EXTRAITS DU NATIONAL
Ah! certes, ils seront bien venus maintenant de dénoncer la -violence de leurs ennemis ! Quelle violence égale la leur, et qu'on nous dise si jamais un pouvoir a jusque-là poussé le cynisme de la haine.
National f 10 novembre 1841,
(Attentat Quénisfiet.— Mesures prises contre la presse. — ArrestaUon de Dupoty, etc.)
« Notre conviction profonde, la voici en un mot : c'est « que le jour où Ton abolirait les lois de septembre, nous « ne serions pas loin de la censure ou de quelque chose de « pis que la censure. ))
C'est en ces termes que le journal de la cour termine un long article en Thonneur de cette législation exceptionnelle qui naquit aux plus mauvais jours d'une réaction furieuse. Nous avons enfin Taveu naïf des bonnes intentions du système enveis la presse. Ou les lois de septembre ou la censure^ ou quelque chose de pis que la censure; c'est-à-dire la destruction expresse de toute liberté d'écrire.
Ceci est net et précis et nous en prenons acte ; mais que les Débats portent aussi notre réponse à leurs patrons.
Il y a un peu plus de onie ans^ il y avait au pouvoir un roi et des ministres qui se flgurèrent que, malgré la Charte et malgré les institutions, ils pouvaient imposer à la presse et au pays quelque chose de pis que la censure. L'expérience fut faite, la presse répondit au défi, et trois jours après les faiseurii d'ordonnances étaient ignominieusement chassés du pays.
Si le sys4ème a oublié cette histoire, nous prenons la liberté de la lui rappeler ; et s*il veut recommencer, s'il rêve encore la censure ou quelque chose de pis, qu'il se passe sa fantaisie. Peut-être nous fournira-t-il Toccasion d'avoir la nôtre.
Quels qu'aient été, quels que puissent être à Favenir nos débats avec la Presse, nous devons lui rendre la justice de dire qu'elle n'a, du moins, jamais provoqué ni excusé les violences et la persécution du pouvoir envers les journaux. Elle n'a jamais non plus approuvé ou défendu les lois de septembre
Nous demandons à M. Martin (du Nord) de
croire qu'il peut y avoir un peu plus d'adresse et de logique dans une réfutation dn National par la Presse, que dans cette espèce de gourdin nommée saisie, dont il a si brutalement armé ce qu'il appelle très-improprement sa main de justice.
Qu:^^lle misère! quelle pauvreté dans ces sots
plagiats de tous les pouvoirs condamnés par Topinion publique : Est-ce qu'il n'y a pas 25 ans que l'on redit les
mèiiMss ImprécstioM coAlr« !a presse; est^cè que cé tt*e!d pas la preise qm a fait rinsurrection de Didier en 1816; toutes les conspirations de 1817 à 1820? Est-ce que ce n'est pas la presse qui à créé Louvel et tué ie duc de Berrj? Est-ce que ce nVst pas la presse qui a été coupable de toutes les attaques dont s'est plaint la branche adnée? Celleci a eu pourtant la censure; elle a eu des échafauds; elle a fait tomber bien des têtes! Qui avait tort, au fond, de la presse ou de la branche slnéet La Restauration voulait-elle bien réellement la Cbarto , les institutions garanties par la Charte? Voulait-elle, non pas développer, mais seulement tolérer ces idées, ces habitudes, ces besoins nouveaux , ces forces nouvelles qui avaient été créés par la révolution?
Non assurément ; et quand la presse le disait et le prouvait, la presse était une balistSy un poison , un charbon qui noircissait quand il ne brûlait pas. Nous ne datons pas d'aujourd'hui pour ces luttes ; nous avons lu et entendu. Dieu merci ! assez de déclamations furibondes contre la presse de la Restauration; nous avons assisté à d'assez monstrueux procès, nous avons vu les mêmes accès d'emportement et les mêmes extravagances contre les écrivains et les écrits.
La tin, la connaissez-vous? Quand l'opinion publique a été convaincue que le pouvoir voulait tuer la presse, savezvous ce qu'a fait l'opinion? Savez- vous pour qui elle a pris parti? Savez-vous comment la presse a compris ses devoirs, comment elle les a remplis?
Nous connaissons toute la force que vous donne la législation existante, mais nous savons aussi que si vous avez dans les mains les moyens les plus terribles pour contenir, le législateur n'a pas voulu vous donner ceux de conrisr|uer. La conGscation est abolie par la Charte et ne peut
pas plus être rétablie que la censure. Si donc vous voulez sortir de la Charte, le devoir de la presse tout entière est de vous y ramener; notre devoir, à nous, sera de demander à toutes les lois une garantie quelconque, un moyen de réparation contre ces abus de pouvoir qui donnent à vos persécutions injusticiables un véritable caractère de spoliation et de destruction.
â5 SEPTEMBRE.
Voilà cinquante ans qu'à travers tous les gouvernements et toutes les révolutions, le pays aspire à conquérir la liberté de la presse. Les mœurs la réclament, Tétat de la société la rend nécessaire, les partis vainqueurs eux-mêmes qui veulent aujourd'hui l'affaiblir ou la détruire, sont trop heureux de la retrouver au jour où ils sont vaincus. La Charte Ta instituée ; toutes les autres libertés sont sans vigueur, sans garantie, sans durée possible, si celle-ci leur manque.
Comment se fait-il donc que nous en soyons encore à lutter, à combattre, pour soutenir, protéger le droit que nous avons dex primer publiquement notre pensée?
Ceux-là qui réclament Tinstitution des tribunaux politiques, qui veulent la dictature, qui rêvent la destruction de la presse , ne sont pas seulement de mauvais citoyens , ce sont tout bonnement des imbéciles. Tribunaux politiques, dictature, censure, n'ont jamais sauvé les pouvoirs condamnés.