‹ Journal d'un philosopheChapitre 21 sur 46 · CATECHISME ET MORALE I I I · texte numérisé non relu

CATECHISME ET MORALE I I I

monter à sa chambre ; et tandis que je m'efforçais doucement à la rassurer, elle me disait : « Je croirais bien que tout ça n'est pas vrai, si M. le. curé m'avait dit que ce n'est pas vrai ».

Je ne sais si le cher curé l'eût détrompée. En tous cas, c'est une autorité merveilleuse que la sienne, et le plus savant homme du monde n'aurait pas tant de crédit auprès de la pauvre fille. Quelle grande magistrature était celle-là, aux mains d'un vrai bon prêtre! Du moins, la parole des parents et des instituteurs du premier âge a ce même pouvoir de créer chez l'enfant, en une certaine mesure, la foi du cœur. Apportons tous nos soins à le fortifier. Il faut que ce qu'on enseigne soit vécu, passe dans le sang. Le mérite de la morale chrétienne n'a pas été d'enchaîner la raison, mais d'intéresser les sentiments.

Nous sommés des êtres d'habitude, et notre moralité est faite, pour la plus grande part, d'imitation. M. Beaussire demande quel mot remplacera le « bon dieu » dans la bouche d'une mère corrigeant son fils. Cette explication ne contente que la

mère et ne ferme pas toujours la bouche au marmot. Elle ne le persuade pas, en eflfet, par la raison ; elle le gouverne par l'amour et par la crainte, dont il sent le joug ou la douceur.

L'accommodation facile de Tenfantaux choses est un autre fait dont on ne voit pas assez la grande importance. Un garçonnet, à qui ses parents apprenaient la mort de son jeune frère, demanda tout uniment : « Alors, papa, nous le mangerons demain? » N'est-ce pas la destinée du pauvre agneau blanc pendu à l'étal du boucher voisin ? Ce garçonnet aurait bien mangé du petit frère, si sa maman lui en avait servi un morceau dans son assiette; mais il ne goûtera de sa vie à la chair humaine, parce qu'on lui en a dès l'enfance inspiré l'horreur. Ne mange pas même du cheval qui veut; on l'a bien vu au siège de Paris. Je connais des ménagères qui ne mettraient pas au pot une poule nourrie de leur main. Il suffit quelquefois d'un regard de l'homme à l'animal pour l'émouvoir d'une pitié que l'appétit du ventre ne saurait vaincre. Le « moral », en un mot, comme s'expri-

Page 1