CHAPITRE XVI
Le» chasseurs ! — C'est un nom chnrmant. Il évoque la vision d'un petit être pimpant, coquet. Cuirassier.,,, c'est lourd. Dragon.,., c'est froid et tarna. Hussard, c'est un peu pédant. Chasseur, c'est divin. Cela apporte l'idée d'un pei'sonnage petit, mignon, nerveux, pétulant. Une sorla de moineau des iles. Un chanteur ayant la hardiesse de nos vulgaires pierrots et le plumage de ces
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oiseaux de paradis qui font la joie des jolies femmes et Tomement de leurs chapeaux. Les régiments de chasseurs ont en outre la juste réputation d'être formés par le choix, non au hasard. Prenez l'Annuaire, lisez d'Hozier, et notez avec soin les .noms portes à la fois sur ces deux livres d'or, vous formerez un tableau d'honneur au moyen duquel vous pouvez repasser votre histoire de France.
C'est dans un de ces régiments que je fus nommé. Pour la première fois, j*endossai l'uniforme bleu de ciel, et, paré de ces nouveUes séductions, je me présentai au colonel. Sur son bureau se trouvaient mes œuvres, non pas reliées en maroquin, mais ayant certaines pages marquées avec ^•» des cornes. L'une d'elles, surtout. Elle en avait deux. Je la connaissais, celle-là... toujours la même! — Celle où... Oui, la jeunesse dorée I...
Moi qui croyais, après deux ans de retraite dans mon dépôt de remonte, avoir dépouillé le vieil homme, je le trouvais considérablement grossi... comme les nouvelles venues de loin. Je saluai... je me tins coi et, attendant l'avalanche, je demandai mentalement au dieu des armées la force et le courage nécessaires.
Esprit juste et fort éclairé, ce colonel était l'homme le plus policé de France et de Navarre. 11 n'employait que des expressions choisies, souvent heureases, bienveillantes et toujours impartiales. Portant des lunettes, il ne jugeait pas les hommes et les choses de parti pris. 11 s'éclairait
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avant d'avoir une opinion et, par là, différait étrangement de ceux qui, voulant à toute force se reconnaître dans la jeunesse dorée, se croyaient une double vue, alors qu'un esprit de caste exagéré et un front trop étroit pour les choses de l'esprit les rendaient absolument myopes.
Je suis discret, Messieurs I (On rit sur un grcuid nombre de hanes.) (Discours de M. Andrienx à la Chambre des députés).
Ma nouvelle garnison se trouvait dans une petite ville de province, gaie, claire, proprette, avec une rivière qui se divise en trois ou quatre bras pour être plus agréable aux nombreux pécheurs. . . civils et militaires, et donner plus de fraîcheur aux maisons qui la bordent. Les archéologues peuvent y passer des heures bénies en admirant les ruines d'un ch&teau fort qui fut jadis l'apanage du bâtard, fils d'Henri IV et de Qabrielle d'Estrées ; les touristes peuvent s'extasier devant une cathédrale, que Viollet-le-Duc qualifiait : « — l'une des plus belles constructions du xii« siècle », et dans cette cathédrale, les esprits mal faits peuvent s'arrêter devant un tableau représentant les saintes images russes, sous lequel on lit cette inscription qui fait rêver :
« Devant Sébastopol, 14 mars 1855.
h Monsieur le curé, en reconnaissance des « bons enseignements que vous m'avez donnés,
« je VOUS envoie un petit tableau que j'ai pris « non sans peine dans relise de Saint-Vladimir, « le 15 décembre 1854. »
Le mot pris a été souligné à coups d'ongles par plusieurs personnes. On se demande, en effet, si ce sont les bons enseignements du curé qui ont engagé le donateur à prendre dans une église russe ces saintes images, ou si le tableau a été pris seulement pour récompenser monsieur le curé de ses bons enseignements. En guerre, on n'y regarde pas de si près, mais on aurait été plus heureusement inspiré, je crois, en modifiant certains termes de cette inscription.
