CATÉCHISME ET MORALE
Le catéchisme ! Je n'en veux pas dire de mal et j'en apprécie au contraire les avantages. Il s'y trouve sans doute nombre de formules inintelligibles pour le commun des fidèles. Mais ces formules mêmes servent à enfoncer plus solidement l'idée d'un dieu dans les intellects grossiers, et ce dieu satisfait ensuite aux deux exigences principales où l'on dit que la doctrine des philosophes s'achoppe : il impose l'obligatiqn et il assure la sanction.
Ce privilège du catéchisme, de dicter Yimpéraiif à ses croyants, la doctrine de Kant, ou telle autre encore, l'exerce pour les siens à pareil titre. Cependant cet impératif apparaît tout formé dans la
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fameuse CrzY/jwe comme dans le catéchisme, et le malheur est qu'on en a rédigé après coup l'acte de naissance. Les philosophes nouveaux ont tenté de remonter au delà, de rattacher les lois, pour eux secondaires, delà conduite aux lois générales de la vie, et ils ont jeté la sonde dans le terrain profond de la sensibilité. Il y ont trouvé des « tendances » pour premiers germes actifs, qui se développent avec la richesse de la vie, et ils ont vu que la sociabilité précède la moralité. La pure connaissance, selon eux, ne peut rien par conséquent sans l'aveu du cœur, et notre raison, pour devenir vraiment maîtresse, réclame la connivence de nos sentiments et le soutien de nos habitudes.
Quel honnête homme ne se sent obligé, en toute rigueur, à épargner la vie et la bourse de son prochain ? Une vérité de l'arithmétique ne s'impose pas à ma raison avec plus de force qu'un devoir, et j'éprouve ma personnalité morale pour Quelque chose de parfaitement solide. Ma position, en définitive, ne me semble pas être différente, soit que je cède à la crainte du dieu des catéchismes, soit
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que j'agisse sous l'empire d'une sorte de démonstration enveloppant mes tendances individuelles, telles que l'expérience de l'espèce les a faites, et je me trouve de toute manière en un véritable état de foi. Cette foi est devenue notre chair ; un changement de croyance ne la changerait pas, et nos habitudes de moralité sont garanties par la même force des faits qui ont abouti à les produire. Mais ces habitudes, il les faut refaire à chaque nouvelle poussée d'hommes, et c'est le point délicat.
J'ai une servante qui me vient des environs de Pithiviers, une honnête petite paysanne de dixneuf ans, grosse comme le poing, avec cela fort têtue. Elle est allée passer quelques jours dans son village, à l'occasion de la mort de son père, et elle m'en est revenue avec des terreurs absurdes, qui commencent heureusement à se dissiper. Sa jeune sœur se figurait avoir vu, pendant la funèbre veillée, une boule de feu qui était l'âme du défunt traverser la chambre, et le mort aimé était devenu un objet d'épouvante pour ses malheureux enfants. Ma servante n'osait plus descendre à la cave, ni