CHAPITRE PRËHI&R
MON VOLONTABIAT
NoQ, je ne me destmais pas à la cambre des ■riii««. J« préfère l'avouer dit la première ligae de ce journal, afin de ne tromper personne.
Mon ambition ne ae tournait pas Teri l'uniforme, quelque brillant qu'il fût. Mes nuits n'élaieut jimaia hantéeB par la viaion d'un coquet aoualieutenant, passant sur le trottoir, en frisant sel moustaches, ou laissant trainer son sabre et ré-
sonner ses éperons, sous les regards amoureux des jeunes demoiselles en quête d'un mari, ou sous les œillades provocatrices des petites dames en quête... d'autre chose. Jamais le désir de porter le sabre n*avait modifié mon appétit. La vue d*un pantalon rouge me laissait mon entière lucidité d'esprit !
Quand Toccasion se présentait, j'admirais, comme tout le monde, la marche fière d'un régiment qui passait avec clairons, ou trompettes, tambours et musique en tête ; mais j'avais beau être chauvin, j'avais beau me croire bon patriote, mon chauvinisme n'allait pas jusqu'à vouloir me faire porter les godillots et la culotte rouge, simplementpararaour du métier. Sitoutle monde doit avec justice être soldat en temps de gueri'e, chacun ne peut, en temps de paix, passer sa vie sous l'uniforme. Il y en aurait vraiment trop. On ne songera donc pas, je l'espère, à considérer comme un crime d'avoir pour l'uniforme une admiration toute platonique, non une vocation irrésistible.
C'était peu de temps après la guerre. Les ruines étaient encore fumantes. L'horison s'éclaircissait, tout en laissant des lueurs d'incendie. Au Parlement, on avait voté la loi de 1872, et l'on commençait à poser les bases d'une solide réorgaoisation de l'armée. D'aucuns prétendent que l'on en est toujours à cette opération fondamentale. Pour ma part, je n'en crois rien.
Nous avons été si souvent conviés, par la dou-
zBÎDe de minialrea qui ta sont succédé, à la solennité d'une iuaagaration, que tout parti pria mis de côtd, les esprits impartiaux peuTent, sans Atro Iai4s d'exagération, croire la première pierre déHnitiTamenC posée. Passons. Aussi bien, ce sont des cboses trop sérienaea ponr moi. Je n'y entends rien et je les absadoime à d'autres plus compétents. lia ne sa plaindront pas dR ce que la mariée □'est ni assez belle, ni assez plantureuse.
Moi, je veux rechercher de préférence les anecdotes amusantes et les faits publics. Cea derniers me semblent même indispensables. Le conteur, trop souTent, néglige d'en parler. Aussi y a-[-ildes chances pour, qu'un jour, ci tout le monde a sn, tout le monde l'igi
Par exemple, on nousatousiaitiésdans ^.j notre jeunesse aux mystères de la vit TéBdesdouieCéaars,elaumiliendeRo-, me, chacun se demande aujourd'hui' ment s'est Torméa au grand jour cette montagne de pots cassés qae l'on appellt le Testaccio.
J'avais dix-neuf ans alors. Levolontariat, après avoir montré le bout de son oreille, la montrait maintenant tout entière. Je ne m'en préoccupais pas outre mesure. Un diplôme de bachelier gagné à griud'peine avec des alternalives de noires et de rouges, ne laissant d; place qu'A, une haute dose de bienveillauce de la part de mas examinateurs, me mettait k couvert pour le volontariat. J'étais certain de mon admission. Il suffisait de
me faire inscrire. Aussi, tout en suivant avec douceur les premières leçons de droit, je me tenais au courant des ordres frais sortis des bureaux |
de la rue Saint-Dominique, afin de me faire ius- ^
crire en temps opportun.
Opportun I Le mot était déjà connu. Malheureusement, sij*en avais appris Torthographe et la signification, je ne sus pas rappliquer. Au mois de mars 1873... Est-ce bien au mois de mars? Oui... Et puis, qu'importe la date! Pas plus que les noms, je ne veux m'en souvenir.
Mal passé n'est que songe, et je ris trop aujourd'hui de mes larmes d'alors, pour en vouloir à ceux, botes ou gens, qui ont pu les causer.
