SUR CI XQ- MARS
Mes études historiques furent poussées fort avant dès l'enfance. On ne se contentait pas des études du collège, et moi, éternel et ardent questionneur, je ne cessais, le soir, au retour de la pension de M. Hix, après que les autres enfants étaient endormis, de venir obséder mon père de questions sur les personnages dont je savais vaguement les grands noms. Les mémoires m'étaient permis alors et jetés comme réponse pour se défaire de mes questions. Un jour, mon père, pour m'en corriger, me dit que je ressemblais à V interrogant bailly de Voltaire; cela me fit taire une question de plus : il me lut V Ingénu. Depuis ce jour-là, je ne questionnai plus, je lus, je dévorai toute la bibliothèque de mon père et celle de ses amis. Après avoir lu les Mémoires du cardinal de Retz, il me vint dans l'esprit d'écrire l'histoire de la Fronde. J'avais quatorze ans. C'était fort mauvais, certainement, et je déchirai cela depuis; mais j'en conservai la mémoire la plus minutieuse des faits de cette époque, et cette première passion de curiosité historique me laissa des personnages que j'aimais un souvenir pareil à celui que l'on a des hommes qu'on a connus dans l'enfance. Il me sembla depuis acquitter \me véritable dette d'amitié lorsque j'écrivis Cinq- Mars et peignis l'abbé de Gondi. — Mon père \eillait fort avant dans les nuits, et, pour l'imiter, je rallumais ma bougie dans ma chambre et j'écrivais au crayon mon histoire de la Fronde. — Bientôt j'abandonnai cette idée pour adorer les poètes anciens. On me fît traduire Homère du grec en anglais et comparer page