préparé: dans ce but: du mieux que les circonstances pouyaient nous le permettre. Enfin les choses en étaient à ce point quand nous apprimes que le: rouvernement avait décidé de nous assigner tous:à divers Bourgeois pour lespace de six mois à raison de trente shellings par mois pour ceux qui n'avaient pas de métier ; et quarante pour ceux qui en avaient. La moitié de nos gages:
devait être placée à la Banque d'Epargne pour nous être remise lorsque nous serions rendu à λ
hiberté ;cet l’autre moitié à nous être payée toutes
-les:semainés, entendu que les-bourgeois étaient -obligés de nous nourrir et loger. : Chacün'de mous fut ainsi assigné, et nous:nous trouvâmes
tous dispersés, après environ deux ans de travaux forcés pour le gouvernement. : Pour moi je fus demeurer à Sydney, chez un meublier:«en qualité de commis et de collecteur. Durant-ce temps là, PEvêque Catholique Polding de Sydney,'passa en Europe. Nous Favions muni d’une pétition pour présenter à Sa:Majesté; de- Mmandant quelques améliorations à notre état. : I] avait eu lui-même la bonté de s’offrir de la présenter au Secrétaire :Colomial ; et devait. faire touten son: pouvoir pour en obtemr.le: succès. En effet au bout de cinq moisaprès-avoir été assignés, nous apprimes qu'un (Ticket of Beaves) c’est à dire une pernussion de travailler à notre compte:ou autrement dans l’un*des Districts de kColonie qu’il nous plairait choisir, nous avait été accordé. Ceux qui se fixèrent dansile District de Sydney--étaient ténus de se, présenter auburèau de la Police le::2nd, jour «de ‘chaque mois pour répondre à notre appel ; Et ceuxdes autres Distriets le ‘prémier. de Janvier:—JLa moindre infraction des lois pénales-—-devait ‘en: trainer la perte de ces jouissances et notre retour au gouvernement. Nous: fûmes ainsi: jusqu'aù moment où nous reçûmes notre pardon.;. Cet mterval fut bien pénible pour nous tous:: Car, outre quernous étions isolés ‘les :uns des autres, nous fûmesrobligés de travailler ‘biemfort et à de petits gages. ‘Un: certain nombre;d’entre
+nous fut contraint de se livrer à des travaux qui
leur étaient tout à fait étrangers et en dehors de
leur ‘branche d'industrie.
+ Lorsque le gouvernement décida denous as- ‘signer à des particuliers dela colonie, chacunde
ceux qui voulaient nous avoir à leur service avait à venir nous chercher à lPétablissement .-où nous étions, etal est de mon devoir, et c’est: une
justice dûe à mes compagnons, de citer ici:les
faits suivants, afin de faire connaitre. comment on en a usé à notre égard. Comme nous jouissions tous d’un bon carractère, et qu’il était re-
‘connu:par tout le pays que nous étions d’honné-
tes gens et des gens avantageux, alors chacun
#’empressa de faire application au gouvernement
rt nous. avoir. Comme c’est l’ordinaire,
les'plus haut placés dans le gouvernement eu: rent la préférence ; et le premier: surintendant des convaincus appelé Capt. MacLean, -vint «en Chercherune dixaine d’entre nous. ‘Un Sir Thc-
mas Mitchell, Arpenteur Général: et Conseiller,
‘en obtint trois ou quatre : Un Député Arpenteur
Général-appelé Mr: Perry en eut. cinq sou,six:: Un Mr. Dumas, premier commis d’un des Bureaux dugouvernement en eut dix à douze au nombre desquels je me trouvais. Tous cesgentilsshommes là profitèrent de nos services pendant plus de dix-huit mois après notre servitude de deux années au gouvernement, ne nous :donnant que de faibles accomptes sur les gages qu’ils étaient convenus de nous payer. : Voyant que nousne: pouvions rien retirer . d'eux, nous demandâmes notre décharge.;et le: montant de