Au commencement de cette année, un décret présidentiel ou ministériel avait été affiché dans toutes les mairies, publié dans tous les journaux, y compris l'officiel, et crié à son de caisse dans les communes pourvues d'un garde champêtre sachant battre du tambour. Dans les autres, on l'avait fait connaître à son de cloche.
Le paragraphe neuf disait : « Tout candidat <c au volontariat, porteur d'un diplôme de bâte chelier ou... autre, n'aura qu'à se faire ins- « crire à la mairie de son arrondissement avant « le premier septembre de la dite année. »
Il est admis sans autre forme de procès. C'était clair, précis. L'ombre d'un doute ne pouvait subsister même dans l'esprit du jurisconsulte. Je me trouvais dans ma dernière année avant mon volontariat. La chose devenant néces-
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saire, mon parti était pris. Je me bornai, pour ne pas être en retard, à noter sur mon carnet au milieu d*une feuille très en Tue : « Me faire inscrire avant le 15 août!,.. » .
Cette précaution prise, calme, confiant, satisfait de moi-même et de ma résolution virile, je laissais les jours s*écouler, sans leur demander autre chose que ce qu'ils voulaient bien m'apporter, n'escomptant le lendemain que pour ne pas trop me fatiguer dans le présent, et ne m'occupant pas plus de la politique que des questions financières, excepté quand ces dernières se rattachaient à une demande de fonds faite à ma famille, par avance sur le mois suivant. La politique !... Je n'en avais nul souci. Et pourtant, à cette époque, c'était bien amusant de voir ce qui se passait tous les jours dans la boîte où j'avais terminé mes études classiques et où je commençais à torturer le droit romain.
Entre trois et six heures, quatre messieurs. . . tout de noir habillés, se réunissaient dans le salon. Là, gravement, sérieusement, sans rire, ils complotaient de renverser le gouvernement pour se mettre à sa place.
Ces quatre conspirateurs étaient : le chef de l'institution : un homme remarquablement instruit, d'une morale facile, frisant le chevalier d'industrie, et portant une bague sur laquelle se trouvait gravée cette devise : Nocte perambulans. Il était somnambule. Voilà pourquoi il conspirait.
Un journaiUte jaune, smbitleui, blond et barbu, ajaat du tempérament, une plume railicale et des allurea ultra aristocratique!, donnant des poignées de mains aux frères et amis, mais allant iiiwitôt après ee laver dana une cuvetla mplie d'eau parfumée. — e les nettoyant, is sales ! Un po- 1 litique militant. L'auteur d'un vo- I lume surTAmérique. Le secrétaire, le confident et, dit-OD, le cond'un personnage très grand '■r nu propre et au figuré.
Enfin, le personnage lui-même. Un prince I... Un prince vrai, eo chair et eu os. Le prince... Quand il était beaucoup plus jeune, le général comte de la Rochepoucbiii, alors au service des Bonrbons, en Italie, l'a poursuivi peodant quinze mois à travers toute l'Europe, pour le forcer k b« battre avec lui. Il l'a rattrapé enâo à Marseille. Alors, il s'est battu.
Et cba^e jour, ces quatre carbonari se réu-
autre à pied, celui-ci en modeste fiacre. La séance terminée, après des conciliabules fort longs oii les portes bien cloaes et les rideaux bien fermés nous empêchaient, malgré nos désira, de rien voir et rien entendre, ces messieurs sortaient par la grande ou par la petite porte et s'en allaient avec les allures inofi'eusives de paisibles bourgeois, monter ou descendre lei
Champs -Élysëes situés à quelques pas. Ma « boite » se trouvait avenue Marbeuf. Si les électeurs radicaux et lyonnais du journaliste avaient su qu*il pactisait avec un prince, qu'auraient-ils dit lorsqu'il s'est présenté à leurs suffrages ! Peut-être eussent-ils brisé le veau d*or? Heureusement ils ne Tont jamais su et ce n'est pas moi qui leur dévoilerai ce secret. Le plus amusant pour nous n'était pas de voir ces messieurs entrer, sortir et s'enfermer avec le plus grand soin, pour former entre eux les bases d'un gouvernement qui aurait au moins satisfait quatre personnes... puisqu'ils étaient quatre, c'était de voir notre pension entourée de mouchards.
