LIMINA SACRA
son infinité ou sa perfection et la conciliation de son absolu avec notre relatif, qu'il nous échappe « d'une fuite infinie ». Le Dieu « sensible au coeur » de Pascal, le Dieu « postulat de notre raison », de Kant, le Dieu « image embellie de sa créature » des spiritualistes ordinaires et des croyants a été une conception régulatrice, et cette conception a suffi à son office, tant que son objet demeurait proche de nous, comme l'y laissent prudemment les religions. Mais les métaphysiciens l'ont porté, par la grande route de la logique, sur un haut sommet enveloppé de nuages, où ils ne peuvent plus eux-mêmes le reconnaître quand ils sont redescendus ensuite parmi les hommes.
Nous sommes suspendus entre deux infinis, disait Pascal. Nous sommes cantonnés en un point de la chaîne du devenir, dirait autrement M. Janet, et Dieu nous apparaît aux deux bouts de notre horizon, figure mystérieuse ou terrible de ces causes premières et de ces causes finales à l'égard desquelles nous restons en une même ignorance.
Tout penseur qui ne s'est pas muré dans la
ARRÉAT 9
prison d'un matérialisme inconséquent , avoue cette ignorance où il est de l'origine et de la fin des choses. Il l'avoue, et il se tait. M. Janet veut l'obliger à parler, et il écrit cette page curieuse :
« On entrevoit donc, sans qu'il soit permis à personne de donner la vraie formule, une vaste et haute idée de la divinité vers laquelle s'achemineraient, des points divers de l'horizon philosophique, les premiers penseurs de notre temps; chacun s'arrêtant, d'ailleurs, à telle ou telle phase, à telle ou telle perspective. M. Vacherot, au lieu du Dieu-monde vers lequel il inclinait jadis , accorde aujourd'hui le Dieu cause première et cause finale. M. Littré, après avoir exclu de la science la notion d'infini, finissait par reconnaître que « Ylmmensité^ tant physique c\}i' intellectuelle^ est une notion positive de premier ordre », et que la contemplation de cette idée e.st « aussi salutaire que formidable ». Comment une notion qui serait complètement vide pourrait-elle être salutaire? M. Herbert Spencer maintient énergiquement Tindestructibilité du sentiment religieux et montre