notre salaire afin d’aller demeurer ailleurs. Ils nous donnèrent volontiers notre décharge ; muis pour nos gages, ils nous dirent de revenir plus tard et qu’ils nous les paieraient, Qui auraient pu croire que nous devions être les dupes de ces grands ? Nous retournâmes donc au bout d'un certain temps auprès de nos bourgeois respectifs afin de solliciter l’accomplissement de leurs promesses. Ils nous dirent encore de revenirplus tard. Enfin ils finirent par nous faire des menaces, et nous dirent de ne point revenir les importuner à l'avenir ; car ils trouveraient le moyen de nous enlever ce dégré de liberté que nous avions et nous ferait retourner aux travaux du gouvernement ! ! Quelqu'un d’entre nous portèrent leurs plaintes jusqu'au gouverneur de ä conduite de ses officiers à notre égard. Pour toute réponse, on leur dit qw’ils pouvaient recourx à laloi. Mais comment dans notre pauvreté pouvions nous lutter en justice avec des hommes riches et influents, des hommes qui par la suite auraient cherché toutes lesoccasions possibles de. nousnuire. Quand nous eûmes reçu la nouvelle de noîre pardon nous fimes une dernière tentative auprès de ces spoliateurs. Ilsne purent pas nous dire cette fois qu’ils nous feraient punir, cat nous étions libres comme eux ; mais ils nousdi: rent qu’il leur était impossible de nous payer en ce moment n'ayant pas d'argent. En vain nous leur représentâmes qu’un grand nombre d’entre nous ne pouvaient sans argent revoir leur pays, leur famille ; qu’ils étaient par là privés de’ce qui leur était le plus cher au monde ; le bonheur
après Jequel ils avaient tant soupiré—tout fut inutile auprès de ces àmes sans pitié. Leur avarice leur avait suggéré que nous n’attenderions pas jusqu’au prochain terme dela cour, et que nul sarrifice : ne pourrait nous faire refusér la première occasion de quitter cette plage. C’est ainsi qu’ils nous ravirent au dessus de quatrecentslivres sterlings qui nous étaient dûs en somme, c’est à dire plus qu’ils ne fallait pour ramener dans leurs foyers nos quinze pauvres malheureux compagne:s qui faute de moyens furent condamnés à nous voir embarquer pour ce Canada que nousavions tant désiré ensemble. Ainsi au lieu d’être protégés comme nous espérions de la part de ces hauts fonctionnaires, nous n’en fûmes que dupés. -Que doit on penser maintenont des classes inférieures quand les plus élevées sont les premiers à vous tricher. Enfin en avril 1844, nous apprimes que cinq de nos compatriotes avaient reçu leur pardon. Cette nouvelle causa beaucoup de joie aux uns et de la peine aux autres: Car ces derniers croyaient que la clémence de Sa Majesté s'était borné à accorder le pardon de ces cmq seulement ; et que les autres seraient jamais délivrés. D'autres enfin pensaient que le pardon avait été accordé à tous mais que nous n’en recevions la nouvelle que par section à la fois et à diverses époques. Ce fut un vif suiet de conjecture pour tous. Une circonstance inattendue vint fixer un eu: nos idées.-—Sur ces entrefaitesje reçus une lettre du Canada; qui m'annonçait comme une chose certaine, le pardon Ra a de tous les
prisonniers de la Nouvelle Gaile narceque l'on taisait en ce moment en Canada d’actives démarches en notre faveur et qu’il y avait toute apparence de succès. :La date de cette lettre’ nous convaimcait qu’on ignorait ici le pardon des cinq d’entre nous dont J'ai parlé plus haut. Enfin :le Jour que je reçus ma lettre nous apprimes que le pardon de vingt autres Canadiens étaient accordé :je n étais pas encore au nombre de ces vingt ; mais ni moi niles autres ne doutions plus que la même faveur ne s’étendit : prochainement sur les autres.—Qu’il ne s'agissait plus de plaisanterie ; que c'était une affaire sérieuse. : En effet le 24 Juin, l'on vint m’annoncer que mon pardon aussi bien que celui de tous les autres Canadiens était arrivé... Alors dès ce jour Je commençai avec plusieurs autres à. m'occuper de mon départ, et à trouver le plus promptement unpassage pour nous éloigner d’une terre: si pleine d’horreur pour nous.