Ils avaient beau changer souvent de costumes et de visages. Après quelques jours d'une étude approfondie, nous avions fini par les reconnaître.
Cette surveillance occulte avait une sorte de charme particulier, mystérieux. Avec un peu d'imagination, nous pouvions croire qu'il, s'agissait de nous. Cela nous grandissait à nos propres yeux. Il/semblait que nous faisions partie de la conspiration et que, nous aussi, on nous faisait l'honneur de nous filer comme de simples prétendants. Quand nous sortions, — ceux qui avaient délaissé Tacite pour Justinien étaient complètement libres, — nous longions les murailles avec des airs de condottieri.
A chaque instant, nous tournions la tête pour
nous assurer si personne ne suivait nos pas et, si, par hasard, ce qui arriva deux ou trois fois, un des employés de M. le préfet de police, nonveau dans ce service délicat d'espion, volait l'argent des fonds secrets en nous prenant pour ce que nous n*étioQS pas et en nous filant avec ruse, notre bonheur était complet.
Cependant ce bonheur d^étre filé, quoique très vif, était encore beaucoup moins intéressant que d^entendre raconter, par deux ou trois de nos camarades dont la famille était alors, et est restée, je crois, en délicatesse avec le prince dont il s'agit, des anecdotes fort irrespectueuses sur sa personne.
Ma pension comptait, parmi les cinq ou six élèves de mon âge, un duc et un baron.
Uun avait eu son père longtemps ministre, toujours puissant, précieux au soleil levant de Tempire, mort avant son déclin.
L'autre avait également vu le sien à la tète des affaires publiques, ministre ou à peu près, président ou vice-président d'une grande assemblée, fidèle toujours, dans les succès comme dans les revers. Tous les deux en savaient longl Ils avaient entendu raconter dans leurs familles passablement d'histoires drolatiques et ils se faisaient un véritable plaisir de nous en régaler.
C'est ainsi que j'ai appris... Mais assez d'indiscrétions comme cela. Je viens de me laisser entraîner sur un terrain beaucoup trop glissant. Il est temps de m'arréter. Je n'ai pas l'intention
d'être sérieux, Teaaui me prendrait moi-môme à la gorge.
J'en ai fini avec la politique. Ces quelques lignes me semblaient nécessaires pour expliquer comment il se fait que, grâce à cette conspiration en robe de chambre, aux agents de la police et aux anecdotes racontées par mes camarades, j'oubliais l'approche de plus en plus menaçante de mon volontariat.
Gomment je ne m'occupais en aucune fa^on du ministère et du président à calotte, remplacés l'un par un ministère à peu près semblable, l'autre par un président qui, cette fois, portait le chapeau à plumes. Gomment je n'eus pas connaissance d'une nouvelle circulaire du nouveau ministre de la guerre concernant les volontaires et révoquant les ordres contenus dans celle si bien notée sur mon carnet.
Gette circulaire, élaborée par le nouveau ministre sitôt son entrée en fonctions, différait en tous points de l'ancienne. Il fallait bien se faire la main en donnant des ordres contraires à ceux édictés par par un prédécesseur. Enfin, cela était nécessaire pour expliquer comment le temps passa rapide et plus rempli que je. ne saurais le dire.
C'était aussi l'époque de ma première liberté dans Paris. — Depuis cinq ou six mois-seulement, mon diplôme de bachelier m'avait donné la clef des champs. J'en jouissais. Excellent diplôme, il m'a semblé bien difficile à conquérir et c'est
la »euU chose qu'il m'ait jamiii n Combien 1« pouèdenl et ae peuvenl n en dire sntanl I
Donc, ma Toici an moii d'août. L'époque bénie dei Tacinees, oli les écoles ae ferment, ob le» profeiMura te repoaeot pandant que les écoliera ae faligneut; oii les livrei et les cahiera, relégué» avec dédain dana lei profoudeun d'un vaite pnpitre, attendent, en ae couvrant d'an* couche de pouBBÎère, le retour de l'enfant prodigue. Oii ponr tout le monde, — leapareolseiceptéa, si les vacaaces aoDt trop longues, — le ciel aembleplua bleu, le soleil plus brillant, les fleura plus parfumées, la rie plus belle et plna beureute. Où enfln, te collégien, à la tunique trop longue et au pantalon trop court, fume en cachette sa première ci- ^■tretta et elTenille avec une cousine sa preiiiiére marguerite, dont le souvenir lui causera à la rentrée bien des distractions fAcheuses pour l'étude bienfaisante de la philosophie.
