JUILLET
(La liberté de la presse, à propos de l'attentat Fieschi.)
Depuis longtemps, la liberté de la presse, qui est le pivot de tout gouvernement libre, gêne les hommes qui administrent la France; depuis longtemps, ils la menacent, et ils cherchent une occasion où ils puissent en sûreté y porter atteinte. Ils espèrent que la commotion morale qu'ont donnée les meurtres du 28 juillet leur laissera la faculté d'accomplir des projets longuement médités. C'est ainsi que la Restauration profita de l'assassinat du duc de Berry pour obtenir des lois qui lui permissent de se livrer à ses penchants et à son système. Elle obtint tout ; mais quel fut le résultat définitif de ses succès contre-révolutionnaires ?
L'attentat du 28 juillet suggère certainement de graves ot tristes réflexions; mais, chez certaines gens, cette disposition a fait aussitôt place au désir d'exploiter le sang versé et l'émotion générale. Accuser la liberté de la presse et les autres garanties qui nous restent encore, des meurtres qui viennent d'être commis, est d'une insigne mauvaise foi, et ceux qui invoquent le plus haut de pareils arguments
— iSO -
s'y trompent moins que personne. Il n'est pas une seule des raisons mises par eux en avant qui ne puisse être rétorquée ; il n*est pas un des événements malheureux qui ont affligé la France depuis cinq ans qui ne puisse être logiquement imputé aux actes mêmes du gouvernement avec bien plus de justice qu'au régime de liberté toujours contestée sous lequel vous vivons.