LA Nouvelle Galle a aussi ses avantages comme tous les autres pays: ‘Son air très salubre
et son climat tempéré etagréable. Dans cepays
placé au milieu de l Océan, et dans les‘ régions, tropicales, le soleil est brûlant en été, il est vrai; mais la brise de la mer s’élève:sur les dix heures du matin et rafraichit tous les campagnes. L’huver-est Ja saison de l'année Ja plus agréable du monde ; rarement il y gèle et encore n’est-ce que de petites g gellés blanches dans l'intérieur et:sur les terrains élevés : ; il y tombe aussi un peu: de neige. L’hiver s'annoncent quelquefois par : des pluies accompagnées! de vents violents qui du:
sent souvent des mois entiers. Alors les cheins sont dans un si mauvais état qu’il en résulte souvent de grands désagréments surtout pour les voyageurs et pour les transports des produits de l’intérieur à Sydney et autres places d'embarquement : les produits consistent en laine, suif, grains etc. Le sol est très fertile dans l’intérieur, tous les grains et les végétaux de la meilleure qualité y croissent en abondance ; tous les fruits Européens, tels que les oranges, les citrons, les pèches, les poires, les pommes, etc. y viennent en profusion ; et comme de raison se vendent à bas prix.—Ce sol est encore très favorable à la vigne qui produit beaucoup d’excellent raisins. Mais malheureusement l’on n’a commencé que tard à s’occuper de cette culture qui aurait été et sera désormais une des plus grandes ressources du pays. Les colons Anglais y sont redevables de s’être ainsi adonnés à un objet si avantageux, à des Français qui, il y a quelques années sont venus s'établir en ce pays, ont inspiré aux habitans le goût de la culture de la vigne leur ont enseigné la manière de la cultiver et enfin d’en extraire un vin qui aujourd’hui est preféré aux vins qui viennent de Pétranger. On voit maintenant à la Nouvelle Galle, de Jeunes vignobles de trente, quarante, cinquante et soixante arpens en superficie.—La culture et le soin en sont toujours confiés à des Frençais les quels sons fort experts en cette branche : Pour les Anglais, ils n’y entendent rien.
La récolte des grains n’est pas aussi régulérement abondante que celle des légumes et des
fruits, Car la sécheresse exerce quelquefois de grands ravages. Il y a eu des années, où il n’a pas plu durant l’espace de neuf à dix mois. Alors tous les grains et l’herbe même brülaient avant d'arriver à maturité ; les ruisseaux, les puits, les citernes, les sources, tout tarissait ;et l’on a vu des milliers de personnes allér à’ plusieurs milles chercher de Peau pour leur propre usage. D’autres années, il arrive tout le contraire. Les pluies sont tellement abondantes et durables, que tout le pays est inondé durant plusieuts semaines, que tous les grains périssent en conséquence et qu’ilarrive beaucoup d’autres fâcheux accidents.—Par exemple des maisons, des étables sont renversées, des ponts et des clôtures brisés, des bestiaux noyés, etc. beaucoup de per-
sonnes y perdent même souvent le vie, toute € communication étant interceptée par les grands C amas d’eau. De manière qu’exposée à l’ün ou r à Pautre de ces fléaux, la récolte n’est jamais as- d surée. Le pays est plutôt un pays pastoral qu’un 0 pays de culture. La nature semblé Pavoir par- d ticulièrement destiné au premier objet: Aucun p pays ne possède autant de gras pâturages : les n bois sont remplis, d’un bout de Pannée à Pautre ti: d’une herbe abondante et toujours verte—aussi ve y voit-on des troupeaux immenses de bœufs, de pa chevaux et de moutons. Gest là la grande sour- te ce des richesses du pays et d’où découle la prin- ils cipale branche du commerce, Les bestiaux ne fai souffrent nullement des incommodités du climat; pe les froids ne sont pas assez grands pour qu’il ré
s'en apperçoivent. L’ombrage d'immenses forêts