— Encore unmoîs avant mon inecriptioD pour le volontariat, me disais-je, en comptant sur le décret du ministre déchu et ne connaissant pas assez les hommes pour prévoir ce qu'avait fait le nouveau-venu ; j'ai le temps.
Souvent mon père m'avait rappelé la date fatidique de mon volontariat.
— Jusqu'au premier septembre, lui avais-je affirmé. Confiant de mon affirmation, il ne m'avait cru qu'après s'être assuré lui-même. Ayant lu, de ses yeux lu... ce qui s'appelle lu, il avait noté sur son. agenda tout comme moi : « Se faire inscrire avant le premier septembre. » Seulement, lui non plus, malgré son expérience, ne s'était pas préoccupé à ce point de vue du nouveau ministère. Tranquilles, nous dormions l'un et l'autre sur un volcan. Le gouflre béant devant moi m'attendait pour m'engloutir et j'y marchais gaîment sans deviner. Alors que déjà j'élaborais l'exorde de ma première plaidoirie, et que, devant ma glace, je tâchais d'harmoniser mes gestes avec mes paroles. Godillot fabriquait ma tonique et mes bottes de cavalier.
Giret, le seul, le vrai, le grand, Tunique tailleur de Saumur, préparait, pour me séduire, ses plus jolis draps noirs et garance ofl*erts avec un sourire des plus engageants. Les adjudants s'assuraient si les serrures de la salle de police n'étaient pas rouillées. Le préposé des lits militaires, — marchand de puces, pour l'intimité, — comptait les paillasses et les matelas nécessaires aux... jeunes. Moi, je ne voyais rien et je ne savais rien et je ne songeais à rien autre chose qu'à passer le mieux du monde ce dernier mois de liberté avant d'aller me faire inscrire pour mon volontariat.
Nous partîmes, mon père et moi, sur les plages normandes. Courant de Rouen au Havre,
du Havre à Ronfleur, de Ronfleur à Cabourg, en courtisant au passage Trouville et Villers. Puis, sautant dVn bord sur Fautre, nous revenions vers la fin du mois, par la même route, non sans avoir séjourné à Étretat où les fiUes des roses, plantées jadis par Alphonse Karr, s^étaient faites si belles pour nous recevoir et nous retenir, que nous avions prolongé notre séjour jusqu'aux limites du possible. A tel pbint que notre voyage payé pour revenir, il restait juste un timbre-poste dans le porte-monnaie de mon père. Nous évitions ainsi la crainte des voleurs. Le joyeux retour!
Nous rapportions de la mer une sorte de griserie qui nous restait malgré Téloignement. L'oreille percevait encore le bruit de la vague. Les yeux cherchaient au loin les voiles égarées. Seulement à l'arrivée dans Paris, le sérieux reprit ses droits.
— Quand iras- tu te faire inscrire? me demanda mon père en me quittant. — Demain, lui répondis-je.
— Tu as raison. Puisque c'est nécessaire, mieux vaut prendre l'avance. Tu as encore plus d'une semaine, mais ce sera chose faite.
Le lendemain!... Le lendemain, j^allai tout d'abord au bureau de recrutement de la rue Saint-Dominique; là-bas, à l'extrémité de la rue, au Gros-Caillou, et ce que j'appris!...
Quand aujourd'hui, je me rappelle cela ; quand je revois mon effarement, mes gestes indignés
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et tragiques ; quand j'entends mes cris de colère et mes imprécations douloureuses, je ne puis m*em pécher de sourire. Je devais avoir une drôle de tête et je pardonne à tous les scribes des bureaux pris du besoin subit et violent de me rire au nez, comme ils Tout fait. Je n'avais guère envie de rire!...
— Pourquoi tant vous désoler ? me dit enfin un officier d'administration avec beaucoup de politesse, vous ferez votre volontariat Tannée prochaine.