Le quartier, de même que le dépôt de remonte d'où je venais, se trouve dans une vieille abbaye. Des capucins, je passais aux dominicains!... J'y entrai le soir, pour la première fois. Le président des lieutenants et sous-lieutenants, un aimable camarade, voulut me le faire admirer au clair de lune. C'était magique. Ce soir-là, la lune était dans toute sa puissance. EUe éclairait en plein le quartier. Les grands bâtiments grandissaient encore là où les rayons ne pouvaient atteindre. Tout était calme. La ville n'avait pas de bruits. De temps en temps, un garde d'écurie avec son falot passait au loin à travers les cours. Sableuse blanche lui donnait une apparence de fantôme. On eût dit un vieux moine ressuscité tout à coup et se dirigeant, enveloppé dans son linceul, vers la chapelle pour psalmodier ses Heures.
A droite, sur le coteau, le vieux château du
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doc, fils d'Henri IV, se dressait, menaçant oa protectenr suivant Fimagination. Facilement» jo rendis la vie ao passé, j'habitais le château, je repeuplais l'abbaye comme autrefois. Ici, j'écoutais, en tendant un peu l'oreille, les grelots des fêtes profanes ; làj les chants sacrés des fétos religieuses...
Le son de la trompette me rappela au présent et mon camarade... au café. Au régiment, le café est toujours le mot de la fin ; souvent mémt du commencement.
Le lendemain, le jour ayant repris ses droits, le quartier me parut beaucoup moins intércnHunt. Je n'y trouvai qu'une vague odeur de sainteté laissée là probablement par les moines. £n n'abordant, les officiers avaient l'air de vouloir ho dire: — Prèrel il faut mourir!— Si la ville avait des monuments anciens, au quartier se trouvaient les idées... d'autrefois. Seulement, l'unifornio égayait ce tableau d'une note joyeuse, le cliqaotiti des sabres animait les paroles, le hennissenuMit des chevaux et les chansons des cavaliers s'harmonisaient ensemble. Qrkce à tous ces bruit m, la sainteté prenait un air de conserve. On eût dit des pasteurs anglais marines dans de l'huile évangélique.
Sn politique, — quoi que l'on dise, elle exiiite malheureusement dans l'armée, — il y avait uu libéralisme étriqué, à angles aigus, où l'on trouvait beaucoup plus d'arêtes que dans une dinde.
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A peine étais-je débarqué du chemin de fer... Huit jours après mon arrivée environ, on me jeta dans les jambes un pavé accablant avec une vivacité et une promptitude qui ne laissent pas d'être curieuses, si Ton song^ à quelques-uns de ceux qui en jouaient de la sorte. J'étais chez le colonel.
— Pourquoi n'avez- vous pas demandé Paris?
me dit-il en plaisantant ; cela vous était facile et vous eût été plus agréable que de venir dans cette galère.— Facile! mon colonel... Gomment cela? Il y a tant d'appelés et si peu d'élus I
— C'est vrai, mais votre oncle est le chef de l'opposition, et si le gouvernement détient les places, l'oppositon... les obtient. — Mon oncle? — Votre onde, M. Clemenceau ! — M. Clemenceau est mon oncle?... C'est la première nouvelle!
— Comment! vous n'êtes pas le neveu de M.
Clemenceau?
— Je n'ai pas l'honneur de le connaître de vue!
— On me l'a pourtant affirmé d'une manière positive.
