LIMINA SACRA I
qu'il a pour objet l'Inconnaissable considéré au point de vue de la volonté humaine, et il voit dans le sentiment de l'effort le symbole de Timmense et inépuisable activité. M. Secrétan et M. Ravaisson, tout en inclinant vers l'identité finale et primordiale, font cependant consister dans la liberté, dans la pureté, dans la sainteté la notion saine du Dieu vivant. Pour nous, nous n'hésitons pas à reconnaître que l'on a exagéré la notion de personnalité divine, que Ton a trop rapproché les attributs divins des attributs humains, trop tiré la théodicée de la psychologie, qu'on a aussi exagéré, à un autre point de vue, la transcendance qui, prise à la lettre, rendrait l'homme étranger à Dieu et Dieu étranger à l'homme, et, sans aller jusqu'au panthéisme, nous admettons ce qu'un philosophe allemand a appelé le panenthéisme, tcSv ev ôew. »
L'argument dirigé contre Littré m'a frappé d'abord. Vimmensité signifiait pour lui quelque chose. Mais quelle chose, sinon ce que l'homme ne peut mesurer^ ne peut connaître? Déclarer qu'on ne connaît pas, est-ce donc connaître Dieu ?
Se sentir troublé d'être si petit dans le monde qui apparaît si grand, est-ce sentir Dieu? En est-on venu à ce point d'être satisfait de ce sentiment qui ne se définit pas et de cette connaissance qui dit ne pas connaître? Le sentiment religieux, à ce qu'il me semble, s'est transformé par l'analyse des gens d'école avec tout le reste. 11 a renoncé à comprendre son objet, et de même que la critique de Kant, après avoir mis à nu le réalisme naïf, qui prend ce qu'il voit pour ce qui est, nous a laissés finalement dans la position d'être toujours des réalistes naïfs, faute de mieux, en le sachant du moins et en le voulant, de même la critique des spiritualistes, après avoir renvoyé dos à dos la religion et l'irréligion naïves, nous laisse en un état de sublime étonnement devant cet insondable univers et dans le désir de vivre plus largement et plus noblement la vie.
Croire ou nier, cela ne dit rien. L'absolu ou le néant, on ne l'entend pas. Le tout pur et l'un pur sont des symboles. Esprit ou matière, nous ne connaissons ni l'un ni l'autre. Ces termes