‹ Journal d'un missionnaire au Texas et au Mexique (volume 3)Chapitre 2 sur 33 · DÉDICACE. VII · texte numérisé non relu

DÉDICACE. VII

Permettez-moi^ Monseigneur^ (Hnscrire votre nom vénérable à la tête de cet ouvrage.

Agréez, Monseigneur, Tassurance du profond respect avec lequel j"ai Phonneur d'être

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Em. domenech.

Prêtre-missionnaire.

PRÉFACE

Je n’avais jamais songé à livrer à la publicité les souvenirs intimes de ma carrière de missionnaire. J’aime le silence et la solitude ; je ne voulais pas me mettre en évidence et j’avais une certaine timidité à faire connaître les idées et les sentiments qui m’accompagnaient partout, au milieu des immenses prairies du Nouveau Monde , dans les forêts vierges et inhabitées, sous le chaume de l’émigré, et dans la cabane du Mexicain. J’étais si jeune, quand je me consacrai à l’Église militante de la mission, et je sentais alors si vivement, que mes impressions avaient dû naturellement, à cette époque, se multiplier et prendre le caractère des circonstances qui variaient chaque jour. Je craignais aussi le jugement de bien des gens, qui mesurent les hommes et les choses d’après le cercle étroit de leurs habitudes et de leurs préjugés personnels, et qui se font ainsi une opinion plus ou moins fausse des missions et des missionnaires, sans réfléchir que cette façon de voir et de juger

est arbitraire, qu’à Rome il faut vivre comme les Romains, et que les pays les plus sauvages ont aussi leurs mœurs, auxquelles on est obligé de se prêter un peu, tout en s’efforçant de les modifier, ou de les détruire. Mais j’eus l’occasion, à Paris, de me rencontrer avee quelques-unes de nos célébrités de la littérature et de la science ; on me fit raconter mes voyages au Texas et au Mexique ; on écouta ces récits avec un intérêt dont je ne les supposais pas dignes, et l’on me pressa de les publier dans toute leur naïve simplicité. Voyant dans cette publication un but d’utilité pour les Missions étrangères, j’ai cédé enfin à ces bienveillantes sollicitations.

Malgré les lettres intéressantes des missionnaires recueillies dans les Annales de la Propagation de la Foi, je me suis aperçu que la vie des prêtres qui se dévouent sur les plages lointaines à la propagation des lumières de l’Évangile et à la eivilisation des peuples plus ou moins barbares ou ignorants, n’est pas connue en Europe comme elle devrait l’être. Les missionnaires, malgré des efforts prodigieux d’industrie, de désintéressement et de courage, meurent à la peine dans les glaces du Nord ou sur le sable des déserts, après avoir épuisé leurs forces en travaillant au bien-être moral, religieux et physique de l’humanité, sans que leurs compatriotes fassent des efforts sérieux pour les aider dans cette œuvre admirable.

PRÉFACE

qui fait bénir le nom français par tous les peuples^ et dans toutes les langues, car il ne faut pas le nier, l’œuvre des missions, quoique universelle et catholique avant tout, est éminemment française : les neuf dixièmes des missionnaires sont Français.

Les personnes religieuses me diront sans doute r Les sommes que la Propagation de la Foi distribue aux missions, ne sont-elles donc pas suffisantes? Non, mille fois non; elles sont comme le grain de sénevé qui devient un grand arbre : mais, si ces sommes étaient proportionnées à la grandeur de l’entreprise, elles produiraient des résultats plus importants et plus féconds ; la vie du missionnaire ne serait plus une lutte continuelle contre des besoins impérieux et multipliés, qui ruinent ses forces en peu de temps, et qui l’obligent à dépenser pour subvenir à son existence naturelle une énergie qui est à peine suffisante pour faire l’éducation des peuples qu’il évangélise.

Dans la première partie de mon Journal, je m attache davantage a mettre en relief la vie privée du missionnaire, ses épreuves secrètes, ses souffrances morales et physiques. Je ne fais qu’effleurer les sujets qui n’ont pas un rapport direct avec cette existence bizarre et sans cesse menacée.

Dans la seconde partie, je me limite à une description des mœurs, coutumes et usages des populations américaines et mexicaines qui habitent les deux rives du Rio-Grande. Quoique je me sois

PRÉFACE

borné à présenter des observations personnelles et à narrer des faits qui se sont passés autour de moi, on peut appliquer mes remarques non-seulement à tous les États nouveaux de l’Union américaine, mais encore à la plupart des États du centre et de l’ouest de l’Union.

Mon livre, dans lequel on reconnaîtra, je l’espère, un homme impartial qui ne raconte que ce qu’il a vu, entendu et éprouvé, attirera peut-être les regards complaisants de ceux qui aiment les vrais et naïfs récits; comme la violette des bois, il n’a d’autre charme que le doux parfum de la vérité ; comme la fleur printanière, il n’aura peut-être qu’une durée éphémère; mais qu’importe à un être souffrant et sauvage la gloire du monde ! Je ne regretterai rien en rentrant dans le calme de ma solitude, si j’ai pu éveiller dans le coeur de quelques âmes généreuses un sentiment de pitié et de charité pour ces pauvres missions chrétiennes auxquelles j’ai sacrifié les plus belles années de ma vie, sentiment qui ne saurait être stérile et dont les fruits sont aussi suaves pour celui qui les donne que pour celui qui les reçoit.

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