C'est vrai, je passais, paralt-il, pour être le neveu de M. Clemenceau. Pourquoi et comment? Je n'en sus jamais rien. J'eus beau aller à la messe, la légende s'accrut. Je fus bombardé neveu du célèbre député de Paris et convaincu de vouloir l'abrogation du concordat, la suppression du budget des cultes, l'expulsion de tous les religieux,
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le service de dix ans pour les séminaristes et la fermeture des églises. J'eus beau me défendre , et dire qu'au contraire je venais d'être accusé de vouloir renverser le gouvernement avec lo frère d'un ancien ministre de la royauté, cette tunique de Nessus me brûlait les épaules. Il se trouva même un très aimable propriétaire do U ville pour m'apprendre que, jadis, sa femme avait été fort liée avec M"^« Clemenceau, et qu'elle se rappelait m'avoir vu tout enfant joiior sur ses genoux ; souvenir peu flatteur C pour l'âge de M"« Clemenceau, carfj le fait d'avoir joué enfant sur ses ge- x « noux lui imposait une respectable ^ N, maturité qu'elle est peut-être encore loin w *^ d'atteindre. ^^
Grâce à cet oncle tombé des nues, je sentitlH le soufre, et derrière mon passage, on jetait de l'eau bénite afin de purifier les rues. Cette position de neveu, malgré moi, de M. Clemenceau me causa un tort si considérable dans certains esprits que, dans la suite, j'eus l'idée de demander au chef de l'extrême gauche la réparation du préjudice moral causé par cette parenté. J'allai le trouver ; je lui racontai l'aventure, ce qui l'amusa fort, et nous fûmes tous les deux d'accord sur ce point, qu'il y a décidément beaucoup d'esprit... en France.
Je retrouvai au régiment plusieurs camarades. L'armée est comme une roue sur laquelle on
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tourne sans cesse. Il faut bien que Ton se rencontre quelquefois. Je revis un ancien saumurien, un fléchois, deux ou trois cuirassiers. Chacun d'eux avait quitté Tesprit» qui de Saumur, qui de la Flèdie, qui de la grosse cavalerie, pour endosser, avec le costume bleu de cid, des sentiments et des opinions... azurés. Bn changeant d'uniforme, on fait peau neuve et l'on prend avec le nouveau costume, une autre manière de voir. — Influence des milieux.
Où je me trouvai aussi novice qu'à l'époque de mon premier engagement, c'est quand je pus comprendre et admirer le fonctionnement régulier de la nouvelle théorie. Avec ce système perfectionné, le colonel dirige et... ne dit motl Le lieutenant-colonel écoute et... se tait. Il est là, ou... doit y être pour remplacer le colonel absent. La preuve de son inutilité, c'est que celui de mon régiment n'y a jamais paru. Il est mort victime de son dévouement à la science, après avoir compté plusieurs années sur les contrôles, mais sans que personne du r^iment l'ait jamais vu. Les chefs d'escadrons surveillent en silence. Ils sont là pour remplacer le colonel, s,il s'iU)scnte et en cas que le lieutenant-coloneL.. n'y soit pas. Les capitaines seuls ont le droit de causer. Ils sont responsables de leurs escadrons. — C'est fort bien fait.
Au premier abord, on croit à un désordre complet. Tel escadron fait le pansage à huit heures du matin ; tel. autre sonne le sien à trois heurçs
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du toir. — Gelai-ci étudie i* bose et ne ûtit pas d'équitatkm, cet autre étudie Téquitatkm et ne pratique pas la boxe. — Pour tout, c'est ainsi. Il n'y a que le réveil, la soupe et la retraite, dont les heures sont immuables et communes an régiment.
Mats quand on pénètre plus avant dans l'étude approfondie, consciencieuse et... impartiale des détails du service, on reconnaît une grande amélioration sur l'ancien régime. Un c^itaine possède ainsi, en temps de paix, une initiative qui rbabitoe davantage aux responsabilités en temps de guerre. — Les fanatiques peuvent £EÛre travailler leurs hommes sans être gênés parles conseils de celui-ci ou les ordres de celui-là. — Les officiers paisibles peuvent, si cela krur plait, jouir d'un repos mérité. Mon capitaine commandant se trouvait parmi ces derniers. Un pastel fait homme, frisotté comme un caniche, joufflu comme un ange de Murillo, bedonnant et rondelet de partout. Pour éviter les excoriations, il ne montait à cheval qae trois fois par an. Une fois pour l'inspection, une fois pour aller boire le vin blanc en partie de plaisir et une fois pour... l'imprévu, quand, après avoir reçu l'ordre, il n'avait pas le temps de se faire exempter. En plus de ces trois séances... à cheval, on le voyait un jour par semaine... à pied. Le jour des revues. Le reste du temps, il prenait l'air. ^
La revue hebdomadaire ayant lieu le jeudi, il partait le jeudi soir ou le vendredi matin en tour-
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née d'inspection chez ses amis on dans les chftteauz voisins, mis par lui en coupe réglée. Son maréchal des logis chef était admirablement dressé à ce genre d'ezerdce. Le capitaine lui donnait, avant de partir, l'ordre de ses étapes, et, chaque jour, ce sous-offlcier télégraphiait à l'endroit indiqué les faits de la journée, avec le résumé de la décision. La solde du capitaine passait en télégrammes, seulement, de cette façon il surveillait son escadron... de loin.