— Impossible, monsieur, j'ai vingt ans, c'est ma dernière année !... — En effet, c'est fâcheux pour vous, je comprends votre ennui, mais... nous n'y pouvons rien. Au mois d'avril, une circulaire donnait, il est vrai, aux jeunes gens dans votre condition, jusqu'au premier septembre pour se faire inscrire, mais les nouvelles instructions du quatre juin ont changé ces dispositions. Les inscriptions sont closes depuis le premier août. Nul n'est censé ignorer la loi... vous le savez. — Adressez-vous au ministre !
Là-dessus, un salut très poli, un sourire moqueur des jeunes soldats d'administration, fort amusés par ma figure d'enterrement et... me voilà parti, avec des bleus au bras à force de me pincer pour m'assurer si c'était bien à moi, non à un autre, qu'arrivait pareille mésaventure. Je courus au ministère. Il se trouvait alors à Versailles, sur la route de Paris. J'en fus renvoyé avec tous les honneurs dus à un imbécile comme
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moi qui se laissait ainsi acculer aux hasards du tirage au sort. De tous côlés, je pétitiounais. Mes plis cachetés partaient dans toutes les directions avec une régularité désespérante et les plus plates formules de politesse. Ils restaient sans réponse.
Que de voyages faits entre Paris et Versailles ! Que d'attentes lugubres dans tous les bureaux où les des en voûte des garçons, Tair rébarbatif des casiers et Todeur noircie des parchemins semblaient me narguer! Que de courses dans Paris et de visites à ceux que je croyais capables de me sortir de ce guêpier! Militaire!... Je me voyais condamné à faire pendant cinq ans Texercice du sabre et le maniement du fusil. C'était la perte de mes espérances. C'était mon avenir brisé, mes goûts foulés brutalement aux pieds... Quelle tristesse en pensant à cela I
Vers le milieu de septembre, j'étais encore à implorer la faveur d'être reçu au ministère par un puissant du jour. Malgré tout, je me raccrochais à Tespérance. Je ne pouvais croire vrai ce cauchemar qui, pourtant, prenait de jour en jour un aspect plus sombre et se changeait en une réalité plus menaçante. Je fus enân introduit, après une longue attente, près d'un officier d'ordonnance — en tenue, — ce qui m'intimida davantage. Un charmant garçon, parfait gentleman qui, sans se douter de cela, décida de mon avenir. Ce qu'il est devenu et... comment il se nomme, je n'en sus jamais rien. Il me donna le conseil sui-
vant et, le trouvant bon, à défaut de meilleur, je le suivis.
— Gela vous désole, me dit-il, et la perspective de passer cinq ans dans un régiment vous semble d*autant plus pénible que ce n*estni dans vos goûts ni votre volonté. Je comprends très bien cette crainte. Aussi, à votre place, voici ce que je ferais. — Dans quelques jours, à Saumur, il y aura un eiamen pour l'admission de cavaliers-élèves. .. Ce n'est pas difficile de le passer avec succès. A Técole, les commencements de lavie militaire seront moins pénibles pour vous qu'au régiment. Dans six mois, vous aurez les galons rouges... dans un an, ceux d'argent, et qui sait si...
Il riait en me disant cela, ce charmant garçon, mais si aimablement que je ne sus pas deviner si c'était un encouragement ou une moquerie.
Le conseil était singulier. Me jeter tout droit dans la gueule du loup, de crainte d'y tomber.
Je le trouvai bon. J'étais si exaspéré, si enfiévré depuis le jour de ma visite aux bureaux de la rue Saint-Dominique que j'enfourchai ce dada sans savoir exactemeiit où il allait me conduire, et si je saurais solidement me tenir dessus.
J'expliquai à ma famille la situation. On tint un conseil de guerre, à la suite duquel je reçus les consentements nécessaires dûment signés et paraphés.
Je réunis à la hâte toutes les autres pièces indispensables, puis, sans trop savoir ce que je fai-
JOURNAL d'un officier MALORB LUI
saU, je partis pour Saumur avec la volonté de signer mon engagement si j'étais reçu, Tespoir de ne pas être au nombre des heureux et la crainte d'éfcre refusé.
Arrange cela qui voudra, ou plutôt qui le pourra. Telle était ma situation d'esprit. Je n'y vois rien de comparable, si ce n'est la situation d'un monsieur qui hésite entre se jeter à l'eau avant ou après avoir dinë.