les garantissent des ardeurs du soleil. Les pluies leur sont le plus désagréable; mais outre qu’elles ne sont que passagères, les animaux y sont tellement habitués, qu’ils n’en souffrent nullement. Après ces notions, il ne doit pas paraitre invraisemblable de voir des propriétaires posséder seuls de cinq à six mille chevaux, de quinze à vingt mille vaches, quatre-vingt à cent mille moutons, d’autres plus, d’autres moins, dont les bandes faiombrébles sont dispersées en différen: tes localités dans l'étendue immense de la Colonie. Après que la tonte est passée, lon voit per.dant plus de deux mois la laine descendre à plein chemin, tout eriballée et prêtre à être mise à bord ‘des bâtiments ; car c’est là le principal objet d'exportation, avec le bœuf salé, les peaux, le suif et quelques autres articles. L’exportation de ces objets à encore fort augmentée par suite de cette grande dépression dans toutes les affaires de la colonie depuis 1842, époque où les prix des bestiaux et de tous les produits Coloniaux ont subi un si grand rabais. Les propriétaires de ces immenses troupeaux n’en pouvant plus prélever assez de bénéfice pour payer même le nombre de serviteurs que Île soin de ces bestiaux requerrait ; les revenus mêmes de leurs vastes fermes ne pouvant pas non plus suffire pour payer la main-d'œuvre, et encore bien moins soutenir le luxe où vivent ces riches fermiers alors ils ont été contraint d’adoptèr le systéme de faire consommer les bestiaux pour le” suif et les peaux qu’ils exportaient en Angleterre, ainsi il réduisalent le nombre de leurs troupeatix, celui
de leur domestiques et conséquemment dimmue aient leurs dépenses. Aussi voyons nous descendre les bœufs et les moutons par milliers pour être consommés auprès .:e Sydney ou en toute autre place favorable à Pembarcatien, afin d’éviter les frais de transport.
Cette révolution dans les affaires commerciale de Ja colonie, est en partie due à la quantité d’émigrés qui sont arrivés en masse depuis 1841, tous gens pauvres, n’apjortant pas un sol dans le pays,.et comme de raison, partageant avec les autres ce qu’il y avait : ce qui amena la réduction du'salaire des ouvriers de toute sorte, la rareté de l'argent et: enfin la décadence de la Colonie.. Jusqu’alors les cultivateurs. et autres avaient eu lavantage d’avoir autant de prisonniers qu’ilsvoulaient à leur service n'ayant qu’à les nourrir et ne leur payant aucuns gages quelconques, c’est par là que commença l'ouverture de la Colonie, et que se fit la fortuae de tant de Bourgeois de la Nouvelle Galle, c’est à dire aux dépens des: sueurs et'des travaux de ces malheureux oui défrichèrent leurs terres sans qu’il leur en coutât un seul sou. |
Mais en 1841 la déportation des Bannis (convicts) de la Grande Bretagne et de ses Colonies à Sydney cessa' de manière qu’ils ne purent pas comme auparavant avoir la main-d’œuvre sans payer, Ils furent forcés de payer pour faire exécuter leurs travaux, et le produit des terresse donnant à bas prix ils ne purent soutenir le luxe dans lequel ils vivaient, aussi se trou-
vèrentils presque tous msolvables dans Pespace
ueesour:
ute éyi-
iale d’ 20 341, lans cles luc- \ra- Cotres sonu’à uel-
ure
t de aux mal-
u’il
nnis Copuœuour des iteou-
#e deux ans. Le pays reçut alors son émancipation et {ut doté d’une constitution ; mais cette taveur n'avait pas encore apporté, à l’époque de notre départs, aucun changement à laffreuse condition d’une foule d’émigrés et d’autres de la classe ouvrière qui encombraient les chemins et les rues criant misère à haute voix faute d’emploi. (Ceux qui étaient employés criaient aussi contre la réduction de leurs salaires ; ainsi: c’était un cri de misère générale d’un bout à l’autre de la Colonie. Les choses en étaient à
ce point critique quand nous en sommes partis.
es à