Malgré onze années passées sous l'uniforme, c'est toujours ainsi que j'ai aimé l'état militaire... /«ml <l6 loin. Je ne suis pas le premier;
vaut bien celle du couvent », il ne convaincra personne. Tous les militaires , qui ont tenu la plume ont eu horreur de la caserne. Alfred de Vigny tout le premier. Il faut voir comment il en parle ! La poésie de la guerre, la poésie de l'épée, soit ! Mais la poésie de la caserne, allons donc! personne n'y croit Le général Gampenon encore moins que les autres.
Aujourd'hui, retiré des affaires, je juge plus sainement les choses. — Les ennuis, les tracas que je jugeais insupportables, me paraissent considérablement diminués. Us ont déjà la patine du temps. Ainsi les voient ceux qui parlent facilement de la carrière des armes, sans même
savoir si le sabre se porte à droite ou à gauche.
On ya certainement m'accuser d'avoir écrit ce journal avec un mauvais esprit, d'avoir cherché la petite béte au lieu d'admirer tout ce qui mérite de l'être. Nul, au contraire, n'admire plus que moi les grandeurs militaires. — Certes, il y a, dans cette vie, de nombreuses petites bêtes; ce sont les servitudes, mais, précisément, ce sont ces servitudes qui grandissent l'homme assez dévoué pour se sacrifier à son pays quand il a, pour tout espoir de récompense, la vision d'une vieillesse attristée où sa modique retraite lui donnera à peine le droit de ne pas mourir de faim. Si, parmi ces petites bêtes que, dans le courant do ce journal, j'ai piquées avec une épingle sur le carton, je contribuais à en faire mourir une seule, la plus petite de toutes, j'estimerais avoir fait œuvre pie et mériter des éloges. Dans le cas contraire, j'aurais pu donner aux jeunes gens en quête d'un état, ce conseil que je crois sensé :
Soyez comme les gentilshommes d'autrefois, leur dirai-je : riches, prêtres ou soldats. — Au siècle où nous sommes, c'est le seul moyen d'avoir une bonne place dans l'opinion de vos concitoyens. Riche I onvoBS envie oul'on vous respecte. Prêtre! on vous tue. Soldat! on vous fait tuer.
J'ajouterai encore : — Si vous êtes soldat, aimez votre métier et n'écrivez pas; les circulaires du ministre le défendent. Cette raison, il est vrai, n'est pas suffisante, car les circulaires ministérielles ne servent qu'à ceux qui les font,
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pour piBlcr letlr l«tnfi3 et juslifler U leurs loDcliMis, Buis, ce qui est piv vanileuivonaen roadratent. Cem -lÀ lout, sont nombreux et ne pa.nlonni' les fssae desœnilrp oa inHUuil du pi^ occupent par droit de bttisi!. Mai) ~ (ailes dïE coDiplimsnts i leur vous ae leur direi jamais la cealiiti bien qu'ils pensent-de leur pcrsimn* Pour avoir Is paii, il vaut mieu' passer par le trou d'une sifuille si <
J'ai essayi!, le Irou i^Uil trop pctii Et mainlenant, la place ost libre. A i,
Parla. — T;p. Ch. UmictH. », n» du Bac