PRÉFACE
est arbitraire, qu'à Rome il faut vivre comme les Romains, et que les pays les plus sauvages ont aussi leurs mœurs, auxquelles on est obligé de se prêter un peu, tout en s'efforçant de les modifier, ou de les détruire. Mais j'eus l'occasion, à Paris, de me rencontrer avec quelques-unes de nos célébrités de la littérature et de la science ; on me fit raconter mes voyages au Texas et au Mexique ; on écouta ces récits avec un intérêt dont je ne les supposais pas dignes, et l'on me pressa de les publier dans toute leur naïve simplicité. Voyant dans cette publication un but d'utilité pour les Missions étrangères, j'ai cédé enfin à ces bienveillantes sollicitations.
Malgré les lettres intéressantes des missionnaires recueillies dans les Annales de la Propagation de la Foi, je me suis aperçu que la vie des prêtres qui se dévouent sur les plages lointaines à la propagation des lumières de l'Évangile et à la civilisation des peuples plus ou moins barbares ou ignorants, n'est pas connue en Europe comme elle devrait l'être. Les missionnaires, malgré des efforts prodigieux d'industrie, de désintéressement et de courage, meurent à la peine dans les glaces du Nord ou sur le sable des déserts, après avoir épuisé leurs forces en travaillant au bien-être moral, religieux et physique de l'humanité, sans que leurs compatriotes fassent des efforts sérieux pour les aider dans cette œuvre admirable,
PRÉFACE. Xr
qui fait bénir le nom français par tous les peuples, et dans toutes les langues, car il ne faut pas le nier, l'œuvre des missions, quoique universelle et catholique avant tout, est éminemment française : les neuf dixièmes des missionnaires sont Français.
Les personnes religieuses me diront sans doute: Les sommes que la Propagation de la Foi distribue aux missions, ne sont-elles donc pas suffisantes? Non, mille fois non; elles sont comme le grain de sénevé qui devient un grand arbre : mais, si ces sommes étaient proportionnées à la grandeur de l'entreprise, elles produiraient des résultats plus importants et plus féconds ; la vie du missionnaire ne serait plus une lutte continuelle contre des besoins impérieux et multipliés, qui ruinent ses forces en peu de temps, et qui l'obligent à dépenser pour subvenir à son existence naturelle une énergie qui est à peine suffisante pour faire l'éducation des peuples qu'il évangélise.
Dans la première partie de mon Journal, je m'attache davantage à mettre en relief la vie privée du missionnaire, ses épreuves secrètes, ses souffrances morales et physiques. Je ne fais qu'effleurer les sujets qui n'ont pas un rapport direct avec cette existence bizarre et sans cesse menacée.
Dans la seconde partie, je me limite à une description des mœurs, coutumes et usages des populations américaines et mexicaines qui habitent les deux rives du Rio-Grande. Quoique je me sois