NOVEMBRE. X
Chaque jour nous faisons effort sur nous-mêmes
pour modérer Findignation et le dégoût que nous inspirent les ignominies dont nous sommes les témoins impuissants. Nous savons avec quelle ardeur on recherche tout ce que notre polémique peut avoir dépassionné pour s'en faire une arme contre notre cause.
Ici le National raconte qu'on a saisi le gérant de V Émancipation, le rédacteur en chef de V Aspic, le gérant de rUtilitaire, et ajoute :
....Qu*espérez-vous donc de ces infamies, haïsseurs stupides? Est-ce donc pour le seul plaisir de torturer des adversaires désarmés que vous vous abandonnez ain^i sans pudeur aux aveugles conseils d*une rancune intraitable.
Ah! certes, ils seront bienvenus, maintenant, à
dénoncer la violence de leurs ennemis! Quelle violence égale la leur, et qu'on nous dise si jamais un pouvoir a jusque-là poussé le cynisme de la haine? Un de leurs journaux s'indignait ce matin de la férocité de ce général espagnol qui voulait faire fusiller par derrière un partisan pris les armes à la main. Ce journal avait raison : dans les guerres civiles, il peut être permis de fusiller son ennemi, les lâches seuls osent ajouter au meurtre les apparences du déshonneur. £t que font-ils cependant? pis peut-être que ce Zurbano, qu'ils flétrissent. Ayez donc le courage de vos criminelles rancunes! Ne comptez plus sur Tair empoisonné des cachots, qui peut n'être pas suffisamment effi* cace sur de robustes constitutions.
. Mais vous avez mal calculé, sophistes sans cœur. L'6ph4pn publique discernera parmi les bourreaux et les victimes"^^^ux qu'elle doit flétrir : vous serez flétris comme le furent les ignobles bourreaux de Magallon, et nous vous l'affirmons !
Quand viendra le jour des redressements, il ne se trouvera pas; une voix pour laisser tomber sur votre tête pâle de peur Théroïque pardon de Pym.
Nous avons raconté ce matin, d'après le Journal
du Peuple, les incroyables motifs de Tarrestation de V.Dupoty. On voit, par là, ce que c'est que cette justice de la oour de6 pairs et sur quels vains prétextes il est possible i|ujoiard'hui, en France, de retenir nn citoyen pendant 52 jours au secret sans compter les jours qui suivront.
On découvrira peut-être quelque chose, dit-on! Ah! vraiment! on découvrira pet*M<r«.' Quelleest donc, s'il vous plfidt, aujourd'hui, la personne la plus étrangère à la Bépu* blique sur le compte de laquelle on ne découvrirait pas peut-être quelque chose en cherchant bien?
Mais non, vous le savez, — vous n'avez rien à découvrir. Tout ce que vous saurez, vous le savez. Comme votre prisonnier n'avait rien à dissimuler, — en ce qui le concerne» t— il vous a tout dit, vous savez tout.
Que signifie donc aujourd'hui la prolongation inouïe de ce secret? Ce quelle signifie? le voici : Vous avez honte ¥oti&*mémes de Tacte odieux et arbitraire que vous avez oommis ; vous n'osez pas avouer avec quelle insolence vous vous jouez de la liberté des citoyens, et vous espérez toujours que ée voire odieuse procédure rejaillira quelque souillure &ar la presse. Vain et misérable calcul! Conduisez ks journalistes par les chemins, la chaîne au cou, essayez de les river. à une complicité détestable, peu importe;
vous n'abuserez personne, et, au lieu d'affaiblir la pressé, TOUS la rendrea d*autaut plus puissante que vous fai persé^ cuterez davantage.
dSNOVKMBM.
Vraiment, tout ceci est incroyable. On a publié
récemment un livre intitulé : Précédents de la Cour des Pairs. ^ovis engageons vivement Tauleur, s'il lui arrive de faire une nouvelle édition, à n'y point parler de ces 38 jours de secret où Ton a retenu M. Dupoty. Personne, assurément, n'y voudrait ajouter foi, et cela discréditerait le reste.
Cela est vrai, pourtant, sur cette lettre cent mille fois absurde si elle n'est pas cent mille fois infâme, on a b&ti tout un échafaudage de complicité. On a suspendu sur la tête d'un citoyen recommandable une accusation infamante; on Ta privé de sa liberté, on Ta violemment arraché à ses amis, à ses affaires, à ses relations. Et tout cela pour en venir à déclarer que Von s^en rapporte à la sagesse de la cour.
M. Dupoty aura été pendant 40 jours au secret, onTaura représenté pendant 40 jours comme le complice d'un assassin, pendant 40 jours, ceux qui ne le connaissaient pas auront pu dire : Mais, enfin ^ paisquon V arrête, il faut bien pourtant qu^il y ait quelque chose ! et il aura été confondu, lui, rhomme intelligent et loyal, avec un vulgaire misérable; et il n'obtiendra pas